‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 64 sur 196 · Hardy, Af. ofB · texte numérisé non relu

Hardy, Af. ofB

du Buddha, par lequel il s'assura l'appui des Trois Joyaux. Gela Taiderait plus tard, mais pour le moment il descendit en Enfer, et reçut un corps embrasé, d'une grandeur de 1,600 mUles '.

Au moment où Devadatta reçut sa terrible punition, Ajfttaçatru était roi du Magadha. Poussé par Devadatta, il avait pris la résolution de faire mourir de faim son père Bimbisftra, bien que celui-ci lui eût déjà cédé le gouvernement *. Toute nourriture fut donc refusée au vieux roi, et personne ne fut admis en sa présence, sauf sa femme Yaidehl, la mère d*Ajfttaçatru. Toutes les fois qu'elle visitait le roi, sa fidèle épouse lui apportait du riz. Mais le fait fut bientôt découvert, et Ton défendit à la reine de continuer. Elle réussit cependant à cacher un peu de nourriture dans ses cheveux, et rapporta ainsi au malheureux vieillard. Cela aussi fut décou* vert . Alors elle eut recours à d'autres ruses pour prolonger la vie de son mari ; entre autres elle se fit frotter le corps de matières grasses, de sorte que le roi put recueillir de la nourriture en léchant sa peau . Mais toutes ses ruses furent à la fin découvertes, * de sorte qu'on finit par lui refuser Ten- 192 trée de la prison.

Bien que Bimbisftra à la fin ne reçut plus aucune nourriture, il restait toujours en vie, et lorsque son fils demanda comment c'était possible, on lui répondit que son père se promenait sans manger et que son corps répandait de la lumière, parce qu'il avait atteint le premier degré de sanctification. Alors le fils donna Tordre de brûler les plantes des pieds de son père avec un fer rouge, et de les frotter ensuite d'huile et de sel, de sorte qu'il ne pût plus se promener. Le

4 . On ne tient pas compte des lérot en mythologie; 1« lone a 16 kaidt. 2. Ce récit des souffrances de BimbisAra est prit dana Hardy, M,of B, 817.

barbier \ chaîné de rexécution dé cet ordre cruel^ eut pitié du vieillard, et ne cessa de pleurer en accomplissant son œuvre. Par suite de cette opération Bimbisâra mourut, mais renaquit dans le monde des souverains des quatre pointis cardinaux, sous le nom de Janavrshabha ^

Le jour même de la mort de son père, Ajâtaçatru reçut la nouvelle qu'un fils lui était né. Il sentit naître dans son âme des sentiments plus tendres, et donna l'ordre que son père fût épargné : mais c'était trop tard : un second message apporta la nouvelle de la mort du vieux roi. Le fils dénaturé commença à se repentir, et son remords augmenta, lorsque sa mère lui eut raconté combien son père l'avait aimé, car un jour, lorsque Ajâtaçatru n'était encore qu'un enfant, et qu'il avait un ulcère au doigt, Bimbisâra avait sucé le virus et sauvé ainsi la vie du prince.

Le repentir et le remords qui s'emparèrent alors d' Ajâtaçatru ne lui laissèrent de repos, ni le jour ni la nuit. Sur le conseil de ses courtisans, il eut recours aux six hérésiarques, 193 Pûrana Kâçyapa et les autres '. * Chez aucun d'eux il ne trouva ce dont son âme avait besoin, jusqu'à ce que Jivaka lui eut conseillé d'aller voir leBuddha, qui séjournait justement à ce moment près de Râjagrha dans le bosquet aux Manguiers — un don de Jîvaka lui-même *. Plein de joie, le

1. C'est-à-dire R&hu. Bimbisâra et Devadatta sont essentiellement uns; ils ne diffèrent que par les rôles qulls jouent.

2. Pâli : Janavasabha. Dans la tradition septentrionale : Jinarshabha. Vrshabha et rshabha signifient tous les deux : taureau.

3. Ceux dont les noms ont été donnés plus haut, p. 143. — Les dogmes des 6 TIrthakas et la rencontre du roi avec le Tathâgata, sont décrits en détail dans le Sâmanfia-phala-Sutta, traduit par Burnouf, Lotus de la bonne Loi, 449-482.

