‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 20 sur 196 · Lalilav.9 3U ss · texte numérisé non relu

Lalilav.9 3U ss

2. Le mot qui signifie « exercice ascétique », tapas^ signifie aussi « embrasement » ; c'est m^me la signification fondamentale.

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se livra à une méditation tellement prolongée que sa respiration cessa. Quelques dieux crurent qu'il était arrivé au terme de son existence, mais d'autres soutinrent le contraire et dirent que tel était Tétat habituel de méditation des Vénérables; dans un hymne, ils exprimèrent l'espoir que Siddhârtha (c'est-à-dire celui qui a atteint son but final) ne mourrait pas, pour le malheur du monde entier, avant d'avoir rempli sa tâche (akrtârtha). Ceux qui croyaient le prince mort apportèrent la nouvelle, dans le Paradis, à la reine Màyâ. La mère désolée se rendit alors, entourée de nymphes célestes, à minuit sur les bords de la Nairanjanâ; en voyant son fils unique, qu'elle croyait mort, elle éclata en sanglots et en larmes. En entendant son chant de lamentation, le Bodhisatva se réveilla et demanda qui donc était là, pleurant et se lamentant. Mâyâ répondit : « C'est moi, qui t'ai porté, pareil à un éclair, pendant dix mois dans mon sein. » Le Bodhisatva la consola, et, réconfortée, elle retourna au Paradis.

Ce jeûne sévère que Gautama avait observé pendant six ans, lui parut, en fin décompte, n'avoir été qu'une perte de temps. Il comprit qu'une telle pénitence ne mène nullement à la vraie sagesse ' et prit, à partir de ce moment, une nourriture plus substantielle, qu'il se procurait en mendiant dans les villages et hameaux voisins. Alors les 32 signes distinctifs de son corps reparurent peu à peu et sa peau reprit sa couleur jaune d'or. Les Cinq avaient cependant perdu confiance en lui, car, pensaient-ils, si, malgré tout ce qu'il a fait pendant six ans il n'a pu arriver à l'omnisciencc, comment serait ce possible avec son genre de vie aetuel? * Ils le 60 considérèrent comme un homme présomptueux, devenu

3. Hardy, M. ofB. 187, dit que le Buddha mit plus tard les prêtres en garde contre deux choses : « contre la concupiscence et contre les macérations des ascètes (brahmaniques) ». Cette insertion de « brahmaniques » est inadmissible, vu que, dans les écritures sacrées du Buddhisme, on oppose continuellement les ascètes aux brahmanes.

fou à la suite d'efforts trop prolongés, et comme il était inutile d'attendre des leçons profitables d'un tel personnage, ils résolurent de le quitter. Ils partirent donc, et après avoir parcouru une distance de 18 yojanas, ils arrivèrent à Rshipatana, près du Parc aux Cerfs (Mrga dâva) non loin de Bénarès.

Vers cette époque vivait à Uruvilvâ une certaine Sujâtà, fille d'un duc à Hameau-le-Duc *. Devenue nubile, elle avait prié, près d'un arbre-banian, afin d'obtenir un époux qui lui convînt, et elle avait fait vœu de faire tous les ans une riche offrande si elle obtenait un mari conforme à son rang et si son premier enfant était un fils. Son vœu avait été exaucé.

Au moment où les six années d'ascétisme du Bodhisatva venaient de se terminer, le jour de la pleine lune du mois Vaiçâkha (aujourd'hui avril-mai), Sujâtâ était justement occupée des préparatifs du sacrifice qu'elle avait promis. Elle fit ainsi : après avoir mené paître un millier de vaches dans un bois plein de réglisse, elle donna leur lait à boire à 500 vaches; le lait de celles-ci servit à nourrir 250 vaches, jusqu'à ce qu'elle eut nourri 8 vaches du lait de 16 autres vaches. De cette manière, elle obtint un lait très épais, très doux et très fort. Comme elle voulait faire son sacrifice le jour indiqué de pleine lune de Vaiçâkha, elle se leva de grand matin afin de faire traire les huit vaches. On tint les veaux à distance, et Ton plaça des récipients neufs sous les pis. A peine avait-on fait cela, que le lait se mit à couler de lui-même à gros jets. En voyant ce miracle, Sujâtâ versa elle-même le lait dans un vase bien propre, alluma le feu et

i . Dans le Lai. Vist. elle est dite Glle du chef de village Nandika, à côté d'elle on nomme Balâ, Balaguptâ, Priyà, Supriyâ, Vijayasenâ, Atimuktakamalâ, Sundart, Kumbhakârî, Uluvillika (prononciation provinciale pour Uruvilvikâ) et Jatilika. En pâli, la localité s'appelle Sendni-nigama, mais le MahâvaslUy II, 207, a la forme à peu prés synonyme Senâpati-gramaka.

