Noui donné à des hommes d*une classe inférieure
217 Kuçi, les douleurs dans le dos recommencèrent. * Alors il se rendit au bois des deux arbres Sâl, entre Kuçinagara à rOuest et la Hiranyavati à l'Est. Là il s'assit et s'endormit. Immédiatement, toutes les herbes et tous les arbres se courbèrent devant lui, les bêtes et les oiseaux se turent, le soleil et la lune s'obscurcirent, la terre trembla. Ânanda demanda : « Pourquoi disparaissez -vous ici, en dédaignant les six villes? » — « Ânanda », répondit le Buddha, « ne parle pas ainsi. C'est ici que les 6 Buddhas * venus avant moi ont quitté leur corps, et moi, septième, je fais de même. » Se lamen-
^ tant, Ânanda s'écria, placé à côté de son Maître : « L'œil du monde, au moment où il s'éteint, est plus grand qu'auparavant * », et la poitrine haletante il s'en alla ailleurs.
Enfin parut le 15' jour, où le Seigneur devait mourir. De . tous les dons que les dieux, les hommes, etc., lui apportaient, il n'accepta que le dernier régal que lui offrit Gunda, le fils du maître de danse de Kuçinagara. En outre, il guérit d'une maladie Ajâtaçatru, qui était venu le trouver dans ce but; consola Indra, désespéré parce qu'après la mort du Buddha il ne voyait aucun moyen de se défendre contre les démons de la nuit ; et adressa également des paroles réconfortantes à Râhula, qui, sur l'avertissement du Jina du Nord- Est, était venu à la hâte pour être témoin des derniers moments de son père. A la question d'Ânanda, de quelle façon il voulait qu'on célébrât ses funérailles, il répondit : « comme celles d'un Cakravartin ' ».
1. Le soleil, lui aussi, est considéré par les Indiens comme un des grahas, planètes. Les six hérésiarques avaient donc raison, quand ils soutenaient (plus haut, p. 153), qu'eux aussi ils étaient des Buddhas. D'après le dogme ecclésiastique il en est autrement. Nous reviendrons plus tard sur les sept Buddhas officiellement reconnus.
2. D'après une illusion d'optique bien connue, le disque solaire nous semble plus grand quand il est près de l'horizon que quand il est placé plus haut sur la voûte céleste.
3. C'est-à-dire Maître du monde; au fond on veut dire « celui qui lance le disque », « celui qui fait tourner la roue céleste », c'est-à-dire Visbnu.
* Le dernier événement important avant la mort du Ta- 218 thâgata, fut la conversion de Subhadra, moine âgé de 120 ans, et qui demeurait au Nord^ près du lac Anavatapta. Voyant que le bois de figuiers, près de sa maison, avait vieilli, il se dit : « Maintenant que je vais mourir, ce bois aussi devient vieux. )> Mais, mieux instruit à cet égard par une divinité, qui lui fit connaître que ce signe présageait la fin prochaine du Buddha, il se rendit au bois des arbres Sàl, et y rencontra Ânanda. Or, ce vieillard avait été, pendant 500 générations, le père du Seigneur, et, pour cette raison, celui-ci le fit paraître devant lui, et le convertit, sur quoi Subhadra devint Grand-Maître, et disparut encore avant le Buddha.
Le Seigneur montra la couleur dorée de son corps, s'éleva dans Tair jusqu'à une hauteur de sept petites brasses, dit sept fois : « voyez cette couleur d'or de mon corps; maintenant je disparais. » — Il répéta cela jusqu'à 24 fois, et prononça son dernier sermon.
Maintenant nous retournons à la tradition méridionale, pour reprendre le fil du récit ]à où nous Tavons laissé.
A Pâvà le seigneur établit sa demeure dans le jardin de manguiers appartenant à Gunda le forgeron. Dès que Gunda eut appris que le Seigneur se trouvait dans son jardin, il alla le voir et Tinvita à dîner pour le lendemain, avec la Congrégation ; cette invitation fut acceptée en silence. Le lendemain, au grand matin, le forgeron fit préparer des mets exquis * 219 et aussi du porc rôti en grande quantité. Le seigneur étant venu et ayant pris place, il dit à Gunda : « Vous ne donnerez qu'à moi le roli de porc que vous avez préparé ; quant aux autres mets, vous les donnerez à la Congrégation. » — Le repas fini, il demanda à Gunda d'enterrer dans un trou le reste du rôti, vu qu'aucun être dans l'Univers, sauf le Tathâgata, ne pouvait supporter cette nourriture.
