‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 57 sur 196 · Dans Hardy, M. of B · texte numérisé non relu

Dans Hardy, M. of B

plia le démon de l'épargner, promettant solennellement qu'il lui sacrifierait chaque jour un homme et lui ferait apporter 166 un plat de riz. * Le monstre ne cacha pas qu'il n'avait pas grande confiance en une telle promesse, arrachée par la nécessité, et qu'il prévoyait que le roi, une fois revenu en sécurité, dans sa ville, oublierait à quoi il s'était engagé. Mais comme le roi certifiait solennellement que ses intentions étaient sérieuses, et déclarait que le démon aurait toute liberté d'aller l'enlever de son palais dès qu'il ne tiendrait plus sa parole, le monstre le laissa partir en paix. Le roi retourna dans sa ville et fit venir immédiatement le ministre afin de lui communiquer ce qui était arrivé. Le fidèle serviteur promit de faire de son mieux pour remédier au mal autant que possible, et résolut de sacrifier d'abord les assassins condamnés à mort. Il promit de les gracier complètement s'ils consentaient à apporter à l'arbre banian qu'il leur désignait un plat de riz. Les assassins saisirent avec avidité ce qu'ils croyaient un moyen d'échapper à une mort certaine, mais furent tous tués près de l'arbre. La môme proposition fut faite aux voleurs en prison, et acceptée par eux. Eux aussi périrent. Une fois les prisons vidées, on condamna sous de faux prétextes des personnes innocentes, et on les exposa à la même expérience. Cela aussi ne suffisant pas, on fit saisir de maison en maison les personnes plus âgées, et on les livra comme victimes au monstre. Par suite des plaintes des habitants, le ministre résolut enfin de sacrifier les enfants.

Douze années se passèrent de la sorte. Il n'y avait plus d'enfants dans la ville, les uns ayant été tués, les autres s'étant réfugiés avec leurs parents dans d'autres pays; il ne restait que le jeune fils du roi. Et le roi, plutôt que de se sacrifier soi-même, résolut, de livrer son enfant unique.

Un jour, de grand matin, le Buddha, de son œil qui voit tout, s'aperçut que le petit prince, à cause de ses mérites dans des existences antérieures, était mûr pour le 3® degré de sanctification, et l'anthropohage pour le degré le plus

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bas. Afin d'cmpècher la catastrophe menaçante, il se rendit au séjour du monstre, situé à une distance de 30 lieues du Jetavana. A la question du portier Gardabha^ ce qu'il venait faire là de si bonne heure, il répondit qu'il était venu pour séjourner pendant quelque temps dans la demeure du démon. *Le portier lui déconseilla de donner suite à ce projet, son 167 maître étant très cruel et partit immédiatement pour les Monts Neigeux, afin d'apprendre à son maître, qui s'y trouvait, ce qui se passait ^ Le Buddha, en attendant, se mit sur le trône.

Pendant ce temps, le fidèle serviteur fit rapport à son maître, qui devint furieux. Par hasard, à ce moment deux autres Yakshas, qui respectaient hautement le Buddha, et qui, après une vaine tentative de lui rendre leurs hommages à Jetavana, l'avaient vu assis sur le trône, vinrent voir Alavaka et lui racontèrent quel honneur lui était échu par le fait que le Buddha avait daigné prendre place chez lui. — w Qui est ce Buddha? » grogna Alavaka. — « Un être incomparablement plus puissant que vous-même », fut la réponse. Alors le démon devint tellement furieux qu'il lança des flammes et poussa un tel cri que tout Jambudvîpa en retentit *. Il souleva une violente tempête, venant de tous les points de l'horizon, afin de renverser le Buddha de son siège, et essaya tout ce qu'avait faitMâra, l'esprit des ténèbres, mais avec peu de succès. Un seul moyen fut eflBcace : une invitation polie, adressée au Buddha de quitter le siège ; le monstre finit par comprendre que la violence ne servant à rien, la patience seule pouvait conduire au but.

Bien que l'âme d'Alavaka fût attendrie par l'amabilité du Tathàgata, il suivit cependant son habitude constante qui consistait à poser des questions aux sages qui s'approchaient

1. U en résulte que ce maître est le chef des Yakshas, Kubera, le dieu de la richesse, qui trône dans le Nord .

2. Lhiver, la neige et la tempête sont étroitement apparentés en mythologie; les noms môme s'emploient Tun pour Tautre.

ne HISTOIRE DU BOUDDHISME DANS LlNDE

de sa demeure. S*ils étaient incapables de répondre, il les tuait. Il posa donc les questions habituelles au Tathâgata. 168 Celui-ci répondit sans peine * et la conséquence fut que le Yaksha se convertit et obtint le premier degré de sanctification. Lorsque les gens vinrent d'Atavî pour livrer le jeune fils du roi au Yaksha, celui-ci le donna au Maître, qui le bénit, et le rendit à ses conducteurs pleins de joie.

La ville, comme on pense bien, fut en fête. Plus tard, lorsque le prince fut parvenu à Tâge nubile, son père lui raconta qu'il devait la vie au Buddha et était par conséquent obligé de s'attacher au Seigneur. C'est ce que fit le prince, et il obtint par la suite le troisième degré de sanctification.

