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ORIGINE DU BLASON AU MOYEN AGE

8 IX. — Origine réelle des Armoiries.

Ïl est bien évident maintenant pour nous qué la plupart des auteurs qui ont écrit sur les armoiries en général , n’en ont fait remonter l'origine jusqu’à l'antiquité la plus reculée que parce qu'ils les ont confondues avec les images symboliques, qui, dès les premiers temps, furent employées dans les enseignes militaires des nations et dans l'armure des guerriers. On convient aujourd’hui qu’à les considérer précisément comme des marques héréditaires de noblesse et de dignité, l'usage n’en saurait étre plus ancien que le xi1° siècle.

Mais quelle circonstance a donné naissance à l’art héraldique ? à quelle institution se rattache l’origine réelle des armoiries ? Ici la question se complique, et les critiques se divisent.

Les uns en rapportent l’origine aux tournois, où ceux qui se présentaient pour entrer en lice prouvaient la noblesse de leur extraction par l’écu de leurs armes ; les autres prétendent que les armoiries furent introduites à l’occasion des croisades , où la différence des bannières servit à distinguer les chevaliers et à faciliter le ralliement de leurs vassaux ; d’autres, enfin, ne veulent les rattacher ni à la chevalerie, ni à la fréquence des tournois et des pas d'armes, mais bien au désir qu’eut alors la noblesse issue de l'aristocratie créée par les fiefs, de se distinguer de la nouvelle par des témoignages d'une grandeur de race. Le partage rapide des patrimoines (1068 à 1074) forçait le gentilhomme à se contenter d’une portion de terre bien plus petite qu'autrefois. Les bourgeois acquéraient des richesses nouvelles par le commerce, par l'industrie ; les conditions semblaient plus rapprochées, et les nobles, envieux de l'élévation de ces parvenus, cherchèrent à se séparer d'eux par des barrières artificielles. :

En effet, dans les siècles précédents, la noblesse n'avait été autre chose que lexercice actuel d'un pouvoir nécessairement attaché à l'étendue des possessions territoriales. Celui-là était noble ou notable qui attirait sur lui les regards de tous par le nombre de ses serfs ou de ses créatures, par le vaste espace que couvraient ses domaines ; mais lorsque les nobles furent assez multipliés et souvent assez pauvres pour n'avoir plus rien de notable, ils désirèrent d'autant plus vivement de se distinguer du reste de

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 87 leuts concitoyens par quelque chose qui fût tout à eux, quelque chose qu'ils ne pussent eux-mêmes communiquer et qui les signalàt comme une race étrangère au milieu du reste du peuple. L’attention scrupuleuse aux généalogies et à la pureté du sang commença donc vers cette époque. Auparavant on avait reconnu pour nobles tous ceux qu'on voyait puissants et riches, tandis que, dès le milieu du xr° siècle, la naissance constitua seule la noblesse, à l'exclusion de la richesse et du pouvoir.

La distinction des races, la pureté du sang ne sont point des notions sur lesquelles on puisse insister quand on ne garde aucun souvenir de famille, et l'étude des généalogies est nécessairement liée avec une certaine étude historique et littéraire. Avec le x1° siècle, on commença à vouloir savoir ce qu’avaient fait les ancêtres de chaque famille, non point, il est vrai, pour s’instruire par leur exemple, mais pour s’en enorgueillir. On attacha aux événements passés une importance qu'ils n'avaient point eue encore, parce qu'ils devinrent la cause des grandeurs présentes, et l’on comprit qu'il pouvait y avoir pour le gentilhomme quelque avantage à savoir lire. ne fût-ce que pour connaitre les titres et toutes les alliances de sa maison.

Ainsi, voilà, de compte fait, trois opinions sur l'origine des armoiries, et vous êtes fort embarrassés pour savoir laquelle doit être préférée, car toutes les trois sont spécieuses et offrent un égal caractère de vraisemblance; mais remarquez,

d’abord , que cette divergence est moins réelle qu’apparente, en ce que ces sentiments ne différent que par la circonstance qui donna lieu à l'établissement de l'institution dont nous nous occupons, et s'accordent, à peu de chose près, quant au temps qui la vit naître. Pour moi, si vous êtes curieux de savoir ce que j'en pense, et à quel parti je me suis arrêté, je vous dirai tout d’abord que je ne crois pas qu'isolément aucune de ces opinions ait un fondement solide ; je suis d'avis qu’il faut admettre ensemble les trois opinions, qui, séparées, ne peuvent nous donner complétement l’origine que nous cherchons. Mais pour mieux vous faire comprendre ce point, je crois qu'il nous importe de jeter un rapide coup d'œil en arrière, d'examiner comment s’est formée la noblesse, la chevalerie, car c’est à ce corps indubitablement que se rattache le blason ; que la première manifestation ait eu lieu, soit aux tournois, soit aux croisades, comme, en tout cas, ce n'est qu’une conséquence, qu’un corollaire, pour bien apprécier l’œuvre en elle-même, il faut remonter au principe des choses.

$S X. — La Noblesse.

Dans l'origine , l'égalité régnait parmi les Francs ; leurs dignités militaires étaient électives. Le chef ou le roi se donnait des fidèles ou compagnons, des leudes ou antrustions. Ce titre de leude était personnel ; l’hérédité en tout était inconnue. Le leude

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 89 se trouvait de droit membre du grand conseil national et de l’espèce de cour d'appel de justice que le roi présidait : je me sers des locutions modernes pour me faire comprendre.

Cette première noblesse des Francs, si c'était une noblesse, périt en grande partie à la bataille de Fontenai. D’autres chefs francs prirent la place de ces premiers chefs, usurpèrent ou reçurent en don les provinces et les châteaux confiés à leur garde: de cette seconde noblesse franque personnelle sortit la première noblesse française héréditaire.

Celle-ci, selon la qualité et l'importance des fiefs, se divisa en quatre branches : 4° les grands vassaux de la couronne et les autres seigneurs qui, sans être au nombre des grands vassaux, possédaient des fiefs à grande mouvance ; 2° les possesseurs de fiefs de bannière; 3° les possesseurs de fiefs de haubert; Lo les possesseurs de fiefs de simples écuyers.

De là quatre degrés de noblesse : noblesse de sang royal, haute noblesse, noblesse ordinaire, noblesse par anoblissement. |

Les noms des nobles dans les premiers temps n'étaient point héréditaires, quoique le sang, le privilége et la propriété le fussent déjà. On voit dans la loi salique que les parents s’assemblaient dans la neuvième nuit pour donner un nom à lenfant nouveau-né. Bernard le Danois fut père de Torfe, père de Turchtil, père d’Anchtil, père de Robert d’Harcourt : le nom héréditaire ne parait ici qu’à la cinquième génération.

Les armes conféraient la noblesse, la noblesse se perdait par la lâcheté ; elle dormait seulement quand le noble exerçait une profession roturière non dégradante ; quelques charges la communiquaient ; mais la haute charge même de chancelier resta longtemps en roture. Dans certaines provinces le ventre anoblissait, C'est-à-dire que la noblesse était transmise par la mère.

