Guéranger, latliiuUoi
D,y.,..<,utGoogle
avancé duxn*, soit d^ms l'usage quotidien du Lairan et de Saint-Pierre, soit dans le cérémonial pontifical.
L'expression de « modernum officium », nous l'avons vue employée par Grégoire IX au xiii' siècle. Nous rencontrons un siècle plus tôt une expression équivalente dans la lettre déjà citée d'Abailard, où nous voyons distinguer par lui Vantiquum officium , — c'est le nom qu'il donne 1res justement à l'office pratiqué de son temps au Latran, — et une u coutume tant des clercs que des moines, coutume ancienne déjà et encore permiinente-corts«eïurfo tam clericorum quam rnonachoi-um longe ante habita et nunc quoque permanens ». Pour quiconque est familiarisé avec la terminologie du droit canonique, ces expressions d'Abailard reviennent à dire qu'il y a un canon ancien de l'office, lequel n'est plus observé qu'à Rome, et qu'il y a une coutume qui s'est introduite postérieurement à la promulgation de ce canon, et qui est ancienne, et qui est générale, et qui est en pleine vigueur. Ne croyez pas, d'ailleurs, que cette coutume ait rien de l'unité de Vantiquum officium : Abailard nous apprend sans plus tarder que la diversité la plus grande existe dans les usages des clercs, sans parler de ceux des moines : <i In diviais officiis... diversas et innumeras Ecclesiae consuetudines inter ipsas etiam clericos*. n Voici donc, au xii' siècle, nettement défini l'office moderne par rapport à l'ancien office romain.
1, Abaelard., Epiilu!., X.
l'office moderne et les BBÉVlAIilES 159
Dégageons les caractéristiques les plus générales de cet office moderne non romain.
Nous possédons un petit traité liturgique du xii' siècle, qui est à cet office moderne ce que les traités d'Amalaire et de Bei^old sont au pur office romain ancien. Ce petit traité est le Rationale de Jean Beieth. Jean Beieth était-il normand, poitevin, parisien ou amiénois? Ou ne le saurait dire. Les dates mêmes de sa vie sont indécises, et l'on ne sait de lui que deux choses sûres : qu'il écrivit son livre à Paris, « apud nosiram Lutetiam, » comme il dît; et qu'il était, lui-même le dit aussi, contemporain de la bienheureuse Elisabeth de Sch&nau, laquelle mourut en 1165 '. Le Rationale a dû être écrit entre 1161 et 1165. C'est un livre plein de science et aussi de grâce littéraire. Jean Beieth est le Joinville de la liturgie. Il décrit et commente l'office pratiqué à Paris vers le milieu du xii' siècle. Ce lui est une occasion de nous apprendre que les clercs de son temps étaient loin d'y être aussi exactement fidèles que le devoir l'eut voulu. Sans doute ils n'allaient pas jusqu'à imiter ces prélats et ces clercs du ix° siècle dont parle la Benedictio Dei, qui s'attardaient la nuit à boire jusqu'au chant du coq et exécutaient l'office nocturne Dieu sait comme, avant de se coucher, et le matin s'acquittaient de l'office diurne en même temps que de leur toilette. Ils ne commettaient pas davantage la faute
1. mil. lia. de la France, t. XIV, p. 218-222. Le texte même du Rationale, tel qu'il est imprimé depuis le xvi° siècle, est sujet à caution. Il conTient de rapprocher du Rationale de Jean Beieth le très important Liber canonici ordini» el eccletiaaiicorum ogieioram per tolum aanuta, oiionjme du un* siècle, découvert et publié d'après un ms. de Paaaau par E. Amort, Vetas dUcipliaa canonicorum, Venise, 1747, pp. 932-1048, un teite que j'oi eu trop tard & ma disposition pour l'ulillier.
contre laquelle saint Pierre Damiea met en garde les clercs du xi' siècle, tentés de réciter le matin en une fois tout l'office, pour aller ensuite plus librement à leurs affaires séculières ' . Mais la tiédeur des contemporains de Jean Beleth n'en était pas moins attristante k son cœur d'homme d'Église. « Hélas ! écrit-il, la raison d'être du culte divin est à ce point perdue de vue, que les écoliers se lèvent aujourd'hui de meilleure heure que les ministres de l'Eglise, et que les passereaux chantent plus tôt que les prêtres, tjint la charité s'est refroidie dans le cœur des hommes! » Et ailleurs : « Combien en est-il parmi nous qui se lèvent allègrement avec le soleil pour l'office? A ce point, ici, nous ressemblons aux prétendants de Pénélope, natiin medios dormire dics! Et que parlé-je de l'office nocturne? Coqibien en est-il qui s'acquittent consciencieusement de l'office diurne? Non vraiment, s'il est permis de dire ce qui est, peu, bien peu*! »
L'office moderne, et c'est la première caractéristique qu'on lui reconnaîtra, avait dû s'accommoder à cette paresse des clercs, en s'abrégeant. !I y avait beau temps que les antiennes ne se disaient plus qu'en tète et i la fin des psaumes , et n'étaient plus reprises à chaque verset; et que les répons n'avaient plus qu'un verset chacun et qu'une doxologie pour trois. C'était là une réforme qui datait de l'entrée en France de l'office romain. Les doubles offices des fêtes des saints, conservés au xii° siècle encore par l'Église romaine, n'étaient point entrés dans l'usage général des Églises franques *.