‹ Histoire du blason et science des armoiriesChapitre 37 sur 48 · DES PRINCIPAUX TERMES HÉRALDIQUES · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX TERMES HÉRALDIQUES

ABAISSÉ, se dit des pièces d'un écusson placées dans une position plus basse que de coutume ; ainsi le pal, la fasce , le chevron, la bande, qui occupent ordinairement le tiers du milieu de l’'écu, peuvent être placés au-dessous de leur position habituelle, et sont alors abaissés. Quand les ailes des oiseaux, au lieu d’être élevées vers le chef, tendent vers le bas de l’écu, on l'exprime par ces mots : au vol abaissé. Enfin, on le dit encore du chef, quand il se trouve sous un autre chef. Les chevaliers et commandeurs de Malte, qui ont un chef dans leurs armoiries, l'abaissent sous celui de la religion.

PAULO DE CALMONT, à Toulouse, d'azur, à la gerbe de blé d’or, et un paon rouant de méme posé sur la gerbe, au chef cousu de gueules , chargé de trois étoiles d'argent, ce chef abaïssé sous celui de la Religion qui est: de gueules à la croix d'argent. L’écu sommé d’une couronue de marquis et accolé d'un chapelet ou patenôtre entrelacé dans une croix à huît pointes derrière l'écu.

ANTOINE DE PAULO, grand-maitre de l’ordre de Malte, né en 1562,

entra dans l’Ordre en 1575; il fut grand-croix en 1611, ensuite grandprieur de Saint-Gilles; enfin grand-maitre le 10 mars 1623. Si, comme

ses illustres prédécesseurs, les d’Aubusson et les Villiers de l’Isle-Adam, il ne trouva pas l’occasion de se signaler par de grands faits d'armes contre les infidèles, il acquit une gloire non moins véritable en travail- Jlant à la splendeur de l'Ordre, qu’il dota de beaux établissements. La Religion n’avait entretenu jusqu’en 1627 que cinq galères, il en fit construire une sixième et fonda une maison de religieuses maltaises au quartier Saint-Cyprien de la ville de Toulouse. Le chapitre général tenu en 1635 lui accorda, en récompense de son zèle pour les intérêts de l'Ordre, deux priviléges pour sa famille, Le premier, l’exemption du droit de passage à ses neveux et à tous leurs descendants, lors de leur entrée dans l'Ordre ; le second, celui, à tous les ainés mâles, de porter dans leurs armes un chef de la religion avec les attributs de l Ordre, pour ornements extérieurs de leur écu. Ce grand-maitre décéda le 10 juin 1636, après treize ans de règne dars le magistère. Depuis, les aînés de la famille de Paulo, quoique mariés, ont toujours porté le chef des armoiries de la religion et les attributs de l'Ordre.

ABIME, en abîme , se dit d'une pièce ou d'un meuble de l’écu d’une très-petite proportion par rapport aux autres. On se sert du terme prét en la même signification. Une pièce en abime ou périe est ordinairement au milieu de trois autres pièces ou meubles, et est nommée la dernière. La pièce en abime est quelquelois seule. :

DE CLISSON, en Bretagne, d’azur à trois molettes d'argent, deux et un, et un croissant de méme en ABIME.

La guerre de Bretagne, dite guerre des deux Jeanne, est un des événements les plus dramatiques du xive siècle, et offre en même temps un vif intérêt historique, puisque l’arrêt de la cour des pairs qui adjugea le duché de Bretagne à Charles de Blois, contre les prétentions de Montfort, enveloppa le royaume dans les destinées d'une de ses provinces, et ouvrit la France aux Anglais.

La Bretagne, région solitaire , triste, orageuse, enveloppée de brouillards, couverte de nuages, où le bruit des vents et des flots est éternel, produit une race énergique qui s’est distinguée de tout temps par sa bravoure, sa franchise, son esprit d'indépendance, son attachement pour la religion, son amour pour son pays. Elle a donné à la France d’illustres guerriers. Parmi eux on distingue ce Clisson, qui prit une part active à la guerre des deux Jeanne, et, de concert avec Mauny, enleva à Louis de la Cerda, par un coup de main hardi, deux chevaliers , leurs frères d'armes, que celui-ci voulait faire décapiter. Clisson eut une fin tragique. Édouard, roi d'Angleterre , avait marié Guillaume de Mortagne, qui fut depuis comte de Salisbury, à Alix de Graufton, une des plus belles femmes de son siècle. Epris de ses charmes, t/ ne pensait plus dès lors aux combats, mais en pensers d’amours il tenait

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le chef enclin. C'est pour cette belle comtésse qu'il créa, dit-on, l’ordre de la Jarretière. Alix ayant, en dansant, laissé tomber le ruban qui rattachait une espèce d’élégant bas de chausse qu’on portait alors, Édouard le releva avec vivacité; les courtisans sourirent; le roi se retourna vers eux en disant: Honny soit qui mal y pense. Édouard institua alors à Windsor l’ordre de la Jarretière, qui parut aux chevaliers une chose moult honorable. Le comte de Salisbury crut à l’infdélité de sa femme. Clisson et d’autres seigneurs bretons avaient pris des engagements avec la comtesse de Montfort et le roi d’Angleterre. En témoignage de leur foi, ils avaient envoyé leurs sceaux à Édouard, qui les donna en garde à Salisbury. Le comte, profitant de l’occasion pour se venger du séducteur de sa femme, montra les seeaux à Philippe de Valois, et Philippe de Valois fit trancher la tête aux traitres. L’attentat aux jours d’un autre Clisson , connétable sous Charles VI, et qui était à la tête du ministère dit des Marmousets, eut pour la France de bien graves conséquences. Pierre de Craon, ennemi mortel du connétable, avait essayé de l’assassiner el s'était réfugié auprès du duc de Bretagne. Charles VI voulut tirer vengeance du duc qui refusait de livrer l’assassin. L’armée se mit en marche. Dans la forêt du Mans, une espèce de fantôme, enveloppé d’un linceul, la tête et les pieds nus, se précipite d’entre deux arbres sur la bride du cheval de Charles VT, disant : Roi, ne chevauche plus avant; retourne, car tu es trahi; le spectre rentre dans la forêt sans être poursuivi. Charles, frémissant et les traits altérés, continue sa marche. Un page qui portait la lance du roi la laissa tomber sur le casque d’un autre page ; à ce bruit, le roi sort de sa stupéfaction, tire son épée, fond sur les pages en s’écriant : Avant, avant, sur ces traitres'! Le duc d'Orléans accourt: Charles se jette sur lui: « Fuyez, fuyez, beau neveu, lui crie le duc de Bourgogne; monseigneur vous veut occire : haro! le grand meschef, monseigneur est tout dévoyé! Dieu! qu’on le prenne ! » Le roi, devenu fou, fut ramené au Mans sur une charrette à bœufs. Olivier de Clisson, menacé par les oncles du roi, surtout par le duc de Berry qui lui voulait erever le seul œil qui lui restât, fut forcé de s'enfuir en Bretagne.

AccoLé, ée. Ce mot se prend en quatre sens différents :

4° Il se dit d’un animal qui a un collier ou une couronne passée au col , des mâcles, losanges, fusées , lorsqu'elles se touchent par leurs angles sans remplir l’écu.

CATELLAN DE LA MAQUÈRE , à Toulouse, d'argent, au lévrier passant de sable, ACCOLÉ d'or, au chef de gueules, chargé de trois molettes d'éperon du troisième émail.

2 Il sert à aésigner des choses qui sont entortillées, comme

un cep.de vigne attaché à un échalas, un serpent ou bisse autour d’une colonne , d'une plante ou d’un arbre, etc.

CHAUVELIN DE GRISENOIR (Paris), d'argent, au chou sauvage, à cinq branches de sinople , posé sur une terrasse de même, la tige accolée d’une bisse d'or.

3° Pour deux cheses attenantes et jointes ensemble ; ainsi les écus de France et de Navarre sont accolés sous une même couronne pour les armoiries de nos rois.

4 Ce mot, enfin, se dit encore des colliers des ordres de che” valerie qui environnent l’écu.

Les chevaliers des Ordres du roi accotent leurs armoiries de l'ordre de Saint-Michel et de celui du Saint-Esprit. ‘ Les prélats commandeurs accolent leurs armoiries du ruban bleu , d'où pend la croix du Saint-Esprit. |

ACCOMPAGNÉ, Ée. Se dit des chevrons, fasces, qui onten chef, en pointe ou ailleurs, un ou plusieurs meubles.

On le dit aussi du lion, du léopard, de l'aigle, lorsque quelques pièces se trouvent au-dessus, ou dessous ou à leurs côtés.

LAMARQUE , baron de l'empire, coupé le premier parti à detre d'or, au lion de sable armé et lampassé de gueules; à senestre de baron militaire ; le deuxième d'azur, à la pyramide d'argent soutenue d’or, accompagnée de deux croissants d'argent.

C’est Lamarque qui a fait dire à l’empereur dans son Mémorial de Sainte-Hélène ces paroles qui peignent admirablement la bravoure de ce général : « Cinq cents Français, commandés par un jeune officier, se sont emparés en plein jour de l’imprenable ile de Caprée défendue par cinq mille Anglais. » 1] disait encore de lui : « Lamarque sera l'élite de mes jeunes maréchaux. » Waterloo empécha la réalisation de cette promesse; Lamarque, après 1830, parut à la tribune de Ja chambre des députés, et chaque fois, par sa parole vive et ardente, il La remuait jusqu'aux entrailles. 11 est mort en 1832.

ACCORNÉ, és. Se dit des cornes du taureau, du bœuf, etc. ; lorsqu'elles sont d'un autre émail que celui de leur corps.

DE BÉARN, d’ 2 à deux vaches de gueules, accolées, accornées et clarinées d’azu

AccoTé, és. Se dit d’une bande, lance et autre pièce de longueur posée diagonalement , lorsqu'il y a à leurs côtés des étoiles, des losanges, des croissants, des billettes, des fleurs, etc., posés dans le même sens.

DICTIONNAIRE HÉRALDIQUE. 301 - BUDES DE GUEBRIANT , en Bretagne, d'argent à un pin de sinople chargé de trois pommes d’or el une aire J'épervier de méme, le tronc accoté de deux fleurs de lis, de gueules vers la pointe.

‘Gentilhomme breton et fort instruit, le maréchal de Guébriant se destinait à la magistrature, car il n’avait que deux mille livres de rente , fortune insuffisante pour l’armée. Fort jeune: encore, étant un jour à Paris, il entendit une batterie dans la rue ; c'était le baron du Bec - Crespin et le marquis de Praslin qui se donnaient de grands coups d'épée. Guébriant prit le parti du plus faible, et le duel recommença au grand jour et au pré; Praslin-et les siens furent vaincus par Guébriant et Bec-Crespin.

-1l avint de cette aventure que le brave Guébriant épousa la sœur du baron du Bec. 1] acheta une compagnie aux gardes.

Il ft merveille au désordre de Corbie et fut envoyé maréchal de camp de M. de Rohan dans la Valteline. Plus tard, il mena un secours au duc de Weimar, qui, à la recommandation de Rohan, le demanda à la cour de France.

Le duc de Weimar fit un tel cas de Guébriant, qu’il lui laissa en mourant son cheval de bataille et ses armes. Ce cheval avait coûté trois mille livres : « Il s’appelait en allemand rabe, corbeau. Le comte de Guébriant , dit Le Laboureur, le monta dans tous les combats où il se trouva depuis, où l’on a pu dire qu’il combattait sous son maitre, puisque l’on a souvent remarqué qu'il accablait des ennemis sous ses pieds, ou bien qu’il les mordait à sang. Il a souvent rapporté des blessures qui n’ont pas été sans récompense, puisque le comte, son ‘ maître, le voyant vieil, lors de sa mort... le laissa au roi par testament et pria Sa Majesté de le faire nourrir le reste de sa vie dans sa grande écurie ; il était fort gros et grand ; il avait l’encolure forte et ramassée , ta tête grosse ; il était entier. »

… Le comte de Guébriant commanda l’armée du duc de Saxe-Weimar. C’est à Richelieu qu’il dut son bâton de maréchal.

« Un peu devant sa mort, dit M. de Noirmoutier, moi qui étois maréchal de camp dans les troupes de Rantzau , en Allemagne, je lui écrivis en lui donnant-le titre de Monseigneur. Il me dit qu'il me prioit de ne plus le traiter ainsi. Je répondis que je lui devois cela, que je le reconnoissois pour chef de la noblesse, et que tous les gentilshommes qui ne donneroient pas du monseigneur à MM. les maréchaux de France se feroient tort à eux-mémes. — Pour moi, répliqua-1-il, comme M. de Montausier, qui est maréchal de camp sous moi, ne m'écrit que monsieur, si vous me traitez autrement, vous m'obligerez à me plaindre de lui; enfin je brülerai vos lettres si vous ne me promeitez pas ce que je vous demande. »°

Ainsi, en 1613, l’année même où Louis XIV monta sur le trône, on ne donnait pas toujours aux maréchaux la qualification de monsetgneur.

Le maréchal de Guébriant fut tué au siége de Rothweil. La reine en personne alla porter d’augustes consolations à la maréchale, et le corps du maréchal de Guébriand eut l'honneur, qui jusque alors n'avait été accordé qu’au maréchal de Brissac, d’être enterré à Notre-Dame. Cette grande cérémonie eut lieu le 8 juin 1644: l’évêque d'Uzès prononça l’oraison funèbre.

Accrouri. Se dit du singe, quand il paraît assis sur le derrière.

PASCAL DE SATOLAS , en Dauphiné, d'argent , au singe accroupi de gueules.

ADExTRÉ. C'est-à-dire posé au côté dextre.

PAPILLON DE VAUBERAULT, en Touraine , d'or, au lion de gueules, adextré de trois roses de méme en pal.

Apossé. Lorsque deux pièces sont tournées dos contre dos.

FRÉVILLE DE TANNIÈRES, en Normandie, de gueu les, à deux dauphins adossés d’or.

AFFRONTÉ. Au contraire, lorsque deux animaux ont front contre front et se regardent l'un l’autre, ou lorsque deux choses sont opposées de front.

CORMIS DE SAINT-GEORGES, en Provence, d'azur à deux lions affrontés d'or, tenant dans leurs pattes de devant un cœur d'argent’,

Aicursé. Se dit des pièces de longueur qui ont les bouts aigus, comme un pal, une croix, dont les extrémités se terminent en pointe.

DROUILLES DE ROCHEFORT, en Normandie, d'azur à deux pals d'argent alézés, leurs parties inférieures AIGUISÉES.

AJouré se dit d’un château, d’une tour dont les fenêtres (les jours) sont d'émail différent.

GOURFALLEUR DU MESNIL, en Normandie, d'azur au château d'or, ouvert et AJOURÉ de sable.

ALCYON , oiseau de mer qu'on représente dans l'écu sur son nid au milieu des flots.

Nous avons déjà vu que dans l'antiquité l’alcyon était regardé comme l'emblème de la paix, de la tranquillité, calmant les

flots, apaisant les tempêtes. Aussi a-t-il servi à former un grand nombre de devises dont la DRPQUNE allégorique offre un sens facile à saisir.

Un alcyon dans son nid sur les flots.

Alcedinis dies, les jours heureux que l'on coule sous le règne d’un bon prince.

Silentibus austris , pour un savant qui travaille dans le silence.

Agnoscit tempus, pour un homme prudent.

DE MARTIN DE CHESNAU, à Paris, de gueules , à l'ALCYON

d'argent sur une mer d'azur.

ALÉRION, MINOR AQUILA. Ce mot, qui , selon quelques étymologistes , vient du vieux terme gaulois aliers, qui a signifié une espèce d'oiseau vivant de rapines, et, d’après Ménage , du latin aquilario, diminutif de aquila, désigne de petits aiglons qui n'ont ni becs ni jambes, mais les ailes étendues, et diffèrent des merlettes en ce qu’ils sont toujours debout et enpal; et les merlettes , les ailes toujours serrées et posées en fasce.

La maison de LORRAINE, si illustre entre toutes par les grands hommes qu’elle a produits et par le zèle dont elle s’est toujours montrée animée pour la religion catholique, porte :

D'or, à la bande de gueules, chargée de trois ALÉRIONS d’argent dans le sens de la bande.

Cette maison a pris pour armoiries des alérions, parce que alérion est l’'anagramme de Lorraine. On attribue encore au choix de ces armoiries une autre origine; de vieux chroniqueurs loherains rapportent que parmi les nobles seigneurs qui, saisis d’un saint enthousiasme, prirent la croix et partirent pour aller en Palestine délivrer le tombeau de notre Seigneur Jésus-Christ, se trouvait un prince de la maison de Lorraine , qui avait en maintes occasions déployé une valeur fabuleuse contre les musulmans, dont il avait occis un grand nombre; et, chose rare pour un chevalier, était au tir de l’arc d'une adresse tellement merveilleuse, que nul archer ne lui pouvait disputer la palme. Or, un jour, au siége de la cité sainte, le légat Adhémar de Monteil, chef spirituel de l’expédition, se trouvait devant la tente du prince lorrain avec d’autres chevaliers, et regrettait qu’on ne lui püt fournir une plume et de l’encre pour tenir compte des observations qui venaient de lui être faites, les retracer sur parchemin, et les expédier en toute hâte à Bohemont d’Antioche.

« Patience, seigneur évêque, dit le Loherain, ni l’encre ni la plume ne vous feront défaut; » et saisissant son arc il le tendit, et le trait

partit avec la rapidité de l'éclair et la force d’une baliste alla enfiler du même coup trois alérions qui planaient au-dessus de sa tête à une distance où ils se devaient croire à l'abri des coups de l’homme. « Voici une plume, » dit-il; et se faisant une légère incision avec la pointe de sa miséricorde, « et voici de l'encre, sire prélat. » C’est depuis ce temps que la maison de Lorraine porte à la bande de gueules en mémoire de ce sang frais et vermeil, Dos alérions en remembrance de ce gentil coup de flèche.

ALÉZÉE, se dit d’un pal, d’un sautoir, d'un chevron, d'une croix et d'une fasce dont les extrémités ne touchent point les bords de l'écu.

DE NOGARET DE LA VALETTE, duc d'Épernon, d'argent au noyer de sinople, au chef de gueules, chargé d'une croix ALÉzÉE d'argent , couronne de duc.

Le vieux duc d’Épernon se signala sous le règne de Louis XIII par un trait de désintéressement qui mérite d’être cité : Les frais de la guerre ayant épuisé le trésor, on rejeta sur le peuple par une imposition ajoutée à la taille les appointements des gouverneurs et des officiers employés dans les provinces. Le duc d’Épernon dit à cette occasion : « il y a plus de soixante ans que je sers mon roi sans avoir touché d’ailleurs que de son épargne les appointements dont il m'a jugé digne; le ne commencerai pas sur la fin de mes jours à vivre aux dépens d’un. peuple que je vois périr de faim et de misère. J'aime mieux être réduit au seul revenu de mes terres, que de voir mon nom dans les impositions et la dépense de ma table prise sur la subsistance des pauvres. » Il vécut depuis ce temps-là sur ses revenus et ne toucha plus rien de ses appointements.

- AcLumé, ée. Se dit des flambeaux, falots, qui semblent allumés ; des oiseaux ou quadrupèdes dont les yeux sont d’un autre émail que celui de leur corps; on excepte le cheval, vone l'œil d'un autre émail que son corps est dit animé.

: DE LAFARE DE LA SALLE , en Languedoc, d'azur, à trois flambeaux d’or, rangés en trois pals, ALLUMÉS de gueules. Devise : Lux nostris, hostibus ignis, des mémes flambeaux nous éclairons nos amis , nous brulons nos ennemis.

« Lafare, dit le duc de Saint-Simon dans ses mémoires, capitaine des gardes de M. le duc d'Orléans (sous Louis XIV), après l’avoir été de Monsieur, était d’une grosseur démesurée. D’une famille peu considérable, il croyait avec raison avoir fait une grande fortune. Qu’aurait-il dit s’il avait vu celle de ses enfants: l’un avec la Toison et le Saint- Esprit, l’autre évêque-duc de Laon? Il avait trop d'esprit pour n’en

avoir pas été honteux. La Fare était un homme que tout le monde aimait, excepté M. de Louvois, dont les manières lui avaient fait quitter le service. Aussi souhaitait-il plaisamment qu’il fût obligé de digérer pour lui. Il était grand gourmand, et au sortir d’une grande maladie il mangea tant de morue qu'il en mourut d’indigestion. Il faisait d’assez jolis vers, mais jamais en vers ni en prose rien contre personne. 11 dor- : mait partout les dernières années de sa vie. Ce qui surprenait, c’est qu’il se réveillait net , et continuait le propos où il le trouvait, comme s’il n’eût pas dormi.