Les nobles prirent des titres selon la qualité de leurs fiefs ( ces titres, à l’exception de ceux de baron et de marquis, étaient d'origine romaine ); ils furent ducs, barons, marquis, comtes, vicomtes, vidames, chevaliers, quand ils possédèrent des duchés, des marquisats, des comtés, des vicomtés, des baronies. Quelques titres appartenaient à des noms sans être inhérents à des fiefs, cas extrêmement rare.

Les nobles se distinguèrent plus tard, comme nous le verrons tout à l'heure, par leurs armoiries, qui élevèrent une barrière infranchissable entre eux et les vilains. Ils portaient aussi, bien antérieurement, un oiseau sur le poing, même en voyage et au combat. Lorsque les Normands assaillirent Paris sous le roi Eudes, les Francs qui défendaient le petit pont, ne l'espérant pas pouvoir garder, donnèrent la liberté à leurs faucons. Le faucon devint ensuite un emblème héraldique. Les tournois, dont nous parlerons bientôt, dans les villes, les chasses dans les châteaux , étaient les principaux amusements de Ja noblesse.

8 XI. — La Chevalerie.

On ne se peut faire une idée de la fierté qu'imprima au caractère le régime féodal : le plus mince aleutier s’estimait à légal d'un roi. L'empereur Frédéric [°" traversait la ville de Thongue; le baron de Kreukingen, seigneur du lieu, ne se leva pas devant lui, et remua seulement son chaperon en signe de courtoisie. Cette fierté contribua surtout à la création de l’art héraldique , par l’ardeur avec laquelle les nobles adoptèrent des emblèmes si propres à maintenir leurs prérogatives et à tracer des barrières artificielles entre eux et les vilains. De là naquit encore ce sentiment de fidélité qui donna naissance à l’honneur des temps modernes. Trahir sa parole, c'eût été souiller son blason ; aussi la foi donnée et recue est-elle la base de la société tout entière : plutôt périr mille fois que de forfaire à son serment. Un chevalier du nord tombe sous son ennemi; le vainqueur, manquant d’armes pour achever sa victoire, convient avec le vaincu qu'’il'ira chercher son épée ; le vaincu demeure religieusement dans la mème attitude jusqu’à ce que le vainqueur revienne l'égorger : voilà l'honneur, premier-né de la société barbare. |

La noblesse une fois ainsi constituée par l’hérédité des fiefs et l'introduction des noms de famille, une autre institution, mère des arinoiries , la chevalerie,

prit naissance. Cependant, bien qu'on n’en place l'origine qu’au x° ou xi° siècle, comme la noblesse elle-même elle avait ses racines dans les âges précédents. Elle naquit du mélange des nations arabes et des peuples septentrionaux, lorsque les deux grandes invasions du nord et du midi se heurtèrent sur les rivages de la Sicile, de l'Italie, de l'Espagne, de la Provence, et dans le centre de la Gaule.

Le caractère de la chevalerie se forma parmi nous de la nature sentimentale et fidèle du Teuton , et de la nature galante et merveilleuse du Maure, l’une et l'autre nature pénétrées de Pesprit et enveloppées de la forme du christianisme. L'opinion exaltée qui a tant contribué à l'émancipation du sexe féminin chez les nations modernes, nous vient des barbares du Nord; les Germains reconnaissaient dans les femmes quelque chose de divin. La mythologie de l’'Edda et les poésies des Scaldes décèlent le mème enthousiasme chez les Scandinaves ; jusqu’au soleil, dans ces poésies, est une femme, la brillante Sunna. Les lois gardent ces impressions délicates : quiconque a coupé la chevelure d’une jeune fille est condamné à payer soixante-deux sous d’or et demi ; l’ingénu qui a pressé la main ou le doigt d'une femme de condition libre est frappé d’une amende de quinze sous d’or, de trente s’il lui a pressé l’avant-bras.

De leur côté, les premiers Arabes professaient un grand respect pour les femmes, à en juger par le poëme d’Antar, écrit ou recueilli par Asmaï le grammairien sous le règne du calife Haroun-al-Raschid.

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 43 Antar, comme les chevaliers, est soumis à des épreuves : il aime constamment et timidement la belle Ibla: il court mainte aventure et fait des prouesses dignes de Roland; il a un cheval nommé Abjir, une épée appelée d'Hamy ; mais les mœurs arabes sont conservées ; les femmes boivent du lait de chamelle, et Antar, qui souffre qu'on le frappe, pait souvent les troupeaux. Saladin était un chevalier tout aussi brave et moins cruel que Richard. On connait les tournois, les combats et les amours des Maures de Cordoue et de Grenade.

8 XIL — Cycle carlovingien.

On a accusé, bien à tort, nos vieux romanciers de ne s'être nullement préoccupés des anachronismes qu’ils commettaient en transportant la chevalerie et faisant combattre des chevaliers , les douze pairs de France, sous Charlemagne. La chevalerie , dont on place habituellement la date vers la première croisade, remonte à une époque bien antérieure, et on a pu la faire briller sous le grand empereur sans mériter d’être taxé d’imposture. C’est. le sentiment de M. Guizot et de M. de Châteaubriand : les faits d’ailleurs le prouvent. Charlemagne n’a point eu besoin d'attendre, comme on l’a cru, le faux Turpin pour être transformé en chevalier, lui ainsi que ses pairs.

Le roman publié sous le nom de Turpin, arche-

vêque de Reims, fut composé par un certain moine Robert sur la fin du xi° siècle, au moment de la première croisade. Ce moine se proposait d'animer les chrétiens à la guerre contre les infidèles par l'exemple de Charlemagne et de ses douze pairs. C’est sur cette chronique que les Anglais ont calqué l'histoire de leur roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. :

Le prétendu Turpin n’était lui-même qu’un imitateur. |

Soixante-dix ans après la mort de Charlemagne, le moine de Saint-Gall écrivit la vie de Karl le Grand, véritable roman du genre de celui d’AÆntar. N'est-ce pas une chose curieuse de trouver la chevalerie tout juste à la même époque chez les Francs et chez les Arabes? Le moine de Saint-Gall tenait ses autorités, pour la législation ecclésiastique, de Wernberg, célèbre abbé de Saint-Gall , et pour les actions militaires, du père de ce même Wernberg. Le père de l'abbé Wernberg se nommait Adalbert, et avait suivi son seigneur Ghérald à la guerre contre les Huns (Avares), les Saxons et les Esclavons. Le romancier dit naïvement: « Adalbert était déjà vieux ; il m'éleva quand j'étais encore très-petit, et souvent, malgré mes efforts pour lui échapper, il me ramenait et me contraignait d'écouter ses récits. » |

Le vieux soldat raconte donc au futur jeune moine que les Huns habitaient un pays entouré de neuf cercles. Le premier renfermaït un espace aussi grand que la distance de Constance à Tours; ce cercle

