‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 49 sur 196 · D'après Culla Vagga^ X, 9, il alla de VaiçÂlt à Çrâvastt · texte numérisé non relu

D'après Culla Vagga^ X, 9, il alla de VaiçÂlt à Çrâvastt

24. — Les Hérésiarques sont vaincus par le Buddha. Séjour DU Seigneur dans la demeure des Bienheureux.

Dans l'histoire de Viçâkhâ, mère de Mrgâra, il a déjà été question des six hérésiarques ou Tîrthikas, ïîrthyas *, qui ne sont que de pâles images du Tathâgata, et lui Fessemblent comme des singes ressemblent à un homme.

Ces hommes étaient très jaloux du grand succès que rencontrait la nouvelle lumière allumée par le Seigneur, et essayèrent partout de le contrecarrer. Tantôt à Râjagrha, tantôt à Çrâvastî ou à Vaiçâlî, ils lui firent concurrence et essayèrent de faire montre de leurs faibles forces, mais ils devaient finir par s'apercevoir que leur lumière pâlirait auprès de la sienne.

Les noms et surnoms de ces hérésiarques étaient : Pûrana Kâçyapa, Jnâtiputra le Nirgrantha, Kakuda Kâtyâyana, Ajita Keçakambala, Sanjaya (ou Sanjayin) Vairatti-putra, Goçâliputra le Maskarin ^

1. Le vrai sens que les écrits les plus anciens donnent à ce mot, n'est pas clair ; on peut le comprendre de plus d'une façon. Mais ce qui est certain, c'est que, sUl n'est pas identique à Tîrthakara, Tlrthahkara, c'est-à-dire « quelqu'un qui prépare un pass€ige sûr, un pionnier, un frayeur de chemins », et, dans une application spéciale « un docteur des Jainas », on a bien en vue, en l'employant, une allusion aux Jainas. Les dogmes attribués aux hérésiarques et les noms des ordres auxquels ils appartiennent, le démontrent.

2. En pÂli : Pûrana-Kassapa ; Nâtaputta le Nirgrantha ; Pakudha (ou Kakuda) Raccàyana; Ajita Kesakambalt ; Sanjaya Belatthi-putta ; Gosàla Makkalt. -^ Les Nirgranthas sont une .^ecte bien connue des Jainas, et Jüdtiputra (Nâtaputta) est universellement reconnu comme fondateur de la doctrine. Les Maskarins sont des moines qui portent un bâton de bambou comme signe distinctif de leur ordre. Ni les noms sanscrits, ni les noms pâlis, ne sont tout à fait corrects, et les formel-sanscrites ne correspondent pas complètement aux formes pâlies. Tous sont représentés comme des Moines Nus ou Gymnosophistes. Leurs dogmes se retrouvent, pour la plupart, dans les systèmes des Jainas, bien que les sources bouddhiques n'en donnent que la caricature. 11 n'est pas impossible que quelques-uns de ces noms aient appartenu à des

144 * En divers endroits, ces Tirthakas avaient de nombreux partisans des deux sexes, entre autres à Râjagrha.

Vers ce temps *, un maître de corporation de cette ville reçut un morceau de bois de santal jaune, extrêmement précieux. Alors l'idée lui vint, de faire faire un vase à aumônes de ce morceau de santal ; « les copeaux », se ditil, « je les garderai pour moi; quant au vase, je le donnerai. » Il fit comme il avait dit ; il suspendit le vase avec un nœud en haut d'une longue perche qu'il avait faite en joignant ensemble, bout à bout, plusieurs longues tiges de bambou; il ajouta Tinscription : « tout maître, qu'il spit moine ou brahmane, qui possède un pouvoir miraculeux, a la liberté de prendre ce vase ». Bientôt le maître de corporation reçut la visite de Pûrana Kâçyapa, qui lui dit : « Je suis un grand maître, et je possède un pouvoir miraculeux; donnezmoi ce vase. » — « Si vous êtes ce que vous dites, vénérable seigneur, prenez le vase vous-même », répondit le commerçant. L'hérésiarque s'en alla, sans tenter l'épreuve. — Survinrent, les uns après les autres, les cinq autres hérésiarques, sans mieux réussir.

Un jour, dans la matinée, Maudgalyâyana le Grand et Pindola-Bhâradvâja vinrent dans la ville pour y mendier, et virent l'inscription. Ce dernier n'ayant pu décider son camarade à prendre le vase pour lui-même, s'éleva dans les airs, prit le vase, et fit, tout en volant à travers les airs et en tenant le vase à la main, jusqu'à trois fois le tour de la ville. Le maître de corporation vit de sa maison, ayant près de lui sa femme et ses enfants, cet exploit extraordinaire, et plein de respect, il pria le moine de vouloir bien s'arrêter chez lui. C'est ce que fit Bhàradvâja, sur quoi le marchand prit le vase, le remplit d'une nourriture exquise, et le lui rendit. Sur

personnages historiques; c*est un fait bien connu que, dans la légende, des noms plus anciens sont parfois remplacés par des noms récents, empruntés à rhistoire.

1. Culla-VaggOy 5, 8 ; traduction dans Sacred Books o f the East, XX, 78.

le chemin qui le ramenait au couvent, * le moine fut escorté 145 par une multitude joyeuse, qui poussait des cris. Le Seigneur, entendant ce bruit, demanda à Ânanda ce qui se passait, et dès qu'il eut appris la cause, il convoqua le couvent et réprimanda Bhâradvâja, pour avoir fait montre de son pouvoir miraculeux à propos d'une occasion aussi futile. Il prohiba pour la suite expressément tout étalage de pouvoir miraculeux, et défendit en même temps de se servir de vases à aumônes en bois.

Par suite de cette défense, les hérésiarques crurent avoir cause gagnée \ mais Bimbisâra, craignant que la doctrine ne souffrît de cette cessation des miracles, avertit le Seigneur que ses adversaires triomphaient. Le Tathâgata le tranquillisa, et promit de révéler bientôt sa puissance miraculeuse à Çrâvastî. En effet, lorsque, quelque temps après, il visita cette ville, il fit nombre de miracles. Entre autres, il fit sur la voûte céleste un chemin d'une longueur infinie, qui s'étendait de l'horizon occidental à l'horizon oriental, et pendant qu'if parcourait cette orbite, du feu sortait de son œil droit * et de Teau de son œil gauche; ses cheveux étaient lumineux et son corps rayonnait. Comme il n'avait pas de compagnon sur cette orbitre céleste, si solitaire, il créa une image de lui-même, qui semblait faire route avec lui ; tantôt il était assis, tandis que son camarade s'avançait; tantôt il s^avançait lui-même, et c'était son compagnon qui se reposait. Dans un accès de zèle peu considéré, quelques-uns de ses disciples, entre autres Ânâthapinclika et Maudgalyâyana s'offrirent pour faire, eux aussi, des miracles, mais il n'accepta pas leur offre, la tâche de délivrer le monde de l'obscurité étant dévo-

Page 1