‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 104 sur 196 · Cullavagga · texte numérisé non relu

Cullavagga

4. Pour arriver au Nirvana, il faut être Arhat ou Buddha. Les femmes ne peuvent devenir des Buddhas; elles ne peuvent pas non plus devenir des Arhnts — sauf dans la mythologie; elles ne peuvent pas, par conséquent, d'après le système, s'élever au NirvAna. D'après le Vcdânta, au contraire, la feiiiiiie peut arriver k la délivrance aussi bien que l'homme, il s'ensuit que, chez los Bouddhistes, la femme est placée plus bas que dans le Veddnta. Nous verrons plus loin quelle position inférieure le Bouddhisme assigne à U femme.

nature a conduit à la magie des fakirs et au shamanisme des bonzes \ et semble donc mériter plutôt le nom de sagesse inférieure que celui de sagesse suprème ; mais dans son origine elle n'est ni ignoble, ni basse, ni populaire : elle est la conséquence d'une philosophie mystique extrêmement subtile.

Les facultés spirituelles de FArliat n'assurent pas seulement sa propre béatitude : elles sont aussi profitables au salut d'autres êtres. Elles sont particulièrement aptes à convaincre les incrédules et les sceptiques de la vérité de la doctrine du Tathâgata et à amener des conversions '• Par leur nature même, il était cependant moins facile de les faire servir à l'éducation morale du peuple. On comprend donc que la Congrégation, pour atteindre ce but, se soit plutôt servie du dogme (d'ailleurs déjà établi dans les croyances populaires) des peines infernales.

Les Méridionaux connaissent huit enfers principaux, h savoir SaSjîva, Sanghàta, Kàlasûtra, Raurava, Mahftraurava, Tapa, Pratâpa, et le plus profond et le plus horrible de tous : Avîci ^ . Le nombre total des enfers, grands et petits, est de cent trcnlc-six, sans compter l'enfer Lokântarika, ou espace vide entre les sphères, où errent les fantômes. Les Septentrionaux possèdent huit enfers ardents, qui portent à peu près les mêmes noms que dessus, et en outre, huit

1. « Bonze o est le sanscrit vandya^ « très vénérable », titre donné aux moines. — a Shamane » est le prâkrt et pâli Samano, sanscrit Çramana, « ascète ».

2. Les conversions faites par le Buddha lui-même, qui est en môme temps le suprème Arhat, se font, ainsi que nous l'apprend la légende, avec une rapidité vertigineuse. C'est bien de lui qu'on peut dire : il vint, vit et vainquit. Quant ù de véritables prédications ou sermons, il ne les prononce que devant ceux qui ont déjà adhéré à la doctrine : « il prêche des convertis s.

3. Nous avons déjà eu occasion d'observer qu'avict n'est autre chose que le point le plus inférieur, le nadir. C'est une forme provinciale à'avâci^ « le point le plus bas », formée par analogie avec i/dtci, « point le plus élevé, septentrion ».

enfers froids : Arbuda, Nirarbuda, Atata, Hahava, Huhava, Utpala, Padma et * Mahâpadma K Tous ces lieux de torture, 299 par leur nature et leur but, ne diffèrent pas de ceux qui sont mentionnés chez les Indiens non-bouddhistes ; même les noms coïncident en grande partie '. Les descriptions et représentations figurées que les Bouddhistes font de leurs enfers ressemblent, jusqu'en de petits détails, à celles qui avaient cours en Europe au moyen âge, avec cette différence que les enfers indiens ont plutôt le caractère de purgatoires, car, d'après les idées indiennes, les peines infernales ne sont pas étemelles '.

3. — L'état de Bodhisatva comme préparation a l'état DE BuDDHA. — Légende de Viçvantara.

Les habitants des enfers complètement obscurs occupent \o degré le plus inférieur sur l'échelle des êtres; lesBuddhas, au contraire, sont les êtres les plus élevés et les plus lumineux. Avant d'arriver à cette hauteur, le Buddha doit

1. Burnouf, Inlrod. 201. Dans d'autrei sources, on trouve mentionnés d autres enfers, ui<^me considérables, entre autres : Agnigha{a, ÇAlmali, H&ba- Tapana, Andhakàla (magadhique pour Andhak&ra], Çttodaka, Asiccheda, Çambara, PrctA} ana, Pretanagara, Vajraçaila ; tous nommés dans le Kàranda- Vyùha.

