‹ Histoire du blason et science des armoiresChapitre 24 sur 39 · DES SOUVERAINETÉS, DIGNITÉS ET EMPLOIS · texte numérisé non relu

DES SOUVERAINETÉS, DIGNITÉS ET EMPLOIS

de gein» ès partie de France « et qui avait fait, mis et ordonné son siège à Gonllans sainte Honorine, dont coml)ien que la bataille cominençast en ia vailée« toute vole futreUe aehev^ en la inontaigiie en laquelle est à présent la tour de Montjoye, et là fut pris premièrement et nommé votre cry en armes , c'est assavoir Monljoye Saint -Denis. £t la révérence de cette victoire et de ce que ces armes Notre - Seigneur envoya du ciei par un angle , et demonstra à un herroite qui tenoit en ycelle vallée de costé une fontaine un hermitaige, en lui disant que il feist raser les armes de trois croissants que Clovis portail lors en son escu , et feist mettre en ce lieu les trois fleurs de lis « et en icdies se combatist , et il auroit victoire contre le roy Candat; lequel le révéla à la femme Clovis qui repairoit audit bermitaige et apportoit souvent audit hermite sa recréation , lesquelles les emporta et défai ;;i les croissants, et y meist les trois lleursde lis. En celle place fut fondé un liea de reli*. ffieux qui fu et encore est appelé Tabbaye de ^oye en Val , en laquelle Tescu de ces armes a longtemps esté en révérence de ce. »

§ XCVn. — Sens symbolique de ce nombre.

Cest de ce passage que plusieurs de nos historiena infèrent que Charles Y est le premier de nos rois qui ait réduit Técu de France à trois ileurs de lis , et non pas Charles VI , comme on favait dit communément jusqu'à ces derniers temps.

«SI SCIENCE HÉBALDIQUB.

Il fftilt eependant convenir que Raoul de Presles

lie dit point précisément que Charles V ail réduit les fleurs de lis sans nombre au nombre de trais; il dit seulement qui! porte les armes de trois fleurs de lis. Il dit même plus; il lait remonter ces trois Heurs de lis jusqu'au temps de Clovis et de Clotilde sa femme , laquelle, selon lui, substitua ces trois fleurs de lis aux prétendus li ois croissants. Tout ce (]iie ce passage peut prouver, c'est quecen est point Charles VI qui a fait la réduction des fleurs de lis à trois, puisque du temps de son père, (Charles V, elle était déjà en usajtçe.

Dans un sujet comme celui-ci on peut sans doute, au défaut de preuves décisives , se contenter des pré' somptions. Tl y en a , ee me semble, d^assez fortes en faveur du sentiment qui place sous Charles V la réduction des fleurs de lis, pour qu^on doive le préférer. C^est sous le règne de ce prince que Ton a coiumencé à regarder la lixation au nombre de trois comme un hommage et un acte de foi envers la trèssainte Trinité. Or cette pieuse pensée a dû nattre aussitôt que la chose même qui y a donné lieu : elle n'aurait pas échappé aux écrivains des siècles précédents. Je tire une seconde induction du soin qu^on eut de graver les trois lleurs de lis sur le calice que ' Charles Y donna à la Sa in te- Chapelle de Paris, sur le reliquaire d^argent qu'il donna de même au trésor

de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers, et sm une partie de sa vaisselle , comme on le voit dans Vbwmloire général de ses joyaux , qui est conservé à la Bibliothèque du Koi. J'ajoute que, dès Tannée 1559,

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Charles t ii^élanl encore que daopliin et r^ent du royâume, parut annoncer ta réforme quil méditait, par un mandement adressé aux généraux des monnaiies « portant ordre de faire fabriquer des blancs deniers à trois fleurs de lis.

g XCYIII. — Les Armes de Franoè.

