L. P., t. II, p. 52; t. I,p.4SS
chanter l'office. Et, comme île sont tout ensemble clercs et moines, leur office sera double.
Clercs, ils prennent part à l'office quotidien des clercs, j'entends l'office viglUal. Moines, ils y ajouteront l'office diurne propre aux moines, tierce, sexte et none. Parlant de la restauration par Grégoire II (715-731) des monastères de Sain t-PauI -ho rs-les -murs, l'historiographe pontifical écrit :
... Mooasteria que sccus baBilicnm aaocti Panlî apostoli erant ad solitudincm deducta innoïavit ; atque ordiaaiis servis Dei monachia coogregalionem posl loQgum lempus constiluit, ut tribus per diem vtcibus et nûctu malutinos dicerent.
Et comme on pourrait ne pas attribuer à ces expressions toute leur valeur, il les répète peu après, en marquant mieux ainsi le caractère canonique :
... Monaslerium juxta [ecclesiam aanctae Dei gene- Irecis ad praesepe] posilum sancti Andreae... ad uimiam dcductns desertioDem... restauraos, monachos faciens, ordiaavit. ut terliam sextam et nonam vel malutinos in eadem ecclesia sanctae Dei genetrecis cotidianis agereot diebua ; et manet ouDC usquc pia
En d'autres termes, les moines de Saint-Paul et de Sainte-Marie-Majeure, au commencement du viii* siècle, chantent dans la basilique l'office vigilial nocturne [nociu malutinos.) ; et, en outre, tierce, sexte, none, le jour [tribus per diem vieibus).
Encore quelques années, et il ne s'agira plus seule-
LES OttIGINES DE fORDO PSALIENDI ROMAIH 65
ment de tierce, sexte et none, mais de prime et de vêpres. Voici comment s'exprime l'historiographe du pape Hadrien [775-795) :
Cum. ., repperuisset monaslerinm quondam HoDorii papae in nimia desolatione per quaudam neglegepliam CTenire, ...a ooviter eum aedificavit atque dilavil, et abbalem cum ceteros monarbos regulariler ibidem vila degentes ordinavit. Et coDstituit eos in basilica Salvatoris... juxta Lateraneose palriarcbio posita oflicio celebrari, hoc est matutino, ora prima et tertia, sexia seu nona, otiam et vesperlina, ab uno cboro... monacbi monasterii sancii Pancratiî ibidem posito, et ab altero choro monachi jainfati mooaaterii saocli Andreae et Bartholomei qui appellalur Hoaorii
II spécifie que les moines des deux monastères du Latran auront à chanter l'office {glori/îcos melos... hymniferis c/iorïs... psallenies) en chœur dans la basilique, l'office nocturne des vigiles [matutino] et l'office diurne de tierce, sexte et none, auquel s'ajoutent dès lors prime et vêpres. Je relève tes mêmes termes dans un texte voisin concernant les moines de la basilique de Saint-Marc :
...Coi)Btil|iit ut in tilulo beati Marci,.. officinm Aingerent, id est matutino, ho r a prima, tertia et sexia atque nona seu vespera psallerenl'.,.
2. Id., p. Ë07. Et, parlant da monastère de filles attenant k la basilique de Sainte-Eugénie : a... eonttiluU at jagiter iltuc Deo eaaerent laudet, ridelicet hora, prima, tertia, itxla, nona, veipera et matuliao y, {p. 510).
Bittoire du Bréviaire romain, 6
DigilicJbïGoO^lc
Ainsi, au viti* siècle, nous constatons que les moines sont associés par les papes à l'exécution des vigiles quotidiennes des basiliques romaines; et qu'en outre il leur est concédé d'exécuter dans ces mêmes basiliques, pour leur compte de moines, les heures de tierce, de sexte, de none et de vêpres, — ceci dès la première moitié du viii' siècle ; — à la fm de ce même siècle, ils y auront joint prime. Nous saisissons dans ces divers testesla trace de la révolution liturgique qui s'est accomplie à Rome, entre la fin du vti° siècle et le milieu du viii*, sous l'influence monastique : j'entends la juxtaposition journalière de l'oDice vigilial traditionnel des clercs et des heures monastiques. N'y a-t-il mërae que juxtaposition 7 Et l'office vigilial des clercs, tel que le formulait le Liber diarnus au commencement du vu' siècle, n'a-t-il point subi une transformation profonde ? La distribution des psaumes et des leçons à l'office vigilial, cette distribution que nous verrons être, à Rome, à la fin du viii° siècle, si sensiblement différente de ce qu'elle était au commencement du vu" siècle à en juger par le Liber diurnus, n'est-elle point le fait des moines basilicaux? Autant d'innovations monastiques dans le vieil usage clérical romain.
