Les vieux époux. — Discorde dans la congrégation
Le Buddha, mécontent, se retire.
La huitième année, le Seigneur resta, pendant la saison des pluies, dans le Parc aux Cerfs du Bhesakala-vana, près du Mont^du Dauphin, ' dans le pays des Bhargas. * Les 157 grandes vacances finies, il parcourut de nouveau le pays selon son habitude, en prêchant.
Parmi ses nouveaux convertis, se trouvaient aussi deux vieux époux, le père de Nakula et la mère de Nakula, d'une famille brahmanique. Tous les deux avaient été, dans des existences antérieures, des parente du Bodhisatva à un degré assez rapproché, et le souvenir de cette relation se réveilla chez eux dès qu ils eurent revu le Buddha. Le Maître les récompensa de tout le bien qu'ils lui avaient fait en leur prêchant le Dharma et en les amenant sur la route du salut. Le lendemain, lorsque les deux vieillards eurent Thonneur de recevoir le Buddha comme leur hôte, ils lui adressèrent modestement la requête suivante : « Seigneur ! nous avons déjà été un couple heureux pendant tant d'existences ; jamais querelle ou discorde n'a troublé notre bonheur domestique. Nous vous supplions qu'en renaissant nous puissions être de nouveau unis dans la même alfection. » Le Seigneur accepta leur prière et les déclara bénis parmi les enfants des hommes *.
Sur rinvitation de trois bourgeois pieux de Kauçâmbt, qui avaient rencontré IciTathâgata à Yaiçàli, il visita la première
1. Le Dauphin ou Crocodile {çiçumâra^ çinçumdra), eit le nom d'une constellation. D'après Culla-V., V. 51 le Buddha partit de Vaiçâl! pour cet endroit. Chez les Septentrionaux les noms sont : mont Çiçum&ra ; le Bois de Bhayamkara le Yaksha et Varga, forme fautive. Tib. Leb, p. 316.
1. Cette charmante légende semble être le pendant indien du conte grec de Pbilémon et Baucis. Nous Tavons empruntée à Bigandet.
ville et s'établit dans le jardin Goshita ', où il passa avec 500 disciples la neuvième saison de retraite.
A Kauçâmbî, la propagande n'eut pas d'heureux résultats '\ Attristé par les intrigues des docteurs hérétiques, Ânanda essaya d'amener le Seigneur à partir pour un autre pays, mais sans y réussir. Et ce qui fut encore plus triste que l'opposition secrète ou ouverte des adversaires, ce fut la discorde qui éclata parmi les membres de la congrégation ellemême. En voici l'occasion.
158 * Un des moines s'était rendu coupable d'une transgression, et, soutenu dans son entêtement par quelques frères, n'avait pas voulu reconnaître son tort. Ceux qui le croyaient coupable exigèrent de lui qu'il reconnût son tort, et sur son refus, l'excommunièrent. Or le frère qui avait été condamné par un parti, était un homme très savant, intelligent, modeste et de réputation intacte ; de sorte qu'il n'eut aucune peine à s'assurer l'appui moral de ceux d'entre les frères qui partageaient son opinion ; même chez les moines de Kauçâmbî appartenant à d'autres sectes il réussit à trouver Tappui qu'il souhaitait. Tous ceux qui avaient pris son parti allèrent trouver les autres, qui l'avaient excommunié, et déclarèrent que l'homme était innocent et que l'excommunication prononcée était par conséquent inique et de nulle valeur. Le parti adverse ne se laissa pas convaincre et la querelle devint de plus en plus Violente.
Dès que le Maître eut été averti par un des moines de ce qui était arrivé, il réprimanda avec une sévérité convenable l'un et l'autre parti au sujet de la précipitation avec laquelle on avait agi et les exhorta à cesser ces lamentables disputes, afin qu'il n'y eût pas de schisme dans la congrégation. Tout cela fut peine perdue : la querelle prit chaque jour des pro-