Les armes de France étaient donc, avant qu'une révolution vint briser le glorieux blason illustré par tant de pieux et vaillants monarques , tm écu d*azur à trois fleurs de Us d'or, parti de N avance , (pù est de gueules aux ekqineê d*ar posées en croix en sautoir cl m orle, ehfermani ime émeraude m eeeur; Técu timbré d'un heaume ou casque d'or bordé, damasquiné « taré de front, et tout ouvert sans grilles, aux lambrequins d*or, d*azur et dé gueules» couvert d'une couroime d'or, garnie de huit autres fleurs de lis , le cercle enrichi de pierreries , et fermé par autant de* demi-cercles aboutissant à une double fleur de Ils d'or qui est le cimier de France; l'écu supporté par deux aiiges yétus dedalmatiques; aux armes, Tun à droite de France, Tautre à gauche de Navarre, tenant chacun une bannièie aux mêmes armes; le tout sous le pavillon royal , semé de France, fourré d'hermine, frangé d^or, comblé d^nne couronne comme la précédente, et sommé d'un pannonceau ondoyant attaché à une pique, portant le cri de guerre de Ciovis à Tolbiac, Mmljoye Saint^-Dems; Vécu entouré des ordres de Saint- Michel et du Saint-Esprit«

m SCIENCE héraldique:

.Les chaiiics de A'avarre furent prises pour blason pai' don Sanehe le Fort, après qu'il eut défait les Sarrasins le 16 juillet 4913. Le chef des Sarrasins âvail fait entourér son cani|) de cbaincs , que Sancbe força. Ces chaînes ont été longtemps suspendues aux mnrs des églises de Navarre.

§ XCIX. — Bluofl eitraordinaire.

Tel est le blason des rois de France. Mais j'en aï vu un tout différent, tout à fait extraordinaire fait pour François I^', sàrla couverture et le frontispice d'un manuscrit de la Bibliotiièque iloyale, où est cantonné , en marque d'un acte éclatant de bravoure de ce prince, un sanglier parmi les armoiries de ses ancêtres. Le lecteur me permettra de lui citer encore ce trait de gentillesse qui mérite d'autant plus d'être signalé que les historiens n*en ont pas parlé, et qu'au demeurant il montre mieux que ne foiil de pompeux discours comment ce vigoureux Valois savait bailler une estocade. L^ânecdoté nous est garantie par un vieux serviteur de la maison du roi , qui Ta consignée dans le livre que j'ai cité plus haut, et qui est dédié à François 1^' lui-même. Ce livre, qui fait partie des manuscrits delà Bibliothèque Royale, est remarquable, moins à cause des histoires qu'il ren ferme, que parce que, ayant été composé par un courtisan pour le roi son maître, Toffre en a cependant été gratuite et désintéressée. Du moins c'est ce que Tau* teur se plait à affirmer dans ce quatrain dédicatoire :

DES SOUVERAINETÉS, IMGlttTÉ$ ET EMPLOIS. 137

Vostre loyal serviteur et subget , • * Obéissant, vous envoyé ce eret ;

Dont nul avoir il ne quiert ne pourchasse.

Fors uDg petit de vostre booue grâce.

Le bonhomine s'appelait Nicole Sala. Il avait été varletde Louis XI et de Charles VIII , pannetier du dauphin Orland, maitre d^hotel de Louis XII. François, à son avènement, Payant trouvé vieux et caduc, lui donna sa retraite et l'envoya finir tranquillement ses jours dans son hètel de rAntiquaille à Lyon. En reconnaissance de ce bienfait, Nicole Sala, qui était quelque peu clerc, s'avisa de composer, malgré la goutte et la colique, un livre qui put servir ensemble à Tamusement et à la glorification de son jeune souverain. 11 a choisi pour thème /e.s hardiesses des grands rois et en^ereurs* Â Texempie des beaux écrivains de son jeune temps , il prend son début dans une apparition fantastique: quatre divines vierges viennent s^ébaltre et deviser sous son toîL On arriva à parler du beau François, de ses gestes & Marignan. Sur ce sujet les demoiselles sont intarissables. Les vers ( car elles parlent en vers ) leur pullulent à la bouche pour vous délayer les moindres détails dans le plus de mots posnible. C'est rampiiiication des on - dit du jour.