ANCOLIE, plante qui entre dans quelques armoiries.

BACOUEL DE ROUVRAY D'INVAL, en Picardie, d’or, à trois ANCOLIES d'azur.

Ancre, meuble de l’écu, qui représente l'ancre d’un navire.

La tige ou le montant se nomme stangue , la traverse en haut trabs, et le câble gumène ; mais l'on n’exprime ces pièces en blasonnant que lorsqu'elles sont d’un autre émail que l'ancre.

OLIVIER VAN NOORT, d'azur, à l’ANCRE d'or ; cimier : un vaisseau équipé et flottant.

Ouivier VAN NOORT est le premier capitaine d’un vaisseau hollandais qui ait franchi le détroit de Magellan. En reconnaissance de ses services signalés, de ses longues expédilions maritimes, et de son infatigable activité à étendre les débouchés et les ressources du com-. merce de sa patrie, les états généraux lui concédèrent le privilége de porter les armoiries parlantes ou plutôt symboliques blasonnées cidessus.

ANCRÉ, ÉE, se dit d’un sautoir, d’une croix dont les extrémités des branches imitent les pattes des ancres.

DE MONTALEMBERT, d'argent, à la croix ANCRÉE de sable. Supports : Une autruche et un singe. L'écu timbré d’un casque de chevalier, taré au tiers, et orné de ses lambrequins d'argent et de sable. Il est surmonté d’une couronne de marquis et a pour cimier une tête de lévrier avec collier. Devise : Ferrum fero, ferro feror.

Voici un nom bien connu en France et bien cher aux catholiques. Défenseur habile et éloquent de la foi et de la liberté d'enseignement, M. de Montalembert doit compter au nombre de nos écrivains les plus distingués. L'histoire de sainte Élisabeth de Hongrie est à la fois l’un des bons ouvrages de notre époque et l’un de ceux si rares qui se

recommandent non moins par la pureté du style que par la chasteté des sentiments, l'élévation des idées et le caractère religieux et moral du fond. Cette monographie, qui mérite d'être citée à tant de titres, n'est que l’heureux prélude, espérons-le, d’autres écrits, et après la pieuse princesse pour laquelle s'est opéré le charmant miracle des roses, nous verrons mettre en scène l’imposante figure du vrai roi de la chrétienté au moyen âge, de l’illustre abbé de Citeaux, saint Bernard

ANNELET , petit anneau qui meuble l'écu. Ils sont souvent en nombre et représentent les anneaux des anciens chevaliers. Les annelets sont des marques de grandeur et de noblesse.

DE LANNOY , en Picardie, d'argent, à dix ANNELETS de gueules, trois , trois, trois, un.

Une des principales récompenses décernées aux plus braves chevaliers consistait dans des chaines d'or qu’ils pendaient à leur col, et dont les chainons étaient multipliés à proportion de leur mérite; on donnait à ce présent une signification allégorique ; on voulait faire entendre à ceux qui les recevaient que leur valeur n'avait besoin que d'être enchainée : Par la Päque-Dieu, dit Louis XI en donnant une chaîne d’or au brave Raoul de Lannoy, par la Pdque-Dieu, mon ami, vous éles trop furieux en un combat; il vous faut enchaisner, car je ne veux point vous perdre, désirant me servir de vous plus d'une fois.

ANTIQUE, se dit d'une couronne à pointes, d’un vase , de différents ustensiles des anciens.

Les lions et les lénpards couronnés dans les armoiries ont souvent une couronne à pointes. On peut ne point dire, en blasonnant, un lion ou un léopard couronné à l'antique, mais simplement que ces animaux sont couronnés.

Il n'en est pas de même des autres animaux; quand ils ont une couronne sur la tête, il faut nommer l'espèce de couronne, si elle est antique ou moderne.

D'ALBON : écartelé aux premier et quatrième de sable, à la croix d'or qui est d’Albon; aux deuxième et troisième d'or, au dauphin vif d'azur, langué, barbé, crété et oreillé de gueules, qui est Dauphiné. Supports: deux lions couronnés à l'ANTIQUE. Devise : À cruce victoria. L'écu timbré d’une couronne souveraine antique et environné de manteau d’hermine et frangé d’or, et sommé de la même couronne.

La famille d’Albon, derniers dauphins de Viennois, d’où sortit le

maréchal de Saint-André, si fameux dans les guerres de religion, prétendait à la royauté d’Yvetot, et en 1774, le comte d’Albon, dernier roi d'Yvetot , adressa à Louis XV un mémoire pour faire confirmer les priviléges de sa principauté.

Le royaume d'Yvetot est devenu en France un article de foi populaire. Cependant rien n'en démontre l'existence, si ce n’est sind vers d’un poëte normand du xve siècle :

Au noble pays de Caux

Y a quatre abbaïcs royaux,

Six prieurés conventuaux

Et six barons de grand arroi, Quatre comtes, trois ducs, un roi.

Il n’y a nulle apparence qu’Yvetot ait été érigé en royaume par Clotaire, comme le prétendent nos vieux chroniqueurs; mais il est constant que longtemps après, en 1370, Yvetot était un franc flef libre de tout service et hommage. Les marchands d’Espagne , de Castille et autres, se, rendaient de Honfleur à Yvetot avec leurs marchandises, qu’ils échangeaient contre celles de France. Il était déjà de tradition générale en 1461, qu'anciennement les sires d’Yvetot battaient monnaie.

Henri IV, étant près de livrer bataille aux ligueurs en 1599, se retira dans un lieu dépendant de la seigneurie d’Yvetot, et dit en riant à ceux qui se trouvaient près de sa personne , « que s’il perdait le royaume de France, il était en possession de celui d’Yvetot. »

Lorsqu'il fit faire la cérémonie du couronnement de la reine Marie de Médicis, son épouse , dans l’église de Saint-Denis, s'étant aperçu que le grand-maitre des cérémonies ne marquait point de place à Martin du Bellay, seigneur d’Yvetot, il lui en donna l’ordre en ces termes : « Je veux. que l’on donne une place honorable à mon petit roi d’Yvetot, selon sa qualité et le rang qu'il doit avoir. »

ANGLÉ, ÉE, se dit des croix, sautoirs, étoiles et autres pièces à angles, quand il y a dans ces angles des traits qui sont mouvants.

On trouve rarement dans les armoiries des pièces anglées, mais bien aux ornements extérieurs de l'éeu. Les exemples sont nombreux. |

Les croix du Saint-Esprit, de Saint-Louis, de Malte et de Saint-Lazare sont ANGLÉES de fleurs de lis.

BARDONIL DE SURVILLE DE LA RICHARDIÈRE, en Normandie, d'azur, à la croix ANGLÉE d'argent, anglée de quatre rayons ondoyants de méme.

ANILLE, deux doubles crochets, liés ensemble par le milieu, représentant un fer de moulin.

DE VAUCLEROIS DE COURMAS, en Champagne, d'argent, à l’ANILLe de sable.

APPOINTÉ, ÉE, se dit des épées, flèches, javelots qui se touchent par les pointes.

POULET DE MARSILLY, en Picardie, de sable, à trois épées d'argent , garnies d’or, une en pal, les deux autres en bande et en barre , APPOINTÉES vers le bas de l’écu.

ARMÉ, ée, on se sert de ce mot en parlant du lion, du léopard, des aigles, des griffons. etc., dont les griffes sont d'un autre émail que celui de leur corps. On excepte les bêtes au pied fourchu, qui sont dites onglées lorsque les cornes de leurs pieds se trouvent

d’un émail différent.

Les flèches dont le fer est d’émail différent ne se disent point

armées, comme quelques auteurs l'ont prétendu, mais futées. (Voyez ce mot.)

MULTON DE GISLAND, en Angleterre, d'argent, au lion de sable , ARMÉ et lampassé de gueules.

Sir Thomas Multon de Gisland, sire de Vaux, est célèbre an moyen âge par son attachement pour le roi Richard. Sa force prodigieuse lui valut un triomphe bien rare. À un tournoi donné en Palestine, le roi Richard , dont on connait le caractère aveutureux et chevaleresque, était entré en lice et avait renversé avec grand choc un chevalier de renom; il revint à la charge, monté, dit le chroniqueur, sur un cheval bai; il avait adopté pour son armure la couleur rouge, et le cimier du casque était un chien de chasse courant, rouge aussi, et dont la queue touchait à terre : emblème destiné à exprimer son indignation contre les chiens d’infidèles qui souillaient la Terre-Sainte, et sa résolution d'entreprendre de les en chasser.

Après s'être suffisamment signalé sous ce nouveau costume, il parcourut les rangs pour y choisir un adversaire plus formidable; et remettant sa lance à son écuyer, il prit sa masse et attaqua sir Thomas Multon, chevalier dont la valeur jouissait avec justice de la plus haute renommée. Sir Thomas, ne paraissant pas ébranlé le moins du monde par un coup qui aurait renversé un champion ordinaire, lui conseilla de s'éloigner et d'aller se divertir ailleurs ; mais Richard lui ayant porté un second coup plus violent encore et qui brisa presque son casque, il y riposta avec une telle vigueur, que le roi perdit les étriers, et, se relevant avec quelque peine, disparut à toute bride dans la forêt.

ARRACHÉ, ÉE, se dit des arbres, des plantes dont on voit les racines; il se dit aussi des têtes et des membres d'animaux qui ne sont pas coupés net, et qui ont divers lambeaux ou filaments qui paraissent des pièces arrachées avec force.

REGINALD DE CHATILLON, d'or, à trois tétes humaines, ARRACHÉES de gueules.

Ce blason avait été adopté par Reginald de Châtillon, soldat de fortune qui, à l’époque des croisades, s'était rendu maître d’un château sur les limites du désert, d’où il sortait pour se livrer au brigandage. Reginald avait adopté ce cruel emblème à la suite d’une exécution capitale où il avait de sa propre main tranché la tête à trois émirs musulmans ; on y vit dans la suite un pronostic de sa propre destinée. Comme il osait insulter et même maltraiter les pèlerins qui se rendaient à la Mecque, il fut une des principales causes qui décidèrent Saladin à déclarer la guerre à Guy de Lusignan, le dernier roi de la Terre-Sainte. Après la perte d’une bataille, où il vit tomber trente mille des siens, le monarque chrétien fut fait prisonnier et conduit devant le sultan avec Châtillon et d’autres chevaliers. Le vainqueur présenta à son captif épuisé de fatigues un sorbet rafraichi dans la neige, et Lusignan , après avoir bu, passait la coupe à Châtillon, lorsque Saladin s’y opposa. « Votre personne est sacrée, dit-il à son royal prisonnier ; mais la coupe de Saladin ne doit pas être profanée par un blasphémateur et un vil bandit. » En parlant ainsi il fit voler la tête du chevalier d’un coup de cimeterre.

ARRÊTÉ, ÉE, ce mot se dit d'un animal qui est sur ses quatre pieds sans qu'aucun soit levé.

DE LA GERMINAIS, DE LA VILLENEUVE,, en Bretagne, d'or au cerf ARRÊTÉ de gueules.

ARRONDI, IE, ce mot se dit d’une pièce de l'écu qui, étant ronde, a des traits curvilignes, qui en font paraître le relief et l'ombre.

SABOUREUX DE LA NORAIS, en Normandie, de sable à la bande ARRONDIE d’or.

Assis , se dit du chat, de la levrette, etc., posés sur leur der-

rière.

S'ils étaient couchés sur leur ventre , les pattes pliées, on di-

rait en repos.

DE LANGUERANT, d'or, au chevron de gueules; au bas de l’écu une levrette de sable, ASSIS& sur une terrasse de sinople.

Le sire de Languerant, en 1378, ayant mis en embuscade dans un bois quarante lances qu'il commandait, leur ordonna de l’attendre jusqu’à ce qu'il fût revenu de reconnaitre la forteresse de Cardillac, occupée par les Anglais. 11 s’avance tout seul jusqu'aux barrières, et s'adressant à la garde : Où est Bernard Counaut, vostre capitaine ? lui demanda-t-il ; dites-lui que le sire Languerant lui demande une jouste; il est bien si bon homme d'armes et si vaillant qu’il ne la refu- ‘sera pas pour l’amour de sa dame ; et s’il la refuse, ce luï tournera à grand blasme , et diray partout où je viendrai qu'ilm” aura refusé par couardise.une joüste de fer de lance. Elle ne fut pas refusée, et Languerant y perdit la vie.

AYANT-MÜR , pan de muraille crénelée, joint à une tour.

DE CHATEAU-NEUF DE MOLENE, en Provence, d'azur, à la tour carrée , à trois créneaux, fenestrée d'un AYANT-MUR à à quatre créneaux et posée sur une terrasse , le tout d'argent.

Azur, ce mot désigne la couleur bleue, on lui a assigné une étymologie persane et arabe, lazurd, couleur bleue. C'est l'un des neuf émaux employés dans les armoiries.

L'azur se représente en gravure par des lignes horizontales.

Il est le symbole de la douceur, de la beauté, de la noblesse, de la félicité éternelle.

BADELAIRE, épée large et courbée en manière de sabre, qui était en usage chez les Huns.

Ménage dit que ce mot vient de batalaria, épée prepre à la bataille.

Le P. Menestrier le fait venir de baltearis, qu'il dérive de balteus , baudrier.

DE CLARY, de gueules, à trois BADELAIRES d'argent , rangés les pointes en bas.

Le sire de Clary, reconduisant en 1389 en Angleterre le sire de Cuurtenay, qui avait jouté une fois seulement contre messire Guy de La Trémoille, dissimula les propos injurieux de l’Anglais contre la chevalérie française. 11 les avait entendus sans rien dire, dans la crainte de violer la sauvegarde qui lui avait été confiée; mais il les avait encore sur le cœur lorsque, ayant remis l’étranger sur les terres des Anglais, il crut n'être plus obligé à garder aucun ménagement; alors il les

DICTIONNAIRE HERALDIQUE. 311

releva avec fierté, comhattit l'Anglais à fer émoulu, lui perça l’épaule et le renversa par terre. Au lieu de la gloire que le sire de Clary comptait avoir acquise, il fut au retour mis en prison, par jugement du connétabie et des maréchaux de France, pour avoir jouté sans la permission du roi, et encore contre un étranger dont la garde lui avait été remise : ses terres furent saisies quelque temps , et peu s’en fallut qu’il -ne subit le bannissement; mais les seigneurs et les dames obtinrent enfin la rémission d’une faute à laquelle ils ne pouvaient refuser leurs éloges.

BANDE, fœnia , æ , une des sept pièces honorables. Elle oceupe deux parties de sept de la largeur de l’écu ; lorsqu'elle se trouve seule, elle est posée diagonalement de l'angle dextre supérieur à l'angle senestre opposé. |

La sAnDe représente l’écharpe du chevalier posée sur l'épaule, ainsi que nous avons déjà eu occasion de l'indiquer.

Il y a des BANDES chargées , accompagnées , échiquetées , denchées , engrelées, alésées, etc. (Voyez ces mots.)

DEFELIX DU MUY, à Aix en Provence, originaire de Savoie, de gueules, à la bande d’argent, chargée de trois F de sable.

Ces trois F sont une concession d’un comte de Savoie à cette famille, qui lui fut fort attachée lors des guerres civiles. Ce suzerain lui accorda, pour en conserver la mémoire à la postérité, de mettre sur la bande de ses armes trois F, qui signifient : Felices fuerunt fideles , les Félix furent fidèles.

DE PIERRE, DES PORTS, DE LOUBATIÈRE, DE BERNI, DE SAINT-MARCEL D'ARDÈCHE, en Languedoc, d'azur, à la bande d'or, accompagné en chef d'un lion de méme, lampassé el couronné de gueules.

Cimer, un lion naissant au naturel et de profil, tenant de sa patte dextre une épée d'argent garnie d'or, la pointe en haut.

Devise : armé pour le roi.

Louise d’Artifeld de Jonquiers, veuve de Bertrand de Pierre, seigneur de Saint-Marcel d’Ardèche, conserva à cette ville la tige de ce qu’il y a de ses anciens habitants, lorsque le comte d’Assier, de la maison de Crussol, vint en faire le siége en 1567. Elle comprit bien qu'un lieu qui n’avait qu’un simple mur et des habitants sans chef ne pouvait se défendre contre une armée de dix mille hommes; ce qui Jui fit prendre la résolution d'envoyer un de ses gens au comte d’Assier pour le prier de se ressouvenir de l'amitié et des liaisons qui avalent existé entre leurs familles. Ce général, ayant écouté ce qu’on lut disait

de la part de cette dame, répondit que non-seulement tout ce qui - composait sa maison serait respecté, mais encore tous ceux qui y seraient reçus. Ce discours ayant été entendu, ceux qui défendaient - les remparts les abandonnèrent sur-le-champ pour se réfugier dans le lieu qui leur devait servir d'asile. Saint-Marcel d’Ardèche fut pris par escalade , et deux cents personnes qui n’avaient pu trouver refuge dans le château furent massacrées. Ce fait a passé par tradition d’âge en âge parmi les habitants de Saint-Marcel d’Ardèche et des environs, et ils en ont conservé le souvenir jusqu’à la révolution de 1789.

BANDÉ, “E, se dit d’un écu divisé en six espaces égaux par cinq lignes diagonales dans le sens des bandes ; les premier, troisième et cinquième d’un émail , les deuxième , quatrième et sixième d'un autre émail.

Il y a aussi des écus bandés de huit pièces par sept lignes diagonales.

Bandé se dit encore du chef de la fasce , du pal, divisé en six ou huit espaces égaux dans le sens des bandes.

FIESQUE , BANDÉ d'argent et d'azur de six pièces.

BARBÉ , se dit du coq, dont la crête de dessous le bec est d'un autre émail que son corps.

Le mot barbé ou barbelé se dit aussi du dauphin pour désigner les anciennes armes des dauphins de Viennois, contrescartelé d'or au dauphin vif d'azur, aureillé, BARBELÉ et crété de gueules.

BARDÉ, HOUSSÉ ET CAPARAÇONNÉ , Se dit d’un cheval qui a tousses harnais. :

VASSAL DE SAVIGNAC, à Toulouse, d'azur, à l’homme d’armes, armé de toutes pièces, d’or, tenant de la detre une lance de méme, monté sur un cheval d'argent, BARDÉ, HOUSSÉ et CAPARAÇONNÉ de gueules.

BARRE ( Voyez brisure).

BASTILLÉ , se dit d’un chef, d'une fasce , d’une bande qui a des - créneaux en sa partie inférieure.

BELLOT DE LA VILLETTE , en Franche-Comté, nn à trois losanges d'azur, au chef cousu d’or, BASTILLÉ de quatre pièces.

BATAILLÉE, ce mot se dit d’une cloche qui a un battant d'autre émail qu'elle est.

Ce terme vient de BATAIL, battant de cloche, dérivé, selon Ducange, de batallum, qu’on a dit dans la basse latinité en la même signification.

CLAIRAC DE ROQUESERIÈRE , en Quercy, de Paie, à la cloche d'argent, BATAILLÉE de sable.

BATON , bacillus, i, espèce de petite cotice alésée qui se trouve dans quelques écus, ét qui sert de brisure aux cadets des puînés pour distinguer les branches des grandes maisons.

On dit un bâton péri en bande ou en barre. On peut dire aussi un bâton en abîme, dans le même sens. *

BgcQué , se dit du bec d’un oiseau lorsqu'il est d'un autre émail. |

DU GUESCLIN , en Bretagne, d'argent à l'aigle éployée de sable, BECQUÉE et membrée de gueules, au bdton de méme brochant à dextre sur le tout, et pour devise: Dat virtus quod forma negat.

Je ne veux pas entreprendre de retracer ici l’histoire du brave Du Guesclin, connétable de France et de Castille, qui délivra à la fois IR France des étrangers et de ses ennemis intérieurs. Vous connaissez tous ses exploits ; vous avez tous lu que bien jeune encore, mauvais petit garçon, laid et têtu, il s'était attiré l’inimitié de son père, qui ne le croyait propre à rien; vous n'ignorez pas comme il commença par une victoire remportée dans un tournoi cette mémorable carrière qui devait étre si utile à sa patrie. Après s'être signalé par les exploits les plus héroïques, Du Guesclin alla mourir devant Castelneuf-de - Randan. On sait que les clefs de la ville furent remises à son cercueil ; il respirait cependant encore lorsqu'elles furent apportées. Avant de mourir, Bertrand dit à Olivier de Clisson , son compagnon : « Messire Olivier, je sens que la mort m’approche de près, et je ne vous puis dire beaucoup de choses : vous direz au roi que je suis bien marry que je ne lui ai fait plus longtemps service ; de plus fidèle n’eusse-je pu; et si Dieu m’eût donné le temps, j’avais bon espoir de lui vuider son royaume de ses ennemis d’Angieterre. Il a de bons serviteurs qui s’y emploieront de mémes effets, et vous, messire Olivier, pour le premier. Je vous ‘ prie de reprendre l'épée qu'il me commit quand il me donna l’épée de connétable, et la lui rendre ; il saura bien en disposer et faire élection de personne digne. Je lui recommande ma femme et mon frère, et adieu, je n’en puis plus. »

BESANT, pièce ronde d’or ou d'argent dont on charge souvent l'écu.