1. Tous ces événements se placent en un seul point du temps, la soirée de pleine lune du mois de Kârttika. Cela veut dire, que cette soirée est identique à Tépoque dominée par Ajâtaçatru, de sorte que Bimbisâra doit régner le jour de pleine lune du mois précédent, Âçvina. En style de rhétorique, on peut dire que chaque nouvelle époque tue celle qui précédait. Ce n'est que dans la suite de cet ouvrage que nous pourrons parler avec plus de détail des

roi du Magadha saisit Tocca^on de recevoir renseignement du parfait sage, dé lui ouvrir son cœur, et de confesser son crime. La conséquence fut qu'il se convertit, et qu'il devint, comme feu son père, un suivant du Buddha, de la Loi et de la Congrégation.

La tradition septentrionale au sujet de Téloignement pro^ gressif de Devadatta et du Tathâgata, revient en somme à

ceci *

Après que Devadatta eut appris la magie de Daçabala- Kâçyapa, autrement dit Vâshpa, un des Cinq, il réunit un groupe de 500 disciples, et sut dominer Tesprit du prince Ajâtaçatru. A cause de son ingratitude à Tégard de son maître, il perdit son pouvoir magique, de sorte qu*il échoua, en essayant de cueillir pour le prince une fleur du Paradis, et qu'il retomba honteusement près de Râjagrha. Il vint alors chez le Seigneur et lui fit la proposition suivante : « Seigneur ! Vous ôtes vieux et fini; confiez-moi donc la Congrégation. » Mais le Tathâgata refusa, en disant : « Je ne la confierais même pas à Çâriputra et à Maudgalyâyana ; encore moins à toi, homme indigne ! »

* Pendant que le Buddha passait les trois mois de la 194 26*" saison de retraite dans le Bois de Bambous, Devadatta régalait 500 moines, qu'il sut entraîner à sa suite dans un parc, situé au midi, et nommé Kukkutàrâma \ où il s'établit

six rois parricides, dont Ajâtaçatru est le premier. Remarquons ici seulement que Kumâra ou Skanda, que nous avons identifié avec Ajâtaçatru, est appelé aussi Kârttikeya, « fils des Pléiades ».

2. Pris dans Schiefner, 278. — Le morceau est si important pour la connaissance de la véritable nature de la mythologie bouddhique et si bien fait pour montrer les ressemblances et divergences entre les traditions de TÉglise du Nord et celle du Midi, que nous le donnons en extrait» malgré quelques répéiitions inévitables.

1. C'est-ci-dire, Jardin du Coq ; d'après Mahâvagga^ 8, 24, ce parc était situé pr<^'s de Pâtaliputra ; mais d'après le môme Mahdvagga^ 6, 28, cette capitale n'existait pas encore.

pour prêcher. Sur ces entrefaites, lés deux principaux disciples du Seigneur avaient reçu permission de ramener les schismatiques à la vraie foi. En les voyant arriver, Devadatta crut qu'il parviendrait à Tomniscience, s'il les amenait à se ranger de son côté. Il donna ordre, par conséquent, à Kokftlika et à Ehandadravya de se lever, et plaça les nouveaux arrivés à sa droite et à sa gauche, comme s'il eût été luimême le Buddha. Bientôt il sq coucha sur le côté droit et s'endormit. Maudgalyâyana s'éleva en l'air par des moyens magiques, pendant que son camarade exhorta avec succès les schismatiques à rentrer dans la congrégation. Réveillé par Kokâlika, Devadatta devint furieux, poursuivit ceux qui l'avaient abandonné, mais fut arrêté par un profond fossé, que Çariputra avait fait paraître, grâce à son pouvoir magique.

Une fois que le Tathâgata était malade, le médecin lui donna une dose de 32 paleis, Devadatta voulut en faire autant, mais ne réussit qu'à se rendre gravement malade. Le Seigneur, du haut du Pic du Vautour (Grdhrakûta), étendit sa main et toucha le sommet de la tête du malade, qui guérit aussitôt, mais qui, bien loin d'être reconnaissant, s'échauffa de fureur, ensuite de quoi la terre s'ouvrit et un vent violent s'éleva, qui couvrit son corps de poussière. Plein de colère, la poitrine haletante, il arriva chez Ajfttaçatru, qui s'aperçut de la vilaine couleur de Devadatta. Le fourbe excita !95 le prince contre son père ; peu s'en fallut * que le vieux roi ne tombât dès lors comme victime de ces machinations. Au moment, en effet, où Bimbisâra allait porter au Seigneur une assiettée de potage, que celui-ci devait prendre après la médecine, le prince lança une flèche avec une pointe de diamant. Heureusement la flèche ne toucha que l'assiette, qui vola en pièces. L'attentat eut cependant cette conséquence que le vieux roi céda à son fils d'abord la ville de Gampft, puis tout le Magadha.

