‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 91 sur 196 · Caractèkes spirituels · texte numérisé non relu

Caractèkes spirituels

Les caractères par lesquels le Buddha se distingue, au point de vue spirituel, de tous les autres êtres, ont été divisés systématiquement en trois classes, dont chacune comprend un nombre déterminé de propriétés. L'énumération et la classiPication de ces propriétés sont, à quelques exceptions insignifiantes près, communes aux deux divisions de TÉglisc, et appartiennent, par conséquent, à leur ancien héritage commun. On y reconnaît une description de la puissance et de la sagesse surhumaines " du Sage Suprème, propriétés 271 que, d'après la croyance ou la prétention des yogins indiens, le philosophe se peut procurer par le yoga. La place que ces propriétés surhumaines occupent dans le système bouddhique, dilTère peu ou point de celle qu'on leur donne dans le mysticisme du yoga. Les deux systèmes se décèlent comme des modifications d*une conception physico-mythologique beaucoup plus ancienne, d'après lesquelles l'ensemble des classes de caractères distinctifs du buddha ou du yogin constituait une d<^finition de la sagesse parfaite, de la toute-puissance et de la fixité inébranlable de la lumière suprême, vénérée

comme divinité du soleil, du ciel et du temps, et philosophiquement comme la Raison.

Voici cette classification : I. Les Dix Forces [daça bala) : 1. la science de ce qui convient ou ne convient pas; 2. des conséquences (nécessaires) des actes; 3. de la voie qui mène à chaque but ; 4. des éléments ' ; S. de la différence de caractère chez les êtres; 6. de la force relative des facultés (corporelles et spirituelles); 7. de tous les degrés d'extase et de méditation intérieure et de leur influence en tant qu'ils éloignent le péché et amènent un a réveil » ; 8. des endroits où il a jadis demeuré; 9. de la descente dans le sein maternel et de la naissance; 10. delà suppression des virus (ou souillures) *.

D'après ce groupe de dix forces, un Tathftgata est dit « Celui qui a Dix Forces » [Daçabala)^ h. moins que le contraire n'ait été le cas, et que les Dix Forces ne dérivent d'une ancienne épithète Daçabala, donnée au Yogin ' ou Guru suprème. « Guru » peut avoir le sens de « maître ou de « personne vénérable » en général. Si l'on compare la liste des 272 forces donnée plus haut * avec celles qui, dans la note, sont attribuées à Çiva comme Guru suprème, on voit immédiatement que les deux listes contiennent des perfections intellectuelles et morales, mais que dans la liste bouddhique on a évité de mentionner tout ce qui pourrait rappeler le caractère

i . Ceci a Tair très vague, mais plus c'est vague, mieux cela vaut. Le dogme bouddhique ne recherche rien tant que l'équivoque, sous un faux air de précision. Plus les mots admettent de sens divers, plus est grand le nombre de personnes qui peuvent adopter la formule, car elles peuvent la comprendre comme elles veulent. C'est ainsi que l'entrée de l'Église est rendue facile, et que l'Ordre montre la largeur et la libéralité de son esprit.

2. On trouve une dissertation sur les Dix Forces dans Burnouf, ÏAttus^ 781 ; comparer Hardy, M. ofB. 380.

3. A Çiva, représenté comme Guru suprême, on attribue également dix propriétés indestructibles [avyayatâ) : connaissance, absence de passion, magnificence, pureté, véracité, patience, constance, force créatrice, illumination spontanée, domination suprême. C'est ce que dit Vdcaspati-Miçra dans ses notes sur le Yogasûtra, I, 25.

de créateur originairement attribué au Tathâgata. Cependant les traces de la conception antique n'ont pas été complètement effacées ; ainsi le n"" 8 de la liste est une paraphrase du fait que le Luminaire suprème revient fidèlement et invariablement, quand son moment est venu, au même endroit où il a paru auparavant, comme s'il se rappelait les stations du chemin qu'il a parcouru depuis tant de siècles.

