‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 9 sur 196 · En pâli : Channo · texte numérisé non relu

En pâli : Channo

4. La biographie tibétaine (Schiefner, 235) assure qu'au même moment dans les quatre grandes villes naquirent quatre enfants, qui, à leur apparition dans la vie, illuminèrent les régions de l'horizon. Ce furent : Prasenajit, fils de Brahmadatta, à Çrâvastt; Bimbisâra, fils de Mahàpadma, à Râjagrha ; Udayana, fils de Çatântka, à Kauçâmbt ; Pradjota, fils d'Anantanemi, à Ujjayinl. Tous ces personnages jouent un rôle dans la légende.

5. D'après Lalitav, le nouveau-né reste pendant une semaine dans le bois, avec la foule.

6. Nommé aussi Râla-Devala et ailleurs Âsita-D., c'est-à-dire Dévala le Noir; chez les Bouddhistes septentrionaux, il s'appelle d'ordinaire Asita. Il est le révélateur mythique d'un manuel d'astrologie, et bien connu comme tel dans la littérature des Indiens païens.

Étonné de la joie bruyante qui y régnait, il demanda quelle en était la cause. « Eh bien », fut la réponse, « le roi Çuddhodana a eu un fils qui, un jour, assis sous l'arbre Bodhi, deviendra un Bouddha et agrandira l'empire de la Loi, et il nous sera donné de voir ce Bouddha et d'apprendre sa Loi. C'est pourquoi nous sommes si joyeux. »

A peine l'ermite eut-il entendu ce récit, qu'il descendit du ciel sur la terre et s'en alla en toute hâte vers la demeure royale à Kapilavastu, où il prit place sur le siège qui lui fut indiqué, et dit : « J'apprends, ô roi, qu'un fils vous est né. Je le verrais volontiers. » Le roi donna ordre qu'on revêtît Tenfant de ses habits de fête et qu on le lui apportât. Le Bodhisatva nouveau-né ayant été amené, il fut présenté par son père à Termite, afin qu'il saluât celui-ci respectueusement. Mais l'enfant tourna ses pieds ^ en haut et les plaça sur la chevelure toufifue de l'ascète, car il serait inconvenant qu'un Bodhisatva s'humiliât devant qui que ce fût. Dévala, qui comprenait ce que cela signifiait, se leva de son siège, porta les mains jointes respectueusement à son front, de sorte que le roi, voyant ce spectacle extraordinaire, i^endit hommage à son propre fils et se prosterna devant lui.

Dévala, qui possédait la faculté de se rappeler tout ce qui s'était passé dans les quarante derniers âges du monde et de prévoir ce qui se passerait dans les quarante âges suivants % examina les signes au corps du Bodhisatva * et finit 27

1. En sanscrit, le mot qui signiûe « pied » signifie aussi « rayon ».

2. Cependant, il ne put deviner la cause de la joie des dieux dans le ciel. 11 ne faut point croire que ces sortes de contradictions, qui se rencontrent constamment, aient pu échapper à Tattention des conteurs bouddhiques. S'ils n'en ont pas moins respecté ces absurdités apparentes, c'est parce que, par vénération pour la légende, ils n'en ont pas, au moins sciemment, effacé les traits. En effet, s ils n'ont pas agi d'une façon critique, ils ne se sont pas non plus rendus coupables de fausse critique. Rien de plus contraire au véritable esprit critique que cette soi-disant critique des légendes, qui n'est autre chose qu une conséquence d'idées vagues sur l'essence de la légende et Tessence de l'histoire. On critique un récit historique, mais on explique un

par arriver, après quelque réflexion, au résultat que Tenfant était destiné à devenir un jour un Bouddha. Cette prévision lui causa de grandes joies. Mais, comme il se demanda immédiatement après s41 aurait le privilège de contempler le Bodhisatva dans sa complète splendeur de Bouddha, il comprit qu'il serait déjà mort avant ce temps et éclata en sanglots. Les pei*sonnes présentes, ne comprenant pas la cause de ce passage subit de la joie à la tristesse, demandèrent au vénérable vieillard s'il craignait que le jeune prince n'éprouvât quelque malheur. « Non », répondit Dévala ; « il n'éprouvera aucun malheur ; il deviendra sans doute un Bouddha. » — « Pourquoi pleurez-vous alors ?» — « Par ce que je n'aurai pas la joie de voir une telle personne dans sa qualité de Bouddha. Je crois que c'est là pour moi un grand malheur, et c'est pourquoi je ne puis éviter de me plaindre moi-même. » Après avoir proféré ces paroles, il se plongea dans la méditation, afin devoir si nul de ses parents ne pourrait goûter la joie qui lui était refusée. Ses pensées tombèrent sur son neveu Nâlaka '. Le vieillard se rendit en toute hâte à la maison de sa sœur et lui demanda : « Où est ton fils Nâlaka? » — « A la maison. Monsieur mon frère. »^ — « Appelle-le, alors » dit-il. Le jeune homme survint, et son oncle lui dit : « Mon cher garçon ! dans la maison du roi Çuddhodana est né un fils, qui deviendra un Bouddha : dans trente-cinq ans il deviendra Bouddha et tu auras l'avantage d'en pouvoir être témoin» En

mythe ou une légende ; si Ton ne sait pas si un récit est du domaine de l'histoire ou de celui de la légende, on se borne à raconter,

