OFFICE ROMAIN DU TEMPS DB CHARLBMAGNE
La description du commun du temps est achevée. Aije besoin de faire remarquer, en terminant, combien l'on y distinguait encore la juxtaposition des cycles? Le vieux cycle ecclésiastique des vigiles nocturnes (vêpres, nocturnes, laudes) , le cycle surérogatoire des prières diurnes (tierce, seste, none), ie cycle tout monastique des exercices conventuels (prime et nomplies) ? Maintenant ces trois cycles, jadis si séparés, se compénctraient et formaient ensemble un seul oUice devenu l'office canonique, ou, pour mieux dire, un seul poème eucologique, dont les fêtes du temps seraient les épisodes.
Les fêles du temps.
Le cycle des fêtes du temps commençait à l'Avent. L'usage de solcnniser les quatre dimanches qui précédaient le grand anniversaire de Noël, usage d'origine gallicane mais ancien, s'était introduit à Rome dès avant le temps de saint Grégoire, encore que postérieurement à saint Léon. Ces quatre dimanches étaient des solennités stationnales : le premier, station à Sainte-Marie-Majeure; le second, à Sainte-Croix-de- Jérusalem; le troisième, le plus solennel, le dimanche Gaudete, à Saint-Pierre*. L'ofïice de ces dimanches était pour la psalmodie l'office dominical du commun. Les leçons étaient, les trois premières, de l'Ecriture occurrente (Isale); les cinq suivantes des expositions tirées des saints Pères; la neuvième, une homélie sur l'évangile de la messe stationnale. Les répons devaient
1. Le quatrième n'eut pas de station avant le xii* liècJe. Tommasi.t. IV, p. 30.
donner à l'ofTice sa physionomie propre; et cela est si YTaî que tout Toflice tirait son nom de l'inclpit du premier répons; ainsi, pour désigner loffice du premier dimanche de l'Avent, on disait : l'office Aspiciens a longe. Amalaire ne dit pas autrement.
Je regrette infiniment de n'être point musicien, de ne point jouir de lacantilène de ces compositions responsorales, et d'en être réduit à les juger comme nous jugeons des parties chorales des tragédies antiques. Mais comme, à ce simple critérium, il reste encore de beautés à ces répons du propre du temps, à ces compositions ingénieuses et éloquentes, à ces humbles centona qui arrivent à parler un langage dramatique et éclatant, et à ranimer dans le sanctuaire des basiliques comme le dialogue du chœur de la tragédie grecque! Ainsi cet admirable répons du premier dimanche de l'Avent, le répons Aspiciens a longe, où , prêtant à Isale un rôle qui rappelle une scène célèbre des Perses d'Eschyle, la liturgie faisait adresser au chœur muet par le préchantre ces paroles énigmaliques :
Aspiciens n longe ecce video Dei potentiam vcnientem, et Debulam lotam lerram tegeutem. Ite obviam eî et dicite : Nunlia nobis si lu es ipse qui regoatu-
rus es in populo Israël.
Et tout le chœur, confondant en un ensemble profond les voix graves de ses moines et les notes claires de ses petits lecteurs, reprenait, comme l'écho tumultueux de la voix du prophète.
e video Dei poleutiam vi rram tegentem.
D,g.licJbïG00^lc
OFFICB nOMAIN DO TEMPS DE CHAHLEMACN'E 105
f. Quique lerrigeoae et filii homipum, simul i inum. dives et pauper !
Ite obviam cï et dîcile.
y. Qui régis Israël , intende. Qui deducis velut Qvem Joseph ! Qui sedcs super Chenibim !
Nuntia nobis si lu es ipse qui regaaturus es iu populo Israël.
Mais qu'avait-on besoin d'interroger ainsi l'horizon? Celui qui venait était connu, et il était béni, et il n'y aurait pas de triomphe assez beau pour saluer sa venue.
f, Tollite portas , principes , vestras et elcvaminî portae aetcrnales, et iotroibit.
Qui regoaiurus es in populo Israël.
Gloria Patri el Filio et Spiritui sanclo.
St la phrase du début reprenait en ensemble.
Ce répons du premier dimanche de l'Avent, Ama- Inire le commente avec une juste admiration, car il est un des plus parfaits modèles cjue je sache de ce genre de compositions. Et, sans doute, il en est nombre d'autres dont l'inspiration est loin d'être ni si large, ni si brillante. Ajoutez que, dès la fin du viii" siècle, on goûtait moins, semble-t-il, ces compositions cantilénées : on les voulait plus brèves, elles devenaient étriquées et froides. Le répons Aspiciens a longe compte trois versets; mais, à Rome, on n'en chantait déjà que deux, iiu témoignage d'Amalaire ' ; et la règle se généralisait de n'en donner plus qu'un aux répons. Tels quels, ils ont duré jusqu'à nos jours; et, malgré bien des oppositions, ils se sont maintenus dans l'office privé lui-même. Mais l'habitude où nous sommes de ne redire que les plus médiocres nous dispose mal Jk goûter la saveur de ces petites œuvres antiques, dont quelques-unes [on en citera] sont au vrai de purs chefsd'œuvre méconnus.
Les quatre dimanches de l'Avent, que, sous l'influence d'usages monastiques franks, on devait prendre bientôt pour les étapes d'un temps de pénitence, étaient au contraire à Rome, au vin' siècle et encore au xii', les étapes d'un temps d'allégresse, oii tout était à la joie de la venue prochaine du Rédempteur; et le troisième, le dimanche Gaudeie, avec sa pompeuse station à Saint-Pierre, était le point culminant de cette montée joyeuse vers Bethlehem. Les six jours qui précédaient le 24 décembre antiphonaient leurs psaumes fériaux de vêpres et de laudes d'antiennes où rayonne déjà la lumière de l'étoile ; Rorate coeli...,