II. Les dix-huit Facultés d'Indépendance (àvenika-dharma), dites aussi Buddha-dharmas, ou facultés d'un Buddha, forment la seconde série des signes spirituels d'un Tathftgâta. Ce sont : 1. Connaissance illimitée du passé; 2. de l'avenir; 3. du présent. De là découlent naturellement : 4. parfaite mesure en actions; 5. en paroles; 6. en pensées; en outre ; 7. la force infatigable .de la volonté du Seigneur; 8. de sa prédication de la Loi; 9. de son énergie; 40. de sa méditation attentive; 11. de sa sagesse; 12. de son émancipation. Par suite de ces douze facultés, il est exempt de : 13. légèreté; 14. humeur tapageuse; 15. obscurité; 16. sensibilité; 17. distraction; 18. irréflexion '.

Toutes ces facultés appartiennent, à un degré plus ou moins élevé, à tout sage d'un noble caractère, mais, dans leur plénitude, on ne saurait les attribuer qu'au parfait Tathàgata, le Très Sage et le Très Bon.

III. Les quatre preuves de Clarté ou de Certitude {vaiçdradya) *. Celles-ci consistent en ceci, qu'il s'est élevé jusqu'aux thèses (et certitudes) suivantes : 1® à la thèse que le Tatliâgata a pénétré tous les dharmas (propriétés des choses et devoirs), sans exception, et à la certitude qu'il avait que cette thèse * ne pouvait être supprimée, ni par les dieux, ni 273

1. L explication des six derniers termes dans un commentaire, cité par liurnouf, Lotus ^ 049, est contraire à celle donnée par le dictionnaire indigène qui a le plus d'autorité, « Abhidhànappadipikà ».

2. Vaiçdradya est absence de tout doute et d^obscurité (dans l'esprit), et de toute hi'sitation (de 1 amc), le mot signifie donc aussi bien la clarté et la certitude de rintelligencc, que la confiance en soi-même, Tintropidité.

par les hommes ; 2'' à la thèse que tout ce qui est un obstacle à rimpeccabilité est aussi un obstacle au Nirvftna et à la certitude qu'il avait que cette thèse ne pouvait être anéantie ni par les dieux, ni par les hommes ; 3"* à la thèse qu^il atteindrait le Nirvftna en suivant le chemin qui mène à la délivrance (c'est-à-dire le coucher du soleil), et à la certitude qu'il avait que cette thèse ne pouvait être attaquée ni par les dieux, ni par les hommes; 4'' à la thèse qu'il sait comment anéantir toutes les souillures, et à la certitude qu'il avait que cette thèse ne pouvait être mise à néant ni par les dieux, ni parles hommes ^

Le Tathftgata nous est représenté ici comme un disputeur, qui pose quatre thèses, et met tranquillement l'univers au défi de les réfuter. Nous retrouvons la même conception dans un écrit de l'Eglise méridionale ', où le Buddha lui-même dit : « Je ne vois aucune raison, moines, pourquoi un ascète ou brahmane, un dieu ou démon ou brahma quelconque dans ce monde aurait le droit do me dire que je prétends être devenu un parfait sage sans avoir pénétré jusqu'à la connaissance parfaite du dharma. Et c'est pour cela, moines, que je vis tranquille, sans crainte, sûr de moi. » La seconde thèse est qu'il s'est délivré de toute souillure ; la troisième, qu'il a indiqué certainement les obstacles ; la quatrième, qu'il a prêché le Dharma, qui conduit à la parfaite délivrance de la misère.

Malgré les formes scolastiques dont on a revêtu le dogme de la quadruple certitude, on voit sans peine que c'est cette certitude qui désigne le Tathftgata comme sauveur du monde,

1. Nous avons suivi ÏMlitav.^ 591. Plus brièvement dans Hardy, Eastem Monachism., 291 : « il a atteint la dignité de Buddha suprême; il a vaincu complètement tous les mauvais désirs; il a fait connaître tous les obstacles qui s'opposent à l'arrivée au Nirvana; il sait tout ce qui est bien. » ^ L'expression traduite plus haut par « s'élever jusqu'à la thèse » signifie aussi : « aborder la tâche » et « risquer l'affirmation ».

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