était construit en troncs de chènes, de hêtres, de sapins et de pierres très-dures ; il avait vingt pieds de larger et autant de hauteur ; il en était ainsi des autres cercles. Le terrible Charlemagne renverse tout cela ; ensuite il marche contre des barbares qui ravageaient la France orientale; il les extermine et fait couper la tête à tous les enfants qui dépassaieñt la hauteur d’une épée. Karl avait dans son armée des héros à la manière de Roland : « Cisher valait à lui seul une armée; on l'eüt pu croire de la race Enachim , tant il était grand ; il montait un énorme cheval, et quand le cheval refusait de passer la Doire enflée par les torrents des Alpes, il le trainait après lui dans les flots, en lui disant: « Par monseigneur Gall, de gré ou de force tu me suivras. » Cisher fauchait les Bohémiens comme l'herbe d’une prairie : « Que m’importent, s’écriait-il, les Wenèdes, ces grenouillettes ? j’en porte sept, huit et même neuf enfilés au bout de ma lance, en murmurant je ne sais quoi.» oo | ”

Karl attaque Didier en Îtalie. Didier demande à Ogger si Karl est dans l’armée qu'il aperçoit. « Non,» dit Ogger ; « quand vous verrez les moissons s’agiter d'horreur dans les champs, le sombre P6 et le Tesin inonder les murs de la ville de leurs flots noircis par le fer, vous pourrez croire à l’arrivée de Karl. » Alors s'élève au couchant un nuage qui change le jour en ténèbres : Karl, cet homme de fer, avait la tête couverte d’un casque de fer et les mains garnies de gantelets de fer ; sa poitrine de fer et ses

épaules étaient couvertes d’une armure de fer ; sa main gauche élevait en lair une lance de fer, sa main droite était posée sur son invincible épée ; ses cuissarts étaient de fer, ses bottines de fer, son bouclier de fer ; son cheval avait la couleur et la force du fer. Le fer couvrait les champs et les chemins, et ce fer si dur était porté par un peuple dont le cœur était plus dur que le fer. Et tout le peuple de la cité de Didier de s’écrier: « O fer! ah! que de fer! © ferrum ! heu ferrum ! »

Une autre fois Karl, accoutré d’une casaque de peau de brebis, va à la chasse avec les grands de Pavie, vêtus de robes faites de peaux d'oiseaux de Phénicie, de plumes de coucous, de queues de paons mêlées à la pourpre de Tyr, et ornées de franges d’écorce de cèdre. On voit Charlemagne, dans lhistoire, armer son second fils Louis chevalier en lui ceignant l'épée. |

Le moine de Saint-Gall, qui se dit bégayant et édenté, mentionne aussi le lion tué par Pepin le Bref. « Le vétéran Adalbert, dit M. de Châteaubriand, redisant les exploits de Charlemagne à un enfant qui devait les écrire lorsqu’à son tour il serait devenu vieux, ne ressemble pas mal à quelque grenadier de Napoléon, racontant la campagne d'Égypte à un conscrit : tant la fable et l’histoire sont mêlées dans la vie des hommes extraordinaires. »

Ermold Nigel ou le Noir, dans son poëme sur Louis le Débonnaire, décrit le siége de Barcelone, et c'est encore un ouvrage de chevalerie. « Louis ceint l'épée

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. #7 que Karl le Grand portait à son côté; les Maures rangés sur les remparts défendent la ville; Gadun, leur chef, se dévoue pour les sauver ; il se glisse le long des murailles pour aller hâter le secours des Sarrasins de Cordoue. Il est pris ; mené à Louis, il crie aux siens : « Ouvrez vos portes!» et leur fait en même temps un signe convenu pour les engager à se défendre. La ville est forcée; dans le butin envoyé à Karl se trouvent des cuirasses, de riches habits, des casques ornés de crinières, un cheval parthe avec son harnais et son frein d’or. »

L’armure de fer des chevaliers n’est point (comme on l’a cru encore mal à propos) du xi° siècle ; elle ne vient ni des Francs, ni des Arabes ; elle vient des Perses, de qui les Romains l'empruntèrent. Ammien- Marcellin nous fait la description d’une armure complète en parlant du triomphe de Constance à Rome ; on retrouve pareillement cette armure dans l'escadron de grosse cavalerie que Constantin culbuta lorsqu'il descendit des Alpes pour aller attaquer Maxence.

& XIII. — La Féodalité.

La chevalerie, on le voit, est de beaucoup antérieure à l’époque qu'on a généralement fixée pour sa naissance; et n'est-il pas évident, sans contredit, que cette grande institution a dü se former peu à peu ? Ne nous dissimulons pas cependant que c'est

à l’organisation si puissante de la féodalité qu’elle dut sa force et sa splendeur. -

Ce système a pour fondement la propriété exclusive du sol , et chaque membre de la société féodale, quelque petit qu’il soit, est un propriétaire souverain : la terre est tout dans ce système. L'homme y est attaché, il a pris racine dans le rocher où s'élève sa tour. ÂVulle terre sans seigneur, nul seigneur sans terre. Il est classé, qualifié par sa terre : il en suit le rang, il en porte le nom. Il la possède, mais il en est possédé ; les usages de sa terre le dominent, ce fier baron. Le système féodal est comme une religion de la terre.

Toute religion a sa langue sacrée. Ici c’est le blason : symbolisme d’orgueil en face du symbolisme chrétien. L'homme de la terre craint tellement d’être pris pour un homme sans terre”, qu’il porte la terre avec lui peinte sur son écu. Le champ de l’écu sera noir comme la bonne terre labourée, vert comme l'herbe naissante, rouge du sang de ceux qui y toucheront. Quels animaux germeront dans ce champ d’orgueil ? des lions sans doute, des dragons, des aigles, des monstres qui symbolisent le mélange des nobles familles.

Nulle forme de société n’a laissé plus de haïne que le monde féodal, plus de rancune dans le peuple. L'antiquité, sans nul doute, avait été plus dure; de l'esclavage au servage, au villenage, le progrès est

! Grave injure au moyen âge. C’est la plus forte dont on ait pu salir le nom du plus mauvais roi d'Angleterre.

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 49 sensible. Mais la féodalité fut insolente, pleine de morgue et de dédain. Le blason seul eût provoqué la haine : ces figures de bêtes féroces, ces lions, ces léopards, ces aigles, ces griffons, ces vautours, semblaient de muettes menaces où triomphait l’orgueil du guerrier. Les formules expliquaient les symboles : « Le seigneur enferme le manant sous portes et gonds, du ciel à la terre. Il est seigneur dans tout le ressort , sur tête et col, vent et prairie: tout est à lui: forêt chenue, oiseau dans l'air, poisson dans l’eau, bête au buisson, cloche qui roule, onde qui coule... » Tel était strictement le droit féodal ; mais l'Église, protectrice des masses, intervint en leur faveur; et ces fiers barons, ces tyrans, furent, dans la pratique, souvent faciles et débonnaires. M: Ne

S XIV. — L'Église.

La féodalité une fois bien constituée, peu à peu les relations se poétisèrent, et la chevalerie prit un caractère nouveau. L'Église intervint, et s'empara de la chevalerie pour civiliser et moraliser la société. La religion joua un magnifique et sublime rôle à ces époques barbares, en faisant tourner au profit des saines idées de morale et de bons rapports des ‘hommes entre eux, une force, une puissance qui, sans elle, n’eût été que purement guerrière et dévastatrice.