2. .Manu, 4, 88 et Yàjnavalkya, 3, 222, on trouve une énumération de vingt- un enfers en tout. Dans le Yoga, au contraire, il y a sept enfers supérieurs ou conçus comme étant dans l'espace : Mahdk&la, AmlMirtsha, Raurava, .Mahâraurava, Kâlasûtra, Andhatâmisra — un nom manque dans la liste — et autant dVnfers souterrains : Mahdtala, RasAtala, Atala, Sutala, Vitala, Talàtala, Pâtâla.

3. Pour l'histoire des relations qui existaient, au moyen âge, entre TAsie et l'Europe, il serait important d'étudier les descriptions et représentations fi^'urées des enfers bouddhiques ; mais ce sujet est en dehors de notre cadre.

traverser plusieurs existences comme Bodhisatva ^, il commence par en bas, tout comme Yishnu, qui, lui aussi, s'appelle adhokshaja « né sous la vue (c'est-à-dire sous Thorizon) ^ ». Par la quantité de mérite qu'il a obtenue antérieurement et par son avancement graduel vers la pureté et la 300 lumière *, un Bodhisatva s'élève, en montant, vers l'œuvre de délivrance d'un Tathâgata.

Il est naturel qu'un Bodhisatva soit ami des créatures, car le nom du soleil du matin, Mitra, est identique avec le mot mura, « ami, allié ^ » ; et pour la même raison, on sait dès maintenant, — et on le savait déjà il y a deux mille ans — que le Buddha qui doit encore venir sera nommé Maitreya, <( descendant de Mitra ». Yishnu, lui aussi, qui n'est pas seulement, mais qui sera^ est connu sous le même nom de Maitreya.

Dans lacarrière d'un Bodhisatva, on distingue trois époques : 1. celle de la pensée naissante; 2. celle de la résolution inébranlable ; 3. celle de la désignation ', pendant laquelle il

4. Bodhisatva peut signifier un ôtre qui s*éveille ou éveille les autres, aussi : celui dont l'essence consiste dans réveil, connaissance ou réveil. Dani le Yoga, huddhisatva signifie la conscience ou Tintelligence en forme exii* tante, la conscience vive, la raison active, par exemple dans le commentaire sur le Yogasùtra, 2, 18; 3, 18.

5. Le Siddhârtha des Germains, le noble prince Siegfried, est lui ausii, dans les Nibelungen dit « né dans les Pays- Ras •. Le ch&teau où il natt ét^t situé prés de Xanten sur le Rhin, qu'on peut par conséquent coniidérer comme un Kapilavastu occidental.

1. Mitra est tantî^t le Dieu du jour, quand il figure avec ou en opposition à Varuna, le seigneur du Ciel nocturne : tantî^t il doit être plus particulièrement le Soleil matinal, quand Aryaman est invoqué avec lui et Varuna. Aryaman semble donc, au premier abord, représenter le soleil de midi, mais le nom signifie à peu prî'S la m>'*nie chose que mitra « compagnon, camarade >\ de sorte qu'il n*est pas facile de distribuer les rôles entre Mitra et Aryaman. Si l'on admet qu'Aryaman représente le soleil du soir, le soleil à l'horizon oroidontal, alors il faut expliquer Varuna comme IVtre supérieur qui les comprend tous les deux, Mitra et Aryaman. comme le ciel. Dans ce cas, Aryaman serait identique avec Yama comme seigneur du royaume dXVoidont.

2. Comp. Hardy. M. of B. SS, les termes qu'il cite sont : manah, pranidhâna.

est indiqué comme Buddha futur par le Buddha alors vivant. Il doit accomplir de nombreux exploits et satisfaire à mainte obligation avant d'atteindre son but. Un homme qui a atteint son but s'appelle en sanscrit siddhârtha. On dirait donc que le fils de Çuddhodana a reçu ce nom d'avance; mais on peut aussi admettre que le temps écoulé entre la naissance et l'acquisition de la dignité de Buddha représente l'intervalle entre Tapparition des premiers rayons solaires et le moment où la sphère ou hémisphère est au-dessus de Thorizon ; ou bien la différence entre le commencement de Tannée astronomique et celui de Tannée civile. Le Siddhârtha typique eut besoin de trente-cinq ans avant de devenir un Buddha complet *. Si Ton compare ce chiffre au nombre des Jâtakas chez 301 les Septentrionaux, à savoir trente-quatre *, il devient évident que la véritable préhistoire du fils de Çâkya ne commence qu'au début de la légende. Le rejet de son temps de préparation dans des périodes antérieures (kalpas)^ n^aura été qu'un moyen imaginé pour trouver de la place aux récits édifiants relatifs à ses grands actes de sacrifice. C'eût été trop exiger de Timagination que de faire accomplir tous ces exploits par le prince Siddhârtha. En outre, cette conception d'une vie de Bodhisatva étendue sur des périodes antérieures n'était pas littéralement fausse, car il ne faut pas se représenter ces kalpas, « périodes indéterminées » et dsaùkhyas « épo- ([ues incalculables » comme particulièrement énormes, mais comme indéterminées et d'une petitesse incalculable.