Après que le Seigneur eut mangé le rôti du Cunda, il tomba gravement malade : il eut une diarrhée sanguinolente et ressentit des douleurs mortelles. Il se reprit cependant et partit, accompagné par Ânanda, pour Kusinârà ^ Voulant se reposer, en route, sous un arbre, il dit à son disciple : « Viens, Ânanda, plie mon vêtement, afin que je puisse m'asseoir ; je suis fatigué. » Quelque temps après, il pria Ânanda de chercher de Teau potable. Gomme Teau dans le ruisseau voisin était trouble, Ânanda fit des objections, et demanda s41 ne ferait pas mieux d'aller chercher de Teau dans la rivière Kakutsthâ, mais le Maître renouvela son ordre, sur quoi le disciple fit ce qu'on lui avait dit, et remarqua à son grand étonnement que Teau du ruisseau était devenue claire.
A ce moment, un Pukkasa du pays des Mallas *, qui avait été autrefois un élève d'Arâla Kâlâma, vint voir le Seigneur, et raconta à celui-ci comment Arâla Kâlâma avait jadis donné une preuve admirable de concentration spirituelle. Alors le Buddha donna une preuve de sa propre concentration spiri- 220 tuelle, qui dépassa de beaucoup celle d'Arâla. * Le Pukkasa, ravi de ce qu'il avait entendu, prononça immédiatement la confession de foi comme laïque, fit apporter une paire de vêtements de couleur d'or, et les offrit humblement au Seigneur. Celui-ci se fit couvrir d'un de ces vêtements et Ânanda de l'autre \ Après avoir été réconforté et fortifié par un sermon, le Pukkasa s'éloigna avec un salut respectueux.
Dès que l'homme fut parti, Ânanda fit étendre les vête-
1 . Nous donnons ici la forme du pâli, n'étant pas sûr que la forme sanscrite Kuçinagara soit exacte.
2. Voir plus hautf p. 216 note. Chez Bigandet, II, 37, Thonnéie Pukkasa est devenu un « prince Pukkasa ».
1. Ceci est en désaccord, non seulement avec la tradition septentrionale résuuiée plus haut, mais encore avec le Mafiâparin, S. lui-même, dans lequel il est dit, « que le Maître, couvert des deux vêtements de couleur dorée que le Pukkasa avait envoyé chercher, semblait d'une couleur dorée ».
ments sur le corps du Seigneur, qui se mit à luire comme un feu ardent. Gomme le disciple manifesta son étonnemenl à ce sujet, le Maître répondit : « A deux époques, Ânanda, la peau du Tathâgata a une couleur particulièrement claire et blanche. A quelles époques? Pendant la nuit dans laquelle il arrive à la sagesse suprême et pendant la nuit dans laquelle il passe définitivement dans Tétat du Nirvana absolu. Aujourd'hui même, Ânanda, pendant la dernière veillée de la nuit, à Kusindrâ, près de TUpavartana (c'est-àdire » la place, le point), « dans le bois de Sàllas du pays des Mallas, entre deux arbres Sâlla, aura lieu Textinction finale du Tathâgata. Partons pour la rivière Kakutsthà. »
Accompagné d'une grande foule de moines, le Seigneur partit pour la Kakutsthà, prit un bain, se dirigea vers le jardin de manguiers et ordonna au vénérable Cunda * de plier son vêtement, vu qu'il désirait prendre du repos. On satisfit au désir du Maître fatigué, et il s'endormit couché sur le côté droit, un pied croisé sur l'autre, comme dort un lion. Éveillé de son sommeil, il adressa la parole à Ânanda et lui déclara que Cunda, le forgeron, bien loin d'avoir commis une faute en lui servant ce repas, avait, ce faisant, accompli un acte méritoire *. En effet, de tous les repas offerts au 221 Tathâgata, deux étaient particulièrement méritoires : celui qui lui avait été donné par Sujàtâ, immédiatement avant qu'il atteignît la dignité de Buddha, et ce dernier repas préparé par Cunda.
