‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 108 sur 196 · Les larmes désignent la rotée · texte numérisé non relu

Les larmes désignent la rotée

pour s'enfuir et retourner vers leur père, mirent les mains sur ses pieds et lui rappelèrent en pleurant le rêve de leur mère. Jâlin disait quïls désiraient tant revoir leur mère avant de partir, et que si leur père les devait céder nécessairement à un brahmane, il devait les donner à un qui fût moins laid que ce vieillard chargé d'années. Il remarqua aussi qu'il vaudrait mieux le céder seul, et laisser Krshnft- 313 jinâ près de sa mère *, vu qu'elle était faible et chétive el impropre au travail. Le père garda le silence, et comme Jâlin lui demandait pourquoi il ne répondait pas, Jûjaka s'approcha sanglant et pareil à un bourreau qui vient de mettre h mort un criminel. Les enfants tremblaient de frayeur en le voyant venir. L'impitoyable vieillard, qui n'était pas en état de retenir les deux enfants à la fois, l'un s'enfuyant au moment où il saisissait l'autre, les lia ensemble, avec une branche tlexible, et les poussa en avant, les frappant d'un bâton. Tristes, ils regardaient leur père, comme pour lui dire que le sang leur coulait le long du dos et quelles douleurs insupportables ils enduraient. Viçvantara pensa : « Si mes enfants ont à endurer ceci devant mes yeux, que n'auront-ils pas h souffrir quand ils seront loin? Comment seront-ils en état de franchir les montagnes, de marcher sur les épines, les pierres ? Qui les nourrira quand ils seront aitaniés? Qui adoucira leurs douleurs, quand leurs pieds seront enflés? Et quand les vents froids soufflent, qui les réchaulîera? Comme la mère, qui a porté les deux enfants dans son sein, sera affligée ce soir, quand elle reviendra et verni que les deux enfants sont partis! » Animé de pareilles pL'Hséos, il résolut de chasser le brahmane et de reprendre les (înl'ants. Ceux-ci, en longeant les endroits ombragés où ils avaient joué ensemble, la grotte où ils avaient façonné si souvent pour se distraire des figures en terre glaise, et les arbres rroissant le long de l'eau, s'écrièrent tristement : « adieu, arbres, en pleine floraison! et vous, petits lacs où nous avcms t'olàlré! et vous, oiseaux, qui avez gazouillé pour

nous VOS plus belles chansons! et vous, sylphides, qui avez dansé et battu des mains pour nous! Dites à notre mère que nous vous saluons pour la dernière fois *. Vous, génies, et vous, animaux avec qui nous avons joué, que notre mère sache en quel état nous passons ici le long du chemin ! »

Sur ces entrefaites, Mâdrî était sur le point de revenir à la maison *. Afin de retarder son retour, Indra envoya quatre 314 anges sous la forme de bêtes féroces. Quand, s'avançant et la pensée toujours remplie de son rêve, elle vit ces animaux, elle s'eilraya et fut inquiète au sujet de ses enfants, craignant que ceux-ci ne vinssent à sa rencontre et ne fussent dévorés. Elle s'approcha peu à peu de la cabane, mais n'entendit pas de voix : un pressentiment plein d*angoisse s'empara d'elle, et elle commença à croire que les enfants avaient été enlevés dans leur sommeil par un aigle ou un démon, ou emportés par ses parents. Venue à la cabane, elle demanda à son mari où étaient les enfants, mais il ne répondit rien. Ce silence l'étonna, d'autant plus qu'elle remarquait qu'il n'avait pas, comme d'habitude, cherché de l'eau et du bois à brûler. Afin de la préparer à la mauvaise nouvelle, il commença par lui raconter que Jâlin et Krshnâjinâ étaient sortis quand ils voyaient qu'elle restait dehors plus longtemps que d'habitude. Sur cette nouvelle, la mère se hâta de retourner à la forêt et chercha à tous les endroits où les enfants avaient l'habitude de jouer. Voyant que tous ses efforts étaient vains, elle s'évanouit. Son mari, inquiet de sa longue absence, alla à sa recherche, et la trouva sans connaissance. 11 répandit des gouttes d'eau sur son visage, et elle revint à elle-même. Sa première question fut : « où sont les enfants? » Le prince lui raconta qu'il en avait fait don à un vieux brahmane, aiin de satisfaire aux conditions nécessaires Il l'obtcnlion de la dignité deBuddba. Màdrl répondit :