Quand le récipiendaire dans l’ordre de la che- &

valerie, baigné et revêtu de blanc, symbole de pureté, de rouge, symbole du sang qu’il devait verser pour son Dieu et son suzerain, de noir, symbole de la mort qu'il devait braver pour accomplir tous ses devoirs, avait jeûné pendant vingt-quatre heures et passé la nuit en prière dans l’église, il se confessait le lendemain, communiait, entendait la messe et un sermon sur les devoirs du chevalier ; il recevait l'épée que le prêtre bénissait avant de la lui rendre; ensuite les chevaliers et les dames lui mettaient les éperons , le haubert, la cuirasse, les brassards, les gantelets, et on lui ceignait l'épée qui était restéc suspendue à son cou; puis on lui donnait son écu. Il recevait alors l’accolade du seigneur, qui, le frappant trois fois du plat de son épée sur l'épaule, lui disait: « Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais chevalier : sois preux, hardi, loyal. » |

Sur le casque du chevalier flottaient. des couleurs bien-aimées ( que nous retrouverons plus tard sous le nom de lambrequins ) ; sur la housse de son cheval et sur son petit bouclier , il y avait, comme de tout temps, des emblèmes qui plus tard devinrent cc qu'on appelle des armoiries, c’est-à-dire des signes de convention peints sur les armes défensives , pour que le chevalier ( miles) püt être reconhu des siens dans la mêlée, et plus tard pour constater les droits qu'il avait à prendre part aux splendides joutes des tournois. D

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 51 $ XV. — Les Joutes.

Îl en est de même pour les tournois que pour la chevalerie. Les tournois, qui n'étaient, eux aussi, qu’une imitation des jeux publics anciens, ne furent point organisés immédiatement avec la mème régularité qu'ils atteignirent au xi° siècle, époque où l’on en fixe habituellement la date. Mais pour ceux qui scrutent curieusement les vieux chroniqueurs ou les monuments de nos archives , les combats singuliers et les fêtes chevaleresques, la construction de ces monuments appelés gothiques qui virent prier les chevaliers des croisades , coïncident comme la chevalerie à son aurore avec l’avénement des rois de la Seconde race.

«a Louis le Débonnaire, dit un vieil annaliste, envoie l’évêque Ebbon prècher la foi chez les Danois ; Ebbon amène à Louis Hérold , roi de ces peuples. » Louis se rend à Ingelheim, aux bords du Rhin. « Là s'élève sur cent colonnes un palais superbe... Non loin du palais est une ile que le Rhin environne de ses eaux profondes, retraite tapissée d’une herbe toujours verte, et que couvre une sombre forêt. |

« Bero et Samilon, deux guerriers de nation gothique, combattent en champ clos devant Louis, auprès du château d'Aix, dans un lieu entouré de murailles de marbre, orné de terrasses gazonnées -et plantées d'arbres. Les champions, d'une haute

taille, sont montés sur des coursiers rapides; tous deux attendent le signal qui doit être donné par le roi. Dans l'arène paraît Gundold, qui se fait accompagner d’un cercueil, selon son usage dans ces occasions. Bero èst vaincu ; les jeunes Francs l’arrachent à la mort, et Gundold renvoie son cercueil sous l’appentis d’où il l'avait tiré : |

Miratur Gundolus enim, feretrumque remittit Absque onere tectis, venerat unde, suum.

« Grâces te soient rendues, ô Nigel, s’écrient avec une joie naïve les doctes bénédictins , nous te devrons l'honneur de l'invention des tournois que nous voulaient ravir les étrangers ! »

L'historien Nithard nous donne des détails non moins concluants. À l’occasion du serment solennel de Louis et de Charles prononcé en 842, Nithard: parle des divertissements qui suivirent cette cérémonie; on peut y voir, et cela dès le 1x° siècle , l'usage des jeux militaires appelés plus tard tournois: « Îls fréquentaient (les deux frères ) souvent des jeux ou exercices auxquels on procédait dans l’ordre suivant. On se rassemblait dans un lieu propre à ce spectacle, et toute la multitude s’arrêtant en dehors des barrières, un nombre égal de Saxons, de Gascons, d’Austrasiens et de Bretons s’avançaient d’une course rapide les uns contre les autres, comme s'ils voulaient combattre: Ceux qu'on attaquait se retiraient . vers leur parti en se couvrant de leur bouclier dans leur fuite ; puis ils partaient de leur camp et pour-

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 53 suivaient à leur tour ceux qui les avaient attaqués, jusqu’à ce que les rois eux-mêmes, avec toute la jeunesse, lächant la bride à leurs chevaux et poussant de grands cris, s’élancassent les uns contre les autres. Ils faisaient sonner à l'envi leurs petites lances , et poursuivaient tour à tour ceux qui tournaient le dos. Ce spectacle demeura, par la modéralion universelle, digne d’une si noble assemblée.

En effet, dans une si grande multitude de gens de races diverses, il n’y eut personne ou de blessé ou d’offensé, ce qui n’arrive pas toujours, même quand les jouteurs sont en très-petil nombre et qu'ils se connaissent tous parfaitement. »

$S XVI. — Les Tournois.

N'avons-nous pas vu clairement aux vin et 1x° siècles les mœurs, les aventures, les. chants, les récits, les champions, les nains , les fêtes, les armes, l'architecture de l’époque vulgaire de la chevalerie ?

Les romanciers du xu° siècle, qui ont pris Charlemagne, Roland et Ogier pour leurs héros, ne se sont done point trompés historiquement , et s'ils leur ont donné un blason, s'ils ont bariolé leurs écus d’armoiries coloriées, ils n’ont fait que réduire à des termes scientifiques un fait antérieur, c’est-à-dire que d’emblèmes individuels ils ont déduit un art collechf et raisanné. |

: En effet, consultons le poëme d’Abbon ; nous verrons que ce moine de l’abbaye de Saint-Germain-

des-Prés, témoin oculaire du siége de Paris sur la fin du 1x° siècle, parle de boucliers ornés de peintures : |

…… Saxa fremunt parmas (scuta) quatientia pictas. . Les pierres retentissent sur les boucliers ornés de peintures.

Malgré les réclamations des Allemands qui veulent s’attribuer le mérite de l'invention des tournois, qui prétendent que Henri l'Oiseleur a ouvert le premier à la chevalerie cette arène illustrée depuis par tant d’exploits, nous demeurerons persuadés, par les témoignages les plus authentiques de l’histoire, que les tournois furent d’abord usités en France.

