‹ Histoire du bréviaire romain (volume 2)Chapitre 121 sur 190 · L OFFICE MODERNE ET I · texte numérisé non relu

L OFFICE MODERNE ET I

l BREVIAIRES

La récitation quotidienne de l'office canonique, soit à Rome, soit ailleurs, exigeait que les clercs qui y étaient astreints en possédassent le texte, et ce texte constituail une immense écriture*. Jean Beleth énumère les différents manuscrits que l'office canonique comporte : l'antiphonaire, c'est-à-dire le volume qui renferme le texte tant des antiennes que des répons ; la bibliothèque, c'est-ii-dire l'Ancien et le Nouveau Testament pour les leçons du nocturne; le passionnaire, qui renferme les légendes des saints martyrs ; le légendaire, celle des saints non martyrs ; l'homtliaire, ou recueil des homélies sur les évangiles du temps; enfin le sermologus, qui donne les sermons et traités des saints Pères'. Chacun de ces livres sera peut-être en plusieurs tomes, Jean Beleth en fait l'observation. Et nous n'avons pas compté le psautier, ni le sacramentaîre, ni le martyrologe. Je veux qu'un chapitre, qu'un monastère, qu'une collégiale, n'aient point de peine à acquérir et à conserver un si volumineux et si coûteux ensemble. Mais les humbles prieurés, mats les paroisses rurales, mais les clercs pauvres? N'y avait-il pas nécessité, du jour ou l'ofEice canonique devenait un devoir commun à tous les clercs, de rendre la récitation de cet office plus pratique à chacun individuellement? N'était-on pas amené à réduire en un livre portatif et unique, en un seul manuel, toute la collection de livres divers, dispendieux et inamovibles que l'office canonique exigeait ? De là les

1. Joonn. Beleth, RailonaU. 60. Cf. Sicard. Cremon.. Miirale, V, prolûg.

2. Vof. l'inscription de Sainte-Marie-in-Casmcdin, de l'an 902, ap. Tommasi, t. IV, p. 358, énumërant quelques-uns des livre» de chœur de cette hasilique.

nSatolre du Bréviaire romain. U

Le mot et la chose .ipparaissent pour ta première lois au déclin du vui' siècle. Alcuin (804) était l'auteur d'un abrégé de l'office divin, abrégé qu'il :tvnit dédié à l'empereur Gharlemagne et dont nous possédons un exemplaire écrit spécialement pour Charles le Chauve : une sorte de bréviaire de la cour carolingienne '. Mais cet abrégé d'office n'a à peu près rien de commun avec le texte de l'ofûce des clercs, et il n'est surtout pas fait à leur usage. Dans sa préface, Alcuin lui-même prend soin de marquer que clercs et moines ont leurs heures canoniques fi eux propres, et qu'on lui a demandé simplement de rédiger un office moins long pour les laïcs qui sont dans la vie active : a Bogasiis ut scriberemus vobis breviarium commatico sermone, qualiter homo laîcus qui adhuc îri activa l'ita consistit per dinumeratas koras lias Deo supplicari debeat. n Alcuin assigne à chaque jour de la semaine un nombre de psaumes ; ces psaumes sont groupés selon leur affinité à une pensée mystique, différente pour chaque jour , le lundi la reconnaissance, le mardi la contrition, le vendredi la passion de Notre- Seîgneur, et ainsi de suite. Chaque jour a une litanie de saints qui lui est propre, et qui est rédigée de manière à épuiser en six jours les principaux noms du martyrologe. Chaque psaume est suivi d'une oraison. Pas de leçons scripturaires, encore moins de leçons palristiques ou hagiologiques. A la suite de la psalmodie, quelques belles prières ou élévations, tirées de saint Augustin, de saint AmbroJse, de saint Cyprien, de saint Grégoire le Grand, de Bède..., ou, au même

1. Voyez M. Msjer, Ueber Jas Gebetbuùh Karl det Kaklea m der i. Schatikamiatr !n M/incken, dans les Sitiungsberichte drr philos, philol. u. hiit. Clatae der Ah. dcr Wiii. de Manicfa, onn. 1883, p. 424-436. — Cf. P. L., t. Cl, pp. 1383-1416.