Uune vante fintrépidité du roi, qui lui a fait endosser hon armure fleurdelisée pour être mieux «connue de tous; l'autre raconte avec quelle dextérité il s'est débarrassé par trois coups de taille de sept Suisses

m SCIEIICE héràlokiuk.

qui l^ntouraieol à on moment. Une autre lui met dans la bouche un discours semblable à celui qu^au dire de quelques-uns le roi Phiiippe-Âuguste tint avant la journée de Bouvines ;

GbeTsIien et sergeiB,

Escoutei tous ce que je Youldray dire; Si vous foyez qu*jl y ait à redire DesBUB mon corps œ jour en la bataille.

Et que Teatoc de mon épée et taille Ni ma dextre n'eraploye son déb? olr.

Si Yous pouves eecy appareeiroir, La couronne me soit du cbief ostée Et i aultre plus digne présentée.

Suivent les louanges de Louise de Savoie, toujours inséparables de celles de son fils dans les panégyriq u es

de ce temps-là; après quoi Nicole Sala est mis en demeure par ses visiteuses de raconter quelque chose à son tour. Il aceepte volontiers la partie, mais en iian ateur impitoyable; car, ayant commencé son récit par le combat de David et de Goliath , il le continue, en suivant Tordre des temps, jusqu^à Taetion qu^on va lire, laquelle eut Heu le 26 mai 1j1 ii.

§ G. — Combat de François I*' contre uo sanglier.

« Ce fut au temps que le Leau roi François fit le mariage du gentil duc de Lorraine et de M"^ Renée de Bourbon. En ces noces il ne vous faut demander quelle compagnie y fut, car Je vous peux bien

DES SOUVERAlNtlÉS, DIGNITÉS ET EMPLOIS. tlf ■

dire qu'elle pouvait élre coniparéeaux assemblées qui jadis se réunissaient en Thètel du bon roi Artus, cai^

tant y eut à cette fois de princes, princesses, dames et demoiselles, chevaliers et gentilshommes, que tout le ehàteau d^Amboise en fut plein. Le roi , qui sans cesse ne faisait que penser coiainent il pourrait de jour eu jour donner plaisir à cette brillante société, s'avisa , entre autres passe-temps^ d^envoyer ses veneur> en la forètd'Amboîse, lunir là trouver le moyen de prendre » à force de cordes , quelque vert sanglier de quatre ans et ic lui amener tout vif. Ce qu'il commanda fut fait; car nn sanglier tel qu'il avait devisé lut pris et mis dedans un grand colïre fait de gros barreaux de chêne, bien bandé de fer, propice i ce métier; et après avoir le trappon du coffre bien fermé, fut mis sur un char et traîné jusque dans la cour dudit château.

« Le roy , qui moult désirait de le combattre en ee lieu corps à corps devant les dames , en fut détourné par les prières de la reine et de madame la régente sa mère. Si s^en départit par amour d^elles, et pensa alors qu'il ferait attacher des fantômes à cordes au milieu de cette cour, pour voir comme cette furieuse bète les assaillirait de prime vue. Sa bauge était faite en un coin, toute couverte de branches et feuilles.

« Or il y avait à Fentour de la cour du château des

galeries basses et hautes, et qualre escaliei^s par où on enti'ait et montait aux galeries. Tous ces passages étaient très-bien bouchés de gros bahuts, coffres et

M SCiENCE HëBAL01QU£.

autreg choses, pour empèeher le satif^er d'entrer dans

les galeries, qui él aient si pleines de gens que les uns montaient 8ar les autres. Le roi, qui s'était placé sur la galerie située entre le portail et les chambres de la reine, qui étaient presque (ievaiit le puits , devisant avec ses geatilshommes, attendait que les dames fussent placées -et arrangées de manière à voir tout à leur aise, et que le moment propice fût venu de ^commander que la trappe fût iiaussée et qu'on jetât le sanglier hors , pour s*amuser de ses escarmouches.

