‹ Histoire du Brésil français au siezième siècleChapitre 31 sur 40 · AU CARDINAL DE GRANVELLE · texte numérisé non relu

AU CARDINAL DE GRANVELLE

Monseigneur en prenant congié de vous, ie vous mercie très humblement du bon conseil et adresse (3) qu'il vous a plu me donner ; cella estoyt une des raisons qui plus m'afïectionnoyt à parler à vous. I'ay trouvé que vous, Monseigneur, et Monsgr le cardinal de Lorraine concurrez en ceci; mays il m'avait parlé d'ung sainct personnage de la Société de Jésus qui presche à Ausburg, duquel i'ay oublié le nom, ie ne scay si c'est cellui que me nomez (4). Quoy qu'il en soyt, ie ne

(1) Plombières, chef-lieu de canton des Vosges.

(2) Mémoires de Granvelle, édit. Weiss, t. VIII, p.

(3) On ne sait quel est ce conseil.

(4) C'est à ce projet de Villegaignon que le cardinal Granvelle faisait allusion quand il écrivait de Baudoncourt, le 3 juin 1564, au chancelier, docteur Seld: « Le chevalier Villegaignon a esté aux bains de Plombières, prouchain d'icy, lequel m'a faict entendre qu'il se veult trouver vers sa Majesté Impériale, en la première assemblée que ne fera en l'Empire, pour faire cognoistre le mes-

prétériré rien de tout ce qu'il vous playst me conseiller, vous suppliant de me dire par où ie debvré prendre mon chemin pour aller devers sa maiesté, et en protection de qui ie rao trouvé mectre pour ma seurre garde par les chemins. Si ce n'estoyt que ie m'apercoy de quelque soublagement par les baings, ie partiroys dès demain; mais ie attendre encores quelques peu de iours pour estre plus fort. Estant à Vi, ie *ayré mes mémoires, lesquels ie vous envoyré par articles, et et si ne me donnez meilleur adresse, ie les vous fayré tenir par le vice chancelier de l'empire, auquel i'envoyré mon paquet par le moyen de mons. de Verdun ; i'en envoyré autant à mondit sieur le cardinal ; puis, du iour de mon partement, ie vous fayré tenir aultres lettres, aflin qu'à mon arrivée devant Sa Maiesté (1) ie soye moins nouveau, s'il vous plaist prendre la peine de luy faire quelque mention de mon dessin et aller par devers sadite maiesté. De la Germanie, i'espère passer à Rome ou à Venise, et sur la fin de l'esté, par les galères qui pourront retourner en Espagne, aller trouver su Alteza, ce que ie ne fayré sans le vous escrire, pour me gouverner par vostre bon conseil. Mays une chose pourroyt changer ce mien propos, si la royne (2) se déclaroyt à bon essient contre les aygnos (3), et leur meust la guerre par quelque bon capitaine, dont ie la voy fort desproveue, et ne me mectré à suivre home que ie ne cognoisse bien si elle demeure en ceste rrésolution où ie la voy, de sorte que les choses demeurent

compte auquel les Huguenot/ français tiennent les princes du Saini Empire et les ministres d'iceulx. Il désiroit sçavoir à qui il sepouiroit adresser pour avoir accèz à sadite Maiesté,etieluy ay dit qu'il print son chemin droict vers vous. Il est homme de guerre et de bonne volonté, et qui aung fort beau style latin, et le vous recommande. » Cette dépêche est inédite.

(1) 11 s'agit de l'empereur d'Allemagne, Ferdinand.

