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Hist. de Vil, : avoir été

l60 HISTOIRE DU BEAUJOLAIS

M. de la Mure dit en son histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon, qu'en 1202 le roi Philippe-Auguste vint à Villefranche et que là il donna à Renaud de Forez, archevêque de Lyon, le droit de régale sur l'abbaye de Savigny et que là ce prélat reçut le premier établissement de l'ordre de Saint-François en France l.

Le Père Jacques Fodéré, en son livre des couvents de l'ordre de Saint-François de la province de Saint-Bonaventure, raconte la chose autrement mais pourtant presque semblable à ceci, disant que Guichard de Beaujeu, revenant d'ambassade de Constantinople, où l'avait envoyé Philippe II, roi de France, passa par Assise, où il vit cet ordre si renommé, et parlant à saint François, il eut dessein de l'introduire en France, demanda à ce saint homme quelque nombre de ses religieux, promettant de leur faire édifier un couvent dans ses terres. Saint François lui en donna six qu'il emmena à Pouilly-le-Chastel, l'an 12 10. Le couvent ne demeura que neuf ans, tant pour être petit que pour ce que le concierge du château fâchait les religieux, leur fermait la porte le soir, l'ouvrait tard le matin; en sorte que les religieux ne pouvaient aller quêter n'y ayant point de bourg auprès. Le sel gneur de Beaujeu étant lors occupé à la cour, lui fut porté plainte et leur donna d'abord son château Minoret où ils furent transmarchés, l'an 12 19. L'église est belle et ornée de belles chapelles, entre autres une dédiée à Notre-Dame de Grâce, où il se fait beaucoup de miracles pour la délivrance des femmes enceintes. Néanmoins l'acte qui est 2 aux preuves ne parle que de trois qui ont vécu en réputation de sainteté et qui 3 ont fait des miracles; il m'a été communiqué par messire Antoine Garil, doyen de Beaujeu, homme qu'on ne saurait assez louer pour ses mérites et pour l'affection qu'il porte aux gens de lettres 4.

1. Ce dernier alinéa ne se trouve pas dans VHist. de Vil. — 2. Hist. de Vil. : l'acte qui suit ne parle pas. — 3. Hist. de Vil. : qui tous ont fait. — 4. « Fratres Michael, Drogo, Guillelmus adducti sunt ab illustrissimo Principe, Domino Guichardo a Bcllijoco, concedente beato Francisco fundatore ordinis Fralrum Minorum, qui constructo conventu Villxfranchx, ibiqne confirmata Minoritarum professionnis regulari disciplina, perrexerunt Vtiennam Delpbinatium Metropolim, quo post mulla sanctitatis insignia tandem, 'uidefelici er ad Deum migravernnt, quorum corpora requiescunt in in sig ni conventu sui ordinis vulgo- Sancta Colnmba nuncupato ; primus aquam in vinum mutavit, secundo aliquando missarum solemnia celebranti angélus ministravit et prxparavit omnia ad hujusmodi sanctissimum sacramentum necessaria in quadam Ecclesia déserta et derelicta, rursus alia vice eidem itinere fati-

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Léonore de Savoie, femme de Louis de Beaujeu, y est enterrée à côté droit de l'autel, avec quatre de ses enfants : Humbertde Beaujeu, comte de Saint-Jean de Lyon, Thomas et Louis, décédés à Paris l'an 1300, et apportés audit lieu, le quatrième était aussi comte et précenteur de Saint-Jean et évêque de Bayeux, qui mourut audit lieu de Bayeux, l'an 1337, et qui fut apporté au tombeau de sa mère et de ses frères à Villefranche. Cette princesse est peinte en l'arcade qui est dessus son sépulcre, vêtue de gris en habit de Saint-François, avec un ornement de tête blanc et, tout autour d'elle, sont plusieurs écus de Savoie et de Beaujeu : c'est en cette peinture où sont représentés des religieux de Saint-François assistant à ses funérailles, habillés à la manière des capucins, sur quoi le sieur Guichenon ' a dit2 que ces religieux étaient tous des ignorants d'avoir bouché quelques vers d'une muraille pour appuyer leur clocher qui allait tomber; ces vers étaient dans la sacristie et en un lieu assez obscur, et les maçons ne pouvaient faire autrement qu'appuyer cette muraille d'un pilier qui y est joint. Il n'est pas que quelque religieux n'eût copié les six vers dont on avait encore quelques bouts et fragments, mais, pour ne les avoir pas trouvés à point, ils ne les faut pas tous taxer d'ignorance 3, puisque le R. P. Estienne Deschamps, docteur de Sorbonne, en est le gardien.

