Voir SCS Voy. des pèl. bouddh.^ Il
2. Plus haut, p. 215. Couip. Târandtha, Geschic/Ue des Buddhismus^ p. i2«
suite. Il va également de soi que de pareilles divergences n'eussent pu naître si, dès le commencement, dans le sein de rÉglise, on avait commencé par compter à partir de Tannée de la mort du Maître. La détermination de cette date ou soi-disant date a été faite longtemps après; en d'autres termes, on a calculé cette date après coup, comme on savait, dans rinde, calculer avec la plus grande précision Tannée, le mois, le jour et Theure de la création. Il faut, en outre, remarquer que la tentative d'Açoka pour introduire une chronologie bouddhique, a eu peu de succès dans TInde, * en 2.^3 dehors de Ceylan, même chez ses coreligionnaires, car on ne la trouve employée sur aucun des nombreux monuments de Tart bouddhique et du temps de Hiuen-Thsang il n'est plus question de la date du Nirv&na servant, chez les Bouddhistes, de commencement à une ère. Le fait qu'Açoka ne mentionne cette chronologie que dans ses tout derniers édits * ferait supposer que ni à ce moment, ni plus tôt il n'y avait accord sur le commencement de Tère du salut, et que la date fixée ou choisie par lui n'avait l'approbation que d'un parti d'entre les Bouddhistes. Si cette date avait été admise par tous, Torigine des dates divergentes dont parle Hiuen- Tsang serait inexplicable. La supposition la plus simple, c'est que chaque parti ou école avait son propre sentiment et s'y attachait et que, de plus, la majorité des fidèles considérait la chose comme trop peu importante pour en faire un objet de disputes. Peut-on trouver une explication de ces désaccords? (Certainement, pourvu que Ton admette que la date n'a été fixée que par des calculs faits après coup et que les moyens manquaient pour démontrer irréfragablement qu'un «le ses calculs était plus exact que les autres. Un fait important doit avoir été attaché à cette date cherchée; mais pourquoi cet événement se serait-il justement passé sur la
1. Dans les inscri])tion9 datant de la vingt- septième année après ton tacre on ne trouve encore rien de pareil.
terre? Dans Tancien système astroaomique des Indiens, un nouvel âge du monde est annoncé par un événement céleste important et comme Tère du salut, inaugurée par le Buddha,. s'appelle Bhadra et que la période où nous vivons, le Kaliyuga, est appelée Tishya, mot synonyme de Bhadra, il semble bien que le Bhadrakalpa ne soit autre chose qu'un rajeunissement ou imitation du Kaliyuga. Que peut-il s'être passé au ciel qui justifie le choix de Tan 480 avant J.-C.^ comme début d'une nouvelle période? Nous supposons qu'on considérait cette période comme le début d'un nouvel 254 ordre de choses et, par conséquent, * d'un nouveau dharma: moral, qu'on [pouvait rattacher d'une façon mystique au: dharma de la nature ^ Jadis la série des nakshatras ou constellations avait commencé avec les Pléiades; plus tard, lorsque la longitude des Pléiades différait trop de celle du» soleil lors de l'équinoxedc printemps, on fut obligé de faire commencer la série par les Açvins. La longitude du soleil coïncidait ce jour-là avec celle de ^ du Bélier en 442 avant J.-C. ; avec y en 366 avant J.-C. ; avec a en 686 avant J.-C. *.' Comme les Indiens ignoraient la mesure exacte de la précession, il n'est pas étonnant qu'il y ait des erreurs dans leur calcul, et on peut s'expliquer pourquoi ils ne réussirent jamais à s'accorder sur la date précise.
Nous ne pouvons développer ici cette hypothèse, que nous ne donnons que pour ce qu'elle est. Nous voulons seulement y rattacher la remarque que nous ne pouvons adopter la théorie souvent exposée, d'après laquelle toute» les chronologies bouddhiques, sauf celle des Singhalais, seraient à rejeter.
1. Açoka, avec tout ion étalage de zèle pour TËglise, représente let chutes comme si des princes antérieurs s'étaient efTorcés de faire croître le dharma^ c'est-à-dire la justice, la religion, parmi leurs sujets, mais sans grand succèt. Lui, Âçoka, fut le premier qui sut faire fleurir le dharma par ses sages mesures. C'est ce qu'il dit dans sou édit sur la colonne de Delhi (Corpus Inscr, Ind., pi. XX}.