Ensuite, le Seigneur passa, avec ses disciples, sur Tautre rive de la Iliranyavatl et se rendit à Kusinârft. Arrivé là, il demanda à Ânanda de lui préparer un lit de repos, dont la tête serait placée vers le Nord, entre les deux arbres Sàlla. Fatigué, il s'étendit sur ce lit, se couchant sur le côté droit et croisant un pied sur l'autre, comme un lion.
2. Dit aussi Cundaka; en apparence, c*est un autre personnage que le
forgeron.
A ce moment solennel, les deux arbres SàUa produisirent, bien que ce ne fût pas la saison, des fleurs et des fruits, et en laissèrent tomber, pour Thonorer, sur le corps duTath&gata; des fleurs célestes du paradis et de la poudre de santal céleste tombèrent du ciel ; une musique céleste se fit entendre et des chœurs célestes se montrèrent dans l'air, en Thonneur du Tathâgata.
Alors le Seigneur déclara à Ânanda qu'il ne se sentait nullement honoré ou glorifié par ces hommages, mais qu'il était honoré et glorifié toutes les fois qu'un religieux ou une religieuse, qu'un laïque homme ou femme, observait ses commandements et vivait vertueusement. Par conséquent, ses disciples devaient s'exercer à observer ces commandements et à vivre vertueusement.
A ce moment, le vénérable Upavâna se plaça devant te Seigneur, en agitant un éventail *. Le Seigneur le chassa, disant : « Va-t-en, moine ; ne le mets pas devant moi. » Ananda exprima son étonnement à ce sujet, Upavâna ayant été depuis si longtemps le serviteur personnel du Seigneur et toujours attaché de près à sa personne : pourquoi le Seigneur le chassait-il à ses derniers moments? Son étonne- 222 ment cessa, " lorsque le Seigneur lui déclara que des Dieux« en nombre infini, s'étaient réunis pour assister aux derniers moments du Tathâgata, et que la présence de ce moine d'un rang élevé, qui s'était placé devant le Tathâgata, les empêchait de voir le Seigneur lors de sa disparition.
Ensuite, le Seigneur parla avec Ânanda des pèlerinages à faire aux lieux saints. « 11 y a quatre lieux », — dit-il à peu près — « qu'un bon croyant doit visiter et honorer avec un sentiment de sanctification : l"" Tendroit où le Tathâgata est
1. Bigandet. II, 49, lit Upalavana, et fait dans sa 3* édition du personnage une religieuse, confondant le nom avec Uppalavannâ; dans la 1" édition, il considérait — et à bon droit, ainsi que le prouve le Mabâparin. Siitla — le personnage comuie un moine. Le nom est évidemment altéré dans le texte birman.
né ; 2** celui où il s'est éveillé à la science parfaite ; 3® celui où il a prêché pour la première fois le Dharma suprême ; 4" celui où il est entré dans l'état final de Nirvana. Tous ceux qui visitent ces lieux saints dans des dispositions pieuses viendront après leur mort dans le ciel. »
Ânanda adressa au Seigneur les questions suivantes : « Comment devons-nous nous conduire à Tégard des femmes ?» — « Ne pas les voir, Ânanda. » — « Mais quand on les voit, que faire ?» — « Ne pas leur parler, Ânanda. » — « Et quand on est obligé de leur parler, que faire? » — « Alors il faut s'armer de circonspection, Ânanda. »
Ensuite Ânanda demanda de quelle façon les moines devraient traiter le corps du Tathftgata. « Ne te soucie pas, Ânanda », fut la réponse, « des honneurs qu'on rendra au corps du Tathâgata, mais attache-toi au bien avec un zèle infatigable. Il y a assez do gens sensés parmi les barons, les brahmanes et les bourgeois, qui croient au Tathâgata et qui auront soin de ses honneurs funèbres. » — « Comment feront-ils donc? » demanda le disciple. — « Ils traiteront », fut la réponse, « le corps du Tathâgata comme celui d'un souverain du monde. Ils envelopperont le corps d'abord d'un linge neuf, puis d'un morceau de coton et répéteront cela cinq cents fois ; ensuite, ils le mettront dans un sarcophage de métal *, contenant de l'huile *, qu'ils recouvriront 223 d'un autre sarcophage de métal ; ils élèveront ensuite un bûcher (le toutes sortes de matières odoriférantes; ils y brûleront le corps du souverain et élèveront enfin à un carrefour un tumulus voûté pour le souverain. C'est ainsi que seront célébrées les funérailles du Tathâgata. » A cette instruction, le Seigneur ajouta encore : que quatre personnes avaient droit à un tumulus après leur mort : un Tathâgata parfait; un Pratyekabuddha ; un Disciple du Tathâgata ; et un souve-
1. D'aprrs Iliiien Thsang, dans Stan. Julien, Voyages des Pèlerins bouddhistes^ 11. .'U'), le rercucil ^tait en or. Le même détail est donné par le commentaire sur le Varintbh. Sutia.