« Le roi donc, voyant son point, lit signe à ceux qui en étaient chargés de hausser la trappe pour livrer passage à la méchante bète, ce qui lut aussitôt exécuté. Si en sortit hors très-furieusemeuL le sanglier hérissé, et faisant claquer ses défenses comme un forgeron son marteau sur Fenclume. Aux fantômes s'en vint de course , et avec sa grande dent les commença , & déchirer, et les faisait tournoyer çà et là autour des cordes , quHl semblait que ce fussent saltimbanques , joueurs de souplesses. Cette mauvaise bète s'amusa quelque temps après ces fantômes.

« Ceux qui étaient aux galeries basses lui crlaioit après, l'excitaient, et il revenait à eux de course, mais il ne pouvait jaillir si haut. Il allait tournoyant tout autour, une fois au trot , autrefois au cours, et tant vira par céans, qu'il vit à l'entrée de l'escalier qui était auprès du portail une brèche mal bouchée pour il lui fut lûen avis quil passerait. Si vint heurter d^un grand élan à cette entrée , si fort qu'il renversa

DES SOliVEHAlNETES. OIGNITES ET EMPLOIS. %k\

les deux coffres qui bouchaient le passage : tellement

qa il entra aux premières galerie.

« 11 ne faut demander si ceux furent épouvan t és qui céans étaient, lis se essaient de reculer» mais ils ne peuvent pour la presse qui était si grande. Les uns se prirent à monter sur la balustrade des galeries et embrassaient les piliers pour se jeter en la cour, si besoin eût été. Et ne se faut point émerveiller si Ton y devaii avoir peur, car ils n'avaient nuls bâtons propices à eux deffendre d'une si cruelle béte, avec cela que l'un eût empêché Pautre. Toutefois le sanglier ne vint point à eux, aiiis s'en vint monter Tescalier dudit portail. Si prend sou chemin droit où était le roi, lequel se fût bien jeté dedans la chambre de la reine s'il lui eût plu ; mais il ne daigna , aiiis fit reculera son dos tous ceux qui en sa compagnie étaient , et voulut attendre le sanglier tout seul pour voir ce qu'il allait faire; mais ce fut avec une aussi grande assurance que s il eût vu venir à lui une demoiselle. Ne demandes pas en quelle frayeur fut lors la reine et madame la régente, voire toute la compagnie, qui en tel péril voyaient le roi. Nul nosait enfreindre son commandement de se mettre entre deux, corn* bien que dnq on six de ses gentilshommes le voulussent faire; mais il ne le souffrit. Le sanglier d'entrée venait à lui tout le pas. Le roi, qui janmis n^était sans une bonne forte épée tranchante et poignante ceinte à son côté, y mil la main, si la tire. Quand le sanglier se voit approché de lui environ la longueur de deux toises, si s^emprdnt de grant

. «t SaBMCB HÉRALDIQUE.

vivelé ^our lui cuider donner de sa dent parmi la caisse et lui faire une plaie mortelle* Mais le roi, qui est hardi et assuré, s'avance un demi-pas, et de cette bonne épée qu'il tient au poing, lui donne de pointe en Tescu (jmiroU) par une si grande force, qui! la lai passa toute au travers du corps. Le sanglier, se vQyant atteint, laissa le roi et s'en va descendre par Tautre escalier qui était devant le puits, et marcha dans la cour environ cinq ou six pas, pois tomba mort. Vous ne sauriez pas croire la joie que la reine et Madame eurent quand elles virent le roi eschappé de ce péril.

« Soyez sùrcs, mes dames, que de toutes les contenances hardies que je vis oncques, ce fut celle du gentil roi François ; et ce que je vous ai dit, je vis à l'œil, et ne croi point que oncques hardiesse de roi fut plus gaillardement éprouvée que celle fut. »

§ CI. — Grands dignitaires.

Les princes souverains, les archiducs, lesélecteurs

de l'Empire portaient un bonnet d^écarlate rebrassé d'hermine et couronné de diadèmes, enrichi de perles, supportant un globe impérial surmonté de la croix; les doges de Venise, un bonnet de toile dVir dont la forme était un cône irrégulier, ayant le sommet arrondi et transposé vers le bord postérieur.

La première dignité de France après le roi était celle de connétable. Les signes extérieurs étaient deux mains droites armées ou dextrochères , sortant

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