Messieurs de Montpensier y ont fait construire une chapelle hors le chœur, joignant l'endroit du grand autel, du côté du midi, sous le titre de Notre-Dame de Bonnes Nouvelles, en laquelle ils ont fondé une messe qui se doit dire tous les dimanches, à 8 heures, par un des religieux, ce qu'on appelle la messe du prince et ont légué, en aumône annuelle et perpétuelle sur le grand dîme de Glaizé, vingtsix ânées de vin.

Il y avait une place au-devant dudit couvent, du côté de Sainte- Marie, laquelle est aujourd'hui réduite en pré, qui appartenait audit couvent, sous le service annuel de six sols, payables à la recepte des

aalo alias angélus equos prxparavit ad ambulandum, tertias spiritu prophetico claruit, ommsque multis aliis fulsere miraculis. » Cette citation latine, extraite de YHist. de Vil., ne se trouve pas dans le ms. de l'histoire du Beaujolais. — 1. G, J et Hist. de Vil. : Hist. de Savoie, fol. 309 ; Hist. de Vil. ajoute : il faut que je dise mon sentiment que. — 2. Hist. de Vil. : qui a écrit ceci. — 3. La fin du paragraphe manque dans le ms. V.

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seigneurs de Beaujeu, laquelle fut affranchie par Jean, duc de Bourbon, l'an 1459, par ses lettres du 26 avril, avec la vérification des gens du conseil dudit seigneur, le 2 mai 1460.

Je ne puis ' passer sous silence une chose remarquable que le père Fodéré, ci-dessus allégué, dit être arrivée audit couvent en ces termes :

« L'on récite être arrivé jadis une épouvantable vision en ce couvent, laquelle nous ne tenons que par tradition verbale, néanmoins, le bon père qui m'a donné l'habit la récitait avec grande exagération comme véritable, en tous les couvents, faisant ses visites lorsqu'il était provincial, à savoir que le père secrétain s'étant levé une fois 2 devant la minuit pour attendre l'heure de sonner matines, vint à la cuisine pour 5 prendre du feu, où étant il entendit une voix qui lisait 4 au réfectoire, et chantait avec les mêmes accents et ponctuations que le lecteur de la table fait pendant la réfection; tout soudain, il entre en ce réfectoire où il vit un grand nombre de religieux assis à la table à la manière qu'ils s'y mettent à dîner, et entendit que celui qui était assis au milieu de la grande table, dessous la cloche, à la place du gardien, commanda à ce lecteur de table de chanter à haute voix et de répéter trois fois les mêmes paroles. Propria volontas 9rentm proprietas 9 sœcidarium familiaritas9 etnimia mulierum consortia nos duxerunt ad tartara9 et tout incontinent qu'il eut fini la troisième répétition toute cette compagnie disparut; de quoi le pauvre secrétain, effrayé, s'en voulant fuir, tomba comme évanoui dans la cuisine. Cependant l'horloge sonne minuit, et personne ne sonnait matines, mais un autre bon père qui ne dormait pas se lève, vint dans la cuisine 5 pour prendre du feu et voit au milieu de la place le secrétain demi mort, lequel peu à peu revenu à soi, fît récit de ladite vision ». Ce sont les mêmes termes du père Fodéré qui avait été provincial de son ordre et qui n'aurait pas écrit ces choses si elles étaient fabuleuses. L'an 1 61 9 6 et le 2 avril, il s'y est tenu un chapitre provincial 7.