Les besants représentent des pièces de monnaie qui furent fabriquées à Byzance : ils signifient les voyages faits en Orient et dans la Terre-Sainte du temps des croisades.

DE RIEUX, en Bretagne, d'azur à dix BESANTS d’or, Tres trois , deux , un. Devise : À tout heurt Rieux.

Cette illustre famille a produit des maréchaux de France et de Bretagne , et s’est alliée à la maison de Bourbon.

Bizerte, meuble d'armoirie fait en forme de carré long dont on charge souvent l’écu.

Il y a des BILL&TTES de métal et d’autres de couleur : leur position est perpendiculaire.

Les BILLETTES étaient anciennement des pièces d'étoffes d’or, d'argent ou de couleur, plus longues que larges, que l’on mettait sur les habits pour leur servir d'ornement; on les a depuis transportées sur les écus. |

Les BILLETTES sont des hiéroglyphes de franchises, parce qu'il n’y avait que des personnes libres qui en pussent porter autrefois.

DE BEAUMANOIR , en Bretagne, d'azur, à dit BILLETTES SE gent, quatre, trois, di un.

Le commencement du règne de Jean IT fut signalé par un fait d'armes digne d’être placé dans l’histoire à côté du combat si fameux, à Rome, des Horaces et des Curiaces.

Richard Bembro, capitaine anglais, commandant de la garnison de Ploërmel, porfait” a terreur et le ravage dans tous les environs de cette ville, ét massacrait indistinctement les marchands, les artisans et leflaboureurs , pour venger la mort de quelques-uns des siens tués

fe vant Auray. Beaumanoir, seigneur breton, alla trouver Richard Bembro pour lui reprocher l’atrocité de cette conduite. La suite de cette entrevue, qui devint fort vive de part et d'autre, fut ün défi adressé par Beaumanoir au chevalier anglais, qui, dans la chaleur de l'entretien, avait insulté à la noblesse bretonne. On convint de se rencontrer à certain jour, accompagné chacun de vingt-neuf chevaliers, et les armes décideraient qui devait l'emporter des Bretons ou des Anglais.

La victoire fut longtemps disputée ; maîs enfin elle resta aux Bretons: elle avait d’abord paru vouloir se déclarer pour les Anglais. On combattit de part et d’autre avec la plus grande valeur et le plus terrible acharnement. Au milieu du combat, ,Beaumanoir blessé demanda à boire : Bois ton sang, Beaumanoir, lui cria l’un de ses compagnons d’armes,

ta soif se passera. Bembro fut tué dans l’action. Un soldat de fortune, qu'il avait mis au nombre de ses combattants, prit à sa place le commandement des Anglais. Cet homme se nommaïit Croquart. Il fut reconnu, après le combat, pour celui de son parti qui avait montré le plus de valeur. Le prix du courage fat décerné, du côté des Bretons, au seigneur de Tinteniac. Le succès, dit-on, fut dû en grande partie à Guillaume de Montauban, qui prit les Anglais en flanc et mit ainsi le désordre dans leur petit escadron. Au moment d’en venir aux mains, les Anglais avaient paru hésiter. Leur chef fit appeler Beaumanoir, lui dit qu’il croyait ce combat irrégulier, attendu qu’il avait été indiqué sans le congé des princes, et lui proposa de le remettre À une autre fois. Beaumanoir lui répondit qu’il s’avisait trop tard, et que, puisqu'il avait pris la peine de venir, il ne s’en retournerait point sans mener les mains; que cependant il en allait conférer avec ses compagnons. Tous furent du même avis que leur chef, et insultaient par des railleries amères à la réflexion tardive de l’Anglais. Bembro cependant insista encore, en disant que, quand tous les combattants périraient, la querelle des princes ne serait pas décidée : à quoi Beaumanoir répliqua que dans ce moment il était question non de la querelle des princes, mais de l'honneur de leur nation. C’est folie de combattre, digait Bembro; car, quand nous serons morts, toute la Bretagne ne recoucrera pas de tels hommes. Beaumanoir, aussi modeste qu'intrépide, lui repartit que, quoiqu'il eût avec lui de braves chevaliers, cependant les seigneurs les plus considérables du parti n’y étaient pas ; puis, sans vouloir entendre davantage les représentations de l’Anglais, il rejoignit sa troupe et donna le signal.

BorDé, ée, se dit du chef, de la bande, du chevron, de la croix et d’autres pièces qui, étant d'un a ont un filet ou bordure d’un émail différent.

DE MAUREPAS, d'azur, à deux chevrons d’or, BoRDÉS de sable.

Le vieux comte de Maurepas avait été disgracié, sous Louis XV, pour une épigramme contre Mme de Pompadour. L'âge n’avait rien diminué de la légèreté et de la frivolité de son esprit. Quand l’infortuné Louis XVI lui confia le soin du gouvernement et le chargea de distribuer les divers portefeuilles, il appela, dit-on, à l’importante fonction de garde des sceaux non celui qu’il jugeait le plus capable de bien diriger l’administration de la justice, mais un seigneur qu’il avait vu jouer avec succès les Crispins sur un théâtre de société; il n’eut qu’un soin, celui de sa fortune; qu’un souci, de se maintenir au poste qu’il occupait.

BoRDurE, pièce en forme de ceinture qui environne l'écu et a trois quarts de partie de sa largeur.

Il ÿ a des bordures d’un seul émail , il y en a de deux émaux,

étant componées ou échiquetées, etc., on en voit de denchées, d’engrelées, etc.

DE LAFAYETTE, en Auvergne, de gueules, à la bande d’or, à la bordure de vair.

lssu d’une famille de vieille noblesse, et dont un membre s’étsit illustré sous Charles VII en coopérant activement à l’expulsion des Anglais, M. de Lafayette se montra ennemi ardent des priviléges et zélé propa-

“gateur des idées nouvelles. 11 se hâta, bien jeune encore, d’aller dé-

fendre la cause de l'indépendance américaine, et se distingua à la bataille de Savannah. De retour en France , il prit une part active aux préludes de la révolution, qui le traita en ennemi, et la fuite seule arracba sa tête à l’échafaud. À quarante ans de distance, toujours guide par les mêmes principes, il contribua fortement à la révolution qui conduisit pour la troisième fois les Bourbons à l’exil.

Homme intègre et vertueux, mais sans énergie, et d’une capacité médiocre, M. de Lafayette ne sut jamais que s'associer aux événements sans pouvoir prétendre à les diriger. Il est mort honorable et honoré, mais sans qu’il lui ait jamais été donné de faire prévaloir ses idées.

BoucLÉ , ée , se dit du collier du lévrier ou d’un autre émail qui a une boucle.

DE LAUBRIÈRE , en Bretagne, d'azur, au lévrier rampant d’argent, accolé d'un collier de gueules , bordé et BOUCLÉ d’or.

Bourpon , meuble d'armoiries qui représente un bâton de pèlerin. | Il signifie les voyages faits aux lieux saints.

DE LA BOURDONNAYE, en Bretagne, de gueules, à trois BOURDONS d'argent. |

BouRDONKÉ , ÉE, se dit d'un bâton arrondi à son extrémité supérieure , ou d’une croix pommetée à la manière d’un bourdon de pèlerin. |

Les prieurs mettent un bâton BOURDONNÉ derrière l’écu de leurs armes.

BouTEROLE , meuble qui représente la garniture qu'on met au bout du fourreau d'une épée ou d’un badelaire, pour empêcher qu'ils ne percent.

Breressé, £e, se dit du sautoir, du pal, de la fasce, de la

bande, du chevron, qui ont des créneaux des deux côtés, répondant les uns aux autres.

SCARRON , d'azur, à la bande BRETESSÉE d’

Brisé, ée, se dit d’un chevron dont les deux branches se trouvent séparées , et aussi d’une lance, d’un bâton ou écot cassé en deux.

DE NOMPÈRE DE PIERREFITTE, en Forez, d'azur, à trois chevrons BRISÉS d’or.

BROCHANT , ce mot se dit du chevron, de la fasce, de la bande, de la cotice, et généralement de tout ce qui paraît sur une ou plusieurs pièces.

Ce terme vient du mot broche, qui était une aiguille d'ivoire ou de métal, avec laquelle on faisait des broderies sur les cottes d'armes des anciens chevaliers.

D'ALLEMAN , en Dauphiné, de gueules, semé de fleurs de lis d'or, à la bande d'argent BROCHANTE.

La maison d’Alleman est une des plus illustres du Dauphiné par les grands hommes qui en sont sortis ; elle a donné des cardinaux, dés archevêques et évêques à l’Église, des ambassadeurs, des officiers d’un mérite distingué dans les premiers grades militaires ; ses branches étaient si nombreuses dans le xv° siècle, que de là est venu le proverbe : Gare la queue des ALLEMAN.

Broye, meuble représentant un feston passé en fasce. La BROYE est rare en armoiries.

GEOFFROI DE JOINVILLE, en Champagne, ds. à trois BROYES d’or liées d'argent , posées en fasce l’une sur l’autre ; au chef d'argent chargé d’un lion naissant de gueules.

Le célèbre sénéchal de Champagne, l’ami de saint Louis, l’historien de son règne, le sire de Joinville, prit une part glorieuse à la croisade d'Égypte. Après la retraite désastreuse de la Massoure, et lorsque le paiement de la rançon des prisonniers et la remise de Damiette eurent permis aux croisés de quitter l'Égypte, le saint roi se dirigea vers la Terre-Sainte et débarqua à Ptolémais. Là, Joinville trouva un monument glorieux à sa famille. Geoffroi, son oncle, était venu fort jeune dans la Terre-Sainte, à la croisade de Pbilippe-Auguste (1192) et de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, avec Henri I], comte de Troyes , dont il était sénéchal. Il les servit si fidèlement, que le roi d'Angleterre lui permit, pour récompenser sa valeur et sa fidélité, de

s18 DICTIONNAIRE HÉRALDIQUE.

joindre les armes d'Angleterre à celles de sa famille. Geoffroi mourut et fut enterré à Ptolémais; son écu était appendu au-dessus de son tombeau. Joinville l’en détacha pour l’apporter à Saint-Laurent de Joinville; ses armes y étaient peintes telles que nous les avons blasonnées.

BurELé (Voyez fascé).

BURÈLES , fasces diminuées en nombre pair, ordinairement de six, quelquefois de huit; on voit aussi des écus où il n’y a que quatre burèles.

Quand il y a six burèles, elles ont chacune une demi-partie, un treizième, un vingt-sixième en hauteur des huit parties de la hauteur de l'écu.

S'il y en a huit, elles ont chacune demi-partie d'une des huit parties de la hauteur de l'écu.

Lorsqu'il y a cinq ou sept burèles dans l’écu , elles prennent le nom de trangles.

L'étymologie des termes burelé et burèles vient, selon le P. Menestrier, d’une espèce de cloison à bandes couchées horizontalement, qui laissaient des espaces vides égaux à leur largeur, derrière il y avait des rideaux de bure. Ces cloisons servaient dans les salles de juridiction à séparer, les juges du peuple; ils recevaient les placets à travers les barreaux, lorsqu'ils donnaient audience.

Buste, tête d'homme ou de femme, qui dans l’écu paraît de front jusqu'à la poitrine.

DE GRAMMONT, en Franche-Comté, duc de Caderousse , au comtat Venaissin, d'azur à trois bustes de RRINE de carnation, couronnées d’or à l'antique.

« Or, dit un vieux chroniqueur, le noble roi d'Écosse donnait un splendide banquet pour célébrer la bienvenue du preux chevalier qui point n’avait encore voulu blasonner son bouclier, bien qu'il eût déjà plus que bien d’autres accompli merveilles et prouesses héroïques, et lequel était uniquement connu par la couleur sable de son armure, sa devise : Plus tard verrai, et le surnom que tous lui avaient octroyé : L'IRRÉSISTIBLE. Rien ne saurait donner une idée de la magnificence du prince, de la multitude et de l’abondance des services. Tout à coup entra un nain habillé en Sarrasin de Grenade et à l'antique ; il conduisait un éléphant qui portait un château dans lequel était une dame éplorée et vêtue de, longs habits de deuil. Quand elle se vit dans la salle, au milieu de l’assemblée, elle récita un triolet pour ordonner au nain d'arrêter ; mais celui-ci la regardant d’un œil fixe continua sa

marche jusqu'à ce qu’il fût arrivé près du chevalier noir. Alors la dame implora sa valeur et le supplia de venir à son aide pour délivrer ses trois filles, qu'un abominable géant retenait captives dans un imprenable castel. Le preux, après avoir entendu la requête de la dame, saisit un faisan qu’on venait de servir devant lui, et s’écria : « Je voue à Dieu mon créateur tout premièrement, et à la très-glorieuse Vierge sa mère. et après à celte dame et au faisan, de ne prendre mie repos, ni tailler ma barbe et mes cheveux. que je n’aie occis ce traitre et félon ravisseur. » Adonques aussitôt il fit seller son hardi palefroi, saisit sa lance et son épée, et, guidé par le nain et la dame, se dirigea vers le castel du géant. En vain celui-ci eut recours à mille diaboliques enchantements, il ne put résister à la vaillance du champion irrésistible ; il fut occis, et les jouvencelles remises entre les mains de la dame, moins une que pour guerdon de son courage le chevalier obtint, et qu'il épousa avec force fêtes et festins. C’est alors qu'il fit émailler et pourtraire sur son écu , en remembrance de ce beau fait d’armes, d'azur, à cause de l’évidente protection du Ciel, et trois bustes de reine de carnalion couronnées d'or à l'antique, pour ces trois princesses qu'il avait si heureusement délivrées. »

La famille de Grammont, dont je viens de citer la légende héraldique, a produit une foule d'hommes distingués, et entre autres le maréchal de Grammont.

Antoine III, duc de Grammont, maréchal de France, débuta à Mantoue. Plus tard il gagna la bataille d’Ordingen. Blessé au siége de Rotweil, il mourut de ses blessures. Ayant épousé une parente du cardinal de Richelieu, Mti- Duplessis-Chivray, Grammont n’en conserva pas moins à la cour une indépendance bien rare en ce temps.

Lorsque Puy- Laurens devint momentanément maître suprême des destinées de tous, les courtisans et la ville s’inclinaient humblement devant lui. Le maréchal de Grammont entra un jour chez Puy-Laurens au moment où un personnage éminent en sortait après étre resté découvert et debout en présence de Puy -Laurens, couvert et assis le dos au feu. Celui-ci voulut user de même façon à l'égard du duc de Grammont ; ce que voyant, Grammont prend un fauteuil qu’il place au dos du siége de Puy-Laurens, et ayant le nez au feu, les pieds sur les chenets et la tête couverte, il dit: Monsieur, vous vous leves bien tard; et puis il s’en va quand il le trouve à propos.

Dès ce temps-là les solliciteurs étaient infatigables. Un vicomte du Bac de Champagne demandait une faveur au maréchal de Grammont. Il resta tout le jour. A l’heure du souper, le maréchal, par courtoisie, pria le solliciteur de prendre place à sa table. Après souper, le solliciteur restait encore. La nuit venue, le duc de Grammont dit à un valet : « Fermez les portes ; donnez des mules: à M. le vicomte; je vois bien qu’il me fera l'honneur de coucher avec moi.— Ah! M.le maréchal, je me retire. — Non, mordieu, reprit le maréchal ; non, M. le vicomte, vous me ferez l'honneur de prendre la moitié de mon lit. » Le vicomte se sauva.

CaBLÉ, $e, se dit d’un pal, d’une fasce , d’une croix ou autre pièce faite de câbles entortillés.

ALDART DE MIGNÈRES, en Gâtinais, d'argent, à la fasce CABLÉE de gueules et de sinople, accompagnée en chef de deux étoiles du second et en pointe d’un croissant de méme, sur la fasce un écusson du champ, chargé d'une main senestre de gueules.

Canon, meuble qui entre en quelques écus et représente un canon d'artillerie.

On dit afftté , de son affüt, quand il est d’émail différent.

Les blasons donnés par Napoléon à ses généraux ou à ses capitaines, en les anoblissant, sont ceux où l’on rencontre le plus communément cet emblème de leur illustration.

DAUMESNIL, baron de l'empire, coupé le premier parti de sinople au cor de chasse d’or et de gueules au signe de baron tiré de l’armée; le deuxième d'azur, au trophée de sept drapeaux et deux fusils avec baïonnettes d'argent, soutenus de deux tubes de CANON de méme.

Le brave Daumeasnil, surnommé Jambe de Bois, parce qu’il avait perdu ce membre au service, était gouverneur de Vincennes à l’époque où l'étranger envahit la France. 1] ne voulut jamais remettre la place, et, à toutes les sommations de se rendre, ne répondit que par ces mots énergiques : « Ils veulent Vincennes, qu’ils s’en rendent maîtres;

pour moi, je m'ensevelirai sous ses ruines avant de livrer à l’ennemi la citadelle dont la garde m'a été confiée. »

CANTON, portion carrée de l’écu qui joint un des angles supérieurs à dextre ou à senestre.

Le cAnTON a deux parties de large des sept parties de la largeur de l'écu et une demi-partie de plus en hauteur.

Le FRANC CANTON diffère de CANTON en ce que ce premier est plus grand et en ce qu'il occupe toujours l'angle dextre supérieur.

CanToNs, s'entend des quatre vides carrés quand il y a une croix sur l’écu et même des espaces triangulaires, s’il y a un sautoir. Ces cANToNs sont souvent chargés de quelques pièces ou meubles.

Les CANTONS de la croix se distinguent par les deux en chef, les deux en pointe.

Les CANTONS du sautoir, celui en chef, celui au flane dextre, celui au flanc senestre , celui en pointe.

DE BOURGNEUF, en Bretagne, d'argent au sautoir de sable, au CANTON de gueules chargé de deux poissons d'argent.

Cette maison , une des plus distinguées de Bretagne, a possédé presque sans interruption la charge de premier président du parlement de Bretagne depuis son institution. Antérieurement elle avait celle de président de Bretagne. Elle a contracté des alliances avec des ducs et pairs, maréchaux et chanceliers de France, a donné à l’Église de vénérables prélats, entre autres, Charles de Bourgneuf, évêque de Nantes, l’un des hommes les plus distingués de son siècle par sa vertu, son savoir et sa haute piété.

CANTONNÉ, ÉE. Ce mot se dit lorsque dans les quatre scantons ou vides d’une croix ou d’un sautoir il y a quelques meubles qui garnissent ces espaces.

CANTONKÉ , se dit aussi d'un lion, d'un aigle, ou autre animal qui, étant au milieu de l'écu , est accompagné de quatre meubles vers les angles.

DE MONTMORENCY, d’or à la croix de gueules , CANTONNÉE de seize alérions d'azur, l’écu timbré d’une couronne princière fermée. Tenants : deux anges portant chacun une palme. Devise: Dieu aide au premier baron chrétien. Cri: le mot grec, amXavos SUrmonté d’une étoile , l’écu environné du manteau de pair, sommé de la couronne de duc.

Parmi les plus nobles armes, les armes de concession, j’ai cité celles des Montmorency. On sait qu’ils portaient d’abord d’or à la croix d’argent cantonnée de quatre alérions d'azur, ce qui était contraire aux lois héraldiques, qui défendent de mettre dans l’écu métal sur métal ou couleur sur couleur. A la bataille de Bouvines, où douze drapeaux pris sur l’ennemi et force blessures signalèrent la valeur de Mathieu de Montmorency, Philippe - Auguste, trempant son doigt dans le sang du preux, lui dit: « O brave homme, je veux qu’à l'avenir vous remplaciez votre croix d’argent en croix de gueules, et que vous ajoutiez, en souvenir des drapeaux que vous m’apportez, douze aigles désarmés (alérions) aux quatre qui sont sur votre écu. » C’est depuis ce temps que la croix de métal n’est plus sur le fond de métal des . Montmorency.