Soit qu’on prenne à la lettre le récit de la chronique de Nigel rapportée plus haut, soit qu’on donne le même sens à un passage des Annales de Tours, et qu'on regarde Geoffroi, sire de Preuilly, mort en 1066, comme l'inventeur des tournois, Gaufridus de Pruliaco torneamenta invenit ; soit que, expliquant ces termes avec Ducange par des autorités du temps, on fasse seulement à Geoffroi l'honneur d’avoir le premier dressé les lois de ces sortes de combats, établis antérieurement à lui, toujours est-il que la France en peut revendiquer l'invention. n

D'ailleurs l’auteur des Pandectæ triumphales convient, quoique Allemand, que si Henri l’Oiseleur introduisit en Allemagne l’usage des tournois jusque alors inconnu à cette nation, il l'emprunta à la noblesse de France et d’Angleterre. Ces mots : Francorum more vetusto cingula militiæ nova præbuit,

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. ss dont se sert Guillaume le Breton dans sa Philippide, en parlant de Philippe-Auguste qui donna la chevalerie au jeune Arthur en 1201, et les termes de confüctus gallicos employés par Matthieu Päris, écrivain anglais vers l'an 1179, pour exprimer es tournois, ne permettent point d'attribuer à d’autres qu’aux Français l’honneur de l'institution de ces exercices. De nos cours les tournois passèrent à celles d’Angleterre et d'Allemagne, et de l’aveu même des historiens de l’histoire byzantine, les peuples d'Orient en ont appris de nous et Part et la pratique ; les : Français s’y sont toujours distingués par-dessus les autres nations jusqu’au temps de Brantôme. Cet écrivain dit en parlant du départ de Charles VIII de Naples : Après que ce gentil roi eut laissé son royaume paisible, et donné aux seigneurs el dames du royaume force beaux plaisirs et passe-lemps, de beaux tournois à la mode de France, qui ont toujours emporté le prix par-dessus les autres, el où il éloil loujours des premiers tenants et des mieux faisants.

& XVII. — Les Lois des Tournois.

Je crains ici, mes chers lecteurs, que vous ne m’appliquiez l’épithète loquax senectus, et que vous ne m’accusiez d’être bien prolixe; je me suis un peu étendu, je l'avoue, sur ce sujet, et plus peut-être qu'il n'était strictement nécessaire; mais rien de ce qui se rapporte à notre ancienne gloire nationale ne

me semble futile, et j'ai voulu ne laisser aucun doute dans vos esprits.

Maintenant figurez-vous un de ces tournois proclamés solennellement dans toutes les cours de lEurope et où tous les chevaliers brûülaient de signaler à l’envi leur adresse, leur force et leur bravoure.

… Îl est aisé d’imaginer quel mouvement devait produire dans tous les cœurs la proclamation de ces tournois , annoncés longtemps d'avance, et toujours dans les termes les plus fastueux; ils animaient dans chaque province ou canton, et dans chaque cour, tous les chevaliers à venir disputere prix dans ces assemblées solennelles, où l’on avait pour spec- tateurs l'élite de toutes les cours de l'Europe. | Or, pour y être admis, il fallait être noble et prouver sa noblesse. On faisait des informations sur l'état et sur la naissance de ceux qui se présentaient, de même qu'on l'avait pratiqué du temps de saint Chrysostôme dans les combats du cirque pour les esclaves. L’agonothète demandait à haute voix s'il y avait quelqu'un qui voulüt dire que celui qui s offrait au combat était esclave, auquel cas il était rejeté. Le champion qui avait fait ses preuves de noblesse, dont l'extraction ne pouvait être légitimement contestée, adoptait alors un signe, un emblème quelconque, pour preuve irrécusable qu’il avait satisfait à cette condition des lois de la chevalerie, au programme du combat. Ce signe emprunté soit au règne animal, charges naturelles, soit à un objet fait de la main des hommes, pièces artificielles, soit aux

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 57 croyancés supranalurelles de l’époque, figures chimériques , était gravé sur son écu, que ce chevalier envoyait aussitôt au monastère le plus voisin pour y recevoir la bénédiction d’un prêtre; car la religion en ces temps de piété fervente présidait à tous les actes de la vie. C’est là, selon moi, dans ces distinctions qui annoncçaient un source noble, dans cette attestation frappante et visible de l’origine noble du personnage, dans cetté espèce d’erequatur emblématique , si.je puis m’exprimer ainsi, donné au champion qui se présentait, qu'il faut rattacher en grande partie le fondement des armoiries. .

Consultons. la Chronique de Jacques de Lalain , par Georges de Chastellain; nous y verrons, en effet, qu’un prince, un chevalier ou un roi d'armes, devait attester la noblesse de race de tout assaillant avant qu'il lui füt permis de prendre part au tournoi. Après cette citation curieuse qui rentre dans notre sujet, puisqu'il s’agit de l’un des actes de nos ancêtres où le blason jouait un rôle important, nous donnerons un passage plein d'intérêt d'Olivier de la * Marche sur le pas d’armes de l’Arbre d’or.

Voyons d’abord Georges de Chastellain :

« Or advint que ce jour même que les armes des deux champions furent faites et achevées, et aussi avant ce que le duc se partit de son hourt, messire Jacques de Lalain requit et pria au duc son souverain seigneur , que de sa grâce lui plût donner congé de, en sa présence, publier lettres et chapitres du pas de la Fontaine des pleurs; laquelle chose le

duc lui accorda de bon cœur et volontiers ; et furent lors ces lettres et chapitres dedans écrits, publiés dessous le hourt et en la présence du duc et des princes et seigneurs, chevaliers et écuyers, et autre grand nombre de peuple qui là étoit Poe

par la manière qu'il s’ensuit :

Cy s’ensuivent les chapitres des armes qui se firent devant la Fontaine des pleurs, auprès de Saint- Laurent en Bourgogne , lès Chälon sur la Saône.

Cest à savoir : Qu'il fera par un an entier, tous les premiers jours de. chaque mois, tendre devant la Fontaine des pleurs, en la comté d’Auxonne, en Bourgogne, auprès de Saint-Laurent lès Chälon sur la Saône, un pavillon devant lequel il y aura un officier d'armes, notable homme et de bonne renommée, qui illec se tiendra à chacun premier jour desdits mois, pour accompagner une dame laquelle sera audit pavillon tenant une licorne portant trois targes, auxquelles pourront toucher ou faire toucher par rois, hérauts et poursuivants d'armes, tous nobles chevaliers et aussi écuyers, nobles de quatre lignées et sans reproche, lesquels de leur noblesse seront tenus de faire apparoître par les scellés d’aucuns princes au chevaliers ou d’un officier d'armes digne de foi qu'ils soient dessus dites. »

8 XVIIE. — Les Pas d'armes.

Okvier de la Marche décrit en ces termes l’arrivée du sire de Ravestain au pas d’armes de l’Arbre d’or.

