Ce qui suit iuimédiateoient est pris dans Bigandet
2. Chez les Indiens, le mot qui signifie « la droite » signifie aussi « le midi ». Au point de vue mythologique, la ville de Çrdvastt paraît donc située à la latitude et à la longitude où le Soleil se trouve entre Tété et la saison des pluies. Malheureusement, on ne dit pas en combien de temps leBuddha parcourait le chemin qui va de Torient en occident.
lue au seul Buddha ^ De temps en temps, il adressait une allocution au peuple, qui Tacclamait ^.
146 Après avoir manifesté sa puissance et sa splendeur *, il se rappela que tous les Buddhas, après s'être promenés de la même façon sur la voûte céleste, passent la saison des pluies dans la demeure des Bienheureux, afin d'apporter à leur mère la lumière de leur doctrine. Il fit ce qu'ils avaient fait tous, et disparut. Lorsque le peuple ne le vit plus, il crut que le soleil et la lune avaient quitté le ciel.
Les faits que nous venons de mentionner, sont si importants, qu'il vaut la peine d'en donner une autre version *.
Les six hérésiarques délibérèrent, une fois, à Râjagrha, sur la meilleure manière de faire échec « à cet ascète Gautama », comme ils s'exprimaient ; par l'inspiration de Mâra, le Malin, ils arrivèrent à la conclusion qu'il serait préférable de rivaliser avec le Buddha dans la manifestation d'une puissance surhumaine. Ils donnèrent connaissance de cette résolution au roi Bimbisâra, qui, indigné de leur présomption, les avertit d'avance qu'ils seraient annihilés dans leur lutte contre la puissance extraordinaire du Seigneur. Ne trouvant donc pas un accueil favorable auprès de Bimbisâra, les hérésiarques résolurent d'aller trouver Prasenajit, roi du Koçala, à Çrâvastî, celui-ci étant connu comme impartial.
En attendant, Bimbisâra se rendit à l'endroit où se trouvait le Maître, afin de lui rendre ses humbles hommages, et repartit ensuite.
Alors le Seigneur réfléchit sur la question en quel endroit
3. Chez les Indiens païens le soleil s'appelle « la porte ouverte de la délivrance » .
4. Ceci est certainement une allusion à la joie populaire lors de la fête de rÉté(ia saint Jean).
1. Celle des Bouddhistes Septentrionaux, dans le Divyâvaddna Xll (traduit par Burnouf) Introd. 162 ss.) et Avaddna Kalpalalây XIII. Nous avons abrégé.
les Buddhas antérieurs et parfaits avaient accompli leurs plus grands miracles, et les dieux se hâtèrent de lui faire savoir que cela s'était toujours fait à Çrâvastî. Le Seigneur partit alors, et se rendit, entouré de son cortège de dieux et d'humains, à la ville tie Çrâvastî, où il arriva bientôt et où il séjourna dans le couvent de Jetavana.
* Les hérésiarques, qui suivaient le Tathâgata, arrivèrent 147 aussi dans cette ville et demandèrent immédiatement au roi Prasenajit la permission de pouvoir rivaliser avec « ce moine Gaulama » dans la manifestation d'un pouvoir miraculeux et surhumain. Avant de donner son consentement, le roi, monté sur un char, se rendit au Jetavana, afin de parler de la chose au Seigneur. Arrivé là, il pria le Buddha instamment, de manifester son pouvoir miraculeux dans l'intérêt des créatures. Jusqu'à deux fois la requête fut repoussée, mais la troisième fois elle fut accordée. Il faut, en effet, qu'on sache, que, d'après une loi constante, tous les Budflhas doivent accomplir, pendant leur vie, dix actions nécessaires ; i . le Buddha n'entre pas dans le Nirvana absolu avant d'avoir appris à un autre, de sa bouche, *. qu'il deviendra Buddha;
2. avant d'avoir inspiré à un autre être la ferme décision de ne pas quitter le chemin qui mène à la dignité de Buddha ;
3. avant d'avoir converti tous ceux qui doivent être convertis ;
4. avant d'avoir passé les trois quarts de son existence ; 5. avant d'avoir transféré ses devoirs (Dharma) ; 6. avant d'avoir indiqué deux de ses disciples comme premier couple ; 7. avant de s'être montré, en venant du paradis, dans la ville de Sànkâçya ; 8. avant d'avoir déplié, près du lac Anavatapta, le tissu de ses actes antérieurs, devant ses disciples assemblés ; 9. avant d'avoir confirmé ses père et mère dans les vérités ; 10. avant d'avoir fait le grand miracle à Çrâvastî.