CARNATION , couleur de chair, parties nues du corps de l’homme, représentées au naturel, particulièrement du visage, des mains et des pieds.

La CARNATION est un émail qui peut se représenter dans l’art héraldique quand les armes sont peintes ou enluminées ; mais la gravure n’a point de traits ou hachures pour distinguer les chairs humaines.

MASSÉNA , prince d’Essling, d’or, à la Victoire de CARNATION, ailée, tenant d’une main une palme et de l’autre une couronne d’olivier de sinople, accompagnée en pointe d’un chien couché de sable, le tout surmonté du chef de duc.

Masséna (André) naquit à Nice en 1755, d’une famille pauvre. Il s’attacha aux destinées de la France quand la révolution commença, et devint en 1795 l’un des généraux divisionnaires de Ronaparte, qui lui donna le surnom d’Enfant de la Victoire. Masstna commanda ensuite en chef en Helvétie et devant Zurich, mit en déroute les Russes, jusque alors presque partout victorieux. Cette victoire produisit sur les esprits une sensation prodigieuse, et changea toute la marche des événements. Masséna ensuite défendit Gênes contre les Autrichiens et une flotte anglaise avec un courage et une patience extraordinaires. Les habitants et ses soldats souffrirent cruellement; maïs en occupant une grande partie des forces combinées il aida puissamment Napoléon à remporter la célèbre victoire de Marengo. Masséna servit ensuite dans V'État napolitain, où il intronisa Joseph; puis en Autriche, en Pologne, etc. Napuléon le décora du titre de prince d'Essling, en mémoire de sa brillante conduite lors de la bataille de ce nom. Il se rendit ensuite en Espagne et en Portugal; mais il fut obligé d’évacuer ce dernier pays. Plus d’une fois on l’accusa de concussion, et il est à peu près certain qu’il fut un des généraux les plus enrichis par les guerres de la révolution. Quoi qu’il en soit, riche, a-t-on dit, de dix-sept millions, Masséna reconnut Louis XVIII en 1814; puis il tint, lors du retour de Napoléon de l'ile d’Elbe, une conduite regardée comme équivoque. La faveur du roi ne lui fut cependant pas ôtée, et il est mort en 1817, comblé de gloire comme de richesses.

CHaPé, ée, se dit de l’écu divisé par deux lignes diagonales jointes au milieu du bord supérieur, et qui se terminent l’une au flanc dextre , et l’autre au flanc senestre.

Ce terme vient du mot cHaPe, parce que cette division de l’écu imite une chape d'église.

BOUTREZ DE FRANQUEVILLE, en Normandie, de gueules, CHAPÉ d'argent.

CHAPERONNÉ, ÉE, épervier, faucon ou autre oiseau de proie qui a un chaperon pour lui couvrir la tête.

DEGOUBERVILLE DE SAINT-QUENTIN, en Normandie : d'azur, à trois éperviers d’or, CHAPERONNÉS de gueules. . ,

CaarGé, ÉE, se dit des pièces honorables et autres sur lesquelles se trouvent un ou plusieurs meubles, tels que croissants, étoiles, merlettes, annelettes, quintefeuilles, roses, croisettes, aiglettes, etc.

La maison d’Autriche, une des plus illustres de la chrétienté, portait pour armes anciennes : d'azur à cinq alouettes d’or posées en sautoir ; mais, lors de la troisième croisade, où se trouvaient Philippe-Auguste, roi de France, l’empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse et Richard Cœur-de-Lion, le duc d'Autriche, Léopold II, dut à sa valeur d'acquérir un nouveau blason. Il livra aux Sarrasins, de concert avec Frédéric, son frère, un rude combat; et au fort de la mélée, tous deux ayant perdu leur bannière, Léopold détachs son écharpe blanche, et la trempant dans le sang qui couvrait la plaine, teignit ainsi en gueules son volet, et l’élevant à la pointe de sa lance, comme un signe de ralliement, comme un glorieux drapeau, à la vue de tous ses hommes, il poussa d’unc voix éclatante son cri de guerre : Autriche, serviteur de Jésus-Christ. Ses soldats, enthousiasmés, se précipitèrent comme la foudre sur les mécréants, qui furent presque tous occis. Léopold, qui mieux que nul avait besoigné , était tellement criblé de blessures, que sa cotte d'armes, elle aussi, de blanche était devenue toute rouge, à l’exception de l’espace caché par le ceinturon, où pendait le glaive du duc d’Autriche, ce qui produisait une sorte de fasce. Alors, mus par un sentiment général d’admiration, officiers et soldats s’écrièrent : « Au brave Léopold : Écu de le gueules CHARGÉ d’une fasce d'argent. »

Telle est la glorieuse origine des armes de la maison d'Autriche.

Cuaussé, £e, se dit d'un écu divisé par deux lignes diagonales jointes vers la pointe ou le bas de l'écu, et qui se terminent l'uné au flanc nexLres l'autre au flanc senestre ; c'est l'opposé

de chapé.

DE BRESSY DE SABLONS, en NOrmannles de gueules , CHAUSSÉ d’hermine.

Car, pièce honorable dont la hauteur est de deux parties, des sept de la largeur de l'écu, et qui se termine au bord supérieur,

Il représente le casque de l'homme de guerre ou de l'ancien chevalier.

Il y a des cugrs unis, il y en a chargés de diverses pièces.

Cagr abaïissé est celui qui se trouve sous un autre CHEr.

Cuxr bandé , celui divisé en six espaces par cinq lignes diagonales dans le sens des bandes, de deux émaux alternés.

Casr chargé, celui sur lequel on voit quelque pièce ou meuble.

Cagr cousu, celui de métal, lorsque le champ est de métal ; ou de couleur, quand le champ est de couleur.

Cagr denché, celui qui, au long du bord inférieur, a nombre de petites pointes en manière de scie.

Cuer échiqueté , celui qui est divisé en deux ou trois tiers, ou rangs de carreaux en échiquier.

Cuxr émanché, celui dont le bord inférieur se termine en plusieurs pointes triangulaires, qui imitent les manches des anciens.

Cuer engrelé, celui qui a de petites dents, dont les cavités sont arrondies.

Cugr losangé, celui qui est divisé en losanges.

Casr retrait, celui qui n’a en hauteur que la moitié de sa proportion ordinaire.

Car soutenu , celui auquel est jointe une devise iQ semble le soutenir.

BAYARD , le Chevalier sans peur et sans reproche , d'azur au CHEF d'argent avec un lion issant de gueules.

Qui ne connaît la vie et l’histoire du bon et loyal Bayard, du modèle des preux, lequel eut l'honneur, après Marignan, ce combat de géants, comme l’appelait le vieux Trivulce, d’armer son roi chevalier sur le champ de bataille ? Je ne veux citer de lui qu’un trait purement héraldique, qui par conséquent a droit d’être rapporté ici.

Lorsque le roi de France, Louis X11, revint d'Italie après la conquête du Milanais, une partie des troupes françaises resta dans la Lombardie, occupant ses loisirs à des tournois, des joutes et autres passe-temps. Le chevalier Bayard profita de ce repos pour aller visiter à Carignan Blanche , duchesse douairière de Savoie, dont il avait été page dans son enfance. La princesse le reçut avec bonté, et le traita comme s’il eût été de sa famille; le bruit des exploits du chevalier en Italie avait pénétré jusqu'à elle.

Or il faut que vous sachiez qu’auprès de cette princesse il retrouva une noble dame jadis demuiselle d'honneur, pendant que Bayard était page, et qui avait épousé un seigneur de Fluxas, après avoir désespéré d'amener ses parents à lui donner pour époux Bayard, pauvre gentilhomme qui n’avait d'autre fortune que son épée. L'amour des deux jeunes gens s'était changé avec le temps et l'absence en une amitié solide, parce qu’elle était fondée sur une estime réciproque.

Quelques jours après l’arrivée du chevalier, la dame de Fluxas lui dit : « Monseigneur de Bayard, voici la première maison où vous fûtes nourri ausortir du château de votre père, et vous en avez conservé bon souvenir, j'en suis bien certaine; ce serait donc pour vous une grande honte si vous ne vous y faisiez pas connaître aussi bien que vous avez fait ailleurs. — Madame, répondit le bon chevalier vous savez bien que dès ma jeunesse je vous ai estimée et honorée, et que maintenant encore ma volonté ne saurait être autre que la vôtre : dites-moi donc, je vous prie, ce que vous voulez que je fasse. — Ce que vous avez fait lorsqu’à Aire, en Picardie, vous avez donné une passe d’armes en l'honneur des dames de ladite ville. Vous voyez que nous savons vos faits et gestes, mon vaillant chevalier ; en d’autres termes, vous ne pouvez vous empêcher de faire un tournoi dans cette ville, en l’honneur de votre ancienne maitresse, Mme Blanche , et un peu aussi en l'honneur de la première dame de vos pensées, ajouta-t-elle en souriant. Vous avez autour de vous bon nombre de chevaliers français, vos compagnons, et d’autres gentilshommes de ce pays qui ne manqueront de s’y trouver, j’en suis certaine. — Vraiment, dit Bayaril, il en sera fait ainsi que vous le voulez. Vous êtes la première dame de ce monde qui ait conquis mon cœur à son service ; aussi, sur mon âme, j'aimerais mieux mourir que de vous désobéir, »

Alors la dame, faisant une profonde révérence, allait s'éloigner, lorsque Bayard ajouta : « Voudriez-vous bien me donner votre manchon?P car j'en ai besoin. » Mme de Fluxas, qui ne savait ce qu’il en voulait faire, le lui donna, et il le mît dans la manche de son pourpoint.

Le lendemain, dès la pointe du jour, un héraut d'armes sortit de Carignan pour aller lire aux gentilshommes en garnison dans les villes voisines la proclamation suivante :

« Pierre de Bayard, gentilhomme au service du roi de France, fait à savoir qu’au troisième dimanche de ce mois il donnera un tournoi sur la place de Carignan, en l’honneur de M"" Blanche et des autres dames de la contrée, et que pour prix il délivrera un manchon de sa dame, auquel est suspendu un rubis de l'estimation de deux cents ducats, à celui qui sera trouvé avoir le mieux fait à trois coups de lance et à douze coups d’épée. »

En même temps Bayard faisait attacher son écu à un arbre sur la place destinée au tournoi, et plaçait près de là un clerc chargé d'écrire les noms de tous ceux qui viendraient ou qui enverraient déclarer qu’ils acceptaient le combat. La veille du tournoi, vingt-cinq gentilshommes s'étaient fait inscrire.

326 DICTIONNAIRE HÉRALUDIQUE.

Lorsque le jour fixé arriva, grande affluence de peuple et de noblesse se pressa sur les estrades qui avaient été dressées autour de la lice. Sur un échafaud plus élevé que les estrades destinées aux spectateurs, se voyaient cinq pavillons ornés de pannonceaux de différentes couleurs choisies par les cinq chevaliers tenants, à la tête desquels se trouvait Bayard : c’étaient ceux qui s’engageaient à soutenir, avec l’ordonnateur du tournoi, le choc de tous les chevaliers qui se présenteraient au combat , et que l’on appelait assaillants.

Sur le devant du pavillon central, occupé par Bayard, se tenaient debout deux écuyers. déguisés en sauvages, qui d’une main relevaient les draperies de la tente, de manière à en former une espèce de dais, et de l’autre supportaient un large bouclier sur lequel étaient peintes les armoiries de Bayard, qui portait d'azur au cuer d'argent, avec un lion issant de gueules; c'étaient les armes de son père. 11 y avait ajouté pour brisure, comme cadet, une barre d’argent. Sur l’angle de l’écu à moitié penché, comme on en voit beaucoup dans les armoiries, on avait placé son casque (ou timbre en terme de blason), qui avait pour cimier un faucon aux ailes déployées. Aux deux côtés du pavillon, deux lances enfoncées dans la terre supportaient deux longues bandes de soie sur lesquelles se lisait la devise : Plus que jamais.

Les écus des autres chevaliers tenants étaient disposés de la même manière. Le premier à droite de celui de Bayard, appartenant au capitaine Montdragon, était supporté par deux hommes déguisés en dragons, sans doute par allusion au nom du chevalier. Cet écu portait d'argent au chevron de gueules sans brisure, parce qu'il était le chef de sa maison. Son casque avait pour cimier un bras soutenant une petite massue. La devise était : Ma volonté toujours une.

Le second à droite était celui de Jean de Castellano, qui écartelait d'argent à quatre pals de gueules et d'azur, à un bras vêtu d'une manche de moine et tenant une crosse d’or, par reconnaissance d’un oncle, général de l’ordre de Vallombreuse, dont c’étaient là les armes, et qui lui avait laissé quelques biens en mourant. Le cimier était un oiseau accroupi ; les supports, deux lions, et la devise : Je n’at plus de tréve.

Le premier pavillon à la gauche de celui de Bayard était occupé ‘par François de Solis, qui portait d'azur au soleil d’or, par allusion à son nom. Son casque avait pour cimier un aigle renversé sur le dos; son écu était supporté par deux lévriers; sa devise : Pour elle.

. Enfin le dernier pavillon à gauche ombrageait l’écu du chevalier du Lys, qui portait d'azur à une épée nue d'argent, la garde d’or surmontée d’une couronne d’or en chef et accostée de deux fleurs de lis de même. C'étaient les armes que Charles VII donna aux frères de Jeanne d'Arc lorsqu'il les anoblit. Le cimier était une femme vêtue d’azur ; les supports, un léopard et un tigre; la devise: Ma dame est mon tout. -

A mesure que les chevaliers assaillants arrivaient, ils allaient en caracolant toucher du fer de leur lance l’écu de celui des tenants avec

lequel ils voulaient combattre. Lorsque chacun eut ainsi choisi son adversaire, les barrières s’ouvrirent , les trompettes sonnèrent, et cinq chevaliers s’avancèrent lentement dans l’arène, pendant que les tenants, sortant chacun de son pavillon, moptaient sur leurs coursiers, Bayard à leur tête, et entraient dans la lice pour lutter individuellement contre les chevaliers qui avaient touché leurs boucliers. À un dernier signal des clairons, tuus s’élancèreut les uns contre les autres au grand galop, et telle fut la supériorité d’adresse des tenants, que de leurs cinq adversaires trois roulèrent dans la poussière, tandis qu’un des leurs seulement avait été désarçonné. Trois fois ils renouvelèrent un pareil assaut contre de nouveaux antagonistes, et trois fois l'avantage leur resta, grâce sans doute aux efforts et à l'adresse de Bayard, puisque, d’après l'avis unanime des juges du camp et de toutes les dames, il fut déclaré comme celui qui avait le mieux fait et mérité le prix.

C’est pourquoi les juges vinrent le lui présenter ; mais il le refusa en disant que c’était à tort et sans cause qu'on lui déférait cette récompense; que s’il avait fait quelque chose de bien, il fallait l’attribuer à Mne de Fluxas, qui lui avait prêté son manchon, et qu’il lui remettait le prix pour Le donner à qui elle le jugerait à propos. Les juges du camp, selon le désir de Bayard, remirent le prix à la dame, qui remercia Bayard de l'honneur qu'il lui faisait. « Puisque monseigneur de Bayard, ajouta-t-elle, veut bien dire que mon manchon lui a fait gagner le prix, je le garderai toute ma vie pour l’amour de lui ; quant au rubis, puisqu'il ne veut pas l’accepler quoiqu'il le mérite , je suis d'avis qu'on le donne à monseigneur de Montdragon, car on tient que c’est le chevalier qui a le mieux combattu après monseigneur de Bayard. »

Et ce que cette dame ordonna fut accompli avec l'asseptiment de toute l’assemblée.

CaeveLée , tête humaine avec cheveux d’émail différent.

LE GENDRE DE SAINT-AUBIN , à Paris , d'azur à la fasce d’argent, accompagnée de trois bustes de filles de méme, CHEVELÉES d'or. Ces armes sont parlantes , faisant allusion au proverbe : Qui a des filles aura des gendres.

Caevrow , une des sept pièces honorables; elle est pointue en haut avec deux branches qui s'étendent versles angles intérieurs de l’écu. Chaque branclie a deux parties des sept de la largeur du même écu.

Certains héraldistes disent que le chevron représente l'éperon de l’ancien chevalier.

D’autres prétendent qu'ils rennéentent une barrière de lice des anciens tournois.

DE ROVILLE, grand maréchal héréditaire du duché de Luxembourg, de gueules à deux cHEVRONS d'argent. Supports : deux lévriers.

Cette puissante maison, aujourd’hui éteinte, a dû son extinction au débat que souleva la possession d’un lévrier.

Le sire de Roville, grand maréchal héréditaire du Luxembourg, avait deux fils jumeaux qui, tous deux, aimaient la chasse avec passion; tous deux se délectaient à suivre dans les vastes et giboyeuses forêts de Roville les fauves et les bêtes rousses ; tous deux volaient, le long des rives marécageuses de la Sun, les hérons nombreux qui les habitent. Chacun avait une vénerie et une fauconnerie séparées, car une haine profonde animaït ces deux frères l’un contre l’autre; chacun avait fait choix d’un canton, et l’antipathie qui les divisait leur avait imposé la loi inviolable de respecter le domaine l’un de l’autre.

A son lit de mort, Jose de Roville manda ses deux fils; et comme la loi d’aînesse se taisait devant le hasard de leur naissance , il fit entre eux un partage égal de ses biens et de ses immenses possessions.

Un magnifique lévrier était couché à ses pieds, et de temps à autre levait vers son maitre de grands yeux tendres et inquiets, comme #’il eût pressenti que bientôt il ne le verrait plus.

« Et votre chien favori, s’écria Jean, l’un de ses fil:, à qui devra-t-il appartenir ?

« Feldmacht ? reprit le moribond , je l’ai donné à votre frère ; mais si vous croyez avoir des prétentions sur le noble animal... que le sort en décide entre vous. »

Et pressant sur ses lèvres décolorées l’image de son Dieu crucifié, le vieux sire de Roville expira plein de foi en la miséricorde céleste. Après sa mort, ses deux fils se retirèrent, Guillaume au château de Densborn, Jean à celui des Sept-Fontaines.

Or un jour, jour fatalement marqué pour la race de Roville, les cours du château de Densborn a vaient retenti des aboiements vigoureux d’une meute choisie , des hennissements et dés piétinements des coursiers, du son des cors et des cris des piqueurs; Guillaume de Roville était allé lancer un grand cerf des Ardennes que son piqueur avait détourné le matin même.

Jamais animal ne montra plus de ruses et de vigueur; plusieurs fois les chiens tombèrent en défaut; maïs ce n’était pas à tort qu’on avait surnommé le sire de Densborn le nouvel Hubert des Ardennes; il sut remettre les chiens sur la voie, et la chasse recommença avec plus de furie.

Déjà les grands bois de Roville étaient bien loin , déjà la Sun avait été passée et repassée plusieurs fois, et l’animal tenait toujours. Enfin ij prit parti, et, rassemblant toutes ses forces, il s’enfonça dans de sombres et épaisses forêts, où Guillaume ne se souvenait pas que jamais la poursuite d’une bête fauve l’eût entrainé.

Cependant des sons bien connus vinrent lui apprendre que l'animal

était sur ses fins ; le sire de Densborn éperonna son coursier, et ne tarda pas à arriver à une petite fontaine où s'élevait un modeste ermiage.

Là le noble cerf luttait contre la meute féroce et scharnée, et déjà plusieurs chiens avaient payé de leur vie leur téméraire audace. Gui-laume prit sa dague, et coupant avec habileté le jarret de l’animal , le livra aux chiens qui le foulèrent, pendant que les joyeux sons de l’hallali ébranlaient au loin les échos.

Puis on se hâta de faire la curée; car déjà le soleil commençait à disparaitre sous l'horizon , et l’on se trouvait dans une contrée inconnue et fort éloignée probablement du manoir de Densborn.

Bientôt la cavalcade se mit en marche ; la nuit s’avançait à grands pas, et les piqueurs du sire de Roville, qui s’écartaient à droite et à gauche pour tâcher de reconnaître le chemin de Densborn, 8e trouvaient dans le plus grand embarras.

On était arrivé au pied d’une montagne élevée. Guillaume détacha tous ses gens dans différentes directions pour chercher à rencontrer quelque bûcheron ou quelque forestier qui pût leur servir de guide. 1! leur donna rendez-vous au sommet de ia côte, et, ayant mis pied à terre pour alléger son coursier fatigué, il gravit lentement la montagne, accompagné seulement de son fidèle lévrier Feldmacht.

