Bed., De art. melric
Salvete flores martyrum, ce court chef-d'œuvre de grâce et de tendresse.
A Sédulius (-j- 494?), l'harmonieux et pâle versificateur du Carmen pasckale, on avait emprunté quelques strophes de son hymne alphahétique sur la vie et les miracles de Notre Seigneur, pour former l'hymne des laudes de Noël, A solis ortus cardine, d'une part, et l'hymne des matines de l'Epiphanie, ffosiia Herodes impie, d'autre part, deux hymnes selon la formule ambrosienne,
A Fortunat (-J- 003?), le seul vrai poète de l'Église d'Occident, cet émigré d'Italie, évêque de Poitiers, dont la facilité rappelle Ovide et la gravité saint Ambroise, à Fortunat appartiennent les deux hymnes du dimanche delà Passion. 11 avait composé l'une en l'honneur d'une insigne relique de la vraie croix donnée par l'empereur J ustin à sainte Radegonde ; et il l'avait écrile en iambiques ambrosiens :
Ve-xilla régis prodeunt, fulget crucis mysteriu/n,
suspensus est paiibulo...
L'autre, qui se rapportait k la même inspiration, était écrite dans le mètres des chants que chantaient, dit-on, les soldats romains dans les triomphes, le tétramètre trochaîque catalectique :
Pange, lingiia, gloriosi praelium c
et super crucis tropaeo die triump/ium nobilem, qualitcr redemptor orbis immolatus vicerit ' .
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l'office moderne et les bréviaires 177 Enfin, l'hymnaire bénédictin s'était ouvert aux poètes de la renaissance carolingienne, familiers avec les mètrea de la poésie lyrique païenne, et ne craignant plus de les introduire dans la gravité de la liturgie. Ainsi Paul Diacre (■]- 797), qui n'avait pas écrit que selon la formule amfarosienne l'hymne de la fête de saint Benoll, Fratres alacri pectore, mais qui était l'auteur de l'hymne de la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste, oii l'austère précurseur est chanté en sautillantes strophes saphiques :
Ut queant Iaxis resonare fiiiris mira geatorum famuli luorum solee poUuti labii reatum, sancte Jofiannes!
et l'hymne (l'authenticité en est controversée) des vêpres de l'Assomplîon de la Vierge, celle-ci en strophes alcalques pompeuses et essouflées :
Quis possil amplo famine praepoiens digne faieri praemia virginis, per quant veternae sub laqueo necis orbi reteaio rcddita vita est.
Ainsi Raban Maur [| 856), ou tout au moins son école, à qui revenait l'hymne des vêpres de l'Ascension, en strophes asclépiades :
Fesium nunc célèbre magnaque gaudia compellunt animas carmlna promere.
Qua chriëtui hora tiliU et de VAgnoscal omne aatculam. Autant, et avec pins de décision, de VAvt marit ttelta. Voy. Léo, Venanii Fortuaali opéra poet. (Berlin, 1881), p. 3SÏ-386.
Hiitoire du Brèfiaire romaài. 13
y., Cookie
cum Christus solium scandit ad arduam coelorum pius arbiler ' .
A cette même renaissance carolingienne, et non à l'âge austère où l'hymnologie ambrosienne était seule reçue, on attribuera les hymnes anonymes suivantes : — en strophes saphiques, le Nocte surgentes vigilemus omnes et le Ecce jam noclîs tenuatur umbra, que l'on met sans raison sous le nom de saint Grégoire le Grand j le Quod chorus vatum vencrandus olim, de la fête de la Purification; le Christe sanctorum decus angelorum, de la fêle de saint Michel; le Martyris Ckrisù eolimus iriump/ium, de la fête de saint Laurent; le Christe sanctorum decus atque virtus, de la fête de saint Benoit; le Iste confeasor domirii sacratus, du commun des confesseurs, et le Virginis proies opifexque matris, du commun des vierges ; — en strophes asclépiades, le Gaude eisceribus mater in intimis, de la fête de la Nativité de la sainte Vierge, et le Sanctorum meritis inclyta gaudia, du commun des martyrs.