'C'est en vue de cette dernière obligation que le Tathâgata 148
1 . Le mot qui signifie « bouche » signifie aussi « sommet, point extrême ».
promit au roi Prasenajit de déployer au bout d'une semaine un pouvoir miraculeux incomparable. Puis le roi demanda la permission de faire construire un édifice où auraient lieu les miracles, et demanda en quel endroit on devait le placer. D'après l'inspiration des Dieux, le Buddha répondit : entre Çrâvastî et Jetavana.
On donna connaissance aux hérésiarques de la promesse du Tathâgata, et ils essayèrent de tirer parti de cet intervalle pour fortifier leur parti.
Le roi Prasenajit avait un frère, nommé Kâla, un bel adolescent, très attaché au Seigneur. Un jour, une des femmes du roi jeta une guirlande de fleurs sur le jeune homme, au moment où il passait, et ses ennemis — qui n'en a pas ? — allèrent, astucieusement, noircir le jeune homme auprès de Prasenajit, et lui raconter qu'il avait séduit une des femmes du harem royal. Dans un accès de fureur, le roi fit couper mains et pieds à son frère innocent, à la grande afiliction du peuple, qui se lamentait sur le sort de Kâla, si horriblement mutilé. Juste à ce moment survinrent Pûràna et les cinq autres hérésiarques, et les amis du jeune homme le supplièrent de guérir le malheureux. Mais Pûrana répondit : « Il est un disciple de l'ascète Gautama; c'est à Gautama qu'il appartient de rétablir Kâla dans son ancien état. » — Le pauvre Kâla, voyant que personne, en dehors du Tathâgata, ne pourrait l'aider, entonna l'hymne suivant :
« Gomment le maître des mondes ne connait-il pas l'état misérable dans lequel je suis tombé ? Adoration à cet être, exempt de passion, plein de miséricorde pour toutes les créatures ! »
149 Sa prière fut exaucée : * le Tathâgata donna Tordre à Ânanda de guérir Kâla à Taidc d'une formule qu'il lui récita. C'est ce qui eut lieu : non seulement le jeune homme se rétablit, mais il atteignit immédiatement le troisième degré de sanctification, celui d'Anâgâmin. Il devint ensuite domestique dans le couvent, changea son nom en celui de Gandaka, et
refusa de retourner jamais auprès de Prasenajit ; il ne désirait autre chose que continuer à servir le Seigneur.
Sur ces entrefaites, par Tordre du roi, entre la ville et le Jetavana, on avait construit Fédifice pour les manifestations miraculeuses. C'était une grande salle carrée, chaque côté ayant une longueur de cent mille aunes, avec un trône pour le Seigneur. Les partisans des hérésiarques avaient également fondé une demeure pour chacun d'eux.
