‹ Histoire du blason et science des armoiriesChapitre 15 sur 48 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

FIGURES ARTIFICIELLES

8 LXIV. — Leur variété.

On nomme figures artificielles celles qui sont empruntées à la religion, à la vie profane, à la guerre , à la chasse, aux arts, aux sciences et aux métiers.

La religion fournit les calices, les crosses, les chapelets, les encensoirs, etc.

Les chapelets forment l’ornement extérieur de l’écu des abbesses, des commandeurs et chevaliers de Malte, des commandeurs et chevaliers de Saint- Lazare , etc.

Les crosses, marques d’autorité pastorale, représentent un bâton d'argent ou d’or, fleuronné en haut dans la partie courbe; ils forment l’ornement extérieur de l’écu d’un évêque, d’un abbé commendataire ou d’une abbesse.

FIGURES ARTIFICIELLES. 153

La crosse est une marque de juridiction ecclésiastique.

Les évêques portent la mire sur leurs armoiries à dextre, et la crosse à senestre, tournée en dehors.

Les abbés et les abbesses portent leur crosse tournée en dedans, parce que leur juridiction n’est que dans le cloître.

La vie profane fournit à l’art héraldique les sceptres, les couronnes, les diamants, les pierres précieuses, les bâtons, les vêtements, les ustensiles domestiques, etc.

Les bétons pommetés et fleurdelisés se placent en nombre, dans la position des rais d’une roue; et on les nomme rais d’escarboucle quand une pierre précieuse charge le point central de départ.

Les vêtements peuvent être frangés, houppés , doublés, rebruscés, brodés. Il y a la manche mal taillée, manche d’habit de forme bizarre, le bonnet albanais et le chapeau antique, en pyramide et à bords retroussés; le chaperon ou capuchon ; les houssettes, bottines éperonnées qui se voient quelquefois au nombre de trois, et placées en rais de manière que chaque pied converge vers une extrémité de l’écu ; la cornière est une seule anse d’un vase. |

La guerre fournit pour le moyen âge les bannières, guidons, pennons, les épées, les badelaires, ou épées courtes, larges et recourbées ; les dards, les lances, les haches de tête, le schausses-trapes, les hallebardes, les arcs, les flèches, etc.; et pour les temps modernes, les canons, les obus, les bou-

lets, les bombes, les fusils, les drapeaux, etc., etc.

La bouterolle est le bout du fourreau d’une badelaire, et l’otelle le bout d’un fer de pique.

La flèche sur la corde est encochée, et si l'émail de ses pennons diffère de celui de son bord, elle est empennée; émoussée, lorsque le fer n’a pas de pointe et parait coupé.

Les moleltes d’éperon sont fréquentes dans les armoiries; elles représentent celles des anciens chevaliers; l'usage en est venu de ce que les rois faisaient mettre des éperons aux gentilshommes et écuyers qu'ils armaient chevaliers; les molettes sont percées à leur centre, afin de ne pas être confondues avec les étoiles.

Les fermaux sont des boucles de baudriers; les vires sont des anneaux à cercles concentriques.

La chasse fournit les cors; les huchets, espèce de cor de chasse, et les couples de chiens, bâton à double attache. Les cors et huchets sont enguichés de tel ou tel émail à leur embouchure, et virolés de tel ou tel autre aux cercles qui les entourent. Ils sont liés quand un cordon les retient.

La navigation offre des vaisseaux équipés ou habillés, quand ils ont des agrès; arrélés, quand ils n'ont ni voiles, ni mâts; les voiles sont enflées ou en poupe. Le bois des ancres s'appelle irabe, la tige stangue, les càbles gumènes.

On emprunte à l'architecture les chéteaux maçonnés de tel ou tel émail, les tours donjonnées ou sommées d’un certain nombre de tourelles, les tours

FIGURES ARTIFICIELLES. 155 crénelées. Les châteaux sont ajourés quand les fenétres sont émaillées d’un autre émail que celui du bâtiment; grillés, quand les portes et fenêtres paraissent être closes. Les tours peuvent être carrées, couvertes, giroueltées. Les herses aussi figurent sur les écus. Le bris est le fer destiné à soutenir les portes. Un bâtiment qui change d’émail pour son toit est essoré. La muraille en pointe formée de carreaux et de montants est pignonnée. Le pan de muraille joint à une tour est un avant-mur.

Les arts et métiers fournissent les instruments de musique et de travail; les roues d'horloge sont crénelées et n'ont qu’une croisée au lieu de rayons.

La roue dite Sainte-Catherine est garnie de pointes.

La pince dont on se sert pour comprimer le nez des chevaux difficiles à ferrer est une broie ou moraille.

On voit aussi sur des écus des hies, masse pour paver; des cloches, des tambours, des selles, des échelles, des marmites, des grelots, etc. Une cloche changeant d'émail pour son battant est bataillée. Un roc est la tour au jeu d'échecs; on le dessine en forme d’Y, mais avec les branches recourbées; les clefs sont fréquemment employées dans la composition des armoiries.

La clef est l’hiéroglyphe de la sûreté; elle désigne aussi la soumission, puisqu’aux prises des villes et places fortes les gouverneurs ét officiers municipaux en apportent au vainqueur.

Page 1