IV. Les Capucins. — L'arrivée des révérends pères capucins à Vil—

1. Hist. de Vil. : je ne puis laisser passer. — 2. Hlst. de Vil. : un peu devant. — 3. Hist. de VU. : pour y prendre. — 4. L, T, V : chantait. — 5. Hist. de Vil. : semblablement. — 6. Hist. de Vil. : 1621. — 7. C : général.

lefranche fut à l'occasion de plusieurs excellents prédicateurs de cet ordre qui y ayant été appelés pour prêcher divers carêmes, les habitants furent si bien édifiés de leur bon exemple et doctrine qu'ils souhaitèrent de les avoir auprès d'eux, et les prièrent tant par un commun désir, et par délibération de la Ville, de s'y vouloir établir qu'ils acceptèrent cette offre et quelques-uns d'eux y ayant été envoyés à cet effet, et bien reçus des habitants, on prit jour pour y planter la croix, qui fut l'an 161 5, à laquelle cérémonie le seigneur cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, voulut assister et vint exprès en cette ville, où il prêcha fort doctement sur le bien qu'apporterait à cette ville cette sainte institution. On partit de l'église paroissiale en procession générale, à laquelle assistèrent les révérends pères cordeliers et tous les ecclésiastiques, suivis de Sa Grandeur, revêtue pontificalement et précédés par les sieurs lieutenant général et échevins qui portaient ladite croix. On remarqua qu'à la sortie de la grande église, il parut grand nombre d'oiseaux fort gros qu'on n'avait jamais vus en ce pays, lesquels, après avoir suivi la procession jusqu'au lieu où fut plantée ladite croix, disparurent; ensuite la première pierre fondamentale fut posée, au nom de très haute et très puissante dame madame Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, souveraine de Dombes et baronne de Beaujolais, laquelle, pour donner commencement à un si saint ouvrage, fit présent de 2.000 francs, ensuite de quoi ledit couvent fut continué par les charités des habitants, tant de la ville que du voisinage, pendant que lesdits pères avaient pris leur retraite à l'hôpital de Roncevaux, vis-à-vis de leur couvent.

L'an 1617, les mêmes pères établirent la confrérie du Saint-Rosaire, en l'église paroissiale et dans la chapelle de madame de Montpensier et, en qualité d'auteurs et d'instituteurs, ils assistent à la procession qui se fait le premier dimanche d'octobre.

L'an 16 19, leur église fut consacrée fort solennellement par mondit seigneur l'archevêque de Lyon.

V. Les Pénitents Blancs. — L'an 1621 et le 13 juin, les susdits révérends pères établirent la confrérie des Pénitents Blancs, sous le vocable pu Très Saint-Sacrement de l'autel, leur donnant des règles et des statuts qu'ils devaient observer, tant en leurs élections qu'en leurs céré-

monies et saints exercices qui ont de beaucoup augmenté la dévotion du Très Saint-Sacrement. Ils commencèrent leur premier établissement au lieu de Roncevaux que lesdits ' capucins quittèrent pour se retirer en leur couvent, depuis ils ont fait bâtir une belle chapelle au-devant des Cordeliers.

VI. Les Pénitents Noirs. — L'origine des Pénitents Noirs, institués sous le vocable du Très Saint-Crucifix (pour parler selon les termes de la bulle), commença l'an 15 19, à Rome, au temps que l'impie apostat Luther semait la zizanie dans la maison de Jésus-Christ, que les princes chrétiens s'entre-dévoraient et que l'ennemi capital de la chrétienté, profitant de leurs désordres 2, s'empara de la Hongrie et de l'île de Rhodes, et fit des courses assez proches de l'Italie, et comme l'Église n'est jamais tout à fait dépourvue de gens de bien, non plus que les habitants des villes qui furent dévorées des flammes du ciel qui avaient un Loth parmi eux, il se trouva quelques bons citoyens à Rome qui, regrettant la perte que faisait la religion en Allemagne et dans les contrées du Levant, prirent la résolution d'apaiser la colère de Dieu par les saints exercices de pénitence, et à cet effet, sachant qu'en l'église de Saint-Marcel il y avait un crucifix miraculeux, ils obtinrent de la sainteté de Léon X d'y ériger une congrégation pour vaquer ensemble à la prière et aux œuvres de piété et de miséricorde, ce qu'ils firent le 22 mai 3 de la même année 15 19.