29. — Mort de ÇrImatî. — Zèle d'un brahmane. — Le tisserand INFORTUNÉ. — Conversion du chasseur.

La 17' saison des pluies fut de nouveau passée dans le Bois de Bambous, près de Râjagrha. Vers cette époque, une courtisane, qui brillait par son charme et ses talents, Çrimati, la sœur de Jivaka, rendit de grands services à la congrégation. Journellement, les moines visitaient sa demeure et en revenaient après avoir reçu des dons magnifiques. Un des frères, dans un moment d'oubli, eut Timprudence de la regarder et en devint éperdûment amoureux.

Un jour, la belle Çrimati devint souffrante, sans cependant diminuer en rien ses largesses. Quelque malade qu'elle fût, et bien qu'elle fût en négligé, elle voulait absolument recevoir les moines chez elle, dans sa chambre, afin de leur pouvoir rendre ses hommages. Parmi 'eux se trouva aussi un jour Tamoureux infortuné. Il vit de nouveau ses charmes, rendus encore plus attrayants par sa simple toilette de matin, faite 169 d'étoffe transparente, et son air languissant. * Il se sentit frappé mortellement au cœur par un trait du Dieu de

l'Amour, et revenu avec les frères au couvent, il refusa de prendre de la nourriture et évita toute société.

Peu de temps après, Çrimatî mourut. Le Maître, désirant guérir le pauvre moine de sa faiblesse, se rendit, quatre jours après le décès de la courtisane, à la maison qu'elle avait habitée, et où se trouvait maintenant son cadavre, dans toute rhorreur de la décomposition. Alors le Buddha adressa la parole au roi Bimbisâra, présent lui aussi, à la demande du Maître : « Quel est cet objet qui gît là, immobile et raide? » — « C'est le corps de Çrîmati, répondit le roi. » « Voilà, » continua le Maître, « quand elle était en vie, on payait une grande somme d'argent pour jouir d'elle pendant une seule nuit ; est-ce qu'il y aurait maintenant quelqu'un qui voudrait la prendre pour la moitié de cette somme? » — « Non », répondit le roi ; « personne dans mon royaume, n'offrirait la moindre somme pour ces restes, personne ne consentirait même à les porter à une petite distance, à moins d'y être forcé! » Alors le Seigneur s'adressa aux assistants et dit : « Voyez ici les restes de Çrimatî, jadis si célèbre pour sa beauté. Qu'est-elle devenue, cette beauté, qui a su attirer et charmer tant d'hommes? Tout en ce monde est périssable. Tout est vain. » En entendant prêcher ces réflexions morales, quatre-vingt deux mille personnes obtinrent la connaissance des quatre vérités cardinales, et le moine amoureux fut complètement guéri K

A la fin de la saison de retraite, le Seigneur quitta le Bois de Bambous, afin de reprendre sa vie errante à travers le pays et arriva ainsi à Âtavî. Pendant qu'il y demeurait et prêchait sa doctrine au peuple, il arriva un jour * qu'un brahmane i70 pauvre, qui avait l'intention d'assister au sermon, apprit

1. Ce récit, choquant tant qu'on le considère comme historique, cesse de r«^tre dès qu'on l'étudié au point de vue de la mythologie. La courtisane, qui répand ses dons d'une façon si généreuse est une déesse-mére, et figure encore en cette qualité sur les bas-reliefs de Bharhut. Jtvaka et ÇrtmaU peuvent être comparés à Apollon et Diane, Çiva et DurgA.

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qu'une de ses vaches venait de s'égarer loin du troupeau. Le brave homme fut fort affligé de ce contre-temps, mais il espérait qu'en cherchant avec diligence il pourrait retrouver labète vagabonde avant l'heure de la prédication. Malgré tout son zèle, il fut presque midi avant qu'il eût retrouvé la vache perdue. Bien qu'affamé et brisé de fatigue, il ne s'en rendit pas moins à l'endroit où la communauté était assemblée, et heureusement le Tathâgata n'avait pas encore commencé, car, grâce à sa sagesse surnaturelle, il savait ce qui se passait dans l'âme du brahmane. Avec un calme inaltérable et à la stupéfaction de l'assemblée il avait attendu l'arrivée du brahmane et à peine avait-il vu le retardataire qu'il lui donna un signe de venir près de lui et ordonna à un de ses disciples de lui donner quelque chose à manger, afin qu'il pût apaiser sa faim avant de prendre de la nourriture spirituelle. Après le sermon, quelques-uns des disciples se permirent des remarques plus ou moins inconvenantes sur l'obligeance du Maître à l'égard d'un homme qui n'appartenait même pas à leur secte, mais ils s'attirèrent par là une réprimande bien méritée. <y Je connaissais l'excellente façon de penser de cet homme », dit le Seigneur ; « je savais combien il était affamé de justice, combien sa foi en moi est forte et profonde, de sorte qu'il ne compte plus la faim et la fatigue dès qu'il peut étancher sa soif et sa justice ^

La 18' année, le Seigneur établit, pendant la saison des pluies, sa demeure à Câlikâ '. Dans cette ville demeurait un tisserand, qui, par un hasard malencontreux, fut cause de la mort de sa propre fille, très vertueuse. Fou de douleur, le malheureux père chercha sa consolation aux pieds du

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