Au jour fixé, le roi Prasenajit prit soin d'être présent à l'endroit convenu, et les six Tirthakas avec leurs partisans ne manquèrent pas non plus de se présenter de bonne heure. Gomme le Talhâgata n'était pas encore visible, les six, assis chacun à sa place, demandèrent au roi Prasenajit : « Où se trouve maintenant l'ascète Gautama? » — « Attendez un moment », répondit le souverain, et il envoya un jeune homme, nommé Uttara afin d'avertir le Seigneur que le moment était venu. Uttara exécuta les ordres du souverain, et après avoir parlé au Tathâgata, il revint, grâce au pouvoir miraculeux de celui-ci, en volant à travers les airs, chez Prasenajit. Alors le roi se tourna vers les hérésiarques, en disant : « Vous voyez le miracle qu'a fait le Seigneur, faites en maintenant un à votre tour ». Mais ils restèrent immobiles et répondirent : « Roi, il y a tant de monde ici.. Gomment pourrez-vous savoir si c'est par nous ou par cet ascète Gautama que les miracles ont été faits? »
Alors le Seigneur se plongea dans une méditation profonde, de telle sorte qu'on vit sortir du trou de la serrure * une flamme, qui se répandit sur tout le bâtiment qui lui était destiné et le mit comme en flammes*. Les hérésiarques 150 signalèrent au roi cette lueur rougeâtre et le prièrent de faire éteindre le feu. Mais avant que l'eau ne fût arrivée, l'incendie s'éteignit de lui-même, par la propre force du Buddha et la puissance dos dieux. De nouveau le roi invita les hérésiarques
1. D'après une autre version, la flamme sortait de ses joues.
à faire à leur tour un miracle, mais ils éludèrent la proposition en donnant la même réponse que lors du premier miracle.
Ensuite le Tathâgata fit paraître une lumière, luisante comme Tor, qui remplit le monde entier d'un éclat magnifique. Cette fois encore, les docteurs hérétiques eurent bien soin de ne pas répondre h l'invitation de Prasenajit. Il en fut de même lorsque Gandaka, le ci-devant Kâla, maintenant serviteur du couvent, revint du pays des Hyperboréens, avec un pied d'une plante -portant une fleur jaunâtre; et Ratnaka, un autre serviteur, avec un pied d'une plante portant une fleur rouge apportée du mont Gandhamâdana, et que les deux mirent les plantes derrière le bfttiment destiné au Buddha.
Ensuite le Tathâgata mit ses deux pieds par terre, et à ce moment eurent lieu les mêmes phénomènes que lorsqu*il alla se placer sur le si^e sous l'arbre de la Science. Par suite du tremblement de terre qui accompagna le miracle, cinq cents sages comprirent ce qui se passait à Çrâvastî, et immédiatement ils se mirent en route pour aller à cette ville. Bénis par le Buddha, ils marchèrent sur la route faite pour une seule personne, et de loin déjà, ils virent le Seigneur avec ses trente-deux signes distinctifs. Grand fut leur ravissement. L'homme sans enfants ne peut pas se réjouir davantage de la naissance d'un rejeton, le pauvre de la découverte d'un trésor, que les créatures chez qui les Buddhas antérieurs ont planté les racines du Dharma ne se réjouissent à la première vue du Buddha. Les cinq cents sages demandèrent ensuite à être admis dans l'ordre du Tathâgata, ce qui leur fut accordé, sur quoi ils disparurent.
Le moment était venu où le Seigneur devait se rendre vers
le bâtiment qui lui était destiné : il s'y rendit et occupa le
151 siège qui lui avait été préparé. * Immédiatement, de son
corps sortirent des rayons qui couvrirent tout le bâtiment
comme d'une teinte d'or. Ce fut à ce moment que Su-
LE BUDDHA lo9
datta *, Maudgalyâyana et d'autres disciples zélés s'offrirent pour faire des miracles, mais le Maîlre n'accepta pas leur offre, et fit alors lui-même, sur la demande pressante de Prasenajit, des miracles éclatants, tellement éclatants, qu'après les avoir accomplis, il put dire à ses disciples ;
« La mouche luisante brille tant que ne parait pas le soleil, mais aussitôt que le soleil est levé, l'insecte est confondu par ses rayons et ne brille plus. »
« De môme ces sophistes avaient le verbe haut, tant que le Tathâgata ne disait rien ; mais maintenant que le Buddha parfait a parlé, Thérésiarque ne dit plus rien et ses partisans se taisent comme lui. »
Plus le Tathâgata faisait de miracles éclatants, plus l'impuissance des Tirthakas devait devenir manifeste à tous. Pûrana Kâçyapa résolut alors de faire un dernier effort désespéré et de regagner l'influence perdue en prêchant ses thèses hétérodoxes. Les suites furent tout autres qu'il n'avait prévu. A peine en effet eul-il proclamé ses thèses, que les autres hérésiarques se mirent à les contredire. Il s'éleva entre eux une dispute violente, tellement violente, que Pùrana * quitta la partie désespéré, et se jeta, après s'être attaché au cou une cruche pleine de sable, dans un étang, où il se noya.