La renommée de ces confrères 4 étant venue jusqu'en France, la ville de Lyon voulut les imiter et embrasser leur sainte et louable institution, au temps que la France semblait être aux abois par les 5 factions qui la partageaient en lambeaux, l'an 1590, et quelques bons et zélés habitants, bien instruits en tous les exercices les plus nécessaires de piété et de pénitence, ayant obtenu induit du cardinal Henry Cajetan, légat du pape Sixte V et l'approbation de l'ordinaire, dressèrent une compagnie du Très Saint-Crucifix, en la chapelle et oratoire de longtemps construite et dédiée à la mémoire de saint Marcel, et là s'assemblèrent le 24 février de ladite année où, après avoir reçu la

1. Hist. de Vil. : pères. — 2. L, T, C, B, V : discordes. — 3. Hist. de Vil. : 23 mai. — 4. B, J, V et Hist. de Vil. : confrères pénitents. — 5. Hist. de Vil. : les diverses factions.

sainte communion, ils reçurent l'habit noir, la ceinture et la croix, par les mains du R. P. en Dieu Fr Jacques Maistret, évêque de Damas, suffragant de Lyon, et la lecture de leurs statuts par la voix du R. P. Fr l Chérubin de Morienne 2, prédicateur capucin, assisté du P. Ange de Milan, gardien du même couvent.

A l'imitation de ces valeureux champions du saint crucifix (puisque selon saint Paul toute notre gloire ne doit consister en autre chose qu'en la croix), quelques dévots habitants de Villefranche, voyant ces deux congrégations établies au temps que l'Église était la plus persécutée, résolurent d'en faire autant, lorsque notre glorieux et invincible monarque Louis XIII portait ses armes dans le Languedoc, Guienne, Dauphiné et Poitou, pour y rétablir la religion catholique et ôter aux huguenots les villes de sûreté, otage de retraite, de refuge et autres qui servaient de tanières à ces renardeaux qui détruisaient la vigne de Dieu et secouaient l'obéissance de leur souverain. Et, pour parvenir à ce bon dessein d'assister de leurs prières et attirer les bénédictions du ciel sur la tête d'un si bon prince qui entreprenait une si glorieuse 3 expédition, ils s'assemblèrent, le 28 juillet 1621, et résolurent de dresser une congrégation sous le vocable du Très Saint-Crucifix, puisque c'est sous ce signe qu'on vient à bout des ennemis de l'Église, comme il fut révélé au grand Constantin et, à ces fins, quelques-uns d'eux s'étant acheminés à Lyon pour en avoir permission du seigneur archevêque, ne l'ayant pu obtenir à cause qu'il était mandé par le Saint Père Grégoire XV de se trouver en diligence à Rome, ils y envoyèrent pour avoir bulle suffisante et indulgence, ce qui leur fut accordé par le même Saint Père [le] VI des Ides de mars 1622, avec permission de faire leur chapelle au lieu par eux appensionné, ce qui ayant été communiqué au sieur Thomas Meschatin la Faye, chamarier, chanoine et comte de Lyon, officiai de la Primace, vicaire général, tant au spirituel qu'au temporel du seigneur archevêque de Lyon, il accorda leur demande et leurs statuts à la charge de reconnaître le pasteur de l'église paroissiale, quant à la réception des sacrements et autres droits euriaux, par ses lettres du 23 juin 1623. Ensuite de quoi, le 22 juillet de la même année, jour et fête de sainte Marie-Magdelaine, ils

1. L, T, C, B, V : François. — 2. L, T, C, B, J, V : Maurienne. — 3. L, T, C, B, V : heureuse.

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reçurent L'habit par les mains de messire Nicolas Gay, docteur en théologie, curé de ladite ville, avec une docte exhortation qui leur fut faite par messire Antoine de Vouldy, archiprêtre d'Anse et curé de Cogny, en présence de M. Me Claude Charreton, sieur de La Terrière, conseiller du roi, lieutenant général au bailliage, etc.