Les vertus d'un Bodhisatva consistent en dix Perfections

vAkpranidhdna et vivarana ; la dernière époque étant coupée en deux parties, une iiKiótermiDée et une d<fterminée. De Tlntroduction aux JAtakas on conl'iurait plutôt que les époques sont : 1. la résolution {ahhinittara) \ 2. la pré- <li(-ti(>n [vydkarana) ; 3. la jubilation (haldhala) qui accueille Tintronation du HuiMha. Les Septentrionaux distinguent quatre époques; voy. Mahdvaêlu 1,2.

1. Hhys Davids. Uuddhiat Birlh Slories, LXXXIX et XCVllI. L*aocien nombre ollicicl est trente-quatre, ce qui, avec la dernière naissance du Bodhisatva oiMiiiiie tils (le Çuddhodana, fait trente-cinq.

OU vertus parfaites, Pàramitàs ou Pâramls : libéralité, moralité, renoncement au monde, sagesse, force intellectuelle, patience, véracité, résolution, amabilité et équanimité '. Chaque Perfection est divisée en trois degrés : rordinaire, rinféricur et le supérieur. Chaque Bodhisatva exerce ces vertus dans les trois degrés. En outre, un Bodhisatva doit posséder trente-sept autres propriétés qui sont nécessaires pour arriver à la, bodhi, a réveil ou connaissance », et qui, pour cette raison, sont dites bodhipakshika « favorisant le réveil ou la connaissance, servant à l'avancer ». Ces propriétés, que possèdent les Bodhisatvas aussi bien que les Arhats, sont divisées dans les sept catégories que voici :

I. Les quatre sortes de réflexion ou de mémoire {smftyupastluhia) : dans les actes corporels, dans les sensations, dans les pensées, dans les devoirs.

II. Les quatre sortes d'intention requise ou de soin con- 302 vonablc : ' * d'éviter le mal qui n'est pas encore, d^enlever

le mal qui est déjà ; d'acquérir du mérite futur, de conserver lo mérite acquis.

III. Les quatre subdivisions du pouvoir miraculeux (/lobMtptidd) : le désir, Tcffort, la pensée et le raisonnement nécessaires à Taccomplissement de miracles.

IV. Les cinq pouvoirs (spirituels) {indriya) : foi, force intellectuelle, souvenir ou réflexion, attention (ou méditation attentive) et sagesse. Le même mot indique aussi les

2. Chez les Septentrionaux, il y a d'ordinaire six PârauûtAs.

'4. PAIi : padhdna ; dans le mauvais sanscrit des Buddhistes du Nord : yvahdna. Cette derniùre forme, bonne on mauvaise, ne peut provenir en tout cas du mot pâli, mais bien d'un prakrt pa/i^/ia = Y^Wpadhâna, Les rédacteurs du canon septentrional auront cru que prahàna se rattachait à pra^ hinofi, comme tnàna k minoli, etc. Même s'il faut admettre qu'ils se sont trompés, ils avaient une excuse, vu que l'adjectif prahita « attentif » peut aussi bien être dérivé de pra-hi que de pra-dhd. L'exactitude du pâli padhâna est démontrée par le sanscrit pranidhdna et l'i'xprcssion snmddhim pradadhau dans le Lalitav. 4<J9. Prahdna dans le sens de « acte de laisser aller » est un tout autre mot.

cinq sens, et, d'aprèrs d'autres sources, le pouvoir émotionnel : plaisir, douleur, joie, tristesse et indifférence.

Y. Les cinq forces {bala)^ identiques aux cinq pouvoirs spirituels *.

YI. Les sept parties de la connaissance {bodhyanga) : souvenir ou réflexion, esprit d'examen, tension d'esprit, contentement, tranquillité, attention et équanimité '.

YIL Le noble chemin octuple ou chemin des Âryas.