1. Toute cetto scrnv d'adieux est un de ces lieux-communs comme on en trnuv(> surtout dans les pièces de théâtre. Elle n*a rien de bouddhique.

a La dignité de Buddha vaut mieux que cent mille enfants ! » et pendant qu'elle se réjouissait au fond de son âme sur la récompense qui résulterait de ce don charitable, elle souhaita que toutes les créatures en eussent leur part.

Quand Indra vit que Viçvantara avait donné ses propres enfants, il prit, pour empêcher que quelqu'un n'emmenât de même la princesse, la forme d'un vieux brahmane et se rendit à Yankagiri. Le prince le vit et lui demanda quel était le but de sa venue, sur quoi Indra répondit : « Je suis vieux 315 et impotent ; je n*ai personne pour m'aidcr. * C'est pourquoi je viens pour recevoir votre femme comme mon esclave. » Le prince échangea un regard significatif avec Mâdri, et celle-ci, devinant ses pensées, se déclara prête à obéir au désir qui s'était manifesté. Il s'ensuivit que le prince la donna au soi* disant brahmane, afin que ce don pût Taider à obtenir la dignité de Buddha. Au moment oii le brahmane la reçut, il dit : (( La princesse m'appartient dès maintenant ; ce qui appartient à un autre, vous ne pouvez le donner ; gardez-la donc pour moi jusqu'à ce que je revienne. » Sur cela, Indra reprit sa propre forme, et dit à Viçvantara que tous les dieux et archanges s'étaient réjouis de la charité du prince, et, en lui assurant qu'il arriverait indubitablement à la dignité de Buddha, il lui communiqua en outre, qu'après une semaine ses parents arriveraient en môme temps que les deux enfants et qu'il obtiendrait l'empire. La terre avait tremblé après chaque don, et le Meru et les autres montagnes avaient d'un signe de la tête manifesté leur approbation *.

1. Peu de temps avant le NirvAna, le Seigneur expliqua ùÀnanda qu'il y a 8 causes de tremblements de terre. Le premier tremblement a lieu quand des tcnip«Hes agitent l'eau sur laquelle repose la terre ; le choc se transmet de l'rau à la terre ; le second est causj'- par le pouvoir miraculeux de brahmanes, d'ascètes ou d'anges ; le troisième a lieu lors de la descente du Bodhisatva, du haut du ciel des Tushitas dans le sein de sa mère; un pareil événement, rrmarquons-le en passant, n'est nullement représenté comme quelque chose d'unique ou de rare, et à bon droit: il a lieu périodiquement tous les ans ; le ((uatrième tremblement de terre a lieu au moment de la nais-

