Chez les Septentrionaux : jardm Gosbavata
3. D'après la tradition septentrionale (chez Schiefner, 269) le Tathâgata convertit le roi de Kauçâmbt, Udayana, et le fils du roi, Râshtrap&la, entra en religion.
portions plus grandes ; les deux partis vivaient sur pied de guerre et se provoquaient et s'injuriaient l'un l'autre par paroles et par gestes, de telle façon que les gens en furent scandalisés.
Une fois que le Seigneur répéta sa pressante exhortation à la concorde, un des frères eut même Timpudence de lui dire : « Seigneur et Maître de la Loi, tenez-vous coi, et abandonnez-vous à des méditations délicieuses sur la Loi que vous êtes parvenu à connaître; quant à nous, nous saurons bien trouver notre chemin, tout en continuant à nous quereller, à nous disputer et à nous chamailler. » Cette fois encore, le Buddha garda son équanimité ordinaire et essaya de calmer la foule en fermentation en lui faisant un long récit édifiant, mais cela aussi ne produisit aucun effet. Les sots se conduisirent comme des possédés, et le Maître, comprenant bien qu'il n'y avait pas moyen de les ramener à la raison, s'éloigna.
*Le lendemain, en faisant sa ronde habituelle pour mendier 159 sa nourriture, il comprit de plus en plus •nettement qu'il vaut mieux marcher dans la solitude que vivre avec des sots. Revenu au couvent, il récita un cantique, dont la fin revient à peu près à ceci : « Heureux celui qui possède un ami fidèle et intelligent, car joint à celui-là il vaincra tous les obstacles. Mais, s'il ne peut trouver un ami de cette sorte, il vaut mieux que, semblable à un roi qui a perdu l'empire, il marche dans la solitude, pareil à un éléphant dans la forêt sauvage. Oui, il vaut mieux marcher seul que dans la société d'un sot. Que le sage marche sur son sentier solitaire, évitant le mal, et qu'il soit calme, comme l'éléphant dans la forêt sauvage *. » Puis le Seigneur quitta Kauçâmbî et s'en alla au village Bâlakalonakâra, où demeurait son disciple Bhrgu. Bien reçu par celui-ci, il y resta pendant quelque temps,
1 . Ce cantique respire la sagesse mondaine et la fierté d'&me de l'Indien païen. Il semble mal s*accorder avec réquanimité imperturbable et la sérénité joyeuse du Buddha.
pour se rendre ensuite au Parc aux Cerfs de Prâcinavaipça, où se trouvaient à ce moment Anuruddha, Nandika ' etKim-
160 biia*. Leurs prévenances envers lui et leur aimable concorde lui furent une douce consolation. Après les avoir fortifiés et confirmés dans la foi, il prit congé et partit pour Pârileyaka. Pendant que là, assis dans un bosquet, il faisait reporter sa pensée sur les scènes violentes à Kauçâmbi et sur les querelleurs, il vit un grand éléphant mâle, qui allait chercher de Teau pour tout le troupeau, et qui, en récompense de ses services, était repoussé et rejeté par les autres. Le Buddha se dit qu'il en avait été de même pour lui : ses bienfaits à lui aussi avaient été récompensés par une ingratitude odieuse et une grossièreté inouïe. Et le grand éléphant, comme s'il reconnaissait un compagnon d'infortune, s'approcha aiùicalement et lui apporta de quoi manger et boire *.
Après avoir passé ainsi dans le désert de Pârileyaka la 10* saison des pluies, il se rendit au couvent Jetavana près de Çrâvastî '.
Sur ces entrefaites, les moines révoltés à Kauçâmbi s'étaient calmés par suite de l'attitude des croyants laïques, qui étaient furieux de la façon indigne dont on avait traité le Maître, et qui avaient cessé d'offrir des dons et des hommages aux querelleurs. Forcés par la nécessité, ces derniers résolurent d'aller voir le Seigneur à Çrâvastî et de mettre fin au différend. Arrivés au lieu de destination, les deux partis arrangèrent la dispute. Le moine coupable
161 avoua son tort * et la réconciliation eut lieu. Le Maître régla
2. Les six Çâkyas, mentionnés plus haut p. 118 sont: Bhadrika, Anuruddha, Ânanda, Bhrgu, Kimbila et Devadatta. De même Milindapaûhây p. 1U7. Donc, Nandika=Ânanda=Nanda .