Comme il arrivait au sommet, et qu’il reconnaissait avec un sentiment mêlé de douleur et de joie le fanal du donjon des Sept-Fontaines, séjour de son frère, tout à coup celui-ci, armé de pied en cap, se montra à ses yeux. |

« Est-ce ainsi, s’écria-t-l d’une voix farouche, que tu oses venir me braver jusque sur mes propres domaines? et combien de temps prétends-tu encore t’approprier ce lévrier ?

— Tu sais qu’il m’appartient, lui répondit Guillaume ; cependant je ne dénierai pas les dernières paroles de notre père ; je t'offre donc de nous en remettre au sort de nos prétentions sur le noble animal.

— De toi à moi, repartit Jean, je n’admets de compétence que celle des armes ; » et sans donner le temps à son frère de se mettre en garde, il fondit sur lui l’épée haute. La lutte fut de courte durée; Guillaume, qui n'avait qu'une faible dague à opposer aux armes offensives du sire des Sept-Fontaines, tomba mortellement blessé dès la première passe. Mais au même moment le chien, qui était resté paisible spectateur du combat, comme s’il eût compris qu'il en était le gage, se jeta sur le fratricide, le terrassa et faillit lui faire chèrement expier sa criminelle victoire.

Qu'on juge du désespoir affreux des gens du sire de Densborn, quand, arrivés à la cime de la montagne, ils ne trouvèrent plus qu'un cadavre sur lequel gisait son chien fidèle, criblé lui-même de coups de poignard.

Oa transporta le corps à Roville, où bien des preux vinrent lui donner le dernier baiser d’adieu. Jean osa se méler à cette noble foule ; mais à son approche les blessures du mort s’ouvrirent et répandirent des

flots de sang ; le lévrier hurla, et, quoique pouvant à peine se trainer sur ses palies, il chercha à s’élancer sur le meurtrier: on ne douta plus de la culpabilité du sire des Sept-Fontaines, et on parla de l’arréter ; mais Jean de Roville, comme chevalier, n’était justiciable que de ses pairs; et tel était dans les pays d'états le respect pour la liberté individuelle, que, sans un ordre émané de l’autorité légale, on ne pouvait saisir le criminel. Jean le savait, et se hâta de fuir sur les terres de France. 11 y erra longtemps repoussé de tous, en horreur à tous; enfin le repentir toucha son âme vindicative , et il finit ses jours sous le nom de frère Jean de la Miséricorde, en l’abbaye de Neufmoutiers de Huy, dans le Conduez. 11 demanda à son. heure dernière que ses restes fussent inhumés dans le château de Roville et recouverts d'un monument destiné à transmettre à la postérité son crime et son expiation. Le sire Guillaume y fut représenté décoré des insignes de la charge de maréchal héréditaire de la noblesse du Luxembourg ; d’une main il semblait calmer son lévrier fidèle, de l’autre absoudre le fratricide prosterné à ses pieds, revêtu du sac des pénitents. On reproduisit à divers endroits, selon le vœu de Jean de Roville, cette représentation symbolique, et l’on sculpta des lévriers aux deux côtés de la porte d'entrée. Aujourd'hui l’antique manoir s’est écroulé dans la vallée; l'ogive des fenêtres a été brisée, les poutres et leurs sculptures arra- chées; l'antique fronton blasonné de gueules à deux chevrons. d'argent, et ayant pour supports deux lévriers, a été détruit; fl ne reste plus que des pierres, de la mousse, et cà et là l'emblème de la funeste rivalité qui amena la ruine de la noble et illustre maison de Roville.

CHEYRONNÉ, ée, se dit d’un écu divisé en six espaces égaux entre eux, de deux émaux alternés dans le sens des chevrons.

Si le cuevaoNxé était de plus de six pièces, il faudrait l'exprimer en blasonnant.

Il y a aussi des pals et autres pièces de l'écu qui sont cur- VRONNÉS. |

Les termes cHevROoNS et CHEVRONNÉS ont pris leur nom des caxvroNs des édifiees, à cause de leur ressemblance. Ces derniers CHEVRONS ont été nommés CAPRONE de capreolus en la même signification, selon Perrault, traducteur de Vitruve.

Ciné, se dit d’un globe ou d'un monde entouré d'un cercle d'un émail différent. |

BOUSSIRAN DE LA PALICIÈRE , en Bretagne, d'azur à trois globes d’or, ciNTRÉ de sable.

CLARINÉ , éE, se dit du bœuf, de la vache, du mouton, de la

brebis, du mulet, du chameau et de quelques autres animaux qui ont une clochette attachée au cou.

Ce terme vient de clarine, sonnette pendue au cou des troupeaux qui paissent dans les prairies, pour reconnaître au tintement si on les perd de vue. L’étymologie de clarine vient évidemment de son clair.

DE BÉARN, écartelé aux premier et quatrième d'or, chargé detrois corneilles, deux et une de sable , becquées et membrées de queules, aux deux et trois d’or, chargé de deux vaches passant l’une sur l'autre , de gueules, accornées , accolées et CLARINÉES d'azur.

CLecaée, se dit d’une croix vide dont chaque branche s’élargit à l'extrémité, et fait paraître trois angles rentrants intérieurement et autant d'angles saillants au dehors, lesquels sont terminés par de petits boutons. |

Cette croix est ainsi nommée de ce que ces branches figurées de la sorte imitent les anneaux des clefs des anciens.

Elle est semblable à celle des anciens comtes de Toulouse, qui était d’or en un champ de gueules , que la province de Languedoc a retenu. j

La maison de Venasque, que le P. Menestrier donne pour exemple dans sa méthode du blason au terme cLECaé, est éteinte depuis quatre siècles et fondue en une branche de la maison de Thésan, nommée Thésan-Vénasque.

Les Vénasque, qui prétendaient descendre d’un cadet des comtes de Toulouse, portaient d’or, à la croix vuidée , clechée , pommetée et alesée de gueules.

CoMPONÉ, ÉE, (compon) se dit du pal , de la bande ou autre pièce honorable, divisés, arrangés (de componere), en un rang de carreaux de deux différents émaux alternativement.

JEAN SANS-PEUR, duc de Bourgogne (1396), écartelé aux premier et quatrième d'azur, semé de fleurs de lis d'or, à la bordure COMPONÉE d'argent et de gueules, de seize pièces qui est Bourgogne moderne : aux deuxième et troisième bandé d’or et d'azur, de six pièces, à la bordure de gueules qui est Bourgogne ancien; et sur le tout en cœur, l’écu d’or, au lion de sable, armé et lampassé de gueules, qui est de Flandre.

Jean San:-Peur avait débuté à Ja sanglante bataille de Nicopolis, gagnée , grâce à l’imprudence habituelle des chevaliers français, par le sultan Bajaret, Iiderim, l'éclair ou la foudre (1396). Fait prisonnier, il fut épargné par le Turc, qui s’écria , dit-on : « Mahomet me garde de faire couper la tête à ce terrible tueur; je vois que le laisser vivre, c’est entrainer la perte de nombreux chrétlens; le décapiter, un seul en serait victime. » À la mort de son père, il devint le prinee le plus puissant de l’Europe. Outragé par le duc d Orléans, frère de Charles VI, Jean résolut sa mort. Un soir que son rival rentrait de chez la reine, où il avait soupé, fort gai, chantant, se battant la cuisse de son gant (c'était vieille rue du Temple , au coin de la rue Barbette), des hommes d’armes fondent sur lui et le hachent en morceaux (1407).

Jean, non content d’avouer le crime, osa en faire faire par Jean Petit, docteur de Sorbonne, une pédantesque apologie qui fit horreur. Dès lors il s’appuya sur l’Anglais et les bouchers de Paris, gens brutaux, féroces, habitués au sang. Le chef du parti fut l’écorcheur Caboche; l’orateur, Jean de Troyes, chirurgien ou barbier. C'était alors la même chose ; les barbiers faisaient les saignées. Ce parti sanguinaire fut d’abord l'instrument du duc de Bourgogne, et plus tard son maitre. Des gentilshommes du duc ne furent plus que des recors au service des Cabochiens ; lui-même fut obligé un jour de toucher dans la main du bourreau Capeluche. Mais après l’abominable massacre des Armagnacs, il chercha à rompre avec cette populace,à la mercide laquelle il] était tombé. Il voulut se réconcilier avec le dauphin. On sait comment il périt assassiné sous les yeux du jeunc prince à l’entrevue du pont de Montereau. Ce crime replongea le pays dans les horreurs de la guerre civile, son fils Philippe le Bon s’étant uni aux Anglais pour venger son pèrc.

Cour, meuble de l’écu; il représente la partie principale du corps humain, qui l'anime continuellement tant qu'il existe.

Coeur enflammé est celui dont il sort une flamme.

Le corur est le symbole de la force, de la vigueur, du courage, de l’intrépidité.

Qui ne connaît le cœ1R sanglant, ce noble blason de l’illustre maison de Dougias, qui combattit si longtemps pour la France et en ranporta le titre glorieux de comtes de Touraine. Il faut lire dans l'Histoire d'Écosse de sir Walter Scott les innombrables actions héroïques de c°s braves guerriers, la terreur de l’Anglais. Un volume entier suffrait à peine à énumérer les combats où ils se signalèrent, les batailles auxquelles ils prirent part, les traits éclatants de courage par où ils se sont distingués entre tous les barons écossai:. On sait assez quelles étaient la grandeur et la puissance de cette famille , rivale des Stuart, par l'animosité et l’acharnement de la lutte qui s’engagea entre les Douglas et les rois d'Écosse. La fameuse ballade de Chevy Chase, ou la Chasse des bois de Cheviot, bien que faite pour célébrer le triomphe d’un An- :

glais, témoigne hautement du renom des Douglas, de la terreur qu'ils inspiraient , et de l’impétuosité de leur valeur.

« Dieu fasse prospérer longtemps notre roi et veille sur notre vie et notre salut ! Une funeste chasse fut autrefois donnée dans les bois de Cheviot.

Le comte Percy se mit en chemin pour aller poursuivre le daim avec le dogue et le cor; le vaillant comte de Northumberland fit le vœu devant Dieu qu’il prendrait son plaisir dans les bois de l'Écosse durant trois jours d'été ; qu’il tuerait les meilleurs cerfs dans les noires bruyères de Cheviot, et qu’il les emporterait.

Les nouvelles en vinrent au comte Douglas, en Écosse, où il demeurait. Î} envoya dire au comte Percy qu’il préviendrait ses desseins joyeux. L’Anglais, méprisant cet avis, se rendit au bois avec quinze cents archers d'élite, qui savaient, dans le besoin, faire voler leurs flèches au but le plus lointain.

Les dogues généreux coururent avec ardeur à la poursuite du daim fauve. Ils commencèrent leur chasse un lundi avant que le jour parût ; et longtemps avant midi ils avaient tué cent daims superbes. . . . ..

. Le comte Douglas, sur un cheval blanc de lait, s'avançait tel qu'u ‘un hardi baron, le premier de sa compagnie; son armure brillait comme l'or. « Apprenez-moi, dit-il, de quels gens vous êtes, vous qui chassez si librement ici, vous qui, sans ma permission, poursuivez et tuez mon daim fauve. »

Le premier qui lui fit réponse fut le noble Percy, qui dit : « Nous ne voulons ni te déclarer ni t’apprendre de quels gens nous sommes; toutefois nous épuiserons notre sang le plus cher pour tuer tes plus nobles cerfs. »

Douglas alors proféra un serment solennel et s’écria plein de rage : « Avant que je sois ainsi bravé, l’un de nous deux périra. Je te connais bien, tu es un comte, lord Percy ; je le suis aussi. »

. Les deux valeureux comtes 8e rencontrèrent à la fin comme deux capitaines d’une grande puissance : ils se chargèrent comme des lions au fond des forêts, et se livrèrent un cruel combat.

Ils combattirent avec leurs épées d’acier trempé jusqu’à ce qu’ils ruisselèrent de sueur, jusqu’à ce qu’ils sentirent leur sang jaillir comme des gouttes de pluie.

- « Rends-toi, lord Percy! s’écria Douglas... Je te conduirai, sur ma parole; et tu recevras un rapide avancement de Jacques, notre roi d’Ecosse. J’abandonnerai généreusement ta rançon, et je rapporterai de toi que tu es le plus courageux chevalier que j'aie jamais vu.

— Non, Douglas, répliqua Percy, je méprise tes offres; je ne me veux rendre à nul Écossals qui soit né jusqu’à ce jour. »

À ces mots, une flèche aiguë, lancée par un arc anglais, vint faire à Douglas une profonde et mortelle ouverture.

Et le comte ne prononça plus que ces paroles : « Combattez encore, ô mes généreux vassaux; si lord Percy me voit tomber, c'est que le terme de ma vie est venu. »

La vie alors l’abandonna. Je comte Percy prit le mort par la main et dit: « Comte Douglas, je voudrais avoir perdu mes domaines, et que tu fusses encore plein de vie.

« O terreur! mon cœur saigne en te voyant sur la feuillée ; car, assurément , jamais il n'arriva mal à chevalier plus renommé... »

Conrounné, $e, se dit du lion ou autre quadrupède, d'un oiseau quelconque, même des reptites qui, au lieu d'être tournés vers le dextre de l'écu, comme il est d'usage , se trouvent tournés à senestre.

ConrourNé , se dit aussi du croissant dont les pointes sont à senestre.

Aux supports des armoiries, l’on voit souvent des lions et des lévriers vis-à-vis l’un de l'autre , dont les têtes sont contournées.

LA FAYE DE MALLON, en Normandie, d'argent, au lion CONTOURNÉ de sable.

CONTRE-BANDÉES, BARRÉES, BRETESSÉES, ÉCARTELÉES, FASCÉES, FLEURÉES, PALLÉES, POTENCÉES , VAIRÉSS, pièces dont les figures sont opposées. (Voyez ces mots.)

CouPLE DE CHIEN, meuble qui représente un petit bâton avec deux liens un peu ondés par les bouts, dont on se sert pour coupler les chiens. Les liens ne s'expriment, en blasonnant, que lorsqu'ils sont d’un autre émail que le course.

DE SAINTE-AULAIRE,, de gueules à trois cOUPLES de chiens d’argent posés en pal deux et un, et les liens d’azur tournés en fasces.

M. de Sainte-Aulaire est un des historiens distingués de notre époque. Son Histoire de la Fronde a l'attrait d’un mémoire et le mérite d’une œuvre vraiment littéraire. Nul écrivain ne fait mieux comprendre, mieux ressortir sous ses aspects si divers cette tragi-comédie, cette ridieule révolution fort bien nommée d’un jeu d'enfant, vive et gaie échappée d’écoliers entre deux maîtres sévères, entre Richelieu et Louis XIV, entre la violeace et la force.

CovrLts, es, lévriers et autres chiens de chasse qui paraissent dans l’écu attachés deux à deux. | CourLé, ÉE, se dit aussi des fruits et des fleurs attachés ou liés

ensemble, même d'espèces différentes, qui se trouvent deux à deux. |

PHELIPPE DE BILLY, à Paris, d'argent au chevron de gueules, accompagné de trois glands et de trois olives tigés de sinople; un gland et une olive couPLÉS et passés en sautoir, liés de gueules ; les liens ondés et étendus en fasce. .

CouranrT, cerf, lièvre, lévrier et autres animaux qui ont les pattes étendues et semblent courir.

TEXIER DE HAUTEFEUILLE , en Gâtinais, de gueules au lévrier COURANT d'argent, accolé d’or, accompagné au chef d’un crotssant de méme.

Coquiices, meuble qui représente une coquille de mer.

Les coquiLces dans les armoiries montrent le dehors, elles sont ombrées à gauche.

Il y en a qui chargent ou accompagnent les pièces honorables ou autres pièces.

Jacques Cœur, argentier du roi Charles VIT, avait pour armes parlantes des coqQuiees, à cause de saint Jacques, son patron ; et trois cœurs, deux et un, à cause de son nom propre : Cœur. Sa devise était : faire, dire ; taire.

Corice, pièce de l’écu qui n’a que la moitié de la largeur de la bande.

Il peut y avoir une, deux, trois, quatre ou cinq cotices dans un écusson. Il y en a le plus souvent cinq.

La cotice est ainsi nommée de ce qu'elle est posée de côté.

Coricé, $e, se dit d’un écu divisé en dix espaces égaux par neuf lignes diagonales , remplis de deux émaux alternativement.

TURENNE D’AIGNAC, en Quercy, coricé d’or et de gueules.

Couceé, ée, se dit de quelques pièces de longueur comme billettes et autres, qui, au lieu d'être debout ou en lignes perpendiculaires , se trouvent posées horizontalement.

Couceé, se dit aussi du chien et du chat qui ont leurs jambes sous leur ventre et semblent dormir.

BRACHET DE PEIRUSSE, d'azur, à trois chiens braques coucHés d'argent.

Coupe, tasse ronde sur un pied ; les anciens se servaient de

coupes pour boire dans leurs festins ; elles étaient aussi en usage dans les sacrifices et aux libations.

Cours couverte est celle qui a un couvercle.

Le terme coupe vient du latin cupa tasse, lequel mot est dérivé du verbe capere, contenir en son étendue , en sa capacité.

Les seigneurs de Chantilly, aînés de la famille des Bouteiller, prirent dans leurs armes une croix chargée de cinq coupes d’or, pour marque

de la dignité qu’ils tenaient dans ia maison du roi comme échansons, et ils laissèrent l’écu écartelé de leurs ancêtres.

Coupé, l’une des quatre partitions.

Le coupé se forme d'une seule ligne horizontale qui divise l’écu en deux également.

Couré, #e, se dit du lion, de l'aigle ou autre animal, de deux émaux dans le sens du coupé.

Couré, se dit aussi des têtes des animaux quadrupèdes, de leurs pattes, des têtes et membres des oiseaux quand ils paraissent séparés du corps, nettement, sans poils ni plumes dessous.

DORIA , de Gênes, coupé d’or et d'argent , à un aigle éployé de sable , portant sur les deux émaux, couronné , becqué el armé d’or.

CouroNNE, corona , meuble qui entre dans quelques écus dont on désigne l'espèce en blasonnant.

Les premières couROoNNES n'étaient qu'un bandeau ou diadème, qui signifie {ten pour montrer que les rois étaient liés et attachés au gouvernement de leurs peuples.

Sur les médailles romaines la couroNNE des Césars est de laurier.

Il y eut ensuite des couronnes d'or à pointes.

MEAULX DE LA MARCHE , en Normandie, d'argent à cinq COURONNES d’épines de sinople , deux , deux, un.

CRANCELIN , corona rutæ, portion de couronne à fleurs, posée en bande, mouvante de l'angle dextre du haut de l'écu à l'angle senestre du bas.

Le terme de Crancelin est dérivé de l'allemand XKrenslin, qui signifie une couronne de fleurs.

CRÉNEAU, entaillure carrée ou vide entre deux merlons, au sommet d'un château antique , d’une tour, d'un avant-mur ou d’une muraille.

Ce mot, suivant Ménage, dérive de crenellum, diminutif de crena qui signifie pente.

Fauchet le fait venir de cran, avec la signification de hoche.

Et Ducange de quarnellus, parce que les créneaux, que l’on nommait en vieux langage carneaux, sont comme des fenêtres carrées, d'où les soldats tirent sur l'ennemi.

CRÉNELÉ, ÉE, château, tour, fasce, ayant des créneaux au sommet.

On dit cRÉNELÉ de tant de pièces, pour dire de tant de créneaux ; les tours sont ordinairement crénelées de trois créneaux ; s’il yen a plus ou moins, on en exprime le nombre en blasonnant.

CRéQUIER, meuble de l'écu; il représente un cerisier sauvage, il offre quelque ressemblance avec un chandelier à sept branches , et sa tige a des racines.

Dom Duplessis prétend que le mot cRÉQUIER vient du teuton kerk, qui signifie église ; et ajoute que cRÉQUIER signifie un chandelier à sept branches, tel qu'on en voit dans la plupart des églises gothiques.

Mais l'opinion la plus dar admise est que CRÉQUIER signifie un cerisier sauvage, dont le fruit se nomme crèque en patois picard.

DE CRÉQUI, d’or, au CRÉQUIER de gueules.

Le maréchal de Créqui fut un des hommes de guerre les plus distingués du siècle de Louis XIV, si fécond en grands généraux. Nommé maréchal de France pour avoir battu le comte de Marsin et le prince de Ligne, qui tentaient de délivrer Lille, assiégée par Louis XIV ; Créqui enleva en 1670 les États du duc de Lorraine. Les campagnes de 1667 et de 1668 sont des chefs-d'œuvre d’art. Elles furent signalées par la journée de Kochersberg, la prise de Fribourg, l'affaire du pont de Rhinfeld et la prise du fort de Kehl. Ces magnifiques campagnes amenèrent la paix de Nimègue. Créqui battit deux fois l'électeur de Brandebourg, et prit Luxembourg en 1684.

