‹ Histoire du blason et science des armoiresChapitre 12 sur 39 · DES COULEURS OU ÉMAUX · texte numérisé non relu

DES COULEURS OU ÉMAUX

idées que je Tiens de leur faire eonnaltre, et ils

noiit pâs été sans saisir lapideiiieiit le iap|)orl intime qu'il y a entre le sens caché des émaux et le langage emUématique des fleurs. Tous connaissent cette manière délicate et ingénieuse d exprimer ses pensées, originaire de TOrient; et il n'est aucun de nous qui, en cueillant ces blanches marguerites dont les corolles argentées émaillent les verts tapis des préSf n'ait interrogé Toracle et écouté la réponse secrète; il n*est aucun de nous qui, en composant un bouquet de fleurs diversement colorées, n'ait attaché dans sa pensée un sens caché , n'ait prêté un langage mystérieux à ces roses charmantes, à ces élégants œillets, à ces pervenches aux calices bleus, dont les nuances variées et tranchantes se fondaient dans un tout d'une admirable harmonie. Et on ne peut croire que le caprice seul ait prêté à ces fleurs une langue qui est fixe comme la nature de Pobjet exprimé et commune à tous les peuples. La nature, en effet, possède une langue des idées qui, au moyen d'un petit nombre d'hiéroglyphes, peut exprimer les Images les plus diverses. Cette langue, émanée de Dieu , langue d'images et d'hiéroglyphes dont la Sagesse souveraine s'est servie dans toutes les révélations aux hommes , est aussi ancienne que le monde et intelligible à chacun, parce que la vue des mêmes objets fait naître dans l'esprit de chacun des sentiments de même nature. L'aspect d^un pays élevé et ouvert, dont les arbres chargés de fruits,, les plaines jaunissantes, les vertes prairies

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oou vertes de troupeaux paisibles, brillent aux rayons d*un pur soléll, excitera dans Tàme de Plroquols, comme dans celle du savant brahmine ou de l'Européen civilisé, des sentiments à peu près identiques, quoique leur langfue dût exprimer chaque oljet avec des sons bien différents. De tout temps et chez tous les peuples, certaines images ont eu un sens absolument semblable.

Les quatre animaux glorieux et tout couverts d'yeux, les sept lampes et le chandelier à sept branches, les deux oliviers et les autres figures de la même espèce n'ont-elles pas partout la même signification mystique ? Le royaume du bien n'est-il pas presque toujours figuré par un temple vaste et fermé? De grandes monarchies, de grands princes n'apparaissent-iis pas sous la forme d'animaux à proportions colossales et à cornes? Le tumulte des nations n'est-il pas symbolisé par le bruit de la mer ; la ruine universelle, la fin du monde, par un orage, un Irembleroent de terre; la retraite des bons , par une grosse écrevisse ; les précepteurs des peuples ne sont ils pas figurés par des astres; le royaume du mal, par une grande ville? Les chars armés en guerre et attelés de robustes chevaux, et ce cavalier envoyé pour parcourir et ravager la terre, ce livre, cette boite où, sôus la forme d'une femme , est refermée la force ennemie et rebelle, ne les trouve- t-on pas presque partout?

La nature, qui nous entoure, renfenneainsi près*

qu'à chaque pas un sens symbolique , et la langue

DES COULEURS OU ÉMAUX. Ul

fiatqrelie comspondante se retrouve chess un grand

nombre de peuples.

On a toiyours remarqué que parmi toutes les nations , et dans les temps les plus divers , eertains

animaux, cer Laines fleurs avaient une même signification , qui du reste n'avaient aucun rapport apparent avec les propriétés que nous leur connaissons. Tel est, par exemple, Palcyon des anciens, qui encore aujourd'hui, chez des nations à demi policées et sauvages » chez les Tartam et les Indous, aussi bien que chez les habitants de la mer du Sud , est ce qu il était autrefois, Toiseau de paix et de bonheur, calmant la mer et les orages. La langue ingénieuse des fleurs, qui est particulièrement familière aux peuples de rOrient, parait supposer au moins la possibilité d'une langue naturelle de cette espèce , quoique dans la pratique elle soit le plus souvent arbitraire et ne touche que rarement à la profonde signification des objets naturels. C'est ainsi, par exemple, que dans la langue figurée toute fleur semble pouvoir indifféremment exprimer une assemblée, Tœil jaloux d'un surveillant; qu'on songe, en eifet, aux significations multiples de la fleur de pensée en France et en Allemagne, et on se dira qu'il n'y a peut-être pas de nations qui n'aient de diverses manières employé de pareilles locutions arbitraires : mais si au contraire celte plante d'automne , dont les ileurs liliacées dans la saison où presque toutes les autres ont péri eouvrent encore nos prairies , et se flétrissent bientôt après sans avoir produit ni feuilles ni fruits ( il n'en

lit SUENCË UËRALDiQUE.

fmtt sur aette plante qtf aux premiers jours du prin*

temps suivanL ) ; si le colchmmi, dans la langue des (leurs, pris comme signe de rimmortaUté, comme symbole du désir humain qui« voué èn cette vie à une inquiétude constante, ne reçoit complète satisfaction qu'au printemps d'une existence supérieure ^ n'est-il pas sensible qu^une pareille interprétation tient au moins d'assez près à une intelligence plus vraie et plus profonde des choses?

§ XLVUi. — GoncluBion.

C'est en symbolisant ainsi tous les objets qui composent aujourd'hui les trésors du blason que les

anciens hérauts d'armes l'ont enrichi de cette merveilleuse variété de figures qui le composent; et si je me suis appesanti sur ce chapitre^ c'est pour faire voir qu'on pourrait avec du travail expliquer tous les mots du blason et retrouver le sens intime et mystérieux qui nous échappe. N'accusons donc point la science héraldique de s'être enveloppée comme à plaisir de termes obscurs et sans signification pour en imposer à la multitude; cherchons, au contraire, à en trouver la raison première , et l'on y peut parvenir par Tétude sérieuse du langage symbolique de la nature.

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