Les violences du nouveau souverain amenèrent Bimbisftra

à adresser des réprimandes à son fils, qui, ne pouvant les supporter, mit son père en prison. Vaidehî * qui de toute force voulait voir son mari, eût été assassinée par son fils dénaturé, sans Tintervention de Jlvaka, le médecin, qui fit remarquer que dans aucun pays du monde, on ne tire Tépée contre une femme, et surtout contre une mère.

Ajâtaçatru résolut de faire mourir son père de faim, et défendit, sous les peines les plus sévères, de lui donner à manger ou à boire. Vaideht, cependant, en s'enduisant le corps de santal et en se mettant autour des chevilles des bracelets creux remplis d'eau, sut trouver le moyen de prolonger la vie du vieux roi, mais la ruse fut découverte, et on refusa désormais de l'admettre près de son mari. Pris de pitié, le Buddha s'en alla au Pic du Vautour, et se promena devant la fenêtre de la prison, de sorte que le vieux roi put se réconforter à cette vue et resta ainsi en vie. Mais le cruel fils ne permit même pas cette joie à son père, lui fit couper les pieds avec un rasoir et Tempêcha de s'approcher de la fenêtre.

Vers ce temps, le fils d' Ajâtaçatru, Udayi-bhadra, souffrait d'un ulcère au doigt, qui le faisait pleurer de douleur *. Alors Ajâtaçatru mit le doigt de Tcnfant dans sa bouche, suça l'ulcère et en avala le pus. * A celte occasion Vaidehî 196 dit : « Cette affection est héréditaire dans ta race. Quand tu étais petit, ton père a justement fait la même chose avec toi. » Ces. paroles frappèrent le roi, et il résolut de mettre son père en liberté. Le peuple, qui avait appris cette nouvelle avec joie, se porta en masse vers la prison, ce qui effraya tellement Bimbisâra, qu'il rendit l'âme, pour renaître comme fils du dieu de la richesse ', sous le nom de Jinarshabha.

i. Ce mot signifie « femme (ou princesse) originaire du pays deVidcha». Comme son nom véritable on donne Çribhadrd (Schiefner, 253).

2. Nous avons vu plus haut un récit d'après lequel ce fils serait né le Jour m^me de la mort de Bimbisâra.

1. Vaiçravana ou Rubera, en même temps seigneur de la région du Nord.

Ajfttaçatru fut d'abord très abattu, et pour le distraire^ ses ministres s'emparèrent de la religieuse Eapila-bhadrâ *, dont le roi devint amoureux. Après qu'il se fut amusé pendant une semaine avec elle, elle lui fut enlevée par la puissance magique de la religieuse Utpalavarnâ, qui avait été envoyée par la matrone Gautami.

Sur ces entrefaites, Devadatta ne cessait de pousser le roi à le nommer Buddha, mais la réponse fut : « Vous n'avez pas les signes distinctifs d'un Buddha ; la couleur d'or et la roue sur la plante des pieds. »

Alors Devadatta essaya de faire assassiner le Seigneur par des archers, au moment où celui-ci se trouvait sur le Pic du Vautour, et lorsque cet attentat eut échoué, il lança lui-même une pierre contre le Tathâgata. Le dieu du tonnerre brisa la pierre avec sa foudre, mais un éclat n'en blessa pas moins le pied du Seigneur. L'hémorragie fut arrêtée par Daçabala- Kâçyapa.

Honteux, mais pas encore à bout de ressources, l'envieux sut amener le surveillant des éléphants royaux à lâcher sur « l'ascète Gautama' » l'éléphant Vasupâla ' et 500 autres éléphants. Le roi donna son assentiment avec quelque hésitation, en disant : * « N'avez-vous pas entendu dire que le Sei- 197 gneur a dompté même les indomptables? » — « Si c'était vrai », répondit Devadatta, « il m'eût dompté aussi, moi. »

Le lendemain, pendant que le Seigneur était en route avec ses moines, on lâcha les éléphants, dont les pieds était rouges du sang de 100,000 créatures piétinécs. Epouvantés, les moines se sauvèrent, chacun de son côté, Ânanda seul resta fidèle à côté du Maître. Celui-ci fit sortir de ses doigts cinq lions, qui enflammèrent Thorizon, de sorte que les éléphants s'enfuirent épouvantés, sauf Vasupâla, qui s'approcha lente-

2. Avec les données dont nous disposons, nous ne pouvons dire qui est Kapila-Bhadr& ; la femme de K&çyapa le Grand porte le même nom.

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