Lutte et triomphe
Dès que le Bodhisalva eut occupé son trône, Mâra Tange (mauvais) se dit en lui même :. « le prince Siddhârtha veut franchir les limites de mon empire, mais je Ten empêcherai. » Immédiatement, il se rendit auprès de son armée, lui dit ce qui se passait, fit donner le signal de Tattaque et s'avança avec ses troupes. En avant, à droite et à gauche du chef, Tarmée innombrable des démons s'étendait sur une longueur de 12 lieues (yojanas) ; au-dessus de lui, elle avait une hauteur de 9 lieues (yojanas), et en arrrière elle allait jusqu'aux limites extrêmes de Thorizon. Le bruit formidable de cette masse énorme, pareil à celui de la terre qui éclaterait, se faisait entendre à mille lieues de distance. Mâra, l'ange (mauvais), s'avançait, assis sur l'éléphant Girimekhala *, * qui avait une longueur d'une lieue et demie. Dans 67 les mille bras que l'esprit des ténèbres s'était créés par sa puissance magique, il tenait toutes sortes d'armes. Il n'y avait pas deux personnes de sa suite qui fussent armées d'une façon identique. Se montrant en toutes couleurs, en toutes formes, les démons s'avançaient vers le Grand Homme, s'étendant sur lui comme des nuages qui roulent.
Pendant ce temps les dieux étaient occupés à glorifier le Bodhisatva : Indra, le roi du Ciel, soufflait dans la conque longue de 120 pieds et qui, une fois remplie d'air, rend un son qui dure pendant quatre mois sans interruption. Mahâkàla, le maître du monde souterrain, récitait, à la louange du Bodhisatva, une ode, longue de plus de cent strophes; et le grand Brahma tenait dressé le parasol blanc. Mais lorsque l'armée ennemie s'approcha davantage du trône de la Science, aucun des dieux ne put y tenir et tous
1. C'est-à-dire « ceinture de montagnes »» ou « entouré d'une ceinture de montagnes ».
lâchèrent pied. Le prince des régions souterraines, Kâla, descendit d*une profondeur de 500 yojanas dans les entrailles de la terre, où il retomba dans sa demeure Manjerika, se couvrant le visage des deux mains. Indra, sa conque sur le dos, courut jusqu'à Textrémité de l'horizon ; le grand Brahma abandonna le parasol blanc sur le sommet de la terre et retourna dans sa demeure. Bref, aucun être céleste ne soutint l'attaque, et le Grand Homme resta seul. Alors Mâra dit à ses guerriers : « Camarades, aucun mortel n'égale Siddhârtha, le fils de Çuddhodana. Par devant, nous l'attaquerions en vain ; essayons par derrière. » Le Grand Homme vit qu'il était découvert sur le front et sur les flancs ; tous les dieux s'étant enfuis. Voyant que l'armée diabolique le cernait également par le Nord, il pensa : (( Toute cette multitude fait son possible pour me vaincre, moi, qui suis seul, qui n'ai ni père, ni mère, ni frères, ni parents. Mais je possède les dix Perfections*, qui sont tou- 68 jours à ma disposition*. Je me ferai donc un bouclier de ces Perfections, et ainsi protégé, je pourrai détruire l'armée ennemie. » C'est ainsi qu'il resta assis, ayant présentes à son esprit les dix Perfections.
Alors l'Esprit des Ténèbres fit paraître une armée de vents, afin de renverser le Bodhisatva de son siège. Subitement, de tous les coins de l'horizon, s'avancèrent des tempêtes, brisant les sommets des plus énormes montagnes, déracinant les arbres et les arbustes des forêts, dévastant à de grandes distances les villages et les hameaux, sans être cependant capables de mettre en mouvement un pli du vêtement du Bodhisatva, sa pure lumière leur faisant perdre toute force dès qu'elles s'approchaient de lui.
Alors le Malin essaya de le tuer en le noyant dans des flots d'eau, et suscita un véritable déluge. Des nuages entassés en couches épaisses tomba une trombe d'eau, tellement vio-