CHAPITRE XI
$ LXVI. — Les Armoiries extérieures.
Les ornements extérieurs qui accompagnent ou qui entourent l’écu ont été inventés pour désigner la naissance, la dignité, les emplois des personnages qui les portent.
Les ornements de l’écu sont en usage pour les ecclésiastiques comme pour les laïcs; les principaux sont au nombre de dix :
1° Les couronnes et chapeaux ;
2° Les casques ;
9° Les bourrelets ;
4° Les lambrequins ;
0 Le cimier ;
6° Les tenants ou supports ;
70 Le manteau ;
8° La cordelière ; Je La devise :
10° Le cri de guerre.
$ LXVII. — Les Couronnes.
Les couronnes sont les insignes de la souveraineté et de la noblesse.
La couronne papale ayant le double emblème du ‘ pouvoir spirituel et du pouvoir temporel est la première entre les couronnes de souveraineté.
L’écu armorial des papes est timbré (surmonté) d’une tiare faite de trois couronnes dont elle est
cerclée; d’un bonnet rond élevé, orné d'un globe cintré et surmonté d’une croix d'argent; derrière l'écu sont deux clefs passées en sautoir, l'une d’or, l'autre d'argent, liées d'azur, chargées de croiselles de sable, et la croix triplée posée en pal: pas de manteau , pas de pavillon, pas de supports et de tenants, les armes du saint-pèré n'étant pas armes de tournoi. La tiare indique la dignité papale : on
DES ORNEMENTS EXTÉRIEURS DE L'ÉCU. 161 dit qu’elle est entrée dans cette armoirie, parce que Clovis, qui ne voulut pas recevoir une tiare que lui avait envoyée l'empereur, en fit don au pape, en reconnaissance de ce que son pouvoir royal lui venait de Dieu. Saint Benoit XII y a ajouté les trois couronnes. La tiare papale prend aussi le nom de règne, et les trois couronnes signifient triple royauté sur l'Église universelle, souffrante, militante, triomphante. Les deux clefs rappellent celles que le Seigneur donna à saint Pierre.
Les cardinaux timbrent leur écusson d’un chapeau de gueules, garni de cordons de soie de gueules entrelacés en losange avec cinq rangs de houppes qui varient en nombre et font en tout, pour chaque cordon, quinze de chaque côté. Îls posent une croix en pal derrière l’écu de leurs armes particulières.
Innocent IV, Génois, de la maison de Fiesque de Lavagne, introduisit l'usage des chapeaux rouges à Rome dans les cérémonies, vers lan 1250: mais on ne les a mis sur les armes d'Italie que depuis Pan 4300. | |
- Cet usage n’a commencé en France que vers l'an 1500.
Le P. Menestrier ( Origine des armoiries, p. 143) dit que c’est Tristan de Salazar, Espagnol, archevêque de Sens, qui paraît l'y avoir introduit; il lit sculpter ses armes en plusieurs endroits de sa métropole, et à Paris à l’hôtel qu'il fit bâtir, quartier Saint-Paul : cet archevèque vivait en 1510.
Les cardinaux ont pris le chapeau et la couleur
rouge en leur habit, afin de faire voir qu'ils sont prêts à verser leur sang pour la foi.
L’archevêque primat timbre son écu d'un chapeau sinople avec quatre rangs de houppes; l’archevèque porte la croix simple en pal derrière l’écu.
L'évêque a son écu sommé de la mitre posée de front à dextre et à sencstre; sa crosse parait tournée en dehors.
Le chapeau vert de lépiscopat est la marque de
ses franchises et exemptions de droits.
Les abbés, ainsi que les protonotaires de l'Église, portent la mitre et la crosse tournée à gauche sous le chapeau, qui est de sable et se termine par deux houppes.
Les abbesses portent l’écu en losange comme filles, entourée d’un chapelet ou patenôtre de sable, à la crosse abbatiale passée en pal par derrière et tournée à gauche comme les abbés.
La couleur noire est portée par les abbés et abbesses en témoignage de leur modestie et de leur renonciation aux vanités mondaines.
En effet, il faut observer que l'usage des armoiries était totalement interdit aux religieux et religieuses de tout ordre à partir de la prononciation des vœux. Le pontifical romain, au cérémonial de réception, conforme en cela à Pesprit de l'Évangile, ordonnait de mettre en lieu évident les armoiries du postulant ou de la postulante, ainsi qu'on le faisait pour certains autres objets qui étaient également considérés comme les emblèmes des honneurs mondains, auxquels il fallait renoncer pour se consacrer aux austérités du cloitre.
L'empereur, qui était dans la hiérarchie Lemporelle ce qu'était le pape dans la hiérarchie spirituelle, portait une couronne dont les détails de forme subi. rent. beaucoup de variations, mais qui était en général
une sorte de mitre à la persane, offrant au milieu un diadème que soutient un globe d'or, surmonté d’une croix du. même métal.
La couronne royale de France se compose d’un cercle d'or, enrichi de pierres précieuses et bordé de fleurs de lis d’or. François Ier, pour ne pas rester. en arrière de son voisin Henri VIIT, qui venait de prendre la couronne fermée, ajouta, disent les historiens, les diadèmes d’or ou branches recourbées qui viennent se réunir au pied d’une double fleur de lis, qui est le cimier de France.
sait, dauphins du Viennois depuis Philippe VI, por-
taient une couronne bordée de fleurs de lis entremêlées de dauphins qui la fermaient.
La couronne des fils de France, enfants puinés du roi, était ouverte, et il n’y avait sur le cercle enrichi de pierreries qu’un rehaussement de fleurs de lis. Celle des princes du sang fut d’abord rehaussée de quatre fleurs de lis et de quatre fleurons placés alternativement ; plus tard les fleurons furent remplacés par des fleurs de lis.
[a couronne de Napoléon était un cercle d’or enrichi de pierreries , relevé de six fleurons d’où partaient six demi-cercles aboutissant à un globe cerclé et sommé d’une croix. L'aigle impérial occupait les intervalles des six demi-cercles. (Couronne de droite. )
La couronne du roi des Français est un cercle d’or enrichi de pierreries . couvert de huit hauts fleurons d'où sortent huit demi-cercles qui aboutissent à un
globe d'or cerclé et sommé d’une croix en or. ( Couronne de gauche.)
La couronne de duc est un cercle d’or enrichi de
DES ORNEMENTS EXTÉRIEURS DE L'ÉCU. 167 pierres précieuses et rehaussé de huit fleurons fendus
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en feuilles d’ache. Celle de duc, prince, ou de maison princière, ressemble à la précédente, mais se pose sur une toque de velours de gueules terminée par une perle, une houppe, une croix.