Les maréchaux de Louis XIV aimaient généralement peu à se trouver placés sous les ordres les uns des autres. En 1670, le maréchal de

Créqui refusa de servir en Allemagne sous Turenne. Les maréchaux de Bellefonds et d’Humières partagèrent ce refus, dont le résultat fut l'exil des trois maréchaux.

Après la mort de Turenne, Créqui se trouva le plus ancien des maréchaux de France.

C'est une illustre maison que celle de Créqui. Elle vient d’Artois, où, sous Charles le Simple, on counaissait, dit une chronique, le vieil Arnoul de Créqui. Leur devise était: Nul ne s’y frotte, et leur cri de guerre : À Créqui, le grand baron ! Les Fléchin, les Blécourt de Picardie sont de la maison de Créqui.

Un Créqui fut tué à Azincourt; un Créqui, seigneur du Pont-Remi (près d’Abbeville), commandait l'artillerie française à la bataille de Ravennes (1512). C’est celui qui, d'après du Bellay, ne trouva jamais entreprise trop périlleuse ou trop hasardeuse.

Le père du maréchal de Louis XIV était maréchal sous Louis XIII; son fils fut tué à la bataille de Luzzara. C’est pour lui que furent faits ces vers :

Si j'avais la vivacité Qui fait briller Coulange, Si j'avais aussi la beauté Qui fit régner Fontange, Ou si j'étais comme Conti Des grâces le modèle, Tout cela serait pour Créqui, Dût-il m'être infidèle.

CRÊTÉ, ée, se dit des coqs, poules et dauphins qui ont une crête ou des nageoires nommées crêtes sur la tête; on l’exprime lorsque l'émail est autre que celui du corps.

DE MONTREUIL , à Paris, d’or, à trois cogs de sable, barbés et CRÊTÉS de gueules.

Crorsé, &e, se dit d'un globe surmonté d'une croix, ou du pannonceau d’un agneau pascal, lorsque la croisette est d’émail différent.

DE MONTMORAN, en Auvergne, d'azur, à trois globes d’or CROISÉS d'argent.

CROISETTE, petite croix dans un écu.

Les croisettes sont souvent au nombre de trois et quelquefois en plus grand nombre ; il y en a qui chargent ou accompagnent les pièces honorables ou autres; il y en a aussi qui sont accompagnées de différents meubles.

BOIVIN DE BACQUEVILLE, en Normandie, d'azur, à trois CROISETTES d’or

Croissanr. Il paraît dans l’écu les pointes en haut.

CroissanTs adossés, se dit de deux croissants dont les places sont proches.

CRoIssANTSs affrontés , de deux croissants dont les pointes se trouvent vis-à-vis les unes des autres.

CroissanT tourné, celui dont les pointes sont vers le flanc dextre de l'écu.

CROISSANT contourné, si elles sont vers le flanc senestre.

CroissanT versé, celui dont les pointes tendent vers le bas de l'écu.

LIGONIER DE MONTEUQUET , à Castres en Languedoc, de gueules , au lion d’or, au chef de méme, chargé d’un CROISSANT d'argent , accoté de deux étoiles , le tout d'azur.

De cette famille était Jean Ligonier, nommé le général Ligonier, né à Castres en 1680 ; il sortit du royaume en 1697, se retira en Angleterre, et prit du service dans les troupes britanniques; il fut fait capitaine d'infanterie en 1703, major l’année suivante, lieutenant - colonel de dragons et gouverneur du fort Saint-Philippe, de l'ile Minorque, en 1710; fut rappelé en Angleterre en 1712, et Sa Majesté Britannique le fit la même année lieutenant-colonel de cavalerie.

Il fut nommé colonel de cavalerie én 1713, et ensuite brigadier général, maréchal de camp en 1719, lieutenant général et grand veneur d'Irlande en 1740, gouverneur de Kingsale en 1743.

Il mena la tête de l’armée en Allemagne à la bataille du Mein, fut fait chevalier de l'ordre du Baïn sur le champ de bataille en même temps que le duc de Cumberland. | . À la bataille de Lawfeldt, en juillet 1747, où le roi commandait en personne, le due de Cumberland, généralissime des troupes anglaises, se trouva surpris dans une mélée; le général Ligonier, qui accompagnait ce prince, s’avisa de quelques stratagèmes qui donnèrent au duc le temps de se retirer et de rejoindre ses troupes; et aussitôt ce général, pour se dégager de nos bataillons, se mit à animer nos soldats en leur parlant français, afin de trouver le moment de s'échapper; mais un carabinier, nommé Haude, l’arrêta et lui demanda son épée. 11 crut d’abord avoir pris le duc de Cumberland, parce qu'il apeïçut sous son surtout l’ordre du Bain. Il reconnut peu après le général Ligonier, qui

Jui offrit sa bourse pleine d’or; le carabinier la refusa, lui disant qu’il ne voulait que son épée, et le conduisit au maréchal de Saxe, lequel le mena au roi. Sa Majesté accueillit très-gracieusement le général Ligonier.

En 1748, ce général fut fait lieutenant général de l'artillerie anglaise ; colonel du premier régiment des gardes et pair d’Irlande sous le nom de vicomte d’Enner Killen en 1757. Peu après il fut nommé feld-maréchal des armées de Sa Majesté Britannique.

Le général Ligonier s’est trouvé en dix-neuf batailles et à vingt-trois siéges sans avoir reçu aucune blessure ; il est mort à Londres en 11170, laissant un fils qui a continué sa postérité en Angleterre.

CyGNE, oiseau qui paraît dans quelques armoiries.

On dit becqué de son bec, membré de ses jambes, lorsqu'ils sont d’un autre émail que le corps.

Le cyexe est par sa blancheur le symbole de la sincérité.

Il était consacré à Vénus , selon la fable.

Les premières armes de la maison de Bouillon avaient pour attribut un cygne; cet oiseau joue un grand rôle dans l’histoire des premiers seigneurs de cette illustre famille.

Au moyen âge, une tradition populaire prétendait que Godefroi de Bouillon avait pour bisaieule une fée, laquelle était devenue femme du roi Lothaire et avait enfanté de sa première grossesse six garçons et une fille. Ces enfants, ajoute la légende, étaient venus au monde chacun avec un collier d'or,qui leur donnait le pouvoir de se métamorphoser en cygnes, puis de reprendre la figure humaine. Toutefois ce don magique ne sut les préserver de la haine de leur grand’mère. Dès leur naïissance ils furent persécutés : d’abord on les exposa aux bêtes ; recueillis par un saint erinite, qui se chargea du soin de les nourrir, ils furent découverts plus tard dans la retraite où les cachait leur père adoptif. Leur ennemie les fit guetter. Un jour qu’ils se baignaient,ayant imprudemment déposé leurs colliers sur le rivage , des émissaires apostés enlevèrent ces précieux joyaux, et réduisirent les pauvres jumeaux à garder la forme de cygnes sous laquelle ils s'étaient enfuis. Heureusement l’un d'eux, appelé Élias, était absent : il garda son collier d’or pour le salut de ses frères. Devenu un chevalier hardi, il reconquit les talismans dérobés, à l’exception d’un seul, qu’on avait déjà fondu et transformé en coupe. Par suite de ce méfait, l’un des sept enfants dut rester oiseau toute sa vie; mais, conservant une tendre amitié pour son frère Élias, il s’attacha étroitement à sa personne, et se fit le compagnon inséparable de ses exploits.

C’est de cette merveilleuse légende qu'est tirée l'Histoire du chevalier au cygne. Élias, après mille aventures plus étonnantes les unes que les autres, conduit par son frère le cygne dans une barque enchantée, aborde enfin dans le duché de Bouillon et se marie avec l’héritière de la contrée. Telle est l’origine , selon la légende, de Godefroi de Bouillon,

DÉFENDU, DÉFENSE, se dit du sanglier dont la défense ou la dent est d’un autre émail que son corps, et aussi de la hure seule, dont la défense se trouve d'émail différent.

De L’UN A L'AUTRE, se dit des pièces ou meubles de l’écu posés sur les partitions, les deux émaux étant changés alternativement.

De L'UN EN L'AUTRE, diffère de la précédente disposition en ce que les pièces ou meubles ne sont pas sur les partitions de l'écu, mais au centre des divisions.

DENCHÉ, ÉE, se dit du chef, de la fasce, de la croix, du sautoir, du chevron, de la bordure, etc., dont les bords ont de petites dents pointues, les intervalles étant creusés obliquement à la manière des scies.

Le pencué diffère de l’engrelé en ce que celui-ci a les pointes plus serrées et les ouvertures creuses et arrondies intérieurement.

COSSÉ DE BRISSAC, de sable , à trois fasces, DENCHÉES par le bas, d’or.

La maison de Cossé est trop ancienne et trop illustre par elle-même pour avoir hesoin de l’origine fabuleuse que lui donnent quelques auteurs qui la font descendre des Cossa de Naples, ou de Cocceius Nerva, jurisconsulte romain de la famille de l’empereur de ce nom. Elle eut pour berceau le bourg et la seigneurie de Cossé en Anjou, qui furent érigés en comté l’an 1560, et en duché-pairie l’an 1611. Après avoir, pendant plusieurs siècles, tenu le premier rang parmi les gentilshummes de la cour des ducs d’Anjou , les seigneurs de Cossé s’élevèrent subitement, sous François l‘" et ses successeurs, aux plus hautes dignités du royaume.

Le premier auteur de cette fortune rapide fut Charles de Cossé, comte de Brissac, maréchal de France, surnommé le beau Brissac. Il servait comme capitaine et colonel général de l'infanterie française au siége de Perpignan, formé par le dauphin, depuis Henri II. La jeune noblesse de l’armée se livrait souvent au jeu et aux fêtes suus les tentes du prince. Les assiégés., qui n’ignoraient.pas que l'ivresse du plaisir inspire la plus grande sécurité, choisirent l'heure d’une de ces orgies pour faire une sortie, comblèrent les tranchées, marchèrent droit au parc d’artillerie

et enclouèrent les canons. Au tumulte causé par cette brusque attaque, Brissac, qui s’abstenait toujours de tout excès, sort de sa tente, s’avance, lui douzième, une pique à la main, éloigne les ennemis qui lui font essuyer une grêle de coups; et, malgré une dangereuse blessure qu'il recoit à la cuisse, il entretient le combat jusqu’à l’arrivée de l'infanterie française.

Le dauphin, qui survint avec sa cour au moment où les ennemis se retiraient, ne put s’empécher de dire en embrassant le comte : « Si je n'étais dauphin, je voudrais être Brissac. »

Citons encore cette réponse peu connue d’Artus de Cossé, grand panetier de France, qui vécut sous Henri II, François 11, Charles IX et Henri 111. Sur quelques soupçons, fort mal fondés, la déflante Catherine de Médicis l’avait fait arrêter et conduire au fort de Vincennes le 4 mai 1574. Cossé y demeura prisonnier jusqu’au mois d’avril de l’année suivante, où Henri 11], après l’avoir fait mettre en liberté, s’empressa de lui offrir des lettres patentes qui attestassent sa complète innocence de tout ce qui lui avait été imputé : « Trouvez bon, Sire, que je n’en veuille pas, répondit-il. Un Cossé doit penser que personne ne Ja cru coupable. »

Cossé fut fait chevalier du Saint-Esprit à la première promotion de cet ordre, le 31 décembre 1578, et mourut quatre ans après, le 15 janvier 1582.

DexTROCRÈRE, bras droit représenté nu ou paré , tenant une badelaire, une épée ou autre pièce. Il paraît dans l'écu mouvant du flanc senestre.

Ce terme vient du latin dextrocherium , qui a signifié un bracelet que les hommes et les femmes PORIENL anciennement au poignet droit.

DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, d’or, au chef d'azur, chargé d’un DEXTROCHÈRE d'argent mouvant du flanc senestre de l’écu, la manche d'hermine ornée et revétue d'un fanon de méme pendant sur l'or.

Villiers de Plsle-Adam, soixante-troisième grand-maîitre de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, s’est immortalisé par son héroïque défense de Rhodes contre Soliman. Ce siége glorieux, soutenu contre deux cent mille Turcs, commandés par le sultan en personne, se termina par une capitulation honorable, à laquelle l’Isle-Adam fit une vive opposition. Ce généreux chevalier avait résolu de s’ensevelir sous les ruines de Rhodes, plutôt que d'abandonner aux ennemis le chef-lieu de l’ordre ; mais il céda aux larmes et aux supplications d’un peuple au désespoir, qui le conjurait de ne pas l’exposer à la rage du vainqueur.

Soliman lui-même rendit hommage à l’intrépidité du grami - maitre. Dans l’entrevue qui eut lieu entre ces deux illustres guerriers, le sultan

lui témoigna la plus respectueuse déférence, et en se retirant dit à son visir: « Ce n’est pas sans peine que j’oblige ce chrétien, à son âge, de sortir de sa maison. »

L’épitaphe gravée sur la tombe de l’Isle-Adam résume admirablement en quelques mots toute l’histoire de sa vie :

Hic jacet virtus victrix fortunæ. Ici repose la vertu victorieuse de la fortune.

Dranémée, se dit du diadème qui se trouve quelquefois sur la tête de l’aigle.

DE SALVAING DE BOISSIEU, en Dauphiné, d’or, à l'aigle à deux tétes de sable , DIADÉMÉE et membrée de queules ; à la bordure d'azur, semée de fleurs de lis d'or.

Cette bordure, dit-on, fut concédée à Pierre de Salvaing par Philippe VI dit de Valois, pour services rendus à ce prince et notamment pour avoir été un des auteurs du transport du Dauphiné en faveur des fils ainés de France.

Le dauphin Humbert Il, dernier prince de la maison de La Tour du Pin, après la mort de son fils unique qu'il avait eu de Marie de Baux, sa femme, fit transport et cession de ses États à la France par un traité de l’année 1343, qui fut confirmé en 1344 et conclu en 1349. Humbert entra ensuite dans l’ordre de Saint-Dominique, où il prit l’habit le 17 juillet de la même année. Il mourut en 1355.

DuPrRé, Ée, broderies figurées sur le charnp de l’écu, sur une pièce honorable ou sur les partitions.

Selon Ducange , ce mot vient de diaprum , mot de la basse latinité qui a signifié anciennement une étoffe précieuse et de broderie, dont le nom s’est étendu dans la suite, dans l’art du blason, aux dessins brodés à fantaisie. à

BINET DE MONTIFROY , DE LA GUÉRINIÈRE , en Touraine, d'or, au chef DIAPRÉ d'argent, chargé de trois croisettes tréflées , au pied fiché d'azur.

Dirramé, ÉE, se dit du lion qui n’a point de queue, pareillement d’un chien sans oreilles et sans queue.

ESCODEA DE MIRABEAU , en Périgord, de gueules, à trois chiens DIFFAMÉS d'argent courant l’un sur l'autre.

. Saint Louis avait battu les Anglais à Taillebourg et à Saintes (1242), et toutes les villes se rendaient à lui. Berthold, sire de Mirabeau, dans la triste nécessité de changer de maître ou de s’ensevelir sous les ruines

de sa place, alla trouver le roi d'Angleterre, Henri III, et lui demanda, les larmes aux yeux, s’il pouvait espérer quelques secours de lui, ou s’il lui ordonnait de périr en se défendant. Le monarque anglais, touché d’une fidélité aussi rare, lui avoua avec franchise la triste situation où il se trouvait, et lui dit qu'il le tenait quitte de toute obligation à son égard. Sur cette réponse, Berthold se rend au camp de Louis, et labordant avec une contenance noble et respectueuse : « Sire, lui dit-il, je suis à vous, moins cependant par un choix volontaire que par la fatalité des circonstances. Si mon ancien maître ne m'avait pas rendu à moi-même, vous n’auriez obtenu mon hommage que les armes à la main; mais, puisque je suis libre de me donner à vous, je ne cesserai d’y être que lorsque vous ne voudrez plus de moi. » Louis avait une belle âme ; il sentit ce que valait un homme qui montrait une pareille franchise ; il tendit la main à Berthold : « Je vous reçois avec joie, répondit-il; donnez-vous à moi de même; je vous rends votre place. Gardez-la pour votre nouveau suzerain; je m’en croirais moins assuré en d’autres mains. »

DoLome, meuble d'armoiries représentant une hache sans manche.

Ce terme vient du latin dolabra, qui était un couteau dont les anciens se servaient pour découper et démembrer les victimes.

DonJoNXÉ, és, se dit d'un château, d’une tour ; quand il ya dessus une ou plusieurs petites tours, on en exprime le nombre en blasonnant.

ADHÉMAR DE GRIGNAN, de gueules, à la tour d'or DONJONNÉE de trois pièces de méme, maçonnée et crénelée de sable.

DRAGONNÉ , ÉE, se dit du lion, de l'aigle, ou autre animal dont la partie inférieure se termine en queue de dragon.

: DE SAINT-PIERRE, à Paris, d’or, à trois coqs DRAGONNÉS de sable, crétés et barbés de gueules.

ÉCARTELÉ , se dit d’un écu divisé en quatre espaces égaux par upe ligne perpendiculaire et une ligne horizontale qui croise la première ; c'est une répartition formée du parti et du coupé.

Les quatre espaces de l’écartelé sont nommés quartiers. Croix

ÉCARTELÉS est celle qui est divisée en quatre, dans le sens de l'ÉCARTELÉ.

ÉCARTELÉ EN SAUTOIR, se dit d’une répartition du tranché et du taillé par deux lignes diagonales, l’une à dextre, l’autre à senestre , qui se terminent aux angles de l’écu et se divisent en quatre triangles égaux, nommés aussi quartiers.

Il y a des ÉCARTELÉS simples, d’autres chargés de divers meubles ‘et pièces.

BIAUDOS DE CASTEJA, ÉCARTELÉ aux premier et quatrième d'or au lion de gueules, aux deuxième et troisième d'argent à trois merleites de sable.

DE BIRON, #CARTELÉ d’or et de gueules.

La baronnie de Biron, érigée en duché-pairie en 1598, redevenue baronnie en 1602 par la mort sans enfants du maréchal de Biron, décapité à la Bastille , fut de nouveau érigée en duché-pairie en 1723 par Louis XV.

En 1591, le baron de Biron vint demander à Henri IV quatre mille hommes d'infanterie et deux de cavalerie pour aller tailler en pièces l’arrière-garde du prince de Parme, qui, pour éviter d’en venir aux mains , jeta un pont sur la Seine vis-à-vis de Caudebec, et se retira.

Le maréchal de Biron, père du baron, s’y opposa, le traitant d’aventurier. Son fils lui témoigna, quand le roi se fut retiré, combien il était surpris qu’il l’eût empéché de se signaler par une action qui lui aurait fait tant d'honneur. Le maréchal lui répondit : « Je sçavois Lien que tu pouvois le faire; mais si tu l’avois fait, la guerre étoit finie, et toi et moi n’aurions plus rien à faire que d’aller planter des choux à Biron. »

C’est ce même maréchal de Biron qui, commandant le corps de réserve à la bataille d’Ivry, dit à Henri IV : « Sire, vous avez fait aujourd'hui le devoir du maréchal de Biron, et le maréchal de Biron a fait ce que devoit faire le roi. » |

Ce maréchal, après la bataille d’Ivry, écrivant à son bon ami M. du Harlay, lui disait: « Le roi y fit très-bravement, généreusement et hardiment , autant qu'il se peut et quasi trop. Je suis après pour gagner deux mois pour m'aller reposer, et je crois que le meilleur seroit pour toujours et aller prier Dieu , puisqu'il m'a fait cette grâce d’avoir vécu si longues années, avec grande réputation dedans et dehors du royaume. Je suis été en six batailles; j’ai eu six arquebusades, et j’ai vendu sans les bois dix mille livres de rente et servi sous six rois. »

Écniqueté, se dit d'un écu divisé en échiquer par un parti

de cinq traits et un coupé d'autant de traits, qui forment trente-six carreaux.

Ce mot se dit aussi du pal, du chef, du chevron, de la croix, et de quelques autres pièces divisées en deux ou trois rangs, ou tires de carreaux; on nomme le nombre des tires et ces pièces ÉCHIQUETÉES.

On le dit encore du lion, de l'aigle , divisés pareillement en plusieurs tires de carreaux.

Le terme écuiqueté vient de l’échiquier sur lequel on joue aux échecs.