(2) Catherine de Médicip»

(81 Huguenots.

au maulvais chemin auquel elles sont avoyées. Et Dieu inspirant le roy Philippe d'entreprendre quelque chose en faveur de l'Eglise, ie ne fauldré à le servir de tel soin, zèle et dévotion que i'ay servi les roys mes maistres, si mon service luy est agréable, soyt contre les Aygnos, soyt contre les Turcs car i'ay délibéré de obéir au conseil et commandement que me feyt d'heureuse mémoyre, le bon Charles, moy estant à Crémone, où il m'envoya, la sieur Gymera mon compaignon : c'est de ne pourter iamais armes sinon contre les ennemis de nostre sainte religion.

le ne vous fascheré d'aultres plus longues lettres iusques à ce que ie soye à Vi, et ne vous tiendré plus long propos que de vous dire que sur le six de may dernier (1) cinquante quatre ou quarante quatre ministres firent un synode en la maison de la Ferté Gauche (sous Jouarre) du prince de Condé, où ils traytoyent de choses contre le Roy tant deshonestes, de sorte que ung d'eulx, en estant estonné en sa conscience et en ayant horreur, vint trouver nostre maistre de Sainctes, docteur en théologie, et luy en feit plaincte, luy déclarant les articles de la communication; lequel de Sainctes envoya ce pénitent ministre à monsieur le cardinal (2) à Bar, où mondict sieur le présente à la Royne, avec les mémoyres,desquelz ie n'ay sceu la particularité. Cella luy pourruit estre cause de la fayre declayrer; nous voyrrons ce qu'elle en fayra. Elle est en une craincte incroyable des Allemanz qu'ils ne reviennent au secours des Aygnos, et cependant elle leslaysse fortifier et augmenter. Toutesfois, m'estant trouvé ces iours passez avec ung de son conseil, ie luy remontray que messire Gaspar de Colligny et ceulx de son parti ne sont ignorans de nostre loy salique, laquelle dit que les biens des rebelles annexés à la couronne par arrêt de la cour, sont

(1 Mémoires du cardinal Granyelle. Edit.Weiss, t. VII, p. 578. (2) Cardinal de Lorraine.

inaliénables,puisaprès ce n'est au prince d'en fayre don ne grâce; qu'en force de ceste loy, ledit de Colligny voyt soy et sa postérité hors de Chastillon, et inhabile d'avoir biens et honneurs en France, sinon par souffrance et tant qu'il playra au prince, duquel la volonté et délibération luy peut estre peu certene ; que cela pourra faire que ledit de Colligni vouldra, en ayant occasion, fayre tuer ceulx qui luy semblera pour fayre aultres loys, et se fortifier d'aultres remèdes. En oultre, que si la Royne veult fayre en ce reguard estindre la loy salique, que le roy Philippe (i ) aura autant de raison de dire que ladite loy ne vault, et ne doibt avoyr lieu en ce qu'elle ordonne de la succession au royaulme, en en déboutant les femmes : car toutes ces deux cautions viennent d'une source. I'ay procuré assez d'aultres moyens pour amener lesdits rebelles en haine et suspicion de ladite dame, et à mon partement ie luy di que i'avoye esté estropié pour son service, combattant les ennemis de la couronne, quoy que l'on en eust dit, et que par la cour de parlement ilz avoyent esté déclarez tels : à quoi elle ne me respondit aulcune chose ; puis en me départant d'elle, elle me feit signe de l'œil, et me feit approcher et me dit : « Asseurez-vous, Villegaignon que ie suis vostre amie. » Ce que ie n'attcndoye d'elle, ayant aultre foys dit que i'estoye trop passionné ; par ainsi i'euz quelque froide espérance qu'elle se ennuiera bien tost de ces gens-là.

En faisant lin, Monseigneur, ie vous supplieré de me tenir tousiours en vostre bonne grâce, et vous asseure que ie ne feray iamais paix avec les ennemis de nostre saincte foy, et qu'ilz me peuvent tenir pour formellement consacré à leur nuire de ce que Dieu a miz de puissance en moy, comme fit Hannibal s'en allant contre les Romains.

singulière prescience de l'avenir ! <Jn sait en efiet qu'à la mort ri'H^nri III. Philippe II réclama le trône de France, en prétendant abolir la loi salique.

Monseigneur ie supplie Dieu vous donner, en très-parfaite santé et longue vie , l'accomplissement de vos nobles désirs.

De Plumières, (1) le 27 de may 1564.

Vostre très-humble et très obéissant serviteur,

VlLLEGAIGNON.

Lettre XIII (2).

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