Cette révolution liturgique, qui, je le répète, s'est accomplie à l'intérieur des basiliques romaines entre la fin du vil" siècle et le milieu du viii", est due à l'influence prépondérante de t'usage de la basilique vaticane. Il est certain que, déjà sous Grégoire HI (731-741), tous les jours, à Saint-Pierre, les moines des trois monastères alors existant auprès de la basilique chantaient vêpres devant la confession du prince des apôtres. Nous le Bavons par un texte tout à la fois conciliaire et épigraphique :
LES ORIGINES DE h'ORDO PSALLEKOI ROMAIN 67
...Tria illa monaateria quae secus basilicam apostoli suDt cODBlitula. sanctarum JohaDois et Panli, sancti Stephaoi et sancli Martini, id est corum congregatio, omnibus diebuB dum veaperaa expIcTevint acte canfeEaionein... '.
Et ce même pape Grégoire III, lorsqu'il fonde le monastère de Saint-Chrysogone, dont j'ai parlé plusieurs fois déjà, spécifie que les moines dudit monastère chanteront les louanges de Dieu, dans la basilique de Saint-Chrysogone, non seulement la nuit, mais encore le jour [diurnis atque noclurnis temporihus), selon l'usage de la basilique de Saint-Pierre ;
.. .secuDdum ioslir officlorum eccicsie beati Pctri apostoli.
II restaure et il organise les monastères du Latran :
...ad persolvcnda cotidie sacra officia laudis divine Id basilica Salvatoris... diurais nocluraisque tcmporibus ordinata, juita instar ofEciorum ecclesie bcati Pctri apostoli 3.
Saint-Pierre, la confession du prince des apôtres ! C'était le sanctuaire saint entre tous : la liturgie pratiquée à Saint-Pierre ne pouvait être que le canon même de la liturgie. Les monastères qui desservaient la basilique étaient les plus anciens de Rome, puisqu'ils remontaient à saint Léon : leur usage Était une tradition, et leur tradition avait, ù Rome même, une exceptionnelle autorité. Leurs abbés ou recteurs, qui étaient des clercs, nous l'avons vu , cumulaient leur fonction d'abbé avec celle d'archichantre de Saint-Pierre : ils
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étaient les maîtres liturgistes de l'Eglise romaine. Le liturgiste anonyme frank, dont j'ai dit un mot au paragraphe précédent et à qui je reviendrai bientôt, nous a conservé le nom de trois de ces recteurs, et il les place il la suite des papes Léon, Gélase, Symmaque, Jean, Boniface, Grégoire, comme les plus récents et les plus autorisés liturgistes et cantilénistes de l'Église romaine :
Post istos quoquc Calaleous abba, ibi deserviens ad sepiilcmm sancti Pétri, et ipse quidem aoni circuit cantum diligentissime edidit.
Post hune quoque Mauriaous abba, ipsîuB sancti Pelri apostoli serviens, annalem suum cantum et ipse no bile ordinavit.
Post hanc vero domnns Virbonus abba et omnem cantum annîcirculi magnifier ordinavit'.
Mieux encore, Saint-Pierre était par excellence le sanctuaire de la catholicité latine, et le tombeau de l'apûtre la pierre angulaire de l'Église d'Occident. Tous les yeux étaient tournés vers cette confession auguste. Des pèlerins lui venaient chaque jour des extrémités de la Bretagne, comme des vallées de la Loire et du Rhin. Et pour ceux-là surtout la liturgie pratiquée à Saint-Pierre était le canon même de la lilur^e. L'illustre abbé de Wearmouth, le maître de Bède, Benoît Biscop (628-690), était de ces pèlerins du vu" siècle, si dévots au tombeau du prince des apôtres : cinq fois il fit le pèlerinage d'Angleterre à Rome. A Rome, il avait demandé le plan de son abbaye de Wearmouth. En souvenir de Rome, îl avait voulu qu'elle portât le vocable de Saint-Pierre. A Rome, il