Mettons à part de ces œuvres limées de lettrés deux admirables choses, dans leur rudesse de facture : l'hymne de la Dédicace, écrite sur le modèle du Pange Ungua de Fortunat :
Urbs beata Jérusalem, dicta pacia vîsio, quae coiistruitur in coelia vifis ex lapidibus, et angelia coornata ut sponsata comité !
et l'hymne en trimètres iambiques, souvent mais sans autorité attribuée à Elpis, femme de Boêce, l'hymne de
latmi aeoi carolmt (Berlin, 1880), t. I.
DigilicJbïGoO^lc
l'office hodeiikb et les dràviaires 179 la solennité des saints apAtres Pierre et Paul, où l'on sent passer comme le souffle de la dévotion écuménique pour la Rome du prince des apôtres :
Âurea lace et décore roseo,
lux lacis, omne perfudiati saeculum, décorant coelos incUta marlirio
O Roma felir, quae tuorum priitcipum^ ..
, rhymnaire des Bénédictins s'était formé des hymnes, soit métriques, soit rythmiques, que l'on appelait arabrosiennes : c'avait été le noyau primitif de rhymnaire, et ce noyau avait été constitué au vi' siècle. La renaissance littéraire carolingienne l'avait orné de pièces choisies de Prudence, de Sédulius, de Fortunat, et enrichi de compositions de moines poètes comme Paul Diacre et Ruban Maur. Cette anthologie avait été l'œuvre des moines, elle était aussi la chose des moines. A la fin du viii* siècle et au commencement du !x", sous l'influence victorieuse de l'Église romaine, si invinciblement opposée à admettre l'hymnaire dans sa liturgie, on put croire que l'hymnaire allait être proscrit de l'usage ecclésiastique. Les Églises franques y renoncèrent en adoptant la liturgie romaine. Nombre de monastères franks, dans leur zèle à s'inspirer de cette même liturgie romaine, y avaient renoncé également*. 11 y eut un moment, à la fin du viii' siècle, oii les hymnes purent être considérées comme généralement
1. Voj. L. Traube, O Roma aobilii, philol. VaUriuckangea (Munich. 1891), pp. 3-13.
2. Calambaa., Regala coenobialU, n. 7. Lup. Ferrarien., Epiitut., cm. PaalDioc, EpUtul.,l.
abandonnées des clercs et méine des moines, à l'exception de quelques abbayes, connue le Mont-Cassin et Fulda, où l'on en chantait et où l'on en composait encore, témoins Paul Diacre et Raban Maur. Mais ce ne fut qu'un moment. Cette influence unifiante de Rome sur les choses liturgiques ultramontaines cessa bientôt. Déjà, dans la première moitié du ix° siècle, un moine de Fulda, mort abbé de Reichenau, Walafrid Strabon (-j-849), témoigne que beaucoup d'Églises ultramontaines avaient repris l'hymnaire : ■ Quamvis in quibusdam ecclesiis hymni metrici non cantentur. . . , n écrit-il * . A la suite, c'est-à-dire à dater du pontifical du pape Jean VIII (872-882), commence pour le Saint-Siège une période douloureuse d'effacement, de servitude et d'impuissance, La chrétienté latine est en travail d'un ordre nouveau de choses ; l'empire carolingien a disparu ; la féodalité, et avec elle Témiettement de toute centralisation, engendrent l'anarchie des usages ; la rivalité des Eglises aggrave cette anarchie, et la consacre. Mais en même temps que s'éclipse l'étoile de Rome et que les Églises italiennes, germaniques et franques se féodalisent, pour leur pire décadence, apparaît la puissance nouvelle qui doit restaurer tant de ruines, et cette puissance, puissance bénédictine, n'est autre que Cluny (910). L'influence de Cluny sur la réforme de l'Église au x' et au xi' siècle a été capitale et décisive. Cette influence s'est étendue jusqu'à la liturgie inclusivement: nous aurons à en donner nombre de preuves, mais c'en est une preuve aussi que la remise en usage de l'hymnaire, et d'un hymnaire qui n'est point quelconque, mais exactement l'hymnaire bénédictin.