1. Même nom Mahâvastu, II, 33, mais dans le Lalitav. Naradatta. De ce dernier nom, la forme Nalaka (non, il est vrai Nâlaka) peut être un diminutif, conforme à quelque dialecte local. La version du Lalitav., un peu divergente de celle donnée dans le texte, revient à ceci : Dès que le vieil Asita eut compris, d'après la joie des dieux, que Çuddhodana avait eu un fils orné des 32 signes de grandeur future, il appela son neveu Naradatta, lui communiqua rheureuse nouvelle et se rendit avec lui, en descendant du ciel, à Kapilavastu. La prophétie d'Âsita correspond, pour le fond et pour la forme, à la prédiction des brahmanes lors du baptême, dont nous parlerons plus loin.

attendant, tu dois, dès maintenant, entrer en religion*. » *Le 28 jeune homme, convaincu que son oncle ne lui donnerait jamais un mauvais conseil, obéit à cette injonction, se procura des vêtements de moine et un pot à aumô&es, se fit raser les cheveux et la barbe, revêtit Thabit rougeâtre *, et, après avoir en pensée rendu hommage au Bodhisatva, il se rendit à THimâlaya, où il vécut en ascète. Plus tard, lorsque le Tathâgata eut atteint la suprème et parfaite sagesse, Nûlaka alla le voir, entendit sa prédication et retourna à THimâlaya, où il atteignit la dignité d'Arhant (Grand-Maître), et où, sept mois plus tard, arrivé au but de sa carrière, debout près de la Montagne d'Or, il entra dans le Nirvana parfait.

Le cinquième jour après la naissance, selon la coutume, Tenfant fut baptisé et reçut un nom. Pour cette occasion, le palais fut parfumé de toutes sortes de substances odoriférantes et parsemé de fleurs et de graines grillées. Cent-huit brahmanes, complètement versés dans Fétude des trois Vedas, furent invités à cette fête et régalés de mets esquis. Parmi eux il y en avait huit qui excellaient dans Fart de prédire l'avenir d'après les signes du corps. Leurs noms étaient : Ràma, Dhvaja, Lakshana, Mantrin, Kaundinya, Bhoja, Suyâma et Sudatta. C'étaient les mêmes qui avaient, lors de la conception, expliqué le sens du rêve de la Reine.

Après avoir examiné attentivement les signes, sept d'entre eux n'aboutirent qu'à ce dilemme : « Un homme avec de tels signes, s'il reste dans le monde, devient un maître du monde; s'il entre en religion, il devient un Bouddha. » Pen-

2. Dans le Lalitav., Atita dit : « Quand tu apprendras, Naradatta, que le Bouddha a paru dans le monde, pars alors et deviens un moine errant sous son commandement. Ce sera pour toi im avantage, un profit et une joie à jamais. »

!. Chez les Bouddhistes du Midi, la couleur de Thabit est d'ordinaire jaune ; chez ceux du Nord, elle est d'ordinaire rouge. Nous avons adopté un moyenterme.

dant qu'ils s'étendaient sur toutes les splendeurs d'un maître du monde, le plus jeune des huit, l'étudiant Kaundinya ^, remarqua sur le corps de l'enfant les signes distinctifs d'un 29 Bouddha, * et*avec une pleine conviction, il prophétisa qu'il n'y avait qu'une possibilité, que l'enfant ne pouvait devenir qu'un Bouddha, qui ferait briller sa lumière dans le monde.

L'enfant reçut le nom de Siddhârtha ou, selon d'autres, Sarvârthasiddha *.

Dès que les brahmanes qui avaient assisté au repas de baptême furent revenus chez eux, chacun d'eux * appela son fils, disant : « Nous sommes déjà très âgés et probablement nous ne verrons plus le moment où le fils du roi Çuddhodana arrivera à l'omniscience, mais ton cas est dififérent ; tu dois avoir soin, dès que le prince en sera venu là, de te faire admettre dans son ordre. »

En eflfet, les vieux brahmanes ne furent pas témoins de cet événement heureux : ils moururent tous avant de l'avoir vu, à l'exception de Kaundinya, qui était d'ailleurs jeune et fort. Celui-ci renonça au monde, et, dans ses pérégrinations, il arriva un jour à Uruvilvâ ^ : l'endroit lui plut et lui sembla un lieu propice pour y fixer sa demeure. Lorsque, plusieurs années plus tard, il apprit que le prince Siddhârtha avait revêtu la robe de moine, il s'empressa de communiquer cette nouvelle aux sept fils des brahmanes, leur assura que le prince arriverait un jour à la dignité de Bouddha et leur rappela l'exhortation pressante de leurs pères. Trois d'entre eux ne se laissèrent pas persuader ; les quatre autres, avec Kaundinya en têle, entrèrent en religion. Ce sont là les cinq qui figurent plus tard dans l'histoire sous le nom des Cinq Pères

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