* Si le Bodhisatva est soumis à de grandes obligations, il 303 jouit aussi de grands privilèges. Il est sûr de pe jamais renaître dans un des huit grands enfers — ce qui va de soi, le soleil, au moment de son lever, ayant franchi depuis longtemps le nadir, l'enfer Avîci et autres lieux épouvantables d'obscurité. Il ne renaît jamais comme femme — ce qui pour l'Inde est parfaitement vrai, tous les mots qui désignent le soleil dans les langues de l'Inde étant masculins. En outre, il ne nait jamais dans le monde sans forme — ce qui est encore vrai, cette région étant située plus loin que

1. La raison du fait que les cinq balaa ne sont que des doublets des cinq indriyas doit bien ôtre que dans Tancienne langue les deux mots ont absolument le m^me sens. Plus tard, lorsqu'on comprit sous le nom d'tndrtya plus sp^'cialement les pouvoirs des sens, les organes des sens et de TactioOy on a dédoublé cette catégorie, sans changer les subdivisions de rénumération. Si Ton soustrait ces cinq propriétés superflues du total trente-sept, on obtient trente-deux propriétés bodhipakshika, probablement le nombre primitif. Autrement, il n'y a plus de symétrie avec les trente-deux signes principaux du Grand Être. Cependant la tradition septentrionale f^it, elle aussi, la même distinction.

2. L'équuuimité ou indifférence clôt ici la série d'une façon bizarre. Si on la laisse de côté, on obtient six hodhyangas^ d'après le moàhl^ àt% tij. yogdhgas : se tenir tranquille, retenir son haleine (c'est-à-dire faire attention), ne pas se laisser distraire^ bien se souvenir, réfléchir et être entièrement plongé dans le sujet qu'on traite. On reconnaît dans cette énumération une description toute scolastique des qualités que doit posséder un bon écolier, qualité! qu'on attribue au Yogin étudiant ou philosophant. Comme les hodhyahgoM man(|uent absolument d'unité systématique, on peut y voir une simple variante des Yogângas. .Même l'adjonction de F • indifférence «se comprend alors : le jeune écolier ne doit pas se soucier de ce qui peut troubler ton attention.

le soleil. En tout, il possède treize privilèges, tous de la même sorte que ceux que nous venons de mentionner *.

Un Bodhisatva, quelque élevé que soit son rang, quelque rapproché qu'il soit du point de Téveil parfait, est encore plus ou moins soumis à Tinfluencc des passions. Il n'en est pas encore arrivé à éteindre tout sentiment humain, comme les Buddhas ; non, il est encore apte à agir et il accomplit même de grands et mémorables actes de sacrifice. C'est pourquoi les Gestes ^ des Bodhisatvas, et surtout celles qui racontent la préhistoire de Gautama-buddha, forment la partie touchante delà littérature bouddhique. Afin de donner une idée de celte sorte de romans édifiants, nous faisons suivre ici Thistoire de Viçvantara ^, nom que portait le futur Siddhàrtha dans sa dernière existence terrestre, avant qu'il eût atteint le but final.

IIisToiRE DU Bodhisatva Viçvantara \

Dans le Jambudvîpa préhistorique, la capitale du pays de 304 Çibi " s'appelait Jayaturâ. Là régnait le roi Sa&jaya ' ; sa

1. On en trouve Tónuiuération complète dans l'Introduction aux Jdtakas^ vers 2öt suiv. (dans Rhys Davids, Biiddhist Birth Stories^ p. 53).

2. Avadâna, littóraleraent « morceau » ; parfois « haut fait ». Souvent avadàna et jâtaka sont synonymes, une preuve de plus que jdtaka n*a, au fond, d'autre sens qu* <( histoire u ou a morceau ». — A cause de la grande vénération qui s'attache au morceau que nous allons citer, il s'appelle aussi Mahâ-Jàtaka.

3. PiUi : Vessantara, dont les Septentrionaux ont tiré par erreur Viçvantara ; la forme exacte serait Vaiçvântara. Nous montrerons à l'instant que la forme sanscrite ordinaire est VaicvAnara.

4. Donnée d'après la rédaction méridionale, d'après Hardy, M. of B, 116 vi Jàtakuy n<> 547 (éd. Fausböll). Une version en sanscrit se trouve dans la Jdlaka-mdld composée par Ârya-çûra.

1. Sanjaya, comme père du Bodhisatva, doit être un autre nom de Çuddhodana- Varuna (Çiva). Mais la Lune et Çiva (Varuna) sont identifiés pour diverses raisons, entre autres parce qu'ils s'appellent tous les deux Soma ; parce qu'ils mesurent le temps ; parce qu'on prétend que la lune est composée d*eau, etc.

LË DHARMA 321

femme principale était Phusati, qui avait eu autrefois Indra comme seigneur et époux ", et qui, durant quatre Asaiîkhyas (époques d'une longueur incalculable) et 100,000 Kalpas avait désiré devenir la mère d'un Buddha.

A Tépoque fixée, elle donna le jour à un fils, nommé Viçvantara, d'après la rue où sa mère passait au moment de sa naissance ^ Dès le moment de sa naissance — car il fut immédiatement capable de parler — il donna des preuves de sa disposition aimable ^.