2, Nous devons ces indications à M. le prof. H. -G. Van de Sande Bakhuyzen.'
Cc qui précède montre assez que nous ne considérons comme époques historiques ni la date du Vivâsa, — quel que soit le sens réel de ce mot — ni celle du Nirvana. Tout ce que nous savons, c'est que le Bouddhisme, comme ordre religieux organisé, avec adjonction de membres laïques, exis* tait du temps d'Açoka. Quand et comment il s'était développé avant de prendre cette forme, c'est ce que nous ne savons pas encore. Nous croyons que d^ns une forme plus ancienne, celle d'une religion populaire — née au Magadha ou au Kosala septentrional, — il est très ancien; certains de ses mythes, — en premier lieu celui de Mâra — ne peuvent être plus récents que d'autres mythes que nous trouvons dans rinde \ * Le Bouddhisme, tel que nous le connaissons, 255 fait l'impression d'être un ordre religieux dont le patron est le Buddha — pour ainsi dire, la forme brahmanique du héros solaire; d'un ordre qui a pour base une religion populaire. Les mythes vivant dans la mémoire populaire — mythes qui avaient déjà une apparence moralisatrice — ont été habilement mis en œuvre par les moines; ceux-ci les ont rattachés à des idées métaphysiques et les ont remaniés de manière à les faire servir à l'éducation morale du grand public. L'idéal d'une vie spirituelle, tel qu'il était conçu dans les écoles des brahmanes et des ascètes, fut adapté par les moines bouddhiques aux besoins des bourgeois et des gens du peuple, pour que ceux-ci pussent paiement jouir des bienfaits de la philosophie.
Il est fort possible que l'Ordre ait été fondé — quel que soit d'ailleurs le sens précis qu'on attache à ce mot — par un seul homme particulièrement doué — de même, par exemple, qu'il est possible que la Franc-Maçonnerie ait été fondée ainsi. Nous pouvons même, par un effort de l'imagi-
3. PeutH'tre trouvc-t-on un souvenir du fait que la communauté des fidllet laï<|ii('s est plus aucitMHH' que l'Ordre religieux dans l'épisode des deux marchaiid.s Traj)usha vi Hhallika, qui crurent au Seigneur et au Dharma au nioiueut où le Saiigha n'existait pas encore ; voir plus haut, p. 80.
nation, orner ce fondateur de toutes sortes de bonnes qualités, mais nous n'avons pas le droit de dire que Tamabilité du Buddha de la légende ait une autre origine que Tantique croyance d'après laquelle le Buddha, en sa qualité de soleil réchauflant, est manno miltisio. Il est Tidéal du yati ou mukta, tel qu'il nous est dépeint d'une façon si saisissante dans Manu ' :
« Qu'il supporte patiemment les injures, mais qu'il se garde bien, à son tour, d outrager quelqu'un, et qu'il ne commette aucun acte d'inimitié envers qui que ce soit au sujet de ce misérable corps. Qu'il n'entre pas en colère contre l'homme qui s'est mis en colère contre lui; qu'il bénisse celui qui le maudit et qu'il ne laisse échapper aucune parole contraire à la vérité. »
Nous voulons bien admettre que, vers l'an 500 avant J.-C, il se soit montré un homme qui, par sa sagesse et son dévouement aux intérêts spirituels de ses semblables, a fait une toile impression que quelques-uns de ses contemporains le comparèrent à un idéal préexistant de sagesse et de bonté, et que les descendants l'identifièrent complètement avec cet idéal.
256 * Pour la connaissance du Buddhisme au m^ siècle avant notre ère, on trouve, dans les inscriptions d'Açoka des données très importantes mais extrêmement peu nombreuses. Le roi, qui s'intitulait lui-même « le Pieux » [DevAnâmpriya), était certainement un adorateur fervent du Seigneur Buddha, mais il était encore beaucoup plus préoccupé de luimême et prêchait la morale de sa propre autorité. Nous ne trouvons chez lui aucun renseignement sur la mythologie bouddhique ; d'autant plus nombreuses sont les données à ce sujet que nous offrent les restes du magnifique Stûpa de Bhnrhut, lequel, comme le prouve la forme de récriture qui y est employée, doit être du temps d'Açoka ou d'un peu plus