Or, en parlant de leur création x, il faut savoir qu'un des principaux articles de leurs statuts est de s'adonner aux exercices de charité, comme de visiter les malades, prisonniers et affligés, les assistant selon leur pouvoir, faire ensépulturer les morts, secourir les nécessiteux, prenant le soin des pauvres orphelins, et des pauvres garçons pour leur faire apprendre un métier, et des pauvres filles pour les marier ou mettre en religion, et assister en procession les criminels condamnés à la mort et les ensépulturer 2.

VIL Les religieuses Ursulines. — L'an 1632 et le samedi 17 avril, en l'Hôtel-de-Ville où étaient assemblés les habitants, leur fut proposé que les religieuses de Sainte-Ursule avaient fait entendre qu'elles faisaient une particulière profession d'enseigner les filles et qu'elles offraient de faire gratuitement, si on voulait leur permettre de s'établir en la ville, offrant de s'établir à leurs dépens et de recevoir pour religieuses celles de la ville qui se présenteraient, par préférence à toutes autres, à meilleure condition; ce qui leur ayant été accordé, à la charge aussi qu'elles ne demanderaient rien à la ville, tant pour achat de la place que pour les bâtiments et qu'elles enseigneraient gratuitement les filles de ladite ville, plusieurs autres dames religieuses de Lyon, comme de Sainte- Marie, de Sainte-Elisabeth et autres, désirant s'établir en cette ville sans qu'il en coûtât rien, l'affaire fut proposée au conseil de ville, le dimanche 14 novembre de la même année, sur quoi l'assemblée résolut que, puisqu'on avait accordé l'offre des Ursulines, elles seraient reçues à l'exclusion des autres, ce qui fut approuvé 3 par monseigneur le cardinal de Lyon qui agréa leur établissement.

VIII. Le monastère de la Visitation de Sainte-Marie. — Les dames 4 de Sainte-Marie étant venues en ville comme j'ai dit au chapitre des

1. L, T, C, B, J, V Hist. de Vil. : érection. — 2. V : ensevelir. — 3. L, T, C, V : accordé. — 4. L, T, C, B, V : de la Visitation étant.

Ursulines, et ayant demeuré un an dans la ville avant leur établissement, sans avoir demandé si la ville l'agréerait ou non et ayant fait plusieurs bâtiments et agencements, reçu quelque dix religieuses et fait tous actes de pleine et entière possession, acquis des jardins adjacents à leurs bâtiments, visité les maisons de la ville et usé de tout comme il leur avait semblé, sans que personne, tant en général qu'en particulier, leur eût donné ou porté aucun trouble ou empêchement, présentèrent requête en conseil de ville, le dimanche 21 août 1633, tendant à ce qu'il plut à l'assemblée agréer leur établissement et permettre qu'elles étendissent leur bâtiment de vingt et cinq pas du lieu où il est à présent, toujours en approchant des murs de la ville, et des autres côtés qu'il leur fût loisible de s'allonger ainsi que bon leur semblerait et faire des acquisitions convenables à leur institution, disant que, pour l'agrément requis, il en reviendrait trois utilités à la ville, en ce qu'elle en serait décorée, qu'elles prendraient les filles des habitants qui ne pourraient trouver mari sortable à leur condition pour deux mille francs, où étant elles se pourraient parangonner à leurs parents qui auraient cinquante mille écus de mariage. La troisième raison est que la reine le voulait et l'avait commandé ainsi de bouche au sieur lieutenant général et, par lettres du mois de juillet de l'année dernière, aux échevins de les recevoir absolument dans l'enclos de leur ville. Quant à l'étendue requise qu'elles remettraient en un lieu propre une rue contigue à leur couvent pour les allants et venants, sauf à désintéresser par elles le seigneur direct ', à condition que si, en temps de guerre, la nécessité obligeait de démolir leurdit monastère et bâtiments adjacents, ce serait à leur propre coût et dépens qu'elles le feraient rebâtir sans que la ville fût obligée d'y contribuer aucune chose, qu'elles ne feraient point d'acquisition que pour la construction et étendue du bâtiment de leurdit monastère et que le tout s'en ferait par l'avis de 2 MM. le lieutenant général, procureur du roi, et échevins; M. l'avocat de Phelines, qui était échevin, ayant fait cette proposition à l'assemblée, M. de la Terrière, lieutenant général, l'appuya par toutes les raisons susdites et dit de plus que Sa Majesté étant à Lyon, l'avait envoyé quérir exprès par un exempt, et lui avait commandé de dire aux offi-

