‹ Histoire du blason et science des armoiriesChapitre 6 sur 48 · VIII. Les armoiries de succession sont. celles que · texte numérisé non relu

VIII. Les armoiries de succession sont. celles que

prennent des particuliers, à la suite d’héritages, de

substitution, de donation, et qu'ils accolent aux ‘ leurs, avec la permission du souverain.

‘$ XXXIIT. — Armoiries de Choix.

IX. Les armoiries de choix sont celles que prennent des anoblis, qui, n'ayant pas de blason propre, en adoptent un, où souvent sont représentés soit les insignes de leur profession antérieure, soit des figures destinées à rappeler ce qui leur a valu cette distinction. Souvent alors ces armoiries sont dites parlantes. Je vais expliquer ce que veut dire ce terme , ainsi que celui d’armoiries à enquérir. Il y a encore l’armoirie murale, qui est celle que les villes font sculpter au fronton de leurs édifices :

‘ elle remonte à FPaffranchissement des communes.

$S XXXIV. — Armoiries à enquérir.

On appelle armoiries à enquérir celles qui sont contraires au principe héraldique, qu’ ne faut jamais meltre couleur sur couleur, ni métal sur métal. On leur donne ce nom parce qu’alors on doit enquérir (rechercher ) la cause, toujours honorable , de cette violation des règles du blason. Il y a de bien glorieuses armes à enquerre.

Après la prise de Jérusalem par les croisés, en 4099 , lorsqu'il fut question de blasonner le nouveau royaume et Godefroy de Bouillon qui l'avait con-

DES DIFFÉRENTES ESPÉCES D'ARMOIRIES. 83 quis , les barons assemblés lui donnèrent un champ d'argent à la croix d’or accompagnée de quatre croisillons de même. C'était évidemment violer la loi que nous venons de citer; mais ils le firent sciemment, disant que l'or et l'argent étaient seuls dignes d’être employés à représenter l'instrument de la rédemption du monde, et que la haute considération due à la ville sainte exigeait qu'on fit en son honneur une révérencieuse infraction aux règles ordinaires. De plus, ils nommèrent cette nouvelle disposition, ainsi qu'on l'observa depuis en d’autres circonstances , armes à enquerre, afin que tous ceux qui verraient ce singulier blason s’enquissent et apprissent la cause de cette dérogation aux anciennes lois d'armes.

8 XXXV. — Armes Parlantes.

Lorsque l’art héraldique était encore dans l’enfance, la volonté du souverain intervenait rarement dans la désignation des armoiries; le hasard ct le caprice présidaient le plus souvent à leur choix. On a justement remarqué que les armes les plus anciennes sont formées des images qui avaient quelques rapports, rapprochés ou éloignés, avec le nom de celui qui les porte. Ce sont, le plus souvent, de froides allusions, d'insipides jeux de mots; et cela devait être chez le peuple enfant du moyen âge. Tout ce qui, dans la nature ou dans les arts, pouvait donner naissance à une équivoque était mis

à contribution. Ces armes sont appelées armes ‘parlantes, parce qu’elles disent, pour ainsi dire, le ‘nom de la famille qui les a adoptées. Plus tard, les ‘anoblis suivirent quelquefois cet exemple, mais rare- ‘ment, parce qu'ils étaient assez curieux de faire disparaître toute trace de leur nom roturier. La famille Luna, d’Espagne, portait un croissant ; toutes celles ‘qui, en France, avaient le nom de la Roche, avaient des rochers dans leurs armoiries. Il faudrait des volumes entiers pour recueillir celles des maisons qui portaient des armes et des plantes par allusion ‘à leur nom. Les Duchène, du Laurier , du Cormier, Sapin, Guenas, Rousselet, portaient des chênes, des lauriers, des cormiers, des sapins, des genels, des poiriers de rousselet. Les Pommereul portaient d'azur au chevron d’or accompagné de trois pommes de même.

Le règne animal ne fournissait pas moins d'armes parlantes que le règne végétal. Les Gruel, en Dauphiné, portaient de gueules à trois grues d'argent; les Chapponi avaient des cogs; les Sarrasin, les Turco, les Moreau , des Turcs, des Maures; les Legendre, trois têtes de filles échevelées, par allusion au proverbe: qui a des filles aura des gendres; ‘les Malemain, trois mains gauches. Le célèbre et - malheureux Fouquet, surintendant des finances sous Louis XIV, l'homme au masque de fer, si l'on en croit quelques auteurs, avait pris pour armes un écureuil grimpant sur les branches d’un arbre, par allusion à son nom, qui, én vieux langage, signifie

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES D'ARMOIRIES. 85 écureuil, avec cette devise, qui ne contribua pas peu à ses malheurs: où ne monterai-je pas ?

Après le monde réel, vient le monde imaginaire. Les Drac portaient un dragon ; les Malin, un diable de sable, parce qu’autrefois un des noms du diable était le malin. Les Santeuil, famille du fameux chanoine de Saint- Victor, avaient une tête d’Argus à cent yeux. 0

Les œuvres de la nature ou de l'imagination sont suivies de celles de la main de l’homme. On trouve sur des écus des bâtiments entiers ou des parties de bâtiment, lorsqu'un rapport entre leur nom et celui des nobles peut donner occasion à des armes parlantes. Tous les seigneurs du nom de la Tour ont. des tours dans leurs armoiries; les Castellane, les Chateaupers ont des forteresses ; les Morat, des murailles.

S XXXVI. — Curieux exemple.

Parmi ces innombrables armoiries parlantes, une des plus curieuses que j'aie rencontrées est celle qui est gravée sur un cachet, qu’à sa forme allongée en ellipse et à ses emblèmes particuliers on reconnait tout d’ahord avoir appartenu à un dignitaire ecclésiastique. La lecture de la légende, écrite en capitales romaines capétiennes , assez notablement corrompues , offrait quelques difficultés.

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