fit bouillir le lait. * Pendant que le lait était sur le feu, on 61 voyait à la surface de grands bouillons, qui tournaient tous vers la droite, sans qu'une seule goutte du liquide se perdit. Aucune fumée ne s'élevait du fourneau. A cette occasion^ les dieux des quatre points cardinaux vinrent surveiller le fourneau : le grand Brahma Tombragea de son parasol; Indra apporta du bois pour entretenir le feu. Les dieux prirent la grande ruche, attachée à un bâton, ruche qui contient les sucs nourrissiers de tous les dieux et de tous les hommes dans les quatre parties du monde et les 2,000 îles, pressèrent le gâteau de miel et jettèrent le miel dans le lait. A d'autres moments, les dieux jettent le suc de la vie en petites quantités, mais au jour de la pleine illumination et à celui de la complète exstinction, ils jettent en une fois tout le suc nourrissant dans le vase.

Sujâtâ, étonnée de voir en un seul jour tant de miracles, appela sa servante Pûrnâ et dit : « Ma chère Pûrna, aujourd'hui les dieux nous sont particulièrement favorables. Jamais de ma vie je n'ai vu un miracle comme celui d'aujourd'hui. Va vite à l'endroit consacré et regarde ce qui s'y passe. » — « Bien, madame », dit la servante, et elle se rendit aussi rapidement qu'elle put à l'arbre sacré.

Pendant cette même nuit, le Bodhisatva avait eu cinq rêves ; du reste, tous les Buddhas ont ces mêmes rêves le jour avant la pleine lune de Vaiçâkha : 1 . La terre était son lit et l'Himalaya son oreiller ; sa main droite reposait sur la mer occidentale, sa gauche sur la mer orientale, ses pieds sur rOcéan méridional ; 2. De son nombril sortit une flèche 'qui toucha à la voûte céleste; 3. Des vers blanchâtres s'élevèrent d'en bas le long de ses genoux et couvrirent ses jambes; 4. Des oiseaux de diverses couleurs volèrent vers lui de tous les points de l'horizon, et prirent, venus dans

1 . L'expression est expressément à double entente ; on peut traduire aussi : € s'éleva un roseau {Çara) » .

62 son voisinage, une teinte dorée ; * 5. Il traversait une montagne d'immondices sans en être aucunement souillé.

De ces rêves il conclut qu'il était destiné à devenir un Buddha ce jour même. Dès que la nuit fut passée, il se leva, se lava et se mit en route de grand matin pour aller mendier. Son chemin le mena auprès du même arbre banian. Il s'assit sous cet arbre, l'enveloppant tout entier de la splendeur qui sortait de son corps. Pendant qu'il était assis là, le visage tourné vers l'orient, et que les rayons qui sortaient de lui enveloppaient l'arbre comme d'un voile d'or, Pûrnâ s'approcha. L'apparition brillante qui frappa ses regards lui fit croire que le génie de l'arbre était descendu en personne pour recevoir de ses propres mains l'offrande qui lui était destinée. Joyeuse, elle retourna en toute hâte vers sa maîtresse, et raconta ce qu'elle avait vu. Sujâtâ fut

tellement enchantée de ce qu'elle entendait, qu'elle adopta

ce jour même sa servante comme sa fille aînée et lui donna en outre des vêtements conformes à son nouveau rang.

Il est nécessaire que celui qui est sur le point de devenir Buddha reçoive le jour même un plat très précieux en or. Sujâtâ eut par conséquent l'idée de servir le lait dans un plat d'or. C'est ce qu'elle se hâta de faire. Lorsqu'elle versa le mets du vase dans le plat, le lait bouilli coula dans le plat aussi facilement que l'eau coule du lotus sans laisser une seule trace. Après avoir recouvert le premier plat d'un autre, également en or, après avoir enveloppé le tout d'un linge et s'être revêtue elle-même de ses habits de fête, elle mit le plat sur sa tête et se rendit gravement vers l'arbre banian. Dès qu'elle vit le Bodhisatva, elle fut ravie, et croyant qu'il était le génie de l'arbre, elle s'approcha de luien baissant la tête. Après avoir découvert le plat qu'elle avait déposé de sa tête, elle prit un vase en or, rempli d'eau parfumée, et s'avança vers le Bodhisatva. A ce moment, le pot de terre que celui-ci avait reçu de l'archange Ghatîkâra et porté si long-