L'écaiquien est l’hiéroglyphe de la guerre; il représente un champ de bataille, et les écaecs de deux couleurs, rangés vis-à-vis les uns des autres, sont comme les soLDaTs de deux armées ; ils avancent , reculent , attaquent; les deux joueurs , ainsi que deux GÉNÉRAUX , réfléchissent sur les mesures qu'ils ont à prendre avant de diriger leur marche. Ils usent de stratagèmes : chacun, de son côté, ne pense qu'à se rendre maître du champ de bataille, et s'occupe du soin de vaincre son adversaire.

BOUILLON DE LAMARK, d'or, à la fasce ÉCHIQUETÉE d'argent et de gueules de trois traits.

Écimé , se dit du chevron dont la pointe est coupée.

DE LAROCHEFOUCAULD - LIANCOURT, burelé d'argent et d'azur, à trois chevrons de gueules brochant, le premier ÉCIMÉ.

Cette maison, un des noms les plus vénérables et les plus honorés de France, a donné des guerriers distingués, d’illustres prélats, des magistrats éminents. Les beaux traits, les nobles dévouements abondent dans son histoire. Citons la belle réponse de ce Larochefoucauld qui vivait sous Henri III. Le roi venait de fonder l'ordre du Saint-Esprit, et, voulant le comprendre dans la première promotion des chevaliers, lui demanda un état de ses services militaires. Il en remit un. « Je ne vois là, lui dit le prince, que les siéges et Les batailles où vous vous êtes trouvé sous les règnes de mon aïeul et de mon père ? — Sire, répondit-il au monarque, nous combattions alors contre les Espagnols ou les Anglais; contre qui avons-nous combattu depuis? quelles batailles! quels ennemis! à Saint-Denis, à Dreux, à Jarnac, à Moncontour! J'y ai vu quatre-vingt mille Français séparés en deux armées, sous les plus braves et les plus habiles chefs de l’Europe, s’élancer les uns contre les autres et s’égorger ; peut-on mettre au rang de ses services le massacre de ses parents, de ses amis, de ses compatriotes ! »

Le roi admira sa réponse, le fit chevalier du Saint-Esprit, et eut depuis lors pour lui une estime particulière. Charles de Larochefoucauld mourut en l’année 1583.

ÉcoTé, éE, pal, croix, fasce, bande qui paraissent arrondis avec des nœuds, comme si ces pièces étaient faites de branches d'arbres sans feuille. |

DE MERCEY , en Bourgogne, d'azur, à la croix ÉCOTÉE et alésée d'or.

ErFaRé, se dit du cheval levé sur ses pieds de derrière.

DE LA CHEVALERIE , au Maine, de gueules , au cheval EFFARÉ d'argent.

EFFAROUCHÉ , se dit du chat qui est droit sur ses pattes de derrière. :

DE KATSEN , en Marche, d'azur, au chat BFFAROUCRÉ d'argent.

ÉLANCÉ , se dit du cerf courant.

COHAN DE COETENDEC, en Bretagne, d'argent, au cerf ÉLANCÉ de gueules.

Émancue, pièce formée de plusieurs pointes triangulaires, mouvante de l’un des bords de l'écu ou de l’un des angles.

L'ÉMANCHE signifie la dépouille ou les vétements de l'ennemi pris sur le champ de bataille.

ÉMANCRÉ , écu divisé par émanches de deux émaux alternés.

Les termes émanche et émanché ont pris leurs noms des manches des anciens qui étaient fort larges en haut, se rétrécissaient et se terminaient en pointes.

Emsouré, se dit du bout du manche d’un marteau, de celui d’une pique ou d’une faux , lorsqu'ils sont d’émail différent.

D'ANCIENVILLE , en Champagne , de gueules, à trois marteaux de maçon d'argent, EMBOUTÉS d'or.

EmMusELé , se dit des ours, chameaux, etc., ayant le museau lié.

DORICE DE LA VILLENEUVE, en Bretagne, d'or, à l'ours passant de sable, couronné el EMMUsELÉ d'argent.

Émoussé, ég, fer de lance, de flèche ou de baïonnette sans pointe.

EMPENNÉ, ée, se dit d'un dard, javelot ou flèche dont les plumes sont d'un différent émail.

DE LÉGAC , en Bretagne, d'azur à la main armée d’un gantelet d'argent, tenant cinq flèches de méme , fütées el RMPENNÉES d’or.

EMP1ÉTANT, faucon, épervier tenant sa proie entre ses serres.

DEIGNÉ DE MAIGNY, en Normandie , d'azur, à l'épervier d'argent, EMPIÉTANT une perdrix de même.

EmPoiGné, ÉE, se dit des javelots, flèches, épées et autres pièces de longueur, quand il y en a trois et davantage, dont une ou plusieurs en pal et d’autres en sautoir, assemblées et croisées au milicu de l'écu.

Les flèches de la devise des États de Hollande sont ces de cette manière. Elles sont supportées par un lion et au nombre de sept, représentant les sept provinces unies. Le lion tient entre ses pattes un coutelas, pour désigner les armes que les États avaient prises pour se défendre. Au commencement, ils avaient mis un chapeau sur la tête du lion pour symbole de leur liberté ; depuis ils l'ont couronné pour marque de leur souveraineté.

ENcLos, 8e, lion ou autre animal enfermé dans un trescheur, une palissade , etc.

Ce mot se dit aussi de quelques pièces ou meubles de l’écu qui se trouvent au centre d’une pièce évidée et autre semblable.

MONTFAUCON DE DAMPIERRE, en Franche-Comté, de gueules, à deux bans adossés d’or, ENCLOS dans un double trescheur de méme.

ENCOCHÉ, ÉE, se dit du trait qui est sur un arc bandé ou non.

ARCOURT DE TENEMARRE , en Normandie, de gueules, à une flèche tendue et ENCOCHÉE sur son arc et posée en bande à la bordure , le tout d'argent,

ENFrILÉ , ÉE, annelet, couronne et autre meuble rond et vide, passés dans une branche , bande, cotice , etc.

EAURD DE SABLIEU, en Vivarais, d'argent, à trois couronnes antiques ENFILÉES dans une bande d'azur.

EnGouLé, ée, se dit d’un bâton, d’une bande, d'une cotice dont les extrémités paraissent dévorées par des gueules d'animaux.

ENGRELÉ , és, se dit dés bordures, croix. bandes, sautoirs, etc., qui sont à petites dents fort menues, dont les côtés s’arrondissent un peu.

Ce terme vient du latin gracilis, délié, mince, délicat ; les pointes étant très-minces, en comparaison de celles du denché.

DE CADOUDAL, en Bretagne, d'argent , à la croix ENGRELÉE de sable.

EnGuicué, ée, se dit du cor de chasse, du huchet de la trompetite, dont l'embouchure est d'un émail différent.

D'ORANGE, d'or , au coin d'azur ENGUICHÉ d'argent et lié de gueules.

EumaNCHÉ, ÉE, marteau, hache, faux , dont le manche est d’un autre émail.

DE FAOUCQ, d'azur, à trois faux d'argent EMMANCHÉES d'or.

ENSANGLANTÉ, ÉB, Se dit d’un animal ou de quelques-unes de ses parties qui paraissent coupées et arrachées, et où l’on voit des gouttes qui imitent celles du sang. On excepte le pélican, dont la poitrine ouverte, et marquée de sang, est nommée piété.

ENTRAYAILLÉ , ÉE, se dit du bar, de la bisse, de l'aigle, du

griflon, etc. , qui se trouvent entrelacés dans des fasces, cotices, burèles, trangles, etc.

ENTRELACÉ, ÉE, 8e dit de plusieurs croissants et meubles de l'écu passés les uns dans les autres.

ENTRETENUES, plusieurs clefs dont les anneaux se trouvent entrelacés.

DE CLUGNY, en Bourgogne, d'azur à deux clefs antiques adossées el ENTRETENUES 07.

ÉPaAnoUI, IE, se dit du lis, de la rose, de la tulipe et autre . fleur sur sa tige, lorsqu'elles paraissent ouvertes.

DE PRONDRE,, à Paris, de gueules, au lis ÉPANOUI au naturel.

ÉPLOYÉ, ÉE, se dit des oiseaux qui sont représentés de front, les ailes étendues.

On excepte les aigles, aiglettes et alérions, parce que c’est leur position ordinaire. -

D'ANDELOT DE COLIGNY, de gueules, à un aigle ÉPLOYÉ d’argent, couronné de méme.

Équiré, vaisseau qui a tous ses agrès.

ÉquipoLLés , se dit de neuf carrés dont cinq sont d'un émail et quatre d’urautre alternativement.

RABUTIN DE BUSSY, cinq points d’or, ÉQUIPOLLÉS à quatre d'azur.

ESSORANT, TÉ, Oiseau représenté ayant les ailes à demi étendues et qui semble prendre l'essor pour s’élancer dans les airs.

LECONTE DE BOIS-ROGER, d’or, au perroquet ESSORANT de sinople, becqué et membré de gueules.

Érêré, &e, se dit d’un lion, d'un aigle, d’une aiglette ou autre animal qui n’a point de tête, ou d’un arbre dont on a coupé les branches.

ÉTINCELANT , se dit d’un écu où il paraît des corps lumineux, qui semblent jeter du feu et des étincelles.

Éroie, stella, meuble à cinq raies, dont une tend en haut, deux aux côtés et deux en bas : si L'Éroise a plus de cinq raies, on l’exprime en blasonnant.

D'ARGENT, d'azur, au chevron d'argent accompagné de trois ÉTOILES de méme.

FAILLI, IE, chevron ou bande rompu.

Fanon, meuble qui représente un large brasselet fait à la manière du FANON d'un prêtre; c'était anciennement une manche pendante qu'on portait près du poignet droit pour lui servir d'ornement.

Le fanon était surtout usité en Allemagne ; ce terme vient du mot allemand fanem, une pièce d'étoffe.

Fasce, fascia, pièce honorable posée horizontalement, qui a deux parties à hauteur, des sept de la largeur de l’écu, quand elle est seule.

Il ya quelquefois deux ou trois rAsCES dans un écu ; alors elles ont des espaces entre elles, égaux à leur hauteur.

Un plus grand nombre de rasces en nombre pair prennent le nom de burelles; en nombre impair elles sont nommées trangles.

Il y a des FASCES accompagnées , bandées , bretessées , chargées, componées, crénelées, échiquetées, ondées, vivrées , etc.

La rasce représente l’écharpe que l’on portait autrefois à la guerre, en guise de ceinture.

Le terme rasce vient du latin fascia qui signifie une bandelette de toile.

DEPONS DE THORS , en Saintonge , d'argent, à la rAScE bandée d'or et de gueules.

FAscé , divisé et posé en fasce.

DE COUCY, rAscË de vair et de gueules.

On voit encore en Picardie l’énorme tour de Coucy. Cette tour, de trois cent cinq pieds de circonférence, défendue par des murs d’une épaisseur de dix-huit pieds sur soixante-douze de haut, conserve encore dans ses ruines toute l’imposante grandeur et comme toute l’insolente puissance des souverains féodaux dont elle porte le nom. Les sires de Coucy, en effet, bien qu'ils n’eussent pas d'autres titres, et bien qu’ils en dédaignassent d’autres, ainsi que le prouve leur orgueilleuse devise :

Je ne suis roy , ne duc, ne comte, ne prince ue: ; Je suis le sire de Coucy,

n’en étaient pas moins les premiers seigneurs de la France. 1ls avaient

sous leur dépendance cent cinquante villages, dont plusieurs sont aujourd’hui des villes importantes.

Fascé, ée, se dit d’un écu divisé en six espaces égaux par cinq lignes horizontales, ou en huit par sept lignes dans le même sens, de deux émaux alternés.

On n’exprime le nombre des fasces que lorsqu'il yen a quatre ou huit.

Si l'écu était divisé en à dix fasces de deux émaux alternativement, il serait dit burelé.

Fascé, se dit aussi du chevron, du pal divisé en plusieurs | FASCES.

MAGALOTTI , FAScé d'or el de sable, au chef de gueules, chargé du mot libertas en lettres d'or. « Les bastons de maréchal de France posez sur cet escu marquent que la seule mort l'a reculé de cette dignité, que sa valeur avait méritée. » Ainsi

lisons-nous dans la Toscane française, par messire Jean-Baptiste l'Hermite de Soliers, dit Tristan.

Les lettres dans les armoiries sont rares; on en peut citer toutefois quelques exemples. Le même auteur ajoute :

« Les Magalotti, qualifiés entre les premiers citoyens de Florence dès l’année 1200 (comme le rapporte Paulo Mini), avaient leur ancienne demeure au quartier du Saint-Esprit, d’où sont sortis plusieurs gonfalonniers, seigneurs ct prieurs de la liberté publique. Scipione Amiratto place les Magalotti entre les plus puissants. 1] les rend aussi protecteurs du peuple et du parti des blancs.

« Jean, fils de François Magalotti, fut choisi l’un des lieutenants généraux de l’armée de la république contre Barnabé, vicomte.

« Après la victoire, on leur décerna un triomphe comme aux conservateurs de la liberté de la Toscane; la république leur envoya à chacun une targe et un pennon sur lesquels leurs armes étaient peintes avec le mot LIBERTAS. Ces généraux furent d’un commun consentement appelés les saints de la république.

« Depuis lors tous les membres de la famille Magalotti portèrent ce mot au chef de leurs armes, qui sont, selon Ugolino Verini dans son livre de Illustratione urbis Florentiæ, semblables à celles des Salviati.

Salviatum soboles coposacca ex stirpe creata est, Utatur quamwis signo Magalottus eodem. »

FeuiLcé, ée, se dit d'une fleur dont la tige est garnie de feuilles.

DE CHEVIGNY, en Champagne, d'azur, à trois roses d’or, lissées et FRUILLÉES de gueules.

Ficné , au pied ricné, se dit d’un pal, d’une croix, d’une croiselte ou autre pièce longue qui paraît aiguë en sa partie inférieure et propre à être enfoncée en terre.

Une pièce au pied FIcHÉ est moins aiguë que celle qui est aiguisée.

DE RACAN, en Touraine, d'azur, au croissant d'argent, accompagné de six croisettes recroissetées, au pied FICHÉ d’or.

FLAMBANT, pal aiguisé et ondé, qui imite une flamme ; il est mouvant du bas de l’écu et sa pointe ondoyante relevée en haut.

BATAILLE DE MANDELOT, en Bourgogne, d'argent , à trois pals FLAMBANTS de gueules.

FLANCHIS, petit sautoir alésé qui meuble l’écu ou charge une pièce honorable.

DE MORNIEU, en Bresse, d'azur à trois FLANCHIS d’or.

FLanoué, se dit des pals , des arbres et de tous les objets qui ont d’autres figures à leurs côtés. Les pals d'Aragon, dans les armoiries de Sicile, sont flanqués de deux aigles.

FLEURDELISÉ, ÉE, se dit d'un sautoir, d'une croix, d'un rang d’escarboucles, etc. , dont les extrémités se terminent en fleurs de lis. |

DE SUARD, en Normandie, de gueules, à la croit FLEURDELISÉE d'argent.

FLEURI, 1E, se dit du rosier, d’une plante , ou d’une fleur qui paraît avec des boutons non épanouis.

FLORENCÉ , ÉE, fleur de lis qui a des boutons entre ses fleurons.

FLOTTANT, TE, se dit d’un vaisseau, d’un cygne, d'une canette, qui semblent flotter sur les ondes.

DE LA NAVE, à Paris, de gueules au vaisseau équipé d'argent FLOTTANT sur les ondes de méme, accompagné en chef de trois étoiles d’or.

Fourcué, 8, se dit de la queue d’un lion divisée en deux.

DE MONTFORT L’'AMAURY, de gueules, au lion d'argent à la queue FOURCHÉE.

Simon de Montfort est l’une des figures les plus fières du moyen âge. C'était, disait-on, un Montfort qui avait donné à Louis le Gros, après la défaite de Brenneville, le conseil d’appeler à son secours les milices des communes sous leurs bannières paroïssiales. Au x siècle, Simon de Montfort faillit être roi du midi. Chef de la croisade dirigée contre les Albigeois, il prit et saccagea Béziers et Carcassonne , battit le roi d’Aragon , le vainqueur des Almohades, à Muret. Les Aragonaïs étaient dix fois plus nombreux que les croisés On conseillait à Montfort d'éviter le combat. « On ne compte pas ses ennemis, répondit-il ; on les écrase. » Il les écrasa en effet de tout le poids de sa lourde cavalerie; et quinze mille Aragonais, avec leur roi, restèrent sur le champ de bataille. Montfort périt au siége de Toulouse ; une pierre lancée du haut des murs par une vieille femme tua le nouveau Pyrrhus.

La destinée du second fils de Simon fut féconde en résultats pour l'Angleterre. Quand son frère aîné, Amaury, eut cédé au roi de France ses droits sur le Languedoc, Simon, cherchant en Angleterre la fortune qu’il avait manquée en France, devint comte de Leicester, l’idole du peuple anglais. 11 combattit contre le roi Henri I], fils de Jean Sans-Terre, pour les communes anglaises, et leur ouvrit le chemin du parlement.

FourCHETTÉ , ÉE, Se dit d’une croix dont les branches finissent en manière de fourchette à deux pointes recourbées à dextre et à senestre, de même que les fourchettes qui servaient anciennement à soutenir les arquebuses et mousquets.

DESTRUCHES DE KULENTHAL,, d’or, à la croïx FOURCHETTÉE de sable. |

FRANGÉ, ÉE, se dit du gonfanon et de la bannière , qui ont des franges d'émail différent.

DE LA TOUR DE BOUILLON, écartelé, aux premier et quatrième, semé de France à la tour d'argent, qui est de la Tour d'Auvergne; au deuxième, d’or, à deux tourteaux de gueules, qui est de Boulogrre ; au troisième, coticé d’or et de gueules, qui est de Turenne ; sur le tout, d'or au gonfanon de gueules FRANGÉ de sinople, qui est d'Auvergne.

Fretres, meuble d'armoiries fait de quatre petites cotices alésées et entrelacées, deux en bande et deux en barres.

LATIER D’OURCIÈRES, en Dauphiné, d’azur, à trois FRETTES d'argent , au chef de méme.

Le duc de Mercœur, Philippe de Lorraine, avait le sobriquet populaire de due de Mercure. Henri Ie", prince de Condé, qui commandait en Saintonge les troupes catholiques, étant -venu l’attaquer, le força de quitter précipitamment son quartier des Loges.

Latier d’Ourcières, gentilhomme de la maison du duc, attaqué d’une fièvre violente, ne put suivre l’armée. Le prmce de Condé, après l’avoir bien questionné sur sa maladie, lui proposa de pendre à son cou un billet cacheté qui le guérirait infailliblement, pourvu qu’il le portât neuf jours sans l’ouvrir.

Le gentilhomme y consentit, et le prince le renvoya à son maître. Les neuf jours expirés, le duc s’empressa d'ouvrir lui-même le billet. 11 y trouva les vers suivants :

Fièvre chaude, je te conjure, Par la retraite de Mercure, Que de corps-ci tu desloges ; Comme Mercure a fait des Loges, D'où il a fait prompte retraite, Ayant la barbe à demi faite.

- FRETTÉ, écu chargé de six cotices entrelacées en diagonales, trois à dextre , trois à senestre.

Ce mot se dit aussi d’un pal, d’une croix, d'une fasce , chargés pareillement de cotices dans le même sens.

Les termes FR&TTE et FRETTÉ viennent, selon quelques auteurs, du mot FRET, qui, en vieux français, signifiait rompu, du latin fractus.

D'autres le font dériver du mot FRETTE qui a été dit anciennement d’un comble fait de perches croisées.

Ducange prétend qu'autrefois on appelait frette une espèce de flèches , et que c’est la raison pour laquelle on a nommé écus FRETTÉS Ceux qui étaient chargés de ces frets croisés.

DE RIBAUMONT, de gueules, FRETTÉ d’or, au canton d’or chargé d'un léopard de sable.

Fruité, éE, se dit du chêne, du pin , et de tout arbre chargé de fruit, lorsqu’il est d'émail différent.

Furmux, taureau levé.

Fusée, meuble en forme de losange allongée.

FuseLé, 8e, écu rempli de fusées.

Furé, és, arbre dont les feuilles sont d’un émail et le tronc d’un autre émail.

Ce mot se dit aussi d'une flèche , d’une lance , d’une pique qui ont le manche d'émail différent.

Le terme futé vient du mot fût, dérivé du latin fustis, un bâton.

Gmonxé, se dit de l’écu divisé en six, huit, dix ou douze espaces triangulaires égaux entre eux , et de deux émaux alternés.

