Effoet pour arriver a la déuvrance
* A une époque ancienne, l'efiTort pour atteindre à la liberté, 366 comme nous le voyons par les Upanishads et quelques partics du code de Manu, était l'œuvre de Tàme, encore plus que de l'intelligence. S'élever au-dessus des vanités et des misères de ce monde, se libérer des passions et des instincts impurs ; rechercher, sous la mutabilité incessante des phénomènes, ce qui est durable et impérissable, voilà le but que se proposait Thomme recherchant la sagesse, le philosophe. Peu à peu cette tendance prit une apparence scolastique. L'effort, l'exercice spirituel {yoga) fut de plus en plus réglé méthodiquement; il se forma un système du Yoga, sorte de technique de la béatitude ', qui assure à l'homme versé dans cette étude la possession du Souverain Bien, et met en outre à sa disposition quelques dons nullement méprisables, dont le Sage pourra user pendant sa vie terrestre, tels que la puissance magique. A ce système se rattache un mysticisme particulier, qu'on pourrait définir comme une spiritual isation ou moralisation platement prosaïque d*an« ciens mythes poétiques.
1 . Yoga tignifiant également « exercice •, comme la grec a»kmii, va fffi»
est littéralement un « ascète. »
Nous rcti*ouvons dans le Bouddhisme la méthode pour arriver à la béatitude, élaborée au même degré de développement qu'elle a dans le Yoga '. Les deux systèmes sont également scolastiques, ils ont en outre à peu près le même contenu, les mêmes théorèmes fondamentaux, et, en grande partie, le même langage technique '.
367 * Toutes les écoles indiennes de philosophie partent de ce principe vraiment élevé qu'on ne peut arriver au Souverain Bien que par la connaissance de la vérité suprême. Or, cette connaissance suprême ne nous peut être donnée que par la philosophie. C'est le devoir du philosophe de réfléchir infatigablement, sérieusement, d'une f^çon personnelle, sur l'essence des choses. Cependant, cette recherche personnelle n'exclut pas qu'on se serve des principes, certifiés par l'expérience, que les ancêtres ont découverts, et on peut même, sans déroger au principe de la libre recherche, se servir de telle ou telle théorie comme d'un fil conducteur dans ses méditations. Chaque école a donc sa théorie, mais la philosophie des Yogins et des Bouddhistes est plus qu'une théorie, qu'une science : elle est un art, et ceux qui la pratiquent deviennent les virtuoses de la sanctification ; c'est un art qui suppose des connaissances à la fois théoriques et pratiques, comme la médecine. Nous avons déjà vu que c'est & la médecine que sont empruntées les quatre vérités cardinales que le Buddha découvrit près de l'arbre de la Science ; dans le Yoga, Tanalogie entre la médecine du corps et celle
2. La « somme » de ce système, intitulée « Instruction dans le Yoga », est de la main de Patanjali, qui écrivait vers 150 avant J.-C. Il est également l'auteur d'interminables conimentaireSf plutôt dialectiques que grammaticaux, sur la grammaire de Pânini. L'cxtrémc développement du langage technique prouve que la doctrine est plus ancienne que la Somme ; la plupart des termes, du reste, sont d«*jd dans Manu.
3. Là mrnie où il existe des dilfércnces, elles sont insignifiantes. C'est ainsi que les Bouddhistes disent plutôt j/oyâvacara (par ex. Mil, V, 33) que yogin. Dans les deux systèmes, les quatre degrés de sanctification sont désignés par des termes diiïérents, le nombre et la nature des degrés sont les mômes.
de Tesprit est encore plus nettement indiquée. Voici ce que dit un Yogin * à ce sujet : « Le germe d'où sortent tous les maux (spirituels) est Tignorance, tandisque la véritable intelligence les extermine. De même que la thérapeutique a quatre objets principaux : la maladie, la cause de la maladie, la guérison, et le remède ; de même ce système (le Yoga) consiste en quatre parties, à savoir : le Samsara ', la cause du Samsara, la délivrance, le moyen de la délivrance '. »
Bien que seulement la vraie science, et rien en dehors d'elle, soit capable de délivrer Thomme, la philosophie indienne ne repousse nullement Talliance de la religion et de la morale. Car celles-ci purifient et élèvent * Tàme, et 368 rhabituent à la discipline. Celui qui ne peut porter leur joug relativement léger, sera encore bien moins capable de l'effort beaucoup plus grand qu'exige la philosophie. Bien que ni la piété ni la vertu ne puissent donner autre chose que le bonheur, et que le sage repousse tout bonheur, vu qu'il est toujours compensé par des douleurs qu'il traîne à sa suite, on peut apprécier la piété et la vertu comme une préparation à quelque chose de meilleur. C'est pourquoi le philosophe doit commencer par être pieux et vertueux. Un cours complet, à la fois théorique et pratique, de sanctification, comme le possèdent le Yoga et le Bouddhisme, comprend donc aussi la morale. Comme celle-ci, cependant, n'est pas destinée uniquement aux philosophes, mais aussi au grand public, nous en traiterons plus loin, à part, et pour le moment, nous nous occuperons du système bouddhique de méditation et des moyens qu'il emploie.
!. Note sur Yogas. 2, 13.
2. Cest-d-dirc « le tourbillon de la vie »; plus simplement encore : le temps roulant, saeculum, le inondo. « Sortir du Saiiis&ra » est littéralement « sortir (lu temps i>, c'esl-âtiire « mourir ». D'après le sens postérieur et populaire, Samsara signifio « sujétion k la nécessité de la renaissance. »
'\. Dans l'ouvrage médirai Caraka 4, 1, il est dit : * ce qui amène laDélivranco est lo yofja (effort soutenu, étude de la philosophie). »