63 temps avec lui, disparut. * Ne voyant plus le pot, il étendit

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la main droite et se servit, pour se laver les mains, de Teau parfumée, pendant que Sujâta était là, prêle à lui donner le lait bouilli. Le Grand Homme la regarda. Elle s'en aperçut, se prosterna respectueusement, disant : « Seigneur! faitesmoi la grâce d'accepter ce que je vous offre, avant d'aller plus loin. Puisse votre souhait s'accomplir comme le mien s'est accompli ! » — Ceci dit, elle partit, abandonnant le plat d'or, dont elle se soucia aussi peu que si c'eût été une feuille d'arbre flétrie.

Le Bodhisatva, lui aussi, se leva, laissa l'arbre respectueusement à sa main droite, et, prenant le plat d'or, il se dirigea vers le bord de la Nairanjanâ *, vers l'endroit précis où plusieurs milliers de Bodhisatvas avaient déjà pris un bain, le jour où ils atteignirent la grande lumière de la sagesse. A cet endroit, appelé le Gué fixe, le Bodhisatva descendit dans l'eau, après avoir déposé le plat sur la rive *. Après le bain, il se revêtit d'un habit de grand-maître, comme plusieurs milliers de Buddhas en ont porté un; puis assis, le visage tourné vers l'Orient, il pétrit le mets de lait et de miel en quarante-neuf boules, grandes comme un fruit rond du palmier et mangea le tout, presque sans y mêler de l'eau. Cette nourriture devait lui suffire, en effet, pour l'espace de sept semaines, pendant lesquelles il devrait être assis sur le trône sous l'arbre Bodhi ^, après être devenu Buddha; pendant tout ce temps, il n'aurait aucune autre nourriture et le temps lui manquerait pour se baigner, se rincer la bouche et faire ses besoins; pendant tout ce temps, en effet, il serait plongé dans l'extase de la méditation, du chemin et de Tissue finale (de la vérité).

1. Aujourd'hui, la Nilajjan ou Lilajjan; sur cette rivière se trouve Gayâ. Le nom est devenu en pâli Neranjarâ; dans les livres des Bouddhistes septentrionaux on trouve à la fois Nairanjanâ et Niranjanâ.

2. Le bain (ou le baptême] fait toujours partie de la consécration.

3. C est-â-dire Farbre du réveil, de la Science, identifié avec le figuier sacré ou Pipai (qu'il ne faut pas confondre avec le banian). Le terme « arbre -6o » est assez fréquent chez les auteurs européens.

64 Après avoir mangé, il prit le plat d'or * et le jeta dans e fleuve en disant : « Si je dois parvenir aujourd'hui à Tétat de Buddha, que ce plat remonte le courant; sinon, qu'il le descende ! » Alors le plat traversa le courant jusqu'au milieu du fleuve ; de là, prenant son élan comme un cheval emporté, il parcourut à la surface de Teau, en remontant le courant, une distance de 80 pieds, puis disparut dans un tourbillon et descendit dans la demeure de Kâla, roi du monde souterrain ; là, en tintant bruyamment, il vint heurter les plats où ^.vaient mangé les trois derniers Buddhas et s'arrêta. Kâla, en entendant ce bruit, se dit : « Hier, il y a eu un Buddha et aujourd'hui il y a de nouveau un Buddha », puis il se mit à chanter des hymnes de plusieurs centaines de strophes *.

Pendant ce temps, dans un bois de hauts arbres -sâl en pleine floraison, le Bodhisalva fit sa promenade habituelle le long de la rivière, et le soir, vers le moment où les fleurs se détachent de leurs tiges, il marcha, sur une voûte large et préparée par les anges, comme un lion en pleine force, dans la direction de l'arbre de la Science. Les esprits de la terre, lutins et autres génies, l'honorèrent de parfums et de fleurs célestes; les chœurs célestes firent entendre leurs harmonies; en un mot, tout l'univers était un parfum, une guirlande, un hymne de louange.

