Le Buddhâ calomnié par une religieuse
La grande vogue qu'obtint la doctrine du Maître à la décuple puissance, dès que la lumière en eut paru parmi les dieux et les hommes, et les avantages que la congrégation retirait de la générosité de pieux laïques, remplirent de haine et d'envie le cœur des docteurs hérétiques. Pareils à des mouches luisantes ^ lors du lever du soleil, ils étaient là, au milieu du chemin, murmurant: « Si cet ascète Gautama est un Buddha, nous sommes aussi des Buddhas » ; ils délibérèrent entre eux comment ils pourraient salir la réputation du Buddha, et le ruiner aux yeux du peuple. Un d'eux donna ^ le conseil insidieux de se servir pour atteindre ce but, des charmes d'une jeune religieuse de leur secte. Elle s'appelait Cincâ, et était extraordinairement belle, pareille à une nymphe céleste, dont le corps émettrait des rayons. La proposition fut acceptée.
Lorsque la jeune religieuse, arrivée dans le jardin du couvent, rendit ses hommages à ses supérieurs, aucun des Tirthakas ne lui adressa la parole. Etonnée, elle demanda : « Qu'ai-je méfait, révérends pères, pour que vous ne me parliez pas? » — « Notre sœur, » fut la réponse, « connaissezvous Tascète Gautama *, qui nous fait tant de mal, et qui 154 tire à soi peu à peu les honneurs et les avantages dont nous jouissions autrefois »? — « Je ne le connais pas, révérends