*Là, dans l'eau, les cinq suivants découvrirent le cadavre 152 du Pûrana *. Ils le retirèrent de Teau et s'éloignèrent.
i . Nommé aussi Anâthapindika. Il porte ici le surnom de « velu » {lûha), nous ne savons pourquoi.
2. Le suicide de Purâna dans un étang est aussi connu aux Méridionaux, comme on le voit chez Bigandet, I, 216. Le Buddha ayant, par sa puissance miraculeuse, fait sortir de terre, au printemps, un manguier chargé de fleurs, Pùrana, désespéré, s'attacha une cruche au cou, se jeta à Teau, et périt misérablement pour renaître dans le plus bas des enfers (c'est-à-dire le nadir).
1. Plus tard, Pûrana ressuscita de nouveau comme s'il n*avait eu aucun mal, et montra bien qu'il n'avait rion appris et rien oublié. Chez Schiefner,273, lors de l'absence momentanée du Maître dont nous parlerons à Tinstant, tout les six sont de nouveau en train de semer la discorde. On les retrouve de nouveau trois siècles plus tard, sous Mén&ndre (Milindra), roi de Bactriane.
Sur ces entrefaites, le Buddha créa une image magique de lui-même, sur laquelle on pouvait distinguer les 32 signes. C'est, en effet, une règle générale que tous les Buddhas parlent à une telle image : c'est pourquoi le Tathâgata le fit également.
Après avoir ainsi prédisposé favorablement l'esprit de la foule en faisant des miracles, il prononça un sermon sur les quatre vérités cardinales, avec celte conséquence que plusieurs centaines de milliers de créatures obtinrent un des quatre degrés de sanctification.
Puis le grand Maître disparut.
Pendant trois mois, il resta dans le royaume des Bienheureux, mais non d'une manière continue, car il était obligé de faire sa tournée journalière pour assurer sa subsistance. A cause de ces périodes régulières d'absence, il créa un autre Buddha, chargé de le remplacer et d'enseigner l'Abhidharma à sa mère, tandis qu'il se rendait lui-même aux montagnes septentrionales, où il mangeait les tendres branchettes de l'arbre merveilleux et se lavait le visage dans le lac Anavatapta. C'est là que son disciple Çâriputra venait recevoir ses ordres pour ce qui devait se faire sur la terre. Lorsque le temps destiné à son séjour céleste se fut 153 écoulé *, le Tathâgata descendit, en se servant de trois escaliers faits par Viçvakarman, l'artiste des dieux, près de la ville de Sânkâcya, où Çâriputra l'attendait. De là il se rendit à Çrâvastî, où il habita le couvent de Jetavana *.
1. D'après la biographie tibétaine, chez Schierner, 273, le Buddha descendit des escaliers le 22^ du mois qui occupe le milieu de Tautomne, ce qui correspond assez bien au mois d'octobre^ nommé chez Bigandet, 1,225. Comp. Fa Hian (Legge), 47 ; Voy. d. PèL Bouddhistes, II, 237 ; Avaddna Kalpalalâ, XIV.