Au moment où le Grand Homme s'avançait, le coupeur d'herbe Svastika (Sotthiya), chargé d'herbe, le rencontra. Cet homme, devinant ce qui se passait dans l'âme du Buddha et

1 . Pour les habitants des Champs Ëlysées, le laps de temps écoulé entre deux Buddhas, buddhântaram^ ne compte que pour une journée. Les Hindous nomment la même période manvantara^ laps de temps entre deux Manus. En prose et proprement, ces mots signifient « laps de temps entre deux réveils »et « entre deux crépuscules ».— Dans le Mahâvastu, II, 265, Kàla voit le Bodhisatva se dirigeant vers Tarbre de la science et lui prédit qu'il remportera la victoire ainsi que Tont fait les trois Buddhas précédents. Ces trois Buddhas sont Kakusanda et ses deux successeurs; voir plus loin, p. 323.

ce dont il aurait besoin, lui donna huit poignées d'herbe. Après avoir accepté ce don, le Bodhisatva s'avança pour monter sur le siège près de l'arbre de la Science, du côté sud, en tournant la tête vers le nord. Immédiatement, l'horizon méridional s'abaissa jusqu'à ce qu'il eût atteint, pour ainsi dire, l'étage le plus bas de l'Enfer, tandis que l'horizon septentrional s'éleva, pour ainsi dire *, jusqu'au 65 sommet du Ciel. Le Bodhisatva, comprenant que ce ne serait pas là la place pour arriver à la sagesse suprème, alla au côté ouest, marchant avec le soleil, de sorte qu'il se trouva avec le visage tourné vers l'Orient. Alors l'horizon occidental s'abaissa tellement qu'il atteignit, pour ainsi dire, l'étage le plus bas de l'Enfer, tandis que l'horizon oriental s'éleva, pour ainsi dire, jusqu'au sommet du Ciel. A quelque point de la circonférence qu'il se plaçât, l'horizon lui parut chaque fois courbé comme une roue immense attachée à son moyeu. Le Bodhisatva comprenant que là aussi ce n'était pas l'endroit pour arriver à la sagesse suprême, alla vers le nord, la face tournée vers le midi. Le même phénomène se répéta. Or, vers l'Orient est le point où tous les Buddhas ont leur siège; ce point ne s'ébranle pas et le Grand Homme, comprenant que c'est là l'endroit où tous les Buddhas ont déposé invariablement et régulièrement l'enveloppe de l'impureté, prit les poignées d'herbe qu'il avait reçues par un bout et les secoua, et voilà qu'immédiatement se montra un siège d'une dimension de 14 pieds, sur lequel ces poignées d'herbe s'étaient rangées en une couverture si élégante que le meilleur peintre ou sculpteur n'eût pas su imaginer quelque chose de plus beau. Le Bodhisatva s'assit alors, le dos tourné vers l'arbre et le visage vers l'orient, et dit fermement : <' dussent la peau, le muscle et l'os se flétrir, la chair et le sang du corps se dessécher avant d'avoir atteint la sagesse suprême, je ne me lèverai pas de ce siège. » C'est ainsi qu'il se plaça, les jambes croisées, sur le trône que les forces réunies d'innombrables foudres ne sauraient ébranler.

Quelques traditions * mentionnent encore que dans a nuit qui précéda le jour où le Buddha se mit en mesure d'atteindre la sagesse suprême, Tarchange Vaçavartin, qui gouverne la sphère des lumières innombrables, convoqua les légions célestes, afin de rendre hommage au Bodhisatva qui avait pris la résolution inébranlable de vaincre Tarmée du Diable et de délivrer toutes les créatures. Puis Tar- 66 change s'étendit sur sa sphère, * parsemée de millions d'étoiles étincolantes, demeures des Buddhas bienheureux. Pendant ce temps, seize anges prirent place sous Tarbre de la science, près du trône, et se mirent à Torner magnifiquement. Les quatre génies de l'arbre, eux aussi, rendirent hommage au trône. Au moment où le Bodhisatva, plein de majesté, s'avança sur l'arbre, toutes les maladies, toutes les misères, toutes les méchancetés disparurent du monde, et les innombrables légions du firmament furent obscurcies par la lumière éblouissante qui sortait du Bodhisatva. Cette lumière pénétra jusque dans les profondeurs de la terre, et Kâlika (ou Kdla, c'est-à-dire le Sombre, l'Obscur) prince du monde souterrain, se mit à chanter un hymne à la gloire de la grande lumière ; après quoi sa femme, Suvarnaprabhàsâ (c'est-à-dire Lumière d'or), accompagnée d'une troupe de nymphes, jouant et chantant, répandit sur le Buddha qui s'avançait une pluie de fleurs faites de pierres précieuses. Sur ces entrefaites, le Bodhisatva s'était approché de l'arbre; il occupa son siège, sous les acclamations et marques d'hommage d'innombrables autres Bodhisatvas, dont les uns brillaient comme les rayons du soleil, d'autres comme des comètes et des météores *.

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