« LE PAS D'ARMES DE L'ARBRE D'OR. — À l’opposite des dames, du côté dés grandes Halles (sur la grande place de Bruges), fut l'arbre d’or planté, qui fut un moult beau pin tout doré d’or excepté les feuilles, etc. Le sire de Ravestain, environ six heures, arriva à la porte de l’Arbre d’or ( laquelle il trouva close), et son poursuivant nommé Ravestain, la cotte d'armes vestue ( qui portait le blason de ses armes) , heurta deux fois d’un marteau doré à ladicte porte; et tantôt lui fut la porte ouverte, et vint Arbre d’or le poursuivant , ayant une cotte d'armes blanche, à grans arbres d’or ; et estoit accompagné du capitaine des archers, de messire le Bastard (le bastard de Bourgogne, qui tenait le pas d'armes }, et de six de ses archers qui desfendoyent l'entrée. Ledict Arbre d’or dit au poursuivant : « Noble officier d'armes , que demandez-vous ? » et le poursuivant lui répondit : « A cette porte est arrivé haut et puissant seigneur, messire Adolf de Clèves, seigneur de Ravestain , lequel est ici venu pour accomplir l'aventure de l’Arbre d’or; il vous présente le blason de ses armes et vous prie qu’ouverture soit faicte et qu’il soit reçu. » Ledict Arbre d’or prit une table. où il escrivit le nom du chevalier venant au pas, et puis prit en ses mains, en grande révérence

et à genoux, le blason de messire de Ravestain, et lemporta solennellement jusqu’à l’Arbre d’or, et en passant par devant les juges, leur montra ledict blason et leur dit l'aventure qu'ils avoient trouvée à la porte. Si fut lédit blason mis et attaché à l’Arbre d'or, comme il estoit ordonné, et fut fait savoir au chevalier qui gardoit le pas le nom de celui qui estoit arrivé, pour son emprise fournir. »

Ajoutons à cela que la position de l’écu suspendu tantôt à un arbre, tantôt à un trophée, tantôt aux fenêtres des grandes places où se tenaient quelquefois les pas d'armes, a donné naissance à l'usage souvent observé de représenter l’écu incliné. Cela indique nécessairement que le gentilhomme qui le porte ainsi avait des ascendants munis du droit de faire fenêtre, c'est-à-dire de figurer aux joutes, tournois et pas d'armes.

‘ Quand les écus étaient ainsi disposés avant la lutte, chacun (et les dames ne manquaient pas d'en user) avait le droit de venir blasonner, c'està-dire décrire, lire et critiquer le blason de chaque chevalier. Dieu sait les malices, les traits d'esprit, les demi-mots , les observations graves ou plaisantes qu'entrainait cet examen.

C’est de là que le mot blasonner a pris une signification mordante, autre que celle qu'il avait déjà.

Lesquels, par manière de blasonnement, de injure ou autrement, misrent le supphant en un moyau ou cuve... et lui jetièrent grant quantité d'eau.

Si les armes inclinées ont une signification hono-

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 61 rable, les armes renversées en avaient une infamante. Ces armes renversées ne subissaient point d’autres modifications ; elles différaient des armes diffamées, qui consistaient dans la suppression ou laltération d’une pièce, ordonnées par le souverain, en punition d’une action honteuse.

Le brave Bertrand Du Guesclin eut un jour la douleur de voir ses armes renversées.

« Oy, dist l’escuyer, regardès la douleur, Les armes de Bertrand, ou tant a de vigueur, Ont pendue laidement, ainsi comme trahiteur Et traisnée aussi au long d’un quarrefort, Et les ont enveRséE, en monstant par frénour, Que Bertrand du Glaiequin a cuer de boiseour. »

Pendant le siége de Montcontour un Anglais à qui Du Guesclin, pour la rançon d’un de ses sousdoyers, avoit engagé ses biens et sa terre pour cerlaine somme par lettre-obligatoire, scellée de son scel , n’estant pas payé par oubli de la part de Du Guesclin, fit peindre ses armes el les fist trainer, el puis pendre r'enversées sens dessus. dessous comme d’un parjure. » La ville fut forcée, et l'Anglais traîné à son tour et pendu au même lieu où il avait fait pendre l’écu de Du Guesclin. Celui-ci convenait que son créancier avait bien eu le droit de saisir et de faire exécuter ses biens et ses terres après l'expiration du terme fixé pour le paiement, mais non de l’insulter comme il avait fait.

S XIX. — Les Sceaux.

S'il fallait nous attacher plus fortement encore à démontrer que l’usage des armoiries a précédé indu bitablement les croisades , la preuve de leur existence antérieurement aux guerres saintes nous serait fournie par les sceaux appendus aux pièces diplomatiques.

Les héraldistes anciens et modernes n'ont mis en avant jusqu'ici qu’une seule preuve de l'existence des armoiries avant les croisades : c’est le sceau de Robert le Frison, comte de Flandre, apposé à un acte de l'an 4072 ; mais la fausseté de cette pièce a été démontrée par D. Mabillon et vérifiée par d’autres savants diplomatistes. [Il ne leur restait plus à citer, en faveur de l'antiquité du blason, que le contre-secl de Louis le Jeune qui régnait en 1150. C’est le premier de nos rois qui ait pris une fleur de lis, et l'opinion la plus commune porte qu'il choisil cet emblème par allusion à son nom écrit alors Loys, ou parce qu'on le nommait Ludovicus Florus. Nous reviendrons sur ce dernier point plus amplement en traitant des armes des rois de France.

Mais en examinant la question attentivement on trouve une foule d’autres monuments propres à la bien éclairer et à en donner une solution formelle.

On a le contrat de mariage de Sanche, infant de Castille, avec Guillelmine, fille de Centule Gaston IT, vicomte de Béarn, de l'an 1038 de l'ère d’Espagne

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. | 63 (1000 de Jésus-Christ), au bas duquel il y avait sept sceaux apposés, dont deux se sont conservés entiers. Le premier représente un écu sur lequel on voit un léorier ; le second est un écu tranché par des barres transversales. Le premier sceau pourrait bien être celui de Garcie Arnaud, comte d’Auce et de Magnoac, lequel vivait dans le même temps, et dont les descendants ont toujours porté un lévrier dans leurs armes.

Deux sceaux d’Adelbert, duc et marquis de Lorraine, apposés à des chartes des années 1050 et 1037 de l'ère vulgaire , représentent un écu chargé d’un aigle au vol abaïissé.

Un diplôme de Raymond de Saint-Gilles, de l'an 1088, est scellé d’une croix vidée, clechée et pometée, telle que l'ont toujours portée depuis les comtes de Toulouse. L’historien du Languedoc, D. Vaissette, avait pensé que c'était le plus ancien monument héraldique.

Le sceau de Thierry Hl, comte de Bar et de Montbeliard , de Mouson et de Terrette, mis au bas d’un acte de l'an 4093, représente deux bars adossés.

Renaud Ier, dit le Borgne, qui possédait les mêmes comtés, y ajouta le semé de croisetles fichées.

Au bas d’une charte de Hugues IT, duc de Bourgogne, de l'an 1102, paraît un sceau où ce prince est représenté à cheval, tenant une lance sur l'épaule et son bouclier bandé de six pièces avec une bordure. On sait que ses descendants ont toujours porté les mêmes armoiries.

Raoul Ier, seigneur de Beaugency, qui suivit Godefroy de Bouillon à la conquête dela Terre-Sainte en 1096, restitua l’an 1104 l'église de Saint-Firmin aux religieuses de cette abbaye, en présence du concilé de Beaugency. A cet acte est apposé son sceau , représentant un écu échiqueté avec une fasce.

A'un acte de la même année 1104 est suspendu le sceau de Simon, sire de Broyes et de Beaufort, représentant {rois broyes ouvertes l’une sur l’autre.

Le sceau de Guirand de Simiane, mis à deux actes des années 1143 et 1120, représente un écu chargé d’un bélier.

