FIGURES CHIMÉRIQUES
8 LXV. — Les créations des Poëtes et des Peintres.
Les figures chimériques sont des créations de l'imagination.
La harpie, dans l’art héraldique, a la tête et la poitrine d’une jeune fille et le reste du corps semblable à celui d’un aïgle vu de front et les ailes étendues : suivant la fable, les harpies avaient un corps de vautour, le visage d’une vieille femme, des mamelles pendantes, des mains armées de griffes. Les vices ont été personnifiés en poésie, en peinture et en sculpture, par les harpies.
Le centaure conserve ses formes mythologiques bien connues, moitié homme et moitié cheval.
L’hydre est une espèce de dragon qui parait, dans l'écu, de profil avec sept têtes, la plus basse pendante à un seul filament.
FIGURES CHIMÉRIQUES. 187 Les poëtes ont feint que l’hydre avait sept têtes, et qu’à mesure qu'on en coupait une il en croissait une autre; ils disent que la défaite de ce monstre fut le plus glorieux des travaux d'Hercule, parce qu’il le vainquit avec beaucoup de peine; les nobles peuvent lavoir introduit dans leurs armes après s'être distingués par des. actions d'éclat, malgré bien des obstacles.
Le griffon, animal fabuleux, est moitié aigle, moitié lion; il est l’hiéroglyphe de la vitesse jointe a la force; les anciens croyaient qu'il veillait à la garde des trésors.
Le dragon, de profil, a des pattes de griffon sur lesquelles il se repose; sa langue ressemble à un dard. Il a des ailes qui imitent celles des chauvessouris, et le reste du corps est terminé en queue de poisson.
Les poëtes attribuent aux dragons la garde des choses précieuses et des trésors; ils disent que c'était un dragon qui avait la garde du jardin des Hespérides; un autre dragon gardait la Toison d'Or; ce qui signifie métaphoriquement que ce jardin et cette toison étaient confiés à des hommes vaillants et vigilants.
La sirène est un monstre marin, moitié fille, moitié poisson; elle tient de la main dextre un miroir à manche, et de la main senestre un peigne.
Les sirènes étaient, selon la fable, trois filles du fleuve Achéloüs et de la muse Calliope; on les nommait Parthénope, Ligée et Leucosie; le nombre
el le nom de ces trois sœurs signifient la triple volupté des sens: l'amour, la musique et le vin.
On voit peu de sirènes dans les armoiries; elles servent quelquefois de tenants aux écus.
La Mélusine est une sirène posée dans une cuve; c'est le blason de la noble maison de Lusignan. La belle Mélusine était condamnée à être moitié serpent tous les samedis, et fée les autres jours, à moins qu’un chevalier ne consentit à l’épouser en renoncant à la voir le samedi. Raimondin, comte de Forez, ayant trouvé Mélusine dans un bois, en fit sa femme; elle eut plusieurs enfants, entre autres un fils qui avait un œil rouge et un œil bleu. Mélusine bâtit le château de Lusignan. Mais enfin Raïimondin s'étant mis en tête de voir sa femme un samedi lorsqu'elle était demi-serpent, elle s’envola par une fenêtre, et elle demeurera fée jusqu’au jour du jugement dernier. Lorsque le manoir de Lusignan change de maitre, ou qu’il doit mourir quelqu'un de la famille seigneuriale, Mélusine paraît trois jours sur les tours du château et pousse de grands cris. Tels étaient la Psyché du moyen âge , et ce château de Lusignan que Charles - Quint admira et dont Brantôme déplora la ruine.
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