l'office kodbrne et les bréviaires 195

litre, quelques hymnes métriques, comme le Ckrisie coclesùs medicina Patris, le Pange liiigua gloriosi ou le A solis ortas cardiiie. On le voit, le bréviaire d'Alcuin n'est pas un abrégé de l'office canonique romain du vni° siècle, puisqu'il ne garde de cet office ni l'ordre ni même l'idée; c'est un eucoioge pieux', érudit, varié, à l'usage des laïcs, et comme une fantaisie liturgique de prince. Mais cet essai d'Alcuin, essai demeuré isolé *, consacre l'emploi d'un mot qui lui survivra : le mot de bréviaire ^.

On ne s'attend assurément pas à ce que les premiers bréviaires, c'est-à-dire les premières sommes de l'office canonique, viennent de Cluny : l'esprit de Cluny n'allait pas a réduire ainsi l'office canonique ii sa plus simple expression. Mais on sera peut-être surpris d'apprendre qu'ils nous viennent du Mont-Cassin. De fait, le plus ancien manuscrit nous donnant en un volume la somme de l'office canonique est un manuscrit cassinésien. Il appartient aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine de Paris ^. Ce beau livre, d'une calligraphie lombarde remarquablement pore, orné de belles initiales dans le goût roman et de peintures à pleine page de style byzantin, contient un catalogue des papes, un catalogue des empereurs de Constant! no pie, un catalogue des ii''^ s du Mont-Cassin, enfin une chronique du Mont- ,sin ; toutes pièces chronologiques s'accordant ù fixer

l'an 1099 (d'août à décembre) la date où ce manuscrit

1. Voyez pourtant le Breeiariam psalleiîi de Prudence, évèque de Trojes {861), dans Migne, P. L., t. CXV, p, 1449 et auiv.

2. Sur ce mot. toj. Microlog., 28, et Garbert, Yet. tilurg., t. Il, p. 17". Cf. Baeumer, Kathalik. 1890, t. JI, p. 511.

3. Cod. Mazarin., 364. Cf. A. Molinier, Calai, des mu. delabiU. Mazarine, t. I, p. 132-3.

a élé écrit. De plus, le calendrier témoigne qu'il a été copié pour l'usage propre de l'abbaye. C'est bien un livre d'office du Mont-Cassin que nous avons entre les mains, et ce livre d'office est un bréviaire. Négligeons, en effet, une série de pièces adventices qui s'intercalent sans ordre dans le manuscrit (un rituel de la communion, un ordo pour faire les moines, une série de prières du seigneur Pierre, évéque d'Ostie », saint Pierre Damien...), et qui n'ont point trait à l'office canonique. 11 nous reste : 1" le texte du psautier, suivi du texte des cantiques, puis du Gloria in excehis, du Te Deam, du Pater, du Credo, du Quicunque vull, des litanies des saints ; — 2° l'hymnaire (hymnes du commun du temps, du propre du temps, du propre et du commun des saints) ; — 3° le sacramentaire ou texte des collectes ; — 4° le texte des bénédictions pour les leçons et des capitules ou leçons brèves pour toutes les heures ; — 5° le texte (antiennes, psaumes, leçons, répons} de l'office de la dédicace ; — 6° antiennes pour l'office des morts ; — 7° enfin le texte des leçons et des répons du commun des saints (apôtres , martyrs , confesseurs, vierges). Il ne manque à ce bréviaire cassinésien pour être complet que le texte de l'office du propre du temps et du propre des saints. Or, ce complément de l'office que le bréviaire de la Mazarine ne nous donne pas, on le rencontre dans un manuscrit contemporain du bréviaire de la Mazarine, c'est-à-dire de la fin du xi° siècle : là nous avons les leçons scripturaires, les leçons patrisliques et les leçons hagiologiques du temporal et du sanctoral, chacune suivie de son répons. Et ce second bréviaire ou essai de bréviaire est, lui aussi, cassinésien *.

1. Cad. Casinen., 110. Cf, Bibliotl.eca CasineniU, t. III.pp. 1-

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