‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 186 sur 196 · Nous dirions : apporte une grande bénédiction · texte numérisé non relu

Nous dirions : apporte une grande bénédiction

Une &me qui n'est pas ébranlée

Par les vicissitudes de cette yie ;

Qui reste sans souci, calme et tranquille :

C'est la plus grande bénédiction.

Ceux qui font ces choses,

Sont invincibles de tous côtés,

Marchent partout en sûreté :

A eux est la plus grande bénédiction.

Le recueil de cantiques édifiants, auquel nous avons emprunté ce qui précède, contient aussi un hymne en l'honneur du Trésor de la vertu. Il est vrai que ce morceau porte évidemment des traces d'une origine anté-bouddhique, ou, si Ton veut, non-bouddhique, mais il fait partie du canon, a reçu Testampille de l'Église, et peut donc être considéré comme une des manifestations de la conscience morale telle qu'elle vit dans la communauté. La Gongr^tion, au moins dans son premier ftge, était libérale, et prenait en considération les besoins divers, les affections diverses des hommes. Sa morale est par conséquent multiple S * calculée en vue, tan- 440 tôt de ceux qui ont reçu un enseignement philosophique, tantôt des ignorants et des simples d'esprit; tantôt démonstrative, tantôt exhortante.

Voici le contenu du Trésor de la vertu * :

1 . Un homme enterre un trésor dans un puits profond, croyant que ce trésor lui sera utile, le cas échéant.

2. Pour le cas où Ton serait accusé devant le tribunal royal, ou tourmenté par des brigands, ou pour se libérer de dettes, en des temps de misère et de désastres, — pour de

i. Plut fortement encore, trop fortement peut-être, t*eiqprinie VtMlltof, Buddh. 17, quand il dit : « Si noui coniidéTOiif plu axaelement las opisloBS qui distinguent les difTérenti adhérenti du Boiiddhitma tiideii« nom quons qu'elles divergent beaoeoop, qu'elles sont mémo hoflilet lat aux autres. S'ils ont le droit de le nommer Bonddhittea, ili Vi presque czclusiTement au fait qu*ilfl reeonnaiaaent las mémat loto fittifllaa. »

i . Khuddaka Pdtha, Vlll, oun*. €iU.

telles raisons on a Thabitude, dans le monde, de mettre à côté ce qu'on appelle un trésor.

3. Mais tout ce trésor, si bien mis de côté dans un puits profond, ne sert cependant à rien.

4. Le trésor disparait de Fendroit, ou Ton ne sait plus bien où il est enterré, ou bien il est enlevé par des Nftgas, ou volé par des Lutins.

5. Ou bien des cohéritiers envieux le déterrent sans qu^on s'en aperçoive. Quand le bonheur est parti, tout cela disparaît.

6. (Mais celui) qui, homme ou femme, grâce à sa bienfaisance, à sa moralité, à sa modération, à sa maîtrise de soimême, possède un trésor, bien gardé,

7. Dans ^ le sanctuaire ou dans la Congrégation, dans sa personne-même ou dans ses hôtes, dans le père ou la mère ou le frère aîné,

8. Ce trésor bien gardé ne peut être enlevé, est durable, et en quittant tout ce qui est périssable, on le prend avec soi ' .

9. C'est un trésor qu'on ne partage avec nul autre, qu'aucun voleur n'emporte. Que celui qui est sage fasse de bonnes œuvres : c'est le seul trésor qui reste.

10. Ce trésor donne aux dieux et aux hommes tout ce qu'ils souhaitent ; quoi qu'ils puissent désirer, par ce trésor ils l'obtiennent.

441 • 11. Un bon teint du visage, une bonne voix, une bonne tournure et la beauté corporelle, la domination et le succès, tout cela peut être obtenu par ce trésor.