rain du monde *. II ne manqua pas de déclarer expressément que tous ceux qui feraient preuve d'une dévotion pieuse pour ces sortes de collines funéraires (stupas), gagneraient le ciel.
Après cette conversation, Ânanda eut Tâme attristée en pensant qu'il avait encore à apprendre tant de choses et que le bon Maître s'endormirait bientôt du sommeil de la mort. Il entra au couvent et pleura, tandis qu'il se retenait à la balustrade. « Où est Ânanda ? » demanda le Seigneur. Quand on lui dit qu'Ânanda venait de rentrer, le Maître le fit venir et lui dit des paroles d'encouragement : « Ne sois pas attristé, Ânanda ; ne t'ai-jc pas enseigné nettement que nous devons nous séparer de tout ce qui nous est cher et aimé ? Si tout ce qui est né et composé est périssable, il est déraisonnable de vouloir que quelque chose de semblable ne périsse pas. Tu as servi le Tathftgata longuement, fidèlement et honnêtement ; tu as acquis ainsi du mérite. Applique-toi et tu seras bientôt délivré du virus des passions. »
Ensuite, le Seigneur adressa la parole aux moines, pour leur révéler que tous les Sages parfaits avaient eu, dans le passé, leur serviteur attaché à leur personne, aussi fidèle qu'Ânanda. Cela aurait également lieu pour les Sages de l'avenir. Puis il s'étendit en louanges sur Ânanda, qui était sensé et possédait quatre propriétés remarquables. En effet, toute réunion de moines qu'Ânanda visitait, était ravie de 224 son extérieur " et de la façon dont il prêchait le Dharma ; tous, tant qu'il parlait, ne pouvaient se rassasier de l'entendre. Il en était de même de chaque réunion de religieuses. Or, un souverain du monde possède également ces quatre propriétés singulières : il produit par son extérieur et ses paroles le même effet qu'Ânanda sur une réunion de barons, de brahmanes, de bourgeois et d'ascètes.
1 . Il est évident que de telles sépultures sacrées ayaicnt été érigées déjà depuis des milliers d'années en Thonneur des Buddhas plus anciens, etc.
Le Maître ayant parlé, Ânanda dit : « Seigneur, qu'il vous plaise de ne pas entrer dans le repos éternel dans cette localité insignifiante, écartée. Il y a d'autres grandes villes, comme Campa, Râjagrha, Çrftvasti, Sâketa, Kauçàmbi et Benares *, où demeurent beaucoup de chevaliers riches, de brahmanes et de bourgeois, qui aiment le Tathâgata et auront soin de ses funérailles solennelles. » — « Ne parle pas ainsi, Ânanda, reprit le Maître. Jadis régnait ici un prince puissant et juste, Sudarçana le Grand. Cette même localité de Kusinârà était sa capitale, aussi riche, florissante et peuplée d'hommes que la ville des dieux, Âlakamandft ', est riche, florissante et peuplée de génies. Rends-toi, Ânanda, à Kusinârà * et dis aux Mallas qui y demeurent que dans la der- 225 nière veillée de la nuit aura lieu Textinction du Tathâgata. »
Ânanda exécuta Tordre qui lui était donné. Arrivé à la ville, il trouva les Mallas, pour une raison ou pour une autre, réunis à Thôtel de ville. Il les avertit du prochain Nirvana définitif du Tathâgata, et les exhorta à ne pas tarder à venir, s'ils ne voulaient s'en repentir plus tard. En apprenant celte triste nouvelle, les Mallas, hommes et femmes, s'abandonnèrent à la douleur et se hâtèrent vers le bois de Salas, pour ne pas venir trop tard. Ânanda, comprenant qu'il serait trop long de les présenter un par un, les groupa par familles et les laissa ainsi présenter au Seigneur leurs humbles hommages.
