‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 44 sur 196 · De là son surnom « le Colérique » (Canda · texte numérisé non relu

De là son surnom « le Colérique » (Canda

transport fussent, au besoin, à ma disposition et que je pusse entrer et sortir par n'importe quelle porte, à mon choix, à tout moment, quand il me plairait ».

Le roi ayant répondu favorablement à ce désir et donné des ordres nécessaires, le médecin lui servit le breuvage, en disant : « Que Votre Majesté veuille prendre cette tisane » ; immédiatement après, il s'éloigna et se hâta d'arriver à Fécurie des éléphants, où le roi faisait garder un éléphant femelle, Bhadravatikâ ', bête d'une vitesse de marche extraordinaire, car elle pouvait faire une distance de cinquante lieues en un jour. Le médecin monta sur Tanimal et se hâta de quitter hi ville.

Avant peu, Pradyota sentit qu'il avait pris du beurre *. 132 Furieux, il appela ses gens et leur dit : « Ce coquin de Jîvaka m'a fait prendre du beurre; vite, allez le chercher. » — « Sire ! il a quitté la ville monté sur l'éléphant Bhadravatikâ. » Pradyota fit venir alors un de ses serviteurs, appelé « la Corneille » [Kâka)^ qui pouvait parcourir (en un jour) une distance de soixante heures, et qui était né d'un être non humain. « Va, Corneille », dit le roi furieux, « fais que Jîvaka, le médecin, revienne ici; dis lui que je le désire absolument. Mais je dois ajouter, Corneille, que les médecins sont rusés ; prends donc garde de ne rien accepter de lui. »

Corneille partit et rattrapa en route, à Kauçambi, le médecin fugitif, qui était on train de déjeuner tranquillement. Corneille répéta les ordres du roi, mais le médecin dit : « Eh bien. Corneille, mangeons d'abord, prenez aussi quelque chose ». — « Non, docteur, le roi m'a dit que je ne devais rien prendre, les médecins étant si rusés. » — Cependant Jivaka avait pris habilement un peu de médecine avec un ongle; il se mit à manger un myrobolan et à boire de l'eau.

3. Hardy nomme cet éléphant femelle Ndlâgiri, nom que nous retrouverons plus tard.

i40 HISTOIRE DU BOUDDHISME DANS L'INDE

— « Je VOUS en prie Corneille, prenez aussi un myrobolan et buvez un peu d'eau, » Corneille, voyant que le médecin mangeait et buvait sans en ressentir de mauvaises conséquences, se laissa amener à prendre aussi un morceau, mais à peine avait-il mangé une moitié de myrobolan et bu un peu d'eau, qu'il fut saisi de vomissements terribles. -^ « Docteur », dit-il, effrayé, « resterai-je en vie? » — Ne craignez rien. Corneille ! vous guérirez ; mais, voyez-vous, le roi est d'humeur violente; il m'aurait fait mettre à mort; c'est pourquoi je ne reviens pas ». — Immédiatement, il rendit à Corneille l'éléphant Bhadravatikâ et continua son voyage vers Râjagrha.

Arrivé là, il raconta ce qui lui était arrivé au roi Bimbisâra, qui loua son énergie. En attendant, le remède employé n'avait pas manqué son effet, et le roi Pradyota fut maintenant aussi heureux de sa guérison qu'il avait été naguère 133 mécontent du remède employé. * Il envoya un ambassadeur à Râjagrha, afin d'inviter le médecin à revenir et à demander tel salaire qu'il voudrait. Mais celui-ci déclara vouloir s'en remettre à la bonne grâce du roi. Alors le roi envoya deux morceaux d'étoffe magnifiques, que le médecin accepta, non pour son propre usage, car il jugeait que nul n'était digne de porter cette étoffe, sauf le Seigneur et Maître parfaitement sage, ou bien Çrenika Bimbisâra, le roi du Magadha.

Vers ce temps-là, le Tathâgata souffrait de constipations; il envoya Ânanda, pour que celui-ci cherchât un purgatif. Le fidèle disciple alla voir Jîvaka, lui expliqua le mal dont souffrait le Tathâgata, et ce que celui-ci désirait. Le médecin prescrivit qu'on devait d'abord, en guise de traitement préparatoire, frotter d'huile le corps du malade, pendant quelques jours. Comme Ânanda revint quelques jours plus tard, pour dire que les prescriptions avaient été suivies, Jîvaka résolut, non d'employer un grossier purgatif ordinaire— ce qui eût été indigne de lui, — mais de prendre trois

poignées de feuilles de lotus, sur lesquelles il avait fait des décoctions de différentes herbes, et d'en faire aspirer les parfums par le Tathâgata. Il avait calculé en effet que chaque poignée de feuilles, ainsi appliquée, amènerait dix évacuations. Après avoir expliqué le remède de la façon que nous avons dite, il s'éloigna en saluant respectueusement. Au moment où il venait de sortir de la chambre, il se dit que le purgatif, vu la gravité de la constipation, * ne produirait pas 134 pleinement les trente évacuations voulues, qu'il ne suflBrait probablement que pour vingt-neuf; mais comme le Tathâgata, après les évacuations, prendrait un bain et que le bain aurait pour conséquence une dernière évacuation, le nombre de trente serait pourtant atteint.

Le Seigneur, qui savait tout ce qui se passait dans l'âme du docteur, ordonna à Ânanda de faire préparer de l'eau chaude pour un bain. Un peu après, le médecin revint, afin de demander si le patient avait eu des évacuations ; sur la réponse affirmative, il pria le Maître de prendre un bain, ce qui eut lieu, avec l'effet prévu par le docteur. Après la guérison, il prescrivit au convalescent, comme cure supplémentaire, de s'abstenir de prendre de la sauce.

JivakaKaumârabhrtyane se signala pas seulement comme médecin du Seigneur, mais aussi comme fidèle. En signe d'humble hommage, il donna au Tathâgata les deux étoffes magnifiques qu'il avait lui-même reçues du roi Pradyota. En outre, il fit, en faveur des moines, la demande respectueuse qu'il leur fût permis de porter, s'ils le voulaient, des vêtements laïques du genre le plus simple. Lorsque le généreux donateur se fut éloigné, le Maître adressa la parole à ses disciples et leur permit de porter à l'avenir des vêtements laïques du genre le plus simple \ à moins qu'ils ne préférassent se couvrir de haillons ramassés dans la rue.

1. Peut-être Toriginal veut-il dire : des vêtements abandonnés par leurs anciens propriétaires ; mais les expressions employées sont loin d*ètres claires.

— Dès que les habitants de la capitale apprirent que cette permission avait été accordée, ils rivalisèrent de zèle pour montrer aux moines leur largesse dans la donation de vêtements, et le peuple des campagnes suivit l'exemple des citadins *.

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