L'OFFICE CANONIQUE ROMAIN DU TEMPS DE CHARLEMAGNE
Ici est le point culminant de tout le développement historique que nous avons à embrasser. Cinq siècles d'archaïsme; un siècle de préparation prochaine; puis l'âge d'or, deu\ siècles d'âge d'or, le vu' siècle et le vin', durant lesquels s'est formé, dans la basilique de Saint-Pierre, ce cursus qui, avec les moines anglosaxons du vu' siècle, a triomphé du cursus bénédictin; qui, avec les princes carolingiens, triomphe du cursus gallican ; et qui en arrive à être le canon de U chrétienté latine. Moment unique de fortune et de perfection, où il importe de le saisir et de l'analyser.
Les documents où nous avons à puiser sont nombreus et explicites.
Si, en effet, nous n'avons aucun des Libri responsales romains du vni'ou du ix' siècle, nous avons du moins l'œuvre du liturgiste frank Amalaire', qui, en n'ayant l'intention que de commenter et de défendre la lettre de l'office canonique tel que les Églises franques le pratiquaient après la réforme de Pépin et de Gharlemagne, nous a donné une description minutieuse de cet office
1. p. L., t. CV, p. 985 et suit. Mabillon, Yeltra anatecta (éd. de 1723), p. 83-100.
OFFICE ROMAIN t>U TEMPS DE CHABLEHAGNB 83
o-frank et des détails qui le différenciaient dès lors de l'oifice romain pur. Amalaire, clerc de Metz, disciple d'Alcuin, conseiller de Louis le Débonnaire, maître de l'école du palais, était, lui aussi, allé à Rome (827), et ce pour perfectionner sa science liturgique auprès des u ministres de l'église de Saint-Pierre s ; de plus, il avait en mains les " antiphoniers s authentiques donnés par le pape à l'abbaye de Corbie*. Amalaire est donc un excellent témoin des rubriques romaines du temps de Charlemagne. A défaut de Libri responsales romains du viii" siècle, nous en avons un du xu' siècle d'origine romaine, mieux encore provenant de Saint-Pierre même : l'antiphonaire publié par le cardinal Tommasi et aujourd'hui encore appartenant à la bibliothèque du chapitre de Saint-Pierre ^. Document d'époque tardive assurément, mais qu'il suffit de comparer aux rubriques fournies par Amalaire pour constater qu'il représente, à bien peu d'éléments près, la liturgie romaine contemporaine d'Amalaire. On n'en saurait dire autant, il s'en faut, d'antiphonaires plus anciens pourtant, — tel que l'antiphonaire de Compiègne^, admirable manuscrit de la fin du ix' siècle, publié par Mabillon, — parce qu'ils représentent l'ofQce non plus romain pur, mais romano-frank, et cet ofQce adapté à l'usage monastique. A l'ieuvre d'Amalaire et à l'antiphonaire de Saint-Pierre, on joindra avantageusement les ordînes romani, ceux-là du moins qui sont les plus anciens et purement romains, tels Vordo de Saint- Amand publié par M. Duchesne *, ou l'ordo /"■ de