‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 188 sur 196 · Bien entendu avant quUIs ne soient Buddhas · texte numérisé non relu

Bien entendu avant quUIs ne soient Buddhas

2. La forme, au moins, de ce pessimisme est philosophique. Noui ne nient pas qu'une conception mélancolique du monde soit un trait propre à la race indienne ; mais certainement la maxime « tout est vanité », dans Tlnde aussi peu que dans TEcclésiaste, n a pas été formulée par les membres peu fortun/*s de la société.

'i. La seule exception est la doctrine des LokAyatikas, ou matérialittet épicuriens de l'Inde.

4. Aussi peu que de nos jours la philosophie de Sçhopenbauer, par exemple.

nucllement il est question de jeunes gens de bonne famille ; c'est à eux qu'on adresse la parole, et nous voyons que la doctrine trouve ses principaux partisans et protecteurs parmi la bourgeoisie aisée et les princes du florissant pays de Magadha. L'esprit de l'Eglise a quelque chose de profondément honnête, de décent, de pratique, de plus ou moins prosaïque, de libéral, de modéré — qualités qui sont justement celles par lesquelles les classes moyennes se distinguent du peuple. En outre, les nombreux couvents et sanctuaires, qui s'élevèrent 444 dans tous les pays où l'Ordre a fleuri, * prouvent surabondamment que les fidèles ne se recrutaient pas de préférence dans les rangs des miséreux et des opprimés.

Il ne faut pas conclure de tout ceci que la Congrégation ait repoussé les gens du commun ; au contraire, elle s'ouvrait à tous, sauf les exceptions inévitables ^ ; comme laïque, nul n'était exclu. La différence de caste perdit toute consécration religieuse, et ne garda qu'une signification sociale '. L'Église est une société bâtie sur de tout autres fondements que la société ordinaire ; le lien qui en unit les membres est spirituel, et ne dépend pas du hasard de la naissance. L'esprit libéral du Bouddhisme a renversé, autant que peut

1 . A savoir : des esclaves, des soldats, des gens maladifs et mal conformés. Le fait que mi^me des Parias pouvaient entrer en religion, est prouvé par rhistoire de la jeune fille Paria etd'Ânanda, donnée par Bumouf, Jntrod, 205. Cependant, ce n'est pas chez les Bouddhistes qu'on trouve la plus belle glorification de la valeur morale des Parias, mais dans Toeuvre d'un poète çivaïte, la Mrcchakatikâ.

2. Voici ce que dit à ce sujet Burnouf, Intr. 210 : « Quant à la disUnctijon des castes, elle était aux yeux de ÇÂkyamuni un accident de Texistence de rhonime ici-bas, accident qu*il reconnaissait mais qui ne pouvait Tarrêter. Voilà pourquoi les castes paraissent dans tous les Sûtras et dans toutes les léj^cndes que j'ai lues, comme un fait ("^tabli, contre lequel Çâkya ne fait pas une seule objection politique ». Ceci reste vrai, bien que TAssaldyana-Sutta représente le Buddha s'attaquant aux Brahmanes, parce que ceux-ci se considèrent comme la seule caste pure, les seuls fils légitimes de Brahma. Comme les Brahmanes n'ont jamais dit cela, et que dans le Sutta mention est faite des Grecs, il est impossible que le fondateur de l'Ordre ait lui-même prononcé ce discours.

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le faire une religion, les barrières qui séparent les nations et les races ; il a agi dans ce sens tout autant que les deux religions universelles qui ont paru plus tard. A cet égard, il se distingue favorablement de THindouïsme postérieur et est resté fidèle aux principes plus élevés des anciens Indiens. A une époque ancienne, les brahmanes ont propagé leur religion, leurs mœurs et leurs institutions parmi des peuples d'une autre race et d'une autre langue, d'abord parmi les Dravidas du Dekkhan, puis dans certaines parties de Flnde transgangé tique, et enfin dans TArchipel Indien '. * Ce zèle 445 s'est depuis longtemps éteint ; TEIindou est devenu de plus en plus formaliste, s'est de plus en plus efforcé de se distinguer des barbares par toutes sortes d'usages puérils; il ne sait ni(^me plus qu'il y a eu parmi ses ancêtres tant de marins hardis et de pionniers de la civilisation dans des pays d'outre mer. Pour ce qui est de l'intolérance religieuse, les Ilindous en sont aussi libres que n'importe quel peuple, mais leur exclusivisme social est si grand, que leur tolérance ne peut produire les fruits désirés, ne les amène pas à fraterniser avec leurs semblables originaires d'un autre pays. Les Itouddhisles sont à peu près aussi tolérants * que les Ilindous, mais infiniment moins étroits dans leurs idées sociales; ils se meuvent plus librement parmi les étrangers et, dès l'origine, ou du moins dès l'époque du règne d'Açoka, sous

3. I.o piMorin chinois Fa-IIiaiif on retournant en Chine, après son voyage dans riude, vers U3 après J.-C, trouva peu ou point de Bouddhistes à Java. Plus tard, ils y doivent avoir viv plus nombreux, comme on peut le conclure dos niinos de constructions ma^'nifiqucs. La majorité de la population a été çiv.iïte — connno elle l'est encore dans Ttle de Bali. La plus ancienne civilisati(»n hindoue sur la c(Me orientale de Bornéo, dans le Koutei, était purement brahiManique.