12. La domination d'un territoire, la maîtrise, la jouissance désirable de la domination suprême, même la domination

2. Dans Toriginal le mot pour a bien gardé » signifie en m^me temps « bien dóponsó », et dans ce sens il demanderait comme complément dans notre traduction « en faveur de >» ou quelque chose de semblable. Pour ne pai sortir di» rallégorie, nous avons traduit dans.

'.i. C\;Ht la maxime indienne bien connue « que la vertu suit l'homme après la mort »».

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sur les dieux dans le royaume céleste, tout cela peut être obtenu par ce trésor.

13. Aussi bien la fortune dans le monde des humains que la joie dans le royaume des Dieux et la possession du Nirvana, tout cela peut être obtenu par ce trésor.

14. La sagesse, la délivrance, la puissance sur la nature, tout peut être obtenu grftce à ce trésor, par celui, bien entendu, qui travaille selon la r^le, en vue du bonheur de ses amis ^

15. Les dons d'un Arhat, (les huit) sortes d'émancipation, les perfections d'un Disciple, la dignité de Pratyekabuddha, le degré de Buddha, tout cela peut être obtenu par lui.

16. Tellement magnifique est cette possession de mérite (acquis) par de bonnes œuvres . C'est pourquoi des hommes intelligents et savants louent l'accomplissement de bonnes œuvres.

Considéré dans son ensemble, la morale bouddhique se montre comme une purification et une simplification de la morale brahmanique, sans que pour cela elle en ait attaqué les principes fondamentaux, ou abandonné la distinction entre la vie supérieure et spirituelle, et la vie inférieure et mondaine. Aucune des deux n'est libre de formalisme, loin de là, mais toutes les deux connaissent quelque chose de mieux. Car aucune des deux ne méconnaît que les actions n'ont de la valeur morale que quand elles sont accomplies dans une intention pure, au bon endroit et au bon moment. Les deux systèmes insistent également sur la suppression de Tégoïsmc et sur le réfrènement de la sensualité, afin qu'on ne succombe pas aux attaques imprévues du Malin*; les 4p4S

i. Ce venet est certainement corromfm; U est quettioa du bonheur q«*OB obtient en pratiquant \eyoga. Peut-être fànt-U lire nimUlM an Uea de miUm; « par celui qui s'exerce selon la règle ponr obtenir le ligne • Çian de Teierelee

des Rarmasthdnas ; comp. p. 394).

deux veulent qu'on s'efforce de préserver la pureté de l'âme et de ne ressentir que des sentiments nobles et saints, afin de conserver ainsi l'amour du bien. Les sentiments qu'il s'agit de développer avant tout sont : la bienveillance, la pitié, la sympathie joyeuse et Téquanimité.

Le fond de la morale sociale des Indiens est exprimé quelque part * en des paroles qui correspondent entièrement à notre précepte : « Ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, ne le fais pas aux autres ». Les voici :

« Une action que nul ne voudrait qu'on la lui fît, qu'il ne la fasse pas à Tégard des autres ».

Dans le même passage on exprime la même règle de conduite sous forme positive : « Tout ce qu'on désire pour soi* môme, qu'on le sente aussi à l'égard des autres ».

L'idée que le bien et le mal affectent nos semblables de la môme façon que nous-mêmes, doit nous pousser à traiter charitablement toutes les créatures. C'est pourquoi le poète indien dit :

« Les bons montrent de l'amour envers toutes les créatures, vu que celles-ci leur ressemblent à eux-mêmes ».

Dans aucune secte indienne, celle des Jainas exceptée, le sentiment de compassion envers toutes les créatures n'est si saillant que dans le Bouddhisme, de sorte que les Indiens cux-mômes l'appellent la religion de la miséricorde •. En effet, si la vie est un malheur et rien qu'un malheur ; si tous les vivants sont à plaindre^ alors le sentiment dominant de celui qui pâtit en môme temps que les autres doit être la compassion, et, chez tout homme qui n'est pas entièrement

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