Le Gmonxé le plus parfait et le plus fréquent est formé du parti, du coupé, du tranché et du taillé, ce qui divise l’écu en huit girons.

On ne nomme le nombre des girons que lorsqu'il y en a six, dix ou douze.

Le terme GrRonNÉ vient du mot GIRON, qui est le dessus dù tablier d’une femme, depuis les genoux jusqu’à la ceinture, lorsqu'elle est assise; ou des robes longues des anciens, qui étaient larges du bas et étroites vers la ceinture, et représentaient une espèce de triangle en l'endroit que les latins nommaient gremium ; ce dernier sentiment est l'avis de Ducange, qui dit que les habits de nos aïeux , étroits en haut et larges en bas, étaient nommés ex eo quod vestis giret et circuli formam efficiel.

DE PRESSIGNY, coupé, la partie du chef encore coupée en deux, la première pallée, contre-pallée, d’or et d'azur, aux deux cantons GIRONNÉS de méme; la seconde fascée, contre-fascée de méme, la partie de la pointe aussi de méme, et un écusson d'argent en cœur.

GiRouUETTÉ, 6e, se dit d'un château, d'une tour, lorsqu'il y aune girouette sur le toit; on ne se sert de ce terme que lorsque la girouette est d’un autre émail que l'édifice.

Quand les girouettes ont des armoiries peintes ou évidées ; on les nomme pannonceaux; c'était anciennement des marques de noblesse.

Les bannières que les chevaliers portaient à la guerre, et les banderolles qu’ils tenaient à la main en entrant dans les lices, avec les-

quelles ils faisaient le signe de la croix avant de commencer leurs joutes, et qu'ils plantaient ensuite quelquefois au sommet de leur heaume, pourraient avoir donné l'origine aux giroueltes placées sur le faite de nos édifices. On sait que le premier acte de possession d’un fief, d’une seigneurie, d’une place prise à la guerre, était marquée par la bannière d’un nouveau seigneur, arborée sur le lieu le plus éminent, sur la tour la plus élevée. Dans l’entreprise de Saintré, lui et ses compagnons portèrent sur leur casque deux bannières, entre lesquelles était un diamant destiné pour le prix de ceux qui pourraient emporter sur eux la victoire. Le même Saintré ayant proposé un pas d'armes aux Anglais entre Gravelines et Calais, qui fut accepté par le comte de Bouquineau et ses compagnons , le dimanche, premier jour du mois et ouverture du pas, arriva ledit seigneur et comte de Bouquineau le matin après la messe et très-belle compagnie, qui fist sur le hault pignon de son logis mettre sa bannière, qu’il portait d'Angleterre à une bordure d'argent et criait : Angleterre , saint Georges.

GonFANON, meuble de l'écu qui a trois pendants en demicercle; il imite une bannière de l'Église.

Le gonfanon représente la bannière de l’armée chrétienne, donnée, dit-on, par le pape Urbain II, à Baudouin, comte de Boulogne , frère de Godefroi de Bouillon.

Ce terme vient de ce que le gonfanon est composé de plusieurs pièces pendantes, dont chacune se nomme fanon, de l'allemand fanen, une pièce d'étoffe.

GRINGOLÉ, ÉE, se dit d’un sautoir, d’une croix ou autres pièces dont les extrémités finissent en têtes de serpents ou de bisses.

Ce terme vient de gringole, dérivé de celui de gargouille, qui signifie une gouttière par où l’eau s'écoule de dessus les toits, parce qu'’anciennement les gargouilles étaient sculptées en têtes de serpents.

RANTZAU, d'azur, à la croix d'argent, GRINGOLÉE et ancrée d'or.

Cette noble famille, originaire du Danemark, compte trente-deux gentilshommes qui se sont rendus célèbres, et a donné lieu au proverbe danois pour exprimer la fidélité envers son prince : Fidèle au roi comme un Rantzau. Josias Rantzau, en 1635, vint demander à servir dans les armées françaises; il fut honoré à l'âge de trente-six ans du bâton de maréchal de France. Il entendait parfaitement la guerre et s’exposait comme un simple soldat. Après avoir reçu plus de soixante blessures, il ne lui était resté, pour ainsi dire, que la moitié du corps, ayant

perdu une oreille, un œil, un bras et une jambe; c'est ce qui donna lieu à son épitaphe, que l'on fit de son vivant :

Du corps du grand Rantzau , tu n’as qu’une des parts; L'autre moitié resta dans les plaines de Mars;

Il dispersa partout ses membres et sa gloire ;

Tout abattu qu’il fut, il demeura vainqueur.

Son sang fut en cent lieux le prix de la victoire,

Et Mars ne lui laissa rien d’entier que le cœur.

GuEULES, gulæ , couleur rouge, l’un des émaux de l'écu; il se représente en gravure par des lignes perpendiculaires.

De GurULES , signifie courage, hardiesse , intrépidité.

Quelques auteurs font venir gueules de gul, rouge, en langue persane et arabe; ils disent que ce mot a été emprunté des orientaux dans le temps des croisades; mais il est mieux, au sentiment d'un grand nombre d’héraldistes , de le dériver du latin gulæ, les gueules (sanguinolentes) des animaux ; l'orthographe du mot français, terminé par une s, confirme la vraisemblance de cette dernière étymologie.

DE CHABANNES , de GUEULES , au lion d’hermine.

GuIvRE, boa, serpent ou bisse qui paraît dans l’écu avec un enfant à mi-corps issant de sa gueule.

Issante, se dit de la guivre, lorsque l’enfant est d’un autre émail que cette bisse.

Le duché de Milan porte un écu d'argent, à la qurvre d'azur couronnée d’or, issante de gueules.

HAUTE, croix élevée, épée droite.

Hermine, fourrure blanche, chargée de mouchetures de

sable.

Cet émail signifie grandeur, autorité, empire.

CONTRE-HERMINE, est un champ de sable semé de mouchetures d'argent.

DE LA PORTE DE LA MEILLERAYE , de gueules , au croissant d'HERMINE rebordé d'or.

Louis XIII, en 1639, voulut entrer dans Hesdin par la brèche; dès qu'il y fut monté, il prit une canne , et dit en la présentant à M. de la Meilleraye : « Je vous fais maréchal de France; voilà (en lui présentant la canne) le bâton que je vous en donne ; les services que vous m’avez rendus m'obligent à cela : vous continuerez à me bien servir. » Le nouveau maréchal répondit qu'il n’était pas digne de cet honneur. « Trêve de compliments, répondit Louis XIIL; je n’ai pas fait un maréchal de meilleur cœur que vous ! »

Herse, porte faite en treillis, qui s'élève ou s’abaisse à volonté, et ferme le passage quand la porte d’une ville est forcée. Une porte est hersée, quand sa herse ést abattue.

IssanT, se dit des lions, des aigles, et d’autres animaux qui ne montrent que la tête et une petite partie du corps. |

JuwecLes, deux petites fasces, bandes, barres, etc., parallèles, qui n’ont en largeur que le tiers de leur longueur ordinaire.

DE GOUFFIER, d’or, à trois suMELLES de sable.

La reine Catherine de Médicis était régente du royaume au mois de juin 1574; cette princesse fit venir alors François de Gouflier, seigneur de Bonnivet, chevalier de l’ordre du Roi, lieutenant général au gouvernement de Picardie, capitaine de cinquante hommes d'armes des Ordonnances, pour lui annoncer qu’elle venait de donner à son fils un régiment d'infanterie. « Madame, lui dit-il, il y a un mois que mon fils, passant seul le soir dans une rue de Paris assez écartée, fut attaqué par cinq hommes; le capitaine Lavergne, qui ne le connaissait point, venant à passer par cette rue, mit l’épée à la main, se joignit à lui et chargea ses assassins avec tant de courage, que deux furent tués dans l'instant ; les trois autres s’enfuirent. Agréez, Madame, que mon fils ne passe point avant son bienfaiteur. Vous mettrez le comble à la grâce que vous nous accordez en voulant bien en disposer en faveur de Lavergne. Il s’est distingué en plusieurs occasions; vous vous acquerrez un des plus braves hommes de France et qui vous sera entièrement dévoué. A l’égard de moi et de mon fils, vous connaissez notre inviolable attachement pour Votre Majesté.

. — Un cœur aussi reconnaissant que le vôtre, lui répondit Catherine

de Médicis, engage à ne le pas refuser ; je consens à ce que vous souhaitez, et n’oùblierai pas votre fils. »

Francois de Gouffiler de Bonnivet fut fait chevalier du Saint-Esprit à la première promotion de cet ordre, le 31 décembre 1578. Il mourut le 24 avril 4594.

LAMBEL, tœnia transversa in capite scuti. On désigne sous ce

nom une trangle à trois pendants, brisure dont les puinés chargent en chef les armes pleines de leur maison.

D'ORLÉANS (première maison), d'azur, à trois fleurs de lis d'or, au LAMBEL d'argent à trois pendanis.

Charles d'Orléans, qui fut fait prisonnier en 1415 à la funeste bataille d’Azincourt, vieillit captif en Angleterre. 11 employa les longs et tristes loisirs de son exil forcé sur la terre étrangère à composer d’aimables poésies.

Lampassé, se dit du lion, du lévrier, du léopard, du bœuf, de la vache, et généralement de tout animal quadrupède lorsque leur langue est d'un autre émail que leur corps.

On dit en pareil cas langué de la langue des oiseaux et reptiles.

Le terme lampassé vient du latin lambere, lécher, comme font les animaux quadrupèdes avec leur langue.

D'AMBLY, d'argent, à trois lionceaux de sable, LAMPASSÉs de gueules.

La maison d’Ambly, une des plus anciennes de la province de Champagne, a toujours fait profession des armes et a produit au siècle dernier deux maréchaux de camp et plusieurs officiers supérieurs. Jean - Louis d’Ambly entra en 1665 comme capitaine dans le régiment de royal-cuirassiers; il obtint par sa valeur de passer deux ans après dans les gardes du corps du roi. Après s'être distingué dans plusieurs rencontres, avoir assisté au passage du Rhin, à la prise de Maëstricht, de Besancon et de Dôle, dont Louis XIV commandait le siége en personne, il se couvrit de gloire à la bataille de Senef, où il périt victime de sa bravoure. S’étant trouvé à la tête de son escadron en présence d’un régiment hollandais, il vit celui qui le commandait lui faire signe de s’approcher pour combattre corps à corps. D'Ambly accepta le défi, mit aussitôt l'épée à la main ; mais son adversaire, le voyant à sa portée, lui tira làchement un coup de pistolet dans la poitrine. D’Ambly profita du peu de force qui lui restait pour vendre.

chèrement sa vie ; il se précipita tête baissée sur son ennemi, et le frappa de deux coups d'épée portés au défaut de la cuirasse. Les deux champions tombèrent morts aux pieds de leurs chevaux. Les Hollandais, honteux de la perfidie de leur chef, lächèrent pied devant les Français, dont le courage était doublé par le désir de tirer vengeance d’une aussi odieuse trahison. Cette déroute partielle de nos ennemis contribua puissamment à nous faire remporter la victoire.

LanGué, ée, se dit de la langue des aigles, griflons, etc., et autres oiseaux et reptiles, d’un autre émail que le corps.

MANAY DE CAMP , en Picardie, d’azur, à l'aigle de sable , au vol abaissé, LANGUÉ de gueules.

LéoPpaRDÉ, lion qui semble marcher la queue tournée en dehors, ou rampant.

ARMES DES HOHENSTAUFEN, d’or, à trois lions LÉOPARDÉS de sable, couronnés de gueules.

Lion, léopard levé et rampant comme le lion.

DE ROLLAND D'ESCORTINALS, en Guyenne, d'azur, au léopard LIONNÉ d'or, couronné d’hermines, lampassé et armé de gueules, le bout de la queue de méme.

Lis , lilium, fleur qui représente un lis de jardin.

Quoique le zrs soit souvent d'argent dans les armoiries, on en voit quelquefois de divers émaux.

Le us est dit au naturel lorsqu'il est semblable au us de jardin.

Lis nourri, se dit de celui dont la tige paraît coupée en bas.

ANJORRAN DE LA VILLATE, en RH d'azur, à trois LIS au naturel , nourris.

Les armoiries, le nom même de cette maison sont des récompenses accordées par nos rois à sa piété.

Un jour le roi chevalier, le vaillant François Ier, dont nous avons déjà vu un trait si saillant d’intrépidité, se livrait au noble plaisir de la chasse. Les veneurs avaient détourné la veille un cerf dix cors, et, au lever de l’aurore, on s'était dirigé vers la forêt pour lancer le majestueux animal. La meute détachée, on avait commencé la chasse au son des cors et avec l’espérance d’avoir bientôt mis le cerf aux abois. Mais il avait longtemps tenu bon, mis plusieurs fois les chiens en défaut ; et sans la sagacité des deux vicux limiers du roi, qui n’avaient pas pris le

change, le courre eût pu étre sans succès. Enfin la noble bête succomba ; on fit curée ; et le roi alors, voyant qu’il était fort écarté du palais royal, et sentant l’aiguillon de la faim après une chasse si rude, un exercice aussi violent, demanda s’il n’y avait pas dans les environs un château où l’on pût réclamer l’hospitalité. Tout d'une voix on lui désigna celui de la Villate, qui appartenait à un pieux et digne serviteur de Sa Majesté, que sa venue allait combler de joie. Le roi aussitôt se dirigea vers le manoir; et, dès que les tourelles encadrées dans des ormes séculaires frappèrent ses regards, il ordonna à ses piqueurs de sonner une joyeuse fanfare pour annoncer l'approche d’hôtes importants, et dépécha un courrier au vieux châtelain pour l’avertir de l’honneur que le monarque allait lui faire; et lui-même mettant son coursier au galop précipita sa marche.

Or dans la chapelle du château se célébrait le saint sacrifice de la messe ; le vénérable prêtre officiait à l’autel, et le seigneur, pieusement agenouillé sur le sol, courbait son front devant Dieu et mélait ses prières aux prières du chapelain. Le bruit des cors ébranle la chapelle; les voûtes retentissent des joyeux hallalis des chasseurs; mais ni le prêtre, ni le seigneur, ni aucun des vassaux ne donnent le moindre signe de curiosité; la prière absorbe toutes leurs facultés; tant dans cette sainte maison l’exemple du maitre a eu d’empire sur ses gens. Le courrier entre dans la chapelle : « Le roi, Monseigneur, le roi; » s’écrie-t-il d’une voix éclatante. Personne ne bouge ; et l’auguste cérémonie continue sans interruption.

Au moment où le prêtre élevait le précieux calice pour consacrer la sainte hostie, et que tous, la tête inclinée vers la terre, se frappaient dévotement la poitrine et se signaient de la croix, le roi apparut sur le seuil de la porte; et monarque véritablement très-chrétien, bien loin d’éprouver le moindre dépit qu’on n'eût pas négligé le service du Roi des cieux pour un roi de la terre, il s’écria d’une voix émue en s’agenouillant pieusement : « Ce sont tous des anges orants (priant, orare). » Quand la lecture de l'Évangile eut annoncé la fin du divin service, le roi s’avanca à la rencontre du vieux seigneur, qui venait se jeter à ses pieds; il le serra cordialement contre son sein, et s'écria : « Oui, vous êtes un ange orant, et de ce jour vous en aurez le nom, comme vos armes dorénavant porteront souvenir à jamais de votre piété; elles seront d'azur, car elle vous vaudra je séjour du ciel, dont il est la couleur céleste ; les lis témoigneront de votre foi, de votre candeur et de votre dévouement; et ils seront nourris, car je les aurais moi-même coupés par le bas pour vous les donner. »

Et depuis lors les seigneurs de la Villate ont pris pour nom (par abréviation depuis) Anjorran, et pour blason, d’äzur, à trois Lis au naturel, nourris. |

LosanGé, écu divisé en plusieurs losanges de deux émaux différents.

DE LAMOIGNON, en Nivernais, LOsANGÉ d'argent et de sable au franc quartier d’hermine, et par concession royale accordée

en 1817, un écusson d'azur chargé d'une fleur de lis d'or en abime.

Le cardinal Mazarin dit au célèbre Lamoignon , en lui annonçant que Louis XIV l'avait choisi pour être premier président du parlement de Paris, en 1658 : « Si le roi avait connu un plus homme de bien et un plus digne sujet, il ne vous aurait pas choisi. » Lamoignon mérita cet éloge. 11 crut, comme dit son biographe, que sa santé et sa vie étaient au public et non à lui.

M. de Lamoignon de Malesherbes, l’illustre défenseur de Louis XVI, a ajouté encore à l'éclat de cette maison, qui a produit tant de magistrats d’une probité admirable, Sa vie politique est connue. Je ne veux citer de lui qu’un trait particulier. Un jour qu'il s'était égaré dans une pérégrination solitaire, il aperçut un village et se rendit chez le curé pour lui demander l'hospitalité. Celui-ci refusa de le recevoir sous son toit et ne lui donna d’autre asile que sa grange. Malesherbes s’y coucha sur de la paille fraîche, et dit que de sa vie il n’avait passé une aussi bonne nuit. Rendu le matin dans la ville voisine, il écrivit au curé : « Lamoignon - Malesherbes prie monsieur le curé de recevoir ses vifs remerciements pour l'asile qu’il a eu la bonté de lui accorder; il n’oubliera jamais ses vertus hospitalières. Pour lui en témoigner sa reconnaissance, il vient de demander au ministre qui a la feuille des bénéfices le premier canonicat vacant. » Il tint parole, et le curé fut nommé. Cette vengeance est charmante.

L'UN suR L'AUTRE, se dit des animaux et de tous les objets dont l’un est posé et étendu au-dessus de l’autre.

MacLe, espèce de losange percée à jour par le milieu.

DE TREANNA DE LA VILLION , en Bretagne, d'argent, à la MACLE d'azur.

MAÇoNNË, ée, se dit d’un écu divisé en carreaux qui imite la maçonnerie, des joints figurés dans les constructions , en autre émail que le champ ou les édifices. . |

DE MARILLAC, d'argent, MAÇONNÉ de sept carreaux, deux, trois, deux , chargé chacun d’une merlette , le tout de sable,

364 DICT:ONNAIRE HÉRALDIQUE.

MAL ORDONNÉES, se dit de trois pièces qui , au lieu d’être posées deux et un , sont au contraire un seul en chef et deux en pointe.

D'AUMONT, d'argent, au chevron de gueules accompagné de sept merlettes de méme, quatre en chef, trois en pointe; ces trois dernières MAL-ORDONNÉES. |

Après la bataille d’Ivry, le maréchal d’Aumont, qui s'était couvert de gloire dans cette journée, vint prendre les ordres du roi. Henri IV l’embrassa tendrement, l’invita à souper, et le fit asseoir près de lui à table : « Il est bien juste, lui dit-il, que vous soyez du festin, puisque vous m'avez si bien servi à mes noces. »

Massacre, se dit d'une ramure de cerf, avec une partie du crâne desséché.

DE VILLEMOR DE CRAMMÉ, en Champagne, d'azur, au MAs- SACRE d’or, accompagné en chef d’une molette d'éperon de méme.

Menmsré, éE , se dit des pattes ou membres des aigles, cygnes et autres oiseaux lorsqu'ils se trouvent d’un autre émail que celui du corps.

JEAN LE MEINGRE, Dir BOUCICAULT, maréchal de France (1402), d'argent, à l'aigle éployée de gueules, becquée, languée el MEMBRÉE d'azur.

Boucicault, comme Du Guesclin et comme Bayard, a servi de type et de modèle aux historiens qui ont voulu mettre en scène un parfait chevalier. Godefroi a pris Boucicault pour servir d'exemple à ceux qui désirent venir au haut honneur et prouesses de chevalerie, en montrant les travaux qu’il avait entrepris dès son enfance pour s'y élever, et qu’il avait continués toute sa vie. Je ne veux ici que rapporter l’action audacieuse que fit à Rosebeck ce jeune héros décoré depuis peu du titre de chevalier. Il se trouvait à cette fameuse bataille (1382), et voulut se mesurer avec un Flamand grand et corsu; comme il lui portait un coup de sa hache qu’il tenait à deux mains, le Flamand, jugeant à sa taille que c’était un enfant, le dédaigna et dit en lui faisant voler sa hache: Va téter, va, enfant; or veois-je bien que les Français ont faute de gens quand les enfants mènent en bataille. L'enfant, devenu furieux par la perte de son arme, se coule sous le bras du géant en tirant sa dague , la lui plonge dans le flanc, malgré sa cuirasse, et le laisse étendu par terre. Les enfants de ton pays, lui dit-il à son tour , se jouent- ils à tels jeux ?

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