Asculfe de Soligné, qui vivait en 4130, portait en son sceau un écu écartelé et pour support un oiseau de proic. Iseult de Dol, femme de ce seigneur, portait un écu frelté ou losangé. Enfin Adam de Soligné, l'un de leurs fils, portait l’écu de sa mère, et Jean de Dot, autre fils d’Asculfe de Soligné, portait celui de son père, excepté que lécartelé est environné extérieurement de petits oiseaux de proie, semblables au support précité.

On a une charte de Hugues VIII, dit le Brun, siré de Lezignan, conservée au trésor de l'évêché de Poitiers, au bas de laquelle est apposé le sceau de ce seigneur , représentant un écu burelé.

Le moine de Marmoutier qui a écrit l’histoire de Geoffroi, comte d'Anjou, l'an 4100, parle du blason comme d'un usage établi depuis longtemps dans les familles illustres.

S XX. — Les Croisades.

La chevalerie, ainsi que nous venons de le voir, les tournois et même les armoiries existaient bien antérieurement au x: siècle: mais ces institutions ne se perfectionnèrent que progressivement et n’arrivérent que vers cette époque à une complète régularité. La chevalerie n’a jamais formé un corps étroitement uni; elle demeura constamment individuelle, bien qu’au milieu de l'anarchie et des troubles qui désolèrent l’Europe depuis le règne de Charlemagne, il ait pu se produire une association de nobles chevaliers qui parcouraient le monde en . cherchant des aventures, après avoir fait le serment de protéger l'innocence, de secourir les faibles Opprimés et de combattre les infidèles.

La religion , qui avait consacré leur institution et bénit leur épée, les appela à sa défense; et l’ordre de la chevalerie, qui dut une grande partie de son éclat et de ses progrès aux expéditions en Terre Sainte, vit accourir ces guerriers sous les drapeaux de la croix.

Et c'était un bienfait providentiel qu'il existât une milice dévouée, aguerrie, qui pût prendre la défense de l'Évangile. Le Koran, qui déjà avait tenté de pénétrer en Europe par l'Espagne et la France, et qui n'avait été refoulé que par le bras vigoureux de Kart Martel; le Koran allait envahir l'Occident du côté de l'Italie et de la Grèce.

Les souverains Pontifes avaient compris le danger ; ils voyaient les Turcs, maîtres de Jérusalem, berceau du christianisme, menacer Rome, le siége de la religion et la capitale du monde catholique.

Un pape français, Gerbert (Sylvestre IT ), avait eu déjà la pensée d’armer l’Europe contre PAsie, de rendre l'invasion aux envahisseurs ; Grégoire VII eût voulu se mettre à la tête d’une armée de cent mille hommes pour reconquérir les lieux saints; ce fut à un Français comme Gerbert, à Urbain IT, qu'échut la gloire de cette grande œuvre. Les croisades sont éminemment françaises ; prêchées par des Français, Urbain et Pierre l'Ermite, elles sont accomplies surtout par des Français. Godefroy de Bouillon les ouvre , elles sont fermées par saint Louis. Elles sont si bien personnifiées par des Françcais, que tous les chroniqueurs les nomment: Gesia Dei per Francos.

Ce fut un magnifique spectacle que celui de l’'Europe faisant trève à ses rivalités nationales pour ne plus voir que la cause de Dieu, pour saluer la fraternité chrétienne prèchée au nom du Sauveur des hommes.

Et l'Occident ébranlé sembla s’arracher de ses fondements pour se ruer sur l'Asie: un mouvement sublime, un enthousiasme universel et vraiment divin entraina toute l'Europe.

« J’atteste Dieu, dit l'abbé Guibert, que j'ignore le nom de tous les peuples qui débarquèrent dans nos ports ; leurs langues nous étaient inconnues, ct

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 67 pour nous montrer qu'ils étaient chrétiens, ils plaçaient un de leurs doigts sur l’autre en forme de Croix. » nu

Au milieu de cet immense mélange de peuples, de cette foule innombrable de chevaliers et d’écuyers, il était d'absolue nécessilé que tout chef de corps, tout guerrier d'élite qui n'avait pas encore de blason propre, adoptät un symbole, des armoiries pour servir de ralliement à ses vassaux , se faire reconnaitre dans la mêlée, et attacher à ses côtés ses soldats et ses gens. |

. Aussi les princes et les chevaliers curent -ils sur leurs bannières des images, des signes de différentes couleurs. Là, on voyait peints sur les boucliers et sur les étendards des léopards, des lions ; ailleurs, des étoiles, des tours, des croix, des arbres de l'Asie ct de l'Occident. Plusieurs avaient fait représenter sur leurs armes des oiseaux voyageurs qu’ils rencontraient sur leur route, et qui, changeant chaque année de elimat, offraient aux croisés un symbole de leur pèlerinage. Ces marques distinctives animaient alors la valeur sur le champ de bataille, et allaient devenir un des attributs de la noblesse chez les peuples de l'Occident.

& XXI, — Les Généalogies.

Les historiens arabes des croisades nous apprennent que les mahométans avaient senli, eux aussi, la nécessité d'adopter des couleurs et des symboles

personnels, pour servir de guidons et de drapeaux à leurs troupes, pour les habituer à suivre dans les combats la bannière de leurs chefs respectifs.

La plupart des émirs musulmans, à l'exemple de Saladin, affectaient une austère simplicité dans leurs vêtements et dans leurs manières. Un auteur arabe compare ce sultan, au milieu de sa cour, entouré de ses fils et de ses frères, à l’astre des nuits qui jette une lueur sombre au milieu des étoiles; touté leur parure était dans la beauté de leurs chevaux, dans l'éclat de leurs armes et dans leurs étendards , sur lesquels ils faisaient peindre des plantes, des fleurs , des abricots et d’autres fruits à la couleur d’or.

La chevalerie se couvrit de gloire dans ces guerres lointaines, et l’on voulut perpétuer par des signes symboliques héréditaires le souvenir des hauts faits auxquels on avait pris part. La science de la généalogie dont Écatée de Milet, au rapport d’Athénée, et Pomponius Atticus firent la première application aux familles illustres de la Grèce et 'de Rome, prit dès lors une grande importance, et plus tard on mit tous ses soins à descendre des paladins croisés, dont le noble cri de guerre général, sans préjudice du cri particulier à chaque baron, était: Diex li volt, Diex li volt. | |

Les chevaliers qui s'étaient le plus distingués par leur valeur, les villes qui avaient montré le plus d’enthousiasme pour la saintè cause de Dieu , obtenaient des chefs de l’expédition, ou la concession d’armoiries, attestation éternelle de leur courage .et de leur

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 69 foi, ou la inodification symbolique des signes qu’ils avaient précédemment adoptés. Le nom de Creton fut donné au chevalier qui le premier mit lé pied sur les remparts (sur la crête) de Jérusalem, et son blason s'enrichit. d’une croix de gueules que Godefroy de Bouillon, au nom de tous, traca de sa propre main, et avec le sang du brave, sur son éecu tout martelé des rudes coups qui l'avaient frappé.