1. Dans le Dhammapada, p. 106, Téléphant prépare en outre un bain chaud pour le Seigneur, après avoir fait du feu en frottant sa trompe contre du bois.
2. Nous avons suivi ici Mahâvagga, 10, 5; Dhammapada, 107, donne un récit plus orné : à la demande d'Anâthapindika et de Viçâkhâ, Ânanda et 500 disciples viennent chercher le Tathâgata pour Tescorter à Çrâvastt. Cette façon de représenter les choses pourrait bien être la plus ancienne.
de quelle façon et avec quelles formalités rexcommunication serait levée et la paix de TEglise confirmée, et ainsi la concorde fut rétablie parmi les fidèles de la Loi.
27. — Parabole du Semeur. — Affaire du brahmane a VeraSja. — Admission de Râuula dans l'ordre. — Visite a Mahânâman. — Châtiment de Suprabcddha.
Pendant toute la il* année, le Seigneur établit sa demeure près de Râjagfha, si Ton excepte un voyage qu'il fit au Mont du Midi '. Dans cette région agricole, où demeuraient beaucoup de brahmanes campagnards, le Tathâgata se plaisait à causer avec les gens qui étaient en train de travailler la terre. Il arriva qu'un jour le brahmane Bhâradvâja célébrait, lors de la moisson, une fête champêtre. Le Tathâgata qui avait commencé sa ronde de grand matin, le pot à aumônes à la main, se joignit à la foule, pour regarder, et quelques gens du peuple qui le connaissaient le saluèrent avec déférence. Cela ennuya Bhâradvâja, qui dit au Seigneur, d'un ton légèrement vexé : « Moine, je laboure et je sème, et de cette manière je me procure la nourriture dont j'ai besoin. Il me semble que tu ferais mieux, toi aussi, de labourer et de gagner ainsi ta vie ». — « Eh bien, » répondit le Buddha, « moi aussi, je laboure et je sème, et après avoir accompli cette tâche, je mange. » — Etonné, le brahmane reprit : « Tu dis que tu es aussi un agriculteur, mais où en sont les preuves ? Où sont les bœufs ? et la semence ? et la charrue ? » — Alors le Seigneur dit : « La pureté d'âme, voilà la semence que je sème, et les bonnes œuvres sont la pluie qui fait pousser la semence. La connaissance et la sagesse sont les deux parties de la charrue, la Loi en est le manche,
1. Ceci semble, du moins, résulter de Mahâvagga^ 1, 53, en tenant compte de 8, 12.
et le zèle est le bœuf. Labourant ainsi, je détruis la mau- 162 vaise herbe de la concupiscence * et la moisson est le Nirvana immortel. » — Le brahmane fut tellement frappé de cette parabole, qu'il se convertit à la doctrine du salut et prononça la confession de foi *.
Dans la 12*' année, le Tathâgata résida pendant quelque temps à Veranja, où il convertit un brahmane *. Vers cette époque, il y eut une famine dans le pays, de sorte que les moines furent réduits à mener une vie misérable. Le vénérable ancien, Maudgalyâyana le Grand prit même la résolution desespérée d'aller mendier sa nourriture dans le pays des Hyperboréens, mais le Maître l'en dissuada, et dès ce moment les moines ne furent plus inquiets au sujet de leur nourriture. Après un séjour de trois mois, le Buddha prit congé du Brahmane. Il reprit son voyage jusqu'à ce qu'il arriva de nouveau à Jetavana. Pendant la saison des pluies qui suivit, il s'établit à Câliyâ, et pendant la 14% de nouveau h Jetavana \ Ce fut là que Râhula, qui jusque là n'avait été que novice, prononça ses vœux monastiques. La même année, le Maître se rendit à Kapilavastu, où il passa le temps de sa 15* retraite dans le jardin des Banians.
Pendant qu'il résidait là, il reçut la visite de son cousin
Mahânâman, roi de Çâkyas et frère d'Anuruddha *. Désireux
de se laisser instruire, il proposa au Tathâgata les quatre
163 questions qui suivent* : « 1. En quoi consiste l'accomplisse-
1. Les différentes rédactions de cette parabole s'écartent beaucoup entre elles; voir Hardy, 214; Bigandet, I, 238; SuUa-Nipâta (chez Rhys Davids Buddhism^ 134), Samyutta-Nikâya^ 7, 2, i .