‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 137 sur 196 · Mil. ƒ · texte numérisé non relu

Mil. ƒ

2. Pufjgala, sanscrit pudgala signiQe tantôt un atome, une monade, un individu; tantôt un ensemble d atomes, considéré comme une unité . Dans le sens ordinaire d' « une personne, un individu », le mot est employé par Nâgasena, par exemple Mil. P., 61. La distinction profonde doit peut-être être cherchée dans ceci, qu'il nie ici Texistencc d'une personne dans le nom. En ni«'-t.-iphysi(]uc, il est moins profond qu'utile de laisser à un seul mot plusieurs si^rnilications, surtout sans définition plus précise du sens employé dans un cas donné. Alors il est plus facile de jongler avec des mots.

ni mal ; celui qui fait ou fait faire des œuvres, bonnes ou mauvaises, n'est pas ; il n'y a pas de rétribution du bien et du mal. Quand quelqu'un vous tue, * il ne se rend pas coupable d'as- 355 sassinat. Ceux qui vous ont enseigné n'existent pas; votre entrée en religion n'existe pas. Qui est alors Nàgasena? Est-ce que les cheveux de la tête sont Nàgasena? » — « Non, roi. » — « Les poils du corps, alors? » — « Non plus. » — « Estce que ce sont les ongles, les dents, la peau, etc. ?» — La réponse est encore négative. — « Est-ce qu'un des cinq Skandhas est Nàgasena ?» — « Non !» — « Tous les cinq réunis sont-ils Nàgasena * ? » — « Non. » — « Une autre chose que ces Cinq est-elle donc Nàgasena ?» — « Pas non plus. » — c( Alors, tout en poursuivant mes questions, je ne vois plus Nàgasena ; alors Nàgasena n'est qu'un son; il n'y a pas de Nàgasena. »

Afin de combattre les idées erronées du roi ', le Docteur lui pose des questions, et l'interroge, un peu à la façon de Socrate ^ Il commence à peu près ainsi : <i Étes-vous venu ici à pied, ô Roi, ou dans un char? » — « Dans un char » — c( S'il en est ainsi, veuillez donc me répondre : est-ce que le timon est le char? » — « Non ». — « Est-ce l'essieu? » — « Non » — « Sont-ce les roues? le caisson? le joug? les rênes? le fouet? » — « Non. » — « Est-ce que

1. C'est comme si Ton voulait dire que le tout n^est pat égal à la somme (les parties. Mais il ne faut pas oublier que la métaphysique bouddhique est purement idéaliste. En présence de toutes ces subtilités, on apprécie la clarté (le la doctrine des matérialistes indiens : « TAme (ou la personnalité, Alman) n>st autre chose qu'un corps se distinguant par de Tintelligence » ; pour la justifier, ils invoquent les paroles de YAj5avalkya, citées plus haut, p. 6.

2. Idées qui, soit dit en passant, ont une ressemblance remarquable avec celle d'une école de logiciens hérétiques de Tlnde, le Nyàya.

3. Mais dans un autre but. Tandis que Socrate essaye d*obtenir dei réponses, aün que la personne interrogée trouve elle-même la solution du probb'iiie, Nàgasena accable le Roi de questions, afin de noyer dam un flux di' paroles ses objections qu'il ne peut réfuter et de détourner TattenUon du nœud de la question.

tout cela réuni constitue le char? » — « Pas non plus » *. — u Est-ce qu'il y a autre chose en dehors de cela qui constitue le char? » — « Non, vénérable Seigneur. » — « Alors, ô Roi, en poursuivant mes questions, je ne vois pas de char; alors le char n'est qu'un son? il n'y a pas de char? Vous, ô Roi, êtes le souverain le plus puissant de tout le Jambudvîpa; quelle crainte vous pousse donc à dire une chose qui n'est pas vraie? Ecoutez, vous, 500 Grecs et 356 80,000 moines ici présents : * le roi Milinda reconnaît qu'il est venu jusqu'ici dans un char, mais maintenant que je lai demande de me dire ce que c'est qu'un char, il n'y réussit pas. Est-ce bien? »

Après que le Père de l'Église eut fini de parler ainsi, les 500 Grecs l'acclamèrent et demandèrent au roi de ne pas manquer de lui répondre. Milinda reprit : « Je ne dis pas ce qui n'est pas vrai : c'est et du timon, et de l'essieu et de toutes les autres parties que se forme ce qu'on appelle un char, comme un simple nom, une idée, une dénomination, une indication, un terme usuel. » — « Parfaitement, ô Roi! et de même, c'est et des cheveux de la tête et des poils de la peau et des autres parties que se forme ce qu'on appelle « N&gascna » comme un simple nom, une idée, une dénomination, une indication, un terme usuel, mais, en fait, on ne peut pas y reconnaître d'individualité ^ Et c'est ce que le Seigneur a dit de sa bouche à la religieuse Vajrâ :

De mi^me que de Funion des parties naît le mot « char o, De mC^me Vidée conventionnelle d'un ce être » naît quand les

[Skandhas sont présents.

Le raisonnement mis dans la bouche du Père de l'Église

4. On s'étonne que Nâgasena ne pousse pas Ténumération plus loin et ne demande pas si les chevaux, le cocher, le roi lui-même, et, en outre, toutes les choses possibles ou impossibles que personne n'a jamais considérées comme faisant partie d'un char, aussi peu que les rênes ou le fouet, constituent le char.

1. I/idée de comparer un homme à un char est empruntée à la comparaison très ancienne du corps avec un char et de Tesprit avec un cocher.

semble pouvoir se ramener à ceci : ce qu'on appelle individualité, qu'il s'agisse d'êtres animés ou inanimés, n'existe pas; en réalité, elle n'existe que comme idée, comme nom, comme mot. Ceci ressort clairement des deux vers que nous venons de citer, où il est dit expressément que le mot « char » naît de la réunion des différentes parties; il n'est pas dit « la chose, quelle qu'elle soit, que nous désignons par le mot char ».

En face de la négation de l'individualité, se place la reconnaissance de ce qui esi réellement. Mais ce que l'auteur des « Questions » entend par les mots «r être » ou <c exister », n*est pas également facile à déterminer dans tous les cas. A la question importante du roi " : « Est-il {existe-i-il) un Buddha? » * Nàgasena répond : oui; le Seigneur est (ou 357 existe). — « Peut-on », continue le roi, « indiquer où est le Buddha? » La réponse est négative, le Seigneur ayant atteint le Nirvana final. Quand Milinda lui demande de lui rendre la chose plus claire par une comparaison, le Père de l'Église s'explique en disant que, quand la flamme d'un feu a été éteinte, on ne peut dire où elle est et qu'on ne peut pas non plus dire où est le Buddha; on peut cependant le désigner sous la forme de Dharma, « car le Dharma a été proclamé par le Seigneur ».

Afin de comprendre le véritable sens de ce passage, il faut le comparer à d'autres, où il est dit tout aussi expressément que telle ou telle chose est. C'est ainsi que le roi demande quelque part ' : « Est-ce qu'il y a quelque part dans lo monde ce qu'on appelle des Lutins? » — Nflgasena répond : Oui, mon Roi; ils sont. »

Dans les deux cas, on emploie la m6mc expression. Fautil donc mettre sur le môme rang l'existence du Buddha et celle des Lutins? Il n'y a aucune raison pour répondre à

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