DES PÉAGES DU PAYS DE BEAUJOLAIS
Sous le règne de Henri le Grand, il y eut une recherche des leides et péages, et des commissaires réformateurs établis par S. M. à la visite et réformation générale des gabelles, ponts, ports, passages et leides, et comme alors il fallut que M. le duc de Montpensier, dernier décédé, fît paraître ses titres et sa possession immémoriale par-devant eux, M. de la Noue, agent et faisant pour ledit seigneur, leur remontra quant aux péages de la principauté de Dombes, il en était souverain sans contredit et qu'il y pouvait établir soit par terre, soit par eau, tels péages et leides qu'il lui plaisait sans être obligé de faire paraître ses titres, vu que lesdits péages étaient mouvants du fief de sa souveraineté; néanmoins, pour mieux justifier ses droits, il remontra que, par transaction de l'an 1560, les pays de Beaujolais tant deçà que delà la rivière de Saône ayant été restitués et rendus aux prédécesseurs de S. A., au moyen de la succession à eux échue par le décès du connétable de Bourbon et d'Anne de France, avec leurs appartenances et dépendances, péages, prérogatives, exemptions, immunités, franchises, libertés, telles et semblables qu'en avaient joui ses prédécesseurs qui avaient tenu la principauté de Dombes de puissance souveraine et absolue, sans aucune reconnaissance ou devoir à puissance du monde; et le pays et baronnie de Beaujolais, à beaucoup près pareille, en titre si auguste que S. M. n'y aurait fait réserve que de la bouche et de la main, mouvant à directe du royaume.
Nonobstant toutes ces considérations, et sans préjudice de ses droits et autres fins déclinatoires que ledit sieur duc pouvait mettre en avant pour justifier n'être tenu à rendre aucun aveu de ses droits au roi, se
1. Dans les mss. L, T, ce chapitre est le VIIe, p. 58 du tome I, première partie ; le ms. T, tome I, p. 67; ms. C, p. 58 ; ms. V, p. 43.
mettant plus qu'en son devoir et par-dessus la raison qu'il devait à la conservation des prérogatives d'iceux et de sa grandeur, assuré de leur validité et juste appartenance, les voulut exposer volontiers au jugement de Sa Majesté et de ses commissaires, les affermissant davantage et rendant plus forts par les difficultés : qui pourraient surnaître que demeurant reclus en ses archives; il leur fit voir les titres du péage de Trévoux que ses prédécesseurs avaient levé de toute ancienneté sur toutes sortes de marchandises et denrées, passant et repassant sur et au long de la rivière de Saône, tant en descendant que montant, en la valeur, forme et manière mentionnées par les inventaires et registres du livre B, fol. 17, recto; et au livre général du cartulaire et registre des péages de Maçonnais, Bourgogne, Beaujolais et Lyonnais, cote G, fol. x, verso; et encore par un long état dudit péage, extrait sur l'original, attaché à un tableau en la maison d'Antoine Barel, fermier dudit péage par eau, et signé par Gaudet, notaire royal et commis du secrétaire de la Chambre et garde du trésor dudit seigneur duc, à Villefranche, cote C, en la jouissance duquel péage il n'avait jamais eu controverse, non plus qu'en celui de son château, ville, châtellenie et seigneurie de Thoissey, où il avait droit, faculté et coutume de ses prédécesseurs de lever, sur et au long de la rivière de Saône, sur toutes marchandises passant et repassant, comme il fit voir par trois inventaires et carcabeaux liés ensemble, coteD, E, F, commençant chacun en ces termes : « c'est la forme et manière de lever le péage par terre à Saint-Didierde-Chalaronne et ce que chacune chose doit », c'est à savoir que quiconque passe par la châtellenie de Thoissey doit péage, les denrées et le bétail sont confisqués au roi, et le marchand amendable envers le roi et ses officiers, sinon qu'ils déplient au marché dudit Thoissey, ce qui avait été fait du temps que Sa Majesté occupait le pays de Dombes sur le connétable de Bourbon qui était au service de l'Empereur, et il y a lettres, au trésor, d'une transaction en Guichard le Grand, sire de Beaujeu, du mercredi après la croix de septembre 1308, par laquelle Humbert, sire de Thoire et de Villars, remet, audit seigneur de Beaujeu, tout le droit qu'il pouvait avoir aux péages de Chardonne.
Le péage et port qui se lève au château de Beauregard fut encore prouvé par une possession immémoriale, par un vieux cartulaire coté