1. Hist. de Vil. : les seigneurs directs. — 2. Hist. de Vil. : des sieurs.

ciers qu'elle voulait absolument qu'ils reçussent ces religieuses sans contredit et sans condition préjudiciable à leur règle, avec ordre de donner avis à Sa Majesté de ceux qui s'y opposeraient et de ce qui s'y passerait, autrement, qu'elle s'en prendrait à lui ', et les échevins ayant opiné (comme on dit) du bonnet, à suivre 2 entièrement son avis, il y en eut qui dirent qu'ils s'émerveillaient fort d'une telle proposition avec menaces qu'il n'était pas nécessaire de faire une telle demande, qu'elles s'étaient instituées elles-mêmes 5 sans en avoir parlé à personne, ni demandé conseil, avis ni consentement, et sans qu'elles eussent été troublées ni inquiétées, qu'elles s'étaient établies où elles avaient voulu, qu'on ne pouvait pas comprendre comme 4 elles demandaient l'agrément de la ville, après qu'elles avaient tout fait de leur tête, et qu'elles avaient fait toutes les fonctions d'un vrai établissement, et puisque telle était la volonté de la reine que la ville avait ignoré jusqu'alors, on ne prétendait leur donner aucun empêchement, ni désobéir aux volontés 5 de Sa Majesté non plus qu'on se souciait de leur établissement duquel on se serait bien passé.

Ce fut le résultat de l'assemblée ; depuis ce temps-là elles ont fort embelli la ville, ont fait un fort beau monastère et aussi bien 6 qu'il y en ait en France, leur église 7 surpasse en beauté et en gentillesse beaucoup des leurs que j'ai vues en plusieurs provinces de France; elle fut consacrée le dernier du mois de septembre 1656, par monseigneur Camille de Neufville, archevêque de Lyon, in honorem Virginis regimv martyr um 8.

IX. Le collège. — Il y a un collège qui était autrefois de quatre classes; mais comme il était trop proche de Lyon, de Mâcon, de Roanne et de Bourg, où les pères Jésuites ont des collèges, il a diminué de son ancienne splendeur, et est aujourd'hui réduit à deux classes, une pour les latins et une pour ceux qui apprennent à lire et à

1. VHist. de Vil. ajoute : etc. — 2. T, C, B, J, V : et suivi. — 3. L, T, C, B, J,

V : installées d'elles. — 4. L, T, C, B, J, V : à quelle fin au lieu de comme. — 5. J : aux ordres. — 6. Hist.de Vil. : aussi beau. — 7. Le ms. C porte en note : « L'église fut peinte à fresque quelques années après la fondation du monastère qui remonte à l'année 1632, par Dominique Bourbonio, peintre d'Italie fort célèbre; son ouvrage, qui conserve encore son premier éclat, passe pour un chef-d'œuvre. — 8. L, T, C, B,

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