A Tàge fixé par la coutume, on le maria à Mâdri, fille du roi de Cedi, princesse célèbre par sa beauté. Leur mariage fut très heureux, et ils eurent deux enfants, un fils Jàlin, et une fille Krshnâjinâ *.

2. La femme principale du dieu de la Lune est Rohint. Donc Phusatt = Rohint, et le premier terme doit être identique au second ou en être voisin. Il faut en conclure, que Phusatt, comme il fallait s'y attendre à priori, répond à un sanscrit Prshati. Or, RohinI n'est pas seulement Aldébaran, mais aussi, dans Taittiriya Samhilà, 4, 4, 10, un nom de Jyeshthâ, et comme Jyeshthà a Indra pour seigneur et époux {pâli), on peut s'expliquer que Prshati soit tantôt la première femme du dieu de la Lune, et que tantôt elle ait Indra pour pâli. En dehors de Jycshth&, Citrà, elle aussi, est placée sous Finfluence d'Indra, et cilrd et prshati signifient tous les deux c bigarrée ».

3. Ceci paratt énigmatiquc, mais ne Test pas. La rue en question, vilhi^ est identique à Vaicvanara-vilhi, qui comprend les trois constellations des deux Bhadrapadâs et de Revatt. Comme ces trois constellations ferment la série, il va de soi que celui qui est destiné à devenir plus tard Siddhàrtha — avec qui coniuience une nouvelle année — doit naître dans la Vaiçvdnara-vUhi, 11 est ditücile de savoir si vessanlara (c'est-à-dire vaiçvdntara) est une modification de vai'.'vânara, ou si c'est le contraire; vaiçvdnara est un mot très connu; iimis il ne s^nsuit pas que dans cet ordre des idées il soit la forme primitive, cependant il n'est pas improbable que vaiçvdnlai^a soit seulement une forme inndiüéc par suite de considérations étymologiques.

4. La HK^nie racine — bhd, etc. — exprime les idées de • parler • et de « luire ». Le Uodhisatva parla, c'est-à-dire c fut lumineux » dés le commencement; et dès le commencement aussi, il montra son amabilité, car il est Mitra. On eût pu ajouter qu'il sourit immédiatement, comme on le raconte à bon droit de Zoroastre; car on peut donner au mot mitra un sens étymolof^ique qui y introduit l'idée de « sourire ».

5. Le frère et la sœur représentent le jour et la nuit. Jàlin, oa plutôt Jvàlin est « le lumineux » ; Krshnàjinà est • celle qui est habillée d'une toison noire ». Dans notre récit, il semble qu'ils sont confondus afec les Açvins.

305 * Yers ce temps, il y eut au Kalinga une famine par suite d'une sécheresse persistante. Gomme le roi de ce pays savait que Yiçvantara possédait un éléphant blanc * qui avait le pouvoir d'amener la pluie, il envoya huit brahmanes, avec la demande de lui céder Tanimal. Les ambassadeurs arrivèrent h Jayaturà, un jour de fête, au moment où le prince, assis sur son éléphant blanc, était en train de se rendre à Tédifice où se faisaient les charités publiques, afin d'y distribuer ses aumônes. Il vit les ambassadeurs et leur demanda pourquoi ils étaient venus ; lorsqu'ils lui eurent communiqué leur réponse, il leur exprima ses regrets qu'ils n'eussent pas exigé davantage, par exemple sa chair ou ses yeux ; il eût été prêt à leur donner aussi cela. Sans retard, il leur donna l'éléphant, en disant : « Puissé-je par ce moyen devenir Buddha ! » Les bourgeois, voyant emmener l'éléphant qui leur était si utile, s'empressèrent de se rendre près du roi Sa&jaya, afin de se plaindre à lui, les larmes aux yeux, de ce qui venait d'arriver. Un peu calmés par la bienveillance du souverain, ils déclarèrent qu'ils so tiendraient pour satisfaits si le prince était envoyé en exil au rocher de Vaiikagiri *.

Dès que les bourgeois furent partis, Safijaya envoya un de ses chambellans auprès du prince, afin de Tavertir qu'il eût à quitter la ville au lendemain matin. Cette nouvelle n'affligea nullement Yiçvantara ; il pria seulement le chambellan d'avertir le roi qu'il désirait distribuer des aumônes le lendemain matin, afin de pouvoir partir le jour après pour le désert ^ Après avoirdonné ordre de préparer ses serviteurs, 306 éléphants, chevaux et voitures *, * il alla voir M&drî et la

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