On pourrait traduire « Buddhas de la méditation
3. Les noms sont parfois donnés dans un ordre différent. Il en est de même du nombre : parfois on admet six Dh y Ani- buddhas ; le sixième s'appelle Vajrosatva. Hodgson, Ess. 93 ss. et28.
ment diverses. On les considère comme les créateurs indirects, jamais comme la cause première du monde. A ce point de vue, ils correspondent aux Manus des Hindous, les époques crépusculaires personnifiées, les patriarches, ou, ce qui revient à peu près au même, les inaugurateurs d'une époque nouvelle. On peut remarquer, en outre, que le mot manu, entre d'autres significations, a celle de « pensant, être pensant », et que dhyànin, « méditant, méditateur, penseur », en est synonyme. D'après Técole strictement athée, les cinq Dhyâni-buddhas répondent aux cinq éléments, aux cinq sens et aux propriétés perçues par ceux-ci ^. Nous n'osons décider si cette conception plus idéale, bien que vraie sans doute à un certain point de vue, a été la plus primitive et la plus ancienne. Quoi qu'il en ait été, les cinq Dhyâni-bud- 324 dhas * ne diffèrent probablement que par le nom des cinq Indras (pancendra) dont les statues sont mentionnées dans une inscription indienne plus ancienne ^ On peut aussi identifier avec eux les cinq Kuçikas qui sont invoqués dans une formule de serment qu'on trouve dans des chartes en kawi ", indra et kuçika étant des tormes synonymes. On peut en outre supposer qu'il y a un lien entre les Cinq et les cinq visages ou bouches du Dieu du Temps '. En tout cas, ils représentent ou gouvernent cinq époques, et, dans un sens plus mystique, les cinq sens ; en effet, le véritable créateur du monde, des choses, des phénomènes, est, d'après les idéalistes, notre propre esprit.
4. Kuriiouf, Intr. 118; Ilodgson, Ess. 77. Dans ce cas, les DhyÂni-buddhas sont ce que nous appellerions «c des idées de Buddhas » ou « Buddhas imaginaires )».
\. Celle de Kuhaon, Journal royal Asialic Society of Bengal, VII, 37; voir ^nriimi tndian Antiquaryyiin\\*)e^ 18S1, p. 125, où BhagvAnlàl Pandit démontre que los cinq Indras ou Âdikartas sont une conception jaïnite. — AmitAbha, comme Seigneur des Morts, est Yama, donc aussi Saturne.
'1. Entre autres Katri-oorkonden, p. 17 (transcription de Cohen- Stuart).
.*{. Sanscrit : pancamukha. puncavaktra, pancànana et autres termes analogues.
LE DHARIIA MS
Un trait caractéristique dés Dhy&ni-biiddhas est qu^ils n'ont jamais été des Bodhisatvas, mais que ohacmii d^eux a» au contraire, comme fils, un Bodhisatva. Ged aussi tendrait à prouver qu'on les a considérés comme des inaugurateurs d'une ère nouvelle, comme des Gotamas. Les noms de ces fils sont : Samanlabhadra, YajrapâQi, Ratuapâqi, Padma^ pftni et Yiçvapàni. Padmapàçi est plus connu sous le nom d'Avalokiteçvara, et comme celui-ci occupe une {dace importante dans le système de TÉglise septentrionale, nous devons nous y arrêter plus longtemps.
Le nom Âvalokiteçvara signifie « k Seigneur qu-on voit ». Ce seul détail suffirait pour nous faire supposer qu*il est le gouvernement divin Miuel personnifié, en d'autres termes, il est le dieu vivant, en vérité un avec le Buddha, tout en étant distinct en idée, le Tathâgata représentant le passé. Âvalokiteçvara est par conséquent celui auquel les Bouddhistes du Nord adressent leurs prière»» celui dont ils attendent une intervention active dans leur détresse et leurs besoins : il est leur Vish^u, et particulièrement, dans un sens plus étroit, le YishQU qui soutient le monde. * Comme le présent est le fils du passé, il est dit le fils d*un 385 Buddha, d'une manifestation antérieure de la lumière, de la lueur matinale ou de l'être qui est considéré comme en étant le seigneur. Il est le Dieu du jour, compris en même temps et surtout comme être moral, resplendissant de lumière et en pleine activité. On peut aussi le considérer comme le Dharma en personne, en chair et en os, pour ainsi dire ; il est le pendant concret de l'abstrait Dharmakftya, qui est donné comme forme actuelle du Tathftgata. Si Avalokiteçvara est une autre forme de Vishnu, on s'explique facilement pourquoi tous les deux ont en commun le nom de Padmapftpi K
1 . La nature véritable d^ÀTaloUteçTara est indiqué d*iiiia fài^om aimisiale dans Kdranda-vyuha, 43 : « Et alon A. diapamt eoiiime ua bolidA ardent daat Tespace. » Plus clairement encore 38 : « AUnra A., le Grtnd Être, tait dee
ravuns de différentes cooleun. •
Le culte d'Avalokiteçvara était déjà répandu en Chine an \\^ siècle de notre ère, comme nous le savons par rhistoire du pèlerin chinois Fa-Hian, qui visita Tlnde vers Tan 400 de J.-C. En retournant de Ceylan dans sa patrie, le navire marchand indien sur lequel Fa-Hian se trouvait fut assailli d'une tempête épouvantable, de sorte qu'on fut obligé de jeter une partie de la cargaison par dessus bord. Le pèlerin fut pris d'une crainte mortelle qu'on ne fît subir le même sort aux livres sacrés et aux statuettes qu'il avait réunis avec tant de peine dans Tlnde, car l'équipage se composait dlndiens incrédules, païens. Dans la sincérité de son ftme, le pieux Chinois invoqua Avalokiteçvara et vénéra les saints bouddhiques de la Chine, en prononçant ces paroles : « j'ai voyagé si loin au profit du Dharma; puisse, par votre puissance spirituelle, Teau s'écarter; puissions-nous atteindre un refuge assuré * ! »
Plus de deux siècles plus tard, lorsque Hiuen Thsang voyagea dans Tlnde, Avalokiteçvara y était encore très honoré. Ses statues se trouvaient partout, aussi auMagadha, la Terre Sainte, et cela près de l'endroit où était placé Tarbre de la Science. Au sujet d'une de ces statues, le pèlerin 326 raconte une tradition curieuse, * dont le sens lui semble avoir échappa \ « D'après la tradition », dit-il, « au moment oh le corps de ce Bodhisatva se sera enfoncé dans le sol et sera devenu invisible, la Loi duBuddha s'éteindra complètement. » Ceci est très vrai : dès que la lumière du Dieu solaire visible s'éteint derrière Thorizon, le Dharma (l'œuvre de la journée) sera achevé et le disque lumineux s'éteindra momentanément, jus({u'au moment où nuit un nouveau Buddha, où paraîtra Maitreya, le matin.
On ne sait de quelle époque date au juste le culte du grand Bodhisatva; il n'est pas improbable qu'il existait déjà lorsque
2. Groonev4'ld, dans les Verhandehmgen <le la Société des Sciences de Batavia, XXXIX, 0.