LE DIIARMA 333

Sur CCS entrefaites, Jûjaka et les enfants étaient arrivés, avant la tombée de la nuit, à une distance de soixante lieues, et ils s'étaient placés sous un arbre, dont les branches s'étendaient au-dessus d'eux comme une voûte. Les dieux visitèrent les enfants sous la forme de leurs parents et leur fournirent le nécessaire. Le brahmane fut, par conséquent, rempli de respect, * et le lendemain il amena les enfants à la 316 maison de leurs grands-parents. La nuit précédente, le roi Sanjaya avait eu un rêve, dans lequel il vit un homme lui apportant deux lys d'eau. Il convoqua des brahmanes versés dans l'étude du Veda, et ceux-ci lui prédirent que bientôt il verrait arriver deux enfants, ce qui serait pour lui une source de grandes joies. Pendant qu'ils parlaient ainsi, on vit venir le brahmane, avec Jàlin et Krshnàjinâ. Le roi demanda d'où ils venaient. Le vieillard fut sur le point de lui raconter une histoire mensongère, craignant de forls désagréments pour lui-même si la vérité était découverte; mais juste à temps, il fut détourné de ce mensonge par une inspiration divine; de sorte qu'il répondit : « ils me furent donnés en charité par Viçvantara. » En découvrant que le gan^on et la fillette étaient ses petits-enfants, Sanjaya, ravi, pla(;a le premier sur un genou, et le second sur Tautre et lit donner de nombreux cadeaux au brahmane, qui mourut cependant à minuit, pour avoir trop mangé ^

sancc; le rinquièiiic, au moiuent de Tobtention de la parfaite sagesse; le sixit'ino, (fiiand le dharmacakra suprême est mis en mouvement; le septième, ({iLind lo Tathâgata se délivre du drsir de vivre plus longtemps; le huitième, lors du Nirvana linal. Tous ces tremblements de terre sont représentés comme d<'S ph(''noin<'>nes physi(|ues. Les six derniers ne sont pourtant pas des trembleniont.s de tcrn* proprement dits, mais des changements dans la position de la terre, relativement au soleil. Du neuvième tremblement de terre, qui eut lit'u à pfopns de la libéralité de Viçvantara, il est longuement question dans Md. rafi/ul, W.) ss.

1. » Man<;<T ». quand il s'agit de corps célestes, signifie, ainsi que nous l'avons vu, n parcourir une portion de l'orbite ». Le vieux brahmane, qui, parvenu à la tin de ^a course, disparaît est identifié avec Devadatta, la Lune. Cela n<> s'uccurde pas bien avec rhcurc de sa mort. Nous croyons plus Traisem-

Le lendemain, son cadavre fut brûlé sur un bûcher magnifique. Le roi Sanjaya, sans tarder, se rendit, avec les enfants et une grande suite de barons et de bourgeois, à Yankagiri , afin d'aller chercher Viçvantara en grande pompe. Celui-ci entendit bientôt le bruit de la foule qui s'approchait, et fît monter la princesse au sommet de la montagne, pour savoir ce qui se passait. Elle exécuta cet ordre et revint avec la nouvelle que ses parents approchaient. Ce n'est pas sans regret que le prince reconnut parmi les éléphants celui qu'il avait jadis donné au roi du Kaliiîga, mais quand on lui apprit que le peuple du Kaliûga avait, de son propre mouvement, restitué l'éléphant, parce qu'il y avait maintenant de l'abondance dans le pays, il se sentit tranquillisé. Le roi Sanjaya, sa femme Phusatl, le 3i7 prince Yiçvantara et sa femme, * avec leurs deux enfants, suivis d'une grande foule venue de Jayaturâ et de Cedi| se rendirent, du mont Yankagiri à la capitale. Le prince obtint de nouveau le gouvernement, et après avoir régné conformément aux dix préceptes qui règlent la conduite des rois, il mourut, pour renaître dans le ciel des Tushitas. Le brahmane Jûjaka devint plus tard Devadatta ; Âmittatâpanâ, la religieuse hérétique Cincâ '; le brahmane Acyuta devint l'Ancien Çâriputra * ; Indra devint l'Ancien Anuruddha**; le roi Sanjaya devint Çuddliodana; Phusati,Mahâmâyâ; Mâdri, Yaçodharâ; Jàlin devint Râhula ^; Krshnâjinâ, la religieuse Utpalavarnâ, et Yiçvantara devint Gautama Buddha.

hlablc qu*il est Tannée parvenue à son terme, ou Thiver, Râvana. Si ceci est exact, il correspond à certains ^'gards au Buddha à son Nirvana. Celui-ci aussi mourut après avoir mangé.

Page 1