Vers ce temps demeurait à Kusinârà un moine, nommé Subhadra. A pprenant quel événement allait se passer, il résolut de se laisser instruire de telle façon par « Tascète Gautama » que tout doute (et désir) cesserait chez lui, car il avait la ferme persuasion que « Tascète Gautama » était capable de le faire. Il se rendit au bois de Sâlas et commu-
1. Ces six villes sont aussi mentionnées dans la tradition septentrionale, plus haut, p. 217.
2. Sanscrit : AlakA, résidence de Kubera, dieu de la richesse et surveillant de la région du Nord.
niqua son désir à Ânanda. Celui-ci repoussa sa demande en disant : « Non, Subhadra, cela est impossible ; ne gène donc pas le Tathâgata, le Seigneur est fatigué d. Cette scène se répéta jusqu'à trois fois; quand le Seigneur entendant la dispute, ordonna à Ânanda d'admettre Subhadra près de lui. Arrivé en présence du Seigneur, après rechange des compliments habituels, Subhadra raconta que les principaux chefs de secte, comme Pûrana Kaçyapa et les cinq autres professaient chacun une doctrine conforme à son propre système, mais qu'ils n'étaient pas d'accord entre eux, et que quelques-uns admettaient tels dogmes et rejetaient tels autres. Le Seigneur lui répondit qu'on pouvait laisser ces dogmes de côté et qu'il était prêt à instruire Subhadra dans la Loi. « Toute discipline légale », dit-il, « où manque la noble octuple voie » ne possède pas non plus de premier, de se- 226 cond, de troisième, de quatrième ascète *. * Dans cette discipline légale (c'est-à-dire dans la mienne) se trouve la « noble octuple voie » ; dans celle-ci, on a un premier, un second, un troisième, un quatrième ascète.* Vaines sont les disputes avec d'autres ascètes ; que les moines mènent une vie vertueuse, et il y aura toujours des grands maîtres en nombre suffisant.
J'étais âgé de vingUneuf ans, Subhadra,
Lorsque je devins moine, recherchant la sainteté.
II y a plus de cinquante ans, Subhadra,
Depuis que je suis devenu moine,
Me mouvant sur le terrain de la règle légale,
En dehors duquel il n'y a pas d'ascète.
Subhadra fut tellement ravi de la forme particulièrement claire et compréhensible que le Seigneur avait donnée à l'exposé de la Loi, qu'il fit la confession de foi et demanda à être admis à prononcer ses vœux. Bien que régulièrement le
1 . On explique ces expressions conimc s'il y avait ; « ascète de !•», 2«, 3«, 4^ rang » .
converti d'une autre secte doive attendre quatre mois avant de pouvoir être admis dans l'ordre, Subhadrafut dispensé de ce temps d'épreuve, et, sur l'ordre du Seigneur, il fut admis dans l'ordre par Ânanda. Subhadra fut ainsi le dernier des disciples qui eussent vu le Seigneur face à face *.
Pendant ces derniers moments, le Seigneur donna à ses disciples quelques préceptes sur la manière dont ils devraient se conduire entre eux ; il dit à la fin : « Maintenant, moines, je n'ai plus à vous dire que ceci : toutes choses composées * sont exposées à la vieillesse ; travaillez infatigablement. » Ce fut la dernière parole du Tathâgata ^
* Sur ce, le Seigneur entra dans le premier état de médita- 227 tion ; s'élcvant plus haut, il entra dans le second ; de là dans le troisième ; de là dans le quatrième ; de là il s'éleva jusqu'au point de vue de l'infinité du monde ; de ]à jusqu'à celui de l'infinité de la connaissance ; de là jusqu'à celui du néant ; de là jusqu'à celui du non-conscient et pourtant non inconscient ; de là à celui de la suppression du sens de la conscience *.
Alors Ânanda dit à Anuruddha : « Le Seigneur a rendu le dernier soupir, Anuruddha. » — « Non, Ânanda, le Seigneur n'a pas rendu le dernier soupir; il a atteint le point de vue de la suppression du sens de la conscience. »
i. D'après le rt'cit des Bouddhistes du Nord, chez Schiefner, 293, il meurt immédiatement après être devenu grand-maftre. Hiucn Thsang donne le même détail. Voyage des pèlerins bouddhistes^ II, 339.