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74 mSTOIHB DU BRÉVIAIRE ROMAIN
rafraîchissaient les frissons légers d'uae aurore d'automne'. »
A Rome, au cours du iv° siècle, non seulement les cryptes hisioriques des catacombes avaient été disposées pour le culte ninsi entendu, mais des basiliques avaient été construites sur Vai-ea de la plupart des cimetières. J'iii nommé Saint- Laurent sur la voie Tibur* tine, il faudrait en nommer bien d'autres : Saint-Silvesire au cimetière de Priscille, Saints-Nérée-et-Achillée au cimetière de Domitille..., et, avant tout autre, Saint-Pierre au Vatican et Saint-Paul sur la voie d'Ostie. Le soin que les plus anciens calendriers (tel le calendrier philocalien de l'année 354) mettent à marquer le locus depositionis des saints qu'on fête, est une preuve que ces fêtes de saints se célébraient précisément au locus deposiitonis. Le sacramentaire que l'on appelle léonien, et qui est le plus ancien missel romain que l'on possède (il est sûrement antérieur à saint Grégoire et certaines pièces du recueil peuvent dater de la fin du iv° siècle), indique pour toutes les fêtes de saints qu'il comprend le lieu oii elles sont célébrées, et c'est toujours dans un cimetière suburbain qu'il donne rendez-vous aux fidèles ;
III non. augUBli natale Bancli Stephani, in cymile-
I. SiAon., Epiitul., CVII, 9. Comparez le texte très important et tout romain fourni par la TÎe laline de sainte Mélanie et conternant la vigile de saint Laurent, Aaaiecla BolUadiana, IBêS, p. 23 : (I Occasio evenil ul et diea Bollemnig et comme moratio beali martyria Laurentii agerctur. Bcatissima ...desiderebol ire in gancti martyrÏB basilicom et pervigilcm ceiebrare noclem ; sed non per-
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LES ORIGINES DE L ORDO PSALLENDI nONAIN 75 VIII id. aiif^usti dsIrIc snncli Xysti, io cymilerio CallUli ; et Felicissimi et Agapeti , iD cymiterio PrnelextntiïiaAppia,elc.
Dans les sacramentaires postérieurs, les stations ne seront pas indiquées autrement. Des homélies du pape saint Grégoire on peut tirer des indications analogues : en effet, en dehors des homélies préchées les jours de station, si le pape prêche au peuple pour le natale d'un martyr, on est sûr que c'est dans la basilique cimétériale de ce martyr, c'est-à-dire dans une église extra muros. Ceci au commencement du vu' siècle.
En cessant toutefois, à dater de 410 et de la prise de Home par les Goths d'Alaric, d'être les cimetières ordinaires des paroisses romaines, et en devenant par ce fait de simples lieux de pèlerinage, les catacombes perdirent nombre de leurs visiteurs et de leurs desservants. Les fossores disparaissent au v* siècle. L'usage de célébrer dans ces vieilles nécropoles des messes anniversaires privées pour les défunts s'éteint au siècle suivant, où nous voyons le pape Jean III (561-574) obligé, pour qu'au moins le dimanche les saints mystères soient célébrés dans les anciens cimetières suburbains, de faire les humbles frais de ce service. Avec le VI" siècle commence l'époque de la ruine lente et de l'oubli. Le siège de Rome par les Goths, en 537, y contribue plus qu'aucune autre cause ; « Nam etecclestas et corpora martyrum exterminatae sunt a Gotliis, a écrit l'historiographe du pape Silvère (536-537) '.
Et les Lombards, au vu' siècle et au viii°, n'étaient pas ennemis à s'abstenir de celte guerre sacrilège.
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Au milieu de ces paniques et de ces ruines, que devnit devenir le culte des martyrs? Allait-on, puisque le locus depositiûnis devenait inaccessible , cesser de fêter l'anniversaire du saint î Le culte des saints ne pouvait-il donc pas immig^rer à l'intérieur de Rome et à l'abri de ses mura ?
Cette immigration du culte des martyrs ii l'intérieur de Rome coïncide avec l'époque ou les églises romaines commencent à se décorer de noms de saints. Les églises de diaconies, fondées au déclin du vi' siècle et au vu', l'avaient été, nous l'avons vu, sous des vocables de saints. Vers le même temps, les titres presbytéraux se donnent à leur tour des martyrs pour titulaires : le ticulus Pudentis devenant Sainte-Pudenlienne, le titulus Priscae Sainte -P ris ca, le tUulus Anastasiae Sainte-Anastasie, le titulus démentis Saint-Clément, Celte transformation des vocables bfisilicaux est achevée au viii' siècle. La même pensée qui a fait donner aux églises de diaconies le nom de saints étrangers à Rome avait fait, et ce dès le v' siècle, consacrer des basiliques de l'intérieur de Rome sous le vocable de la vierge Marie et des saints api'itres. L'anniversaire de la dédicace de ces églises urbaines coïncidait le plus souvent avec la date fixée par les martyrologes à l'anniversaire des saints dont ces églises portaient le vocable. Les fêtes des saints non indigènes s'établirent ainsi les premières dans les églises de l'intérieur de Rome. Puis, à dater du vn° siècle, les reliques des martyrs suburbains, en 648 celles des saints Prime tt Félicien de Nomento, en 682 celles des saints Simplicius et Faustinus de Porto..., commencèrent à être transiérées dans les basiliques de la ville. Au viii" siècle, à la suite du siège de Rome par Astolphe et les Lombards (756), les corps
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LES ORIGINES DE 1,'ORDO PSALLENDl
des principaux martyrs des catacombes elles-mêmes se trouvèrent transportés inlra muroa^.