En 1100, on fit dans tout l'empire germanique une grande levée d'hommes pour la guerre sainte d'outre-mer, Plusieurs Bremois, au signal de leur archevêque et conduits par deux consuls que nome la chronique, partirent pour l'Orient , et se distinguèrent à la prise de Beryte et de Sidon. Au retour de leur pèlerinage ils n'avaient perdu que deux de leurs compagagns. Ils furent reçus en triomphe par leurs concitoyens, et des armoiries accordées à la ville de Brême par l’empereur d'Allemagne : attestèrent les services qu'ils avaient rendus à la cause de Jésus-Christ dans la Terre Sainte. |

Parmi les peuples qui combattaient alors (1221), dit un vieil annaliste, sous les drapeaux de la croix, l'histoire doit distinguer les pèlerins de Cologne et ceux de la Frise et de la Hollande. En mémoire des glorieux travaux de cette guerre, Frédéric IT recut chevalier Guillaume, comte de Hollande, et permit aux habitants de Harlem, d'ajouter une épée d’argent aux quatre-éloiles peintes sur leur étendard.

L'ordre Teutonique portait d'argent à une croix paliée de sable, chargée d’une croix potencée d’or et

en cœur, sur le tout l’aigle impérial de sable. L'ordre a négligé de porter les quatre fleurs de lis d’or don! le roi saint Louis l'avait honoré. Il est à croire que dans quelques-unes des guerres entre la France et l'Allemagne, où les chevaliers teutoniques prirent les armes, ils ont supprimé ces marques d'honneur et d'alliance.

S XXIL, — Les Armoiries héréditaires.

Les croisades rendirent l'usage des armoiries plus général et leur pratique invariable ; elles les régularisèrent tout à fait, puisqu'elles devinrent dès lors des récompenses accordées aux chevaliers et aux villes qui s'étaient distingués dans les guerres saintes. Ce fut aussi depuis les crcisades que les armoiries devinrent héréditaires. On conçoit aisément que les fils de ceux qui s'étaient approprié des symboles pour ces pieuses expéditions, se firent un point de religion et d'honneur de transmettre à leurs descendants l'écu de leurs pères comme un monument de leur valeur et de leur piété.

Au retour de la croisade, en effet, cette enseigne qui avait été plantée sur la brèche d’Antioche ou de Jérusalem, qui avait été bénite par le légat du pape ‘ sur le tombeau de Jésus-Christ, était révérée comme une sainte relique et précieusement gardée comme une gloire de famille. Flottant sur la plus haute des tours du manoir, elle signalait au loin la demeurc d'un champion et peut-être d’un confesseur de la

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 71 foi. Bien plus, les signes qu’on y voyait étaient reproduits par l’armurier sur le bouclier du croisé, par le peintre sur les vitraux de la chapelle seigneuriale, par l’imagier sur le chène des portes du château, par la châtelaine elle-même sur la nappe de l'autel où étaient déposées les saintes reliques que le croisé avait pieusement enlevées de quelque église schismatique de l'Orient. Enfin, lorsque était arrivé pour le guerrier d'outre-mer le moment d’aler jouir au ciel des récompenses promises aux libérateurs du saint sépulcre, on manquait rarement de tracer sur la pierre de son tombeau l’image d’un chevalier en habit de pèlerin , tenant d’une main le bourdon, et de l’autre son écu chargé des signes de l’étendard sanctifié par la’ croisade, qu’il semblait présenter au souverain juge pour en obtenir une miséricordieuse sentence, en considération de ce qu'il avait fait pour Son service.

Ces enseignes-et ces symboles durent naturellement passer, je le répète, cominie la plus précieuse partie de l'héritage, au fils ainé du défunt, qui en adoptait les emblèmes sans y rien changer, les transmettait à son tour à ses enfants comme un signe de suprématie, de commandement ; comme la preuve dé leur déscendance d’un homme illustre, en un mot, comme une marque de noblesse. On ne fut plus noble seulement alors pour posséder un fief, mais pour avoir un écu armorié; et dans la suite, quand quelqu'un méritait d’être rejeté dans la classe ‘des roturiers, on commençait par briser son écu. Ce fut alors encore que devinrent en usage tous ces

termes inventés pour désigner les diverses pièces de l'écu et les figures qui le couvrent, en un mot, que prit naissance le véritable blason, ce système de mystérieux symboles, où se jouait le génie naïf du moyen âge, et qui avait ses interprètes dans la personne des hérauts d'armes. |

Cest par les croisades que sont entrées dans le blason plusieurs de ses principales pièces, entre autres les croix de tant de formes différentes, de toute couleur, de toute dimension, qui ornent les armoiries. ()n comprend sans peine que plus d’une famille , sans que leurs ascendants figurent à aucune des sept croisades dont le musée historique de Versailles donne les armes, ait désiré introduire ce signe dans son blason pour en élever l'origine jusqu'à ces temps héroïques. On l’a fait aussi, il faut le dire, fort souvent par pure dévotion, sans avoir la vanité de vouloir se placer à côté d’un Montmorency ou d’un Châteaubriant.

C'est à la suite. des croisades encore qu'ont été adoptées comme pièces d'armoiries les merlettes, sortes d'oiseaux qui passent. la mer tous les ans , et qui sont représentés sans pieds et sans bec en. memoire des blessures qu'avait reçues dans les guerres saintes le chevalier qui les portait. C’est aux croisades que le blason doit, selon quelques-uns, les noms de ses émaux: azur, mot persan et arabe qui signifie bleu; gueule (gul), nom de la couleur rouge parmi la plupart des Orientaux ; sinople et sable : s’il esl vrai que les deux premiers soient tirés de l'arabe

SON ORIGINE AU MOYEN AGE. 73 ou du persan, que le troisième soit le nom modifié d'une ville de la Cappadoce, et le quatrième une altération de sabellina pellis, martre zibeline, animal commun dans les pays que les croisés traversèrent. C’est probablement par les croisés que les fourrures d’hermine et de vair, qui servirent d’abord à doubler les habits, puis à garnir les écus, ont passé de là dans le blason.

Ainsi, pour résumer cette discussion et fondre en une seule les trois opinions qui ont été émises sur l'origine des armoiries, nous dirons que si cette origine se-perd dans la nuit des temps, leur régularisation ne date que du xr° siècle; le désir de se séparer des autres classes par des signes distinctifs, preuves en même temps d’une extraction noble qui donnait les droits et priviléges attachés à la noblesse, fit chercher et créer des barrières artificielles qui témoignassent de la grandeur de race de ceux qui se disaient gentilshommes.

La recherche de ces barrières artificielles et le travail que firent alors les juges d'armes pour blasonner historiquement les anciennes familles et raconter sur l’écu , en miniatures hiéroglyphiques , les grandes actions de leurs aïeux, nous ont procuré une foule de précieux documents qui facilitent aujourd’hui l'étude de l’histoire. Les croisades arrivèrent ensuite, et l’écu de la noblesse nouvelle s’émailla de grandeur comme celui de la noblesse ancienne.

De tout ce qui précède vous pouvez encore facilement déduire la différence qui existe entre

armoiries et blason. Les armoiries sont les enseignes de la noblesse; le blason est l’art héraldique,

ou art de connaitre, de décrire et d'expliquer les armoiries.

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