1. Sauf à l'rgard des Jainas, qu'ils haïssaient d'une haine féroce, et qui sont repr/sontés, déjà dans les écrits les plus anciens, comme d'abominables [

héri'tii[u«>B el des iMrcs moralement corrompus. Ccst, du reste, un phénomène journalier qu'on est plus facilement tolérant envers ceux avec qui l'on | a peu d i'iées en commun qu'envers ceux dont on n'est séparé que par une . diilérencc d'opinion insignifiante. i

lequel ils envoyèrent pour la première fois des missionnaires vers Tétranger, ils ont montré une plus grande souplesse que les Aryas païens. Les idées purement humaines ont trouvé dans la littérature païenne, ou, si Ton veut, brahmanique, les Upanishads en tète, une expression qui, pour la sublimité, la noblesse et la beauté de l'expression, n'est inférieure à aucune autre, mais les idées larges y sont tellement entremêlées de toutes sortes d'idées nationales et étroites, qu'on se demande toujours avec stupéfaction comment tant de choses insigninantes et même laides étaient tolérées à côté de tant de beautés. Bien que la littérature édifiante de rÉglise soit entachée jusqu'à un certain point des mêmes défauts, la tendance purement morale y ressort beaucoup plus clairement*.

Avec tout son libéralisme, l'Église n'échappe pas au re- 446 proche d'étroilcsse. * Dans sa façon de concevoir le carac^ 1ère de la femme, elle manifeste une malveillance, qui jette une lumière remarquable sur ce que les saints terrestres entendent par philanthropie et bienveillance. C'est l'Infaillible en personne qui a dit que « les femmes sont mauvaises », et c'est de lui qu'on a conservé, au sujet de la corruption du sexe féminin une maxime en vers, qui serait mieux placée dans la bouche d'un mari trompé parlant dans une nouvelle du Pancatantra ou du Décaméron, que dans celle du très aimable et très saint Tathâgata. Il dit littéralement ceci :

« Toute femme, si clic en a seulement l'occasion, ou si elle rencontre l'endroit convenable ou le séducteur convenable, péchera, au besoin avec un homme contrefait *, faute de mieux ».

2. Une bonne partie de ce qui est dit ici au sujet de l'esprit de la nouvelle religion comparée à 1 ancienne s applique également au Jainisme, dont lei mérites ot la signification pour Vlnde n'ont commencé d être mis en lumière que dans les dernières années.

1 . Allusion à l'histoire véridique de la reine Kinnarâ, qui s'échappa en se-

Dans une des conversations du roi Milinda avec le vénérable Nftgasena ', le premier déclara ne pouvoir accorder la maxime de Tlnfaillible avec Thistoire bien connue d'une certaine Amarâ, femme de Mahaushadha, qui, bien que son mari fût absent et qu'elle se trouvftt dans la solitude, résista à la séduction la plus forte. Avec le plus grand sang-froid et non sans une certaine naïveté (naïveté peu aimable, il fout le dire) Nâgasena assura qu'Amarft eût certainement commis le péché, si elle avait trouvé Toccasion favorable, ou si elle avait été absolument sûre du secret, ou si elle avait été invitée par Thomme convenable '. Mais elle ne jugea pas l'occasion favorable, soit qu'elle craignit la honte dans ce monde, l'enfer dans l'autre, soit qu'elle comprit que le mal porte des fruits amers, parce qu'elle ne voulait pas abandonner son mari, respectait son seigneur, honorait la vertu (ou : le devoir), abhorrait ce qui est ignoble, et ne voulait pas rompre sa promesse (de fidélité). Elle ne commit pas le péché parce qu'elle ne pouvait trouver d'endroit secret ; en effet, * même 447 si elle avait pu trouver un endroit où elle eût été cachée aux yeux des hommes, des êtres autres que des hommes eussent pu la voir, ou encore des moines qui, grftce à leurs dons surnaturels, peuvent pénétrer les pensées d'un autre ; ou des êtres divins qui connaissent les pensées d'autrui ; en tout cas elle n'eût pu cacher à elle-même ses propres péchés et les suites qu'ils auraient pu avoir. En outre, elle se garda bien de pécher parce qu'elle ne trouvait pas de séducteur approprié, son propre mari, Mahaushadha, étant doué des vingt» huit bonnes qualités. Or, comme Amarà ne trouvait dans aucune autre personne un séducteur capable de la charmer» elle ne pécha pas.

cret de la chambre où dormait ion royal époux, et péeba «feo an iKMmiM auquel on avait coupé les piedi et les mains et qui était en outre honlUe» ment laid.

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