Conversion d'un géant anthropophage
De Kapilavastu, le Seigneur retourna àÇrâvastioù il passa une partie de la 16® année. Dans le courant de cette année, il visita aussi une localité nommée Âtavî ^ Dans la forêt, près de cette localité demeurait un géant malfaisant, anthropophage, à qui les habitants de la ville devaient livrer tous les ans un enfant pour sa nourriture. On en était venu là que tous les enfants étaient mangés, sauf celui du roi, mais le tour de celui-ci devait venir le lendemain. Le Buddha qui, chaque matin jetait sur le monde un regard de son œil qui voyait tout ce qui se passe, vit la tristesse où étaient plongés le roi d'Atavî et son fils, et immédiatement il se leva pour venir à leur secours. Arrivé au plus épais de la forêt, là où demeurait le géant, il fut d'abord accueilli avec grossièreté, mais Tamabilité ^ de son visage ne manqua pas de faire fondre le cœur du géant et d'adoucir son humeur. Extérieurement, cependant, le géant ne laissa pas voir ce qui se passait au fond de son âme, et dit : « J'ai posé des questions à plusieurs sages, pour qu'ils y répondissent ; lorsque je vis qu'ils ne pouvaient le faire, je mis leurs corps en pièces, et
1. En pâli : Âlavt. — Le nom signifie au fond : situé dans la forêt.
2. Le mot pour « ami » en sanscrit, mitra^ est identique à Mitra^ le soleil du matin. Les traits du Mitra védique ont été attribués à Vishnu, dit aussi Buddha^ Taimablc, aimant la justice (dharma).
LE fiUDDHA 113
je jetai les morceaux pantelants dans la rivière. * Eh bien, 16S Gautama, réponds à mes questions. Si ta science ne suffît pas, tu peux t'attendre au même sort que tes prédécesseurs. Comment un homme peut-il se retirer du courant des passions ? Comment peut-il traverser l'océan des existences et arriver à bon port ? Comment se délivrer soi-même d'influences mauvaises ? Comment se détacher de toute concupiscence ?» — Le Tathâgata répondit : » On peut se retirer du courant des passions par la foi aux trois joyaux : le Buddha, la Loi et l'Église ; on peut traverser l'océan des existences et arriver à bon port en s'efTorçant de connaître les bonnes œuvres et par le mérite qu'on acquiert ainsi ; on se délivre des influences mauvaises par la pratique des bonnes œuvres ; on se détache de toute concupiscence par la connaissance des quatre chemins qui mènent à la sanctification. » Le géant fut tellement' frappé de cette réponse, qu'il s'attacha au Buddha et acquit le premier degré de sanctification. Plus tard un couvent * s'éleva à Tendroit où le géant s'était converti.
Une autre tradition raconte d'une façon un peu différente l'histoire du géant. Voici ce que nous lisons * : Le roi d'Âtavi était un amateur passionné de la chasse. Un jour qu'il poursuivait un cerf, il s'éloigna de sa suite et s'endormit, épuisé de fatigue, sous un arbre banian. Cet arbre était le séjour d'un esprit malfaisant, un Yaksha ou lutin, qui avait rhubitude de tuer tous ceux qui s'approchaient de Tarbre. Cette fois encore, le démon, nommé Alavaka, voulut, selon son habitude, tuer le chasseur, mais celui-ci sup-
1. Certainement le même que celui qui, diaprés les récits des Bouddhistes du Nord, était situé sur les limites du Koçala et du Magadha, prés du Village de la ForAt, où le Maître passa la 29« saison de retraite : voir Schiefner 315 suiv. D'après Bigandet, I, 246, il fut déjà habité dans la 16« année. Il est probable qu'il faut rattacher ceci au séjour du Buddha à Atavt, dans le sanctuaire AggAjava (sanscrit Agrâtava, a situé à la lisière de la forêt »), dont mention est faite Cullavagrjay 6, 17. £n effet, ce dernier ouvrage, 20, 1, et Bigandet, pass. cité, disent que le Seigneur se rendit de là à RAjagrha.