Et leur culte les y suivit.
Les fêtes des saints cessaient d'être des fêtes cimêlérériales, mais elles ne perdirent pas encore leur caractère strictement local. Là oii était la relique, là se célébrait la fête ; et par analogie, à l'église qui portait le nom du saint appartenait en propre sa fête. La fête du saint devenait une sorte de station. Ainsi les fêtes de la vierge Marie étaient célébrées à Sainte-Marie- Majeure ; les fêtes des saints Côme et Damien dans la basilique de Saints-Cdme-et-Damien; la fête des saints Simplicius et Faustinus dans la basilique de Sainte- Bibiane, et ainsi des autres. Dans l'ordo de Montpellier, qui est du viii' siècle*, on lit la rubrique suivante : l'urchidiacre, à la messe solennelle pontificale, avant de distribuer la communion aux fidèles, doit annoncer la prochaine station en ces termes : a Tel jour est l'anniversaire [natale] de tel saint, soit martyr, soit confesseur, qui se célébrera en tel ou tel lieu, n Ce qui prouve bien que les fêtes du sanctoral, même célébrées intra muros, restaient des fêtes locales. Autre preuve du même fait dans la vie du pape Grégoire III (731-741). Ce pape construit dans la basilique de Saint-Pierre un oratoire « en l'honneur du Sauveur, de la vierge Marie, des apôtres, des martyrs, des confesseurs et de tous
1. De Rossi, Roma lollerranca. t. I, p. 231. Sous Grégoire II( (731-741) l«s anniverBaires dm martyrs ee célèbrent encore par des y[g'iles dans lea catacombea : « Dispoauit ut in cîmiteriis circumquaque positis Romae in die nalaliciorum eorum luminaria ad ïigilia» faciendum... deportentur. » L. P., t. I, p, 421.
2. Ordo de Montpellier inédit, fol. 93. Voyez aur ce document plus loÎD, aui piicea juatificatlvei.
78 HISTOIRE DU BHKVIAinE ROMAIN
les justes » ; il établit que « tous les jours b, après que les a vêpres auront étë dites devant la confession n de saint Pierre, les moines des a trois monastères attachés à la basilique » (Saints-Jean-et-Paul, Saint-Etienne, Saint-Martin) se rendront au nouvel oratoire, et là B chanteront trois psaumes n suivis d'une leçon tirée de l'Evangile et d'une oraison, en l'honneur des saints dont ce sera la fête {quorum nataiicia fuerini). En d'autres termes, l'office de « tous les jours n ne faisant aucune mention des saints dont est marquée la fête au calendrier romain, le pape Grégoire III institue un ofBce commémoratif à part pour les saints, afin que ces saints, fêtés ailleurs, ne soient point oubliés dans la basilique de Saint- Pierre '.
Commentant ce texte de la vie de Grégoire III, M. Duchesne écrit : a La fondation liturgique de Grégoire III n'est pas mentionnée dans les vies des papes ses successeurs, ni dans aucun texte, à ma connaissance. II est probable que l'on se sera affranchi de bonne heure d'un service assez onéreux*, n Ne serait-ce pas plutôt que cette fondation ou rubrique de Grégoire III aura été transformée en une autre qui seule a persisté ? Et quelle autre institution sera-ce que l'extension îi toutes les basiliques urbaines de l'obligation de célébrer les natalitia de tous les saints martyrs et confesseurs du calendrier romain P
A défaut de preuves plus directes, la coïncidence des dates est frappante. En 741, les anniversaires de martyrs sont encore localisés au locus depositionis ou au locua tituU : en 756, siège de Rome par les Lombards et
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LES OBIGINB9 DE h'OBDO PSALLENDl ROMAIN 79
à la suite translation dans l'intérieur de Rome des principaux martyrs des catacombes ; en 772-795, le sancloral général est entré dans le canon de l'ofGce de Saînt-
Passiones BaDCtorum vel gesla ipsorum usque Adriaoï lempora [772-795] lantummodo ibi legebaatur ubt ecclesia ipsius saDCti vel tîtutus erat : ipse vero a temporc suo renuuere jusaitel inecclcsia sancli Pétri legeodas esse coostituit.
Ainsi s'exprime Yordo de la Vallicellane publié par Tommasi ^ Ce n'est qu'un indice. Ce qui est plus qu'un indice, c'est que les liturgisles carolingiens, qui vont transporter en France l'office canonique romain, ne connaîtront point d'autre régime que celui-là : le sancloral, après avoir été si longtemps tenu en dehors de l'office canonique, devenu partie intégrante de cet office =.
Le moment était venu, en eH'et, et il coïncide (autre et significative rencontre) avec le pontificat des successeurs immédiats de Grégoire 111, oii le canon de l'office observé à Saint-Pierre allait faire la conquête des Églises franques; oii le même sentiment qui avait popularisé à la fin du siècle précédent en Angleterre le carsus et la cantilène de Saint-Pierre, allait faire adopter ce même cursus et cette même cantilène par les évêques franks; et où il n'y aurait pas que des basiliques romaines comme Saint-Chrysogone , mais bien encore de lointaines cathédrales, comme celles de Metz et de Rouen, où l'office divin se célébrerait désormais j'uxta instar officioram ecclesic beati Pétri apostoli. En France,