Id.. ibid., p
Martinus Abrahao sinu laetus excipitur. Martinus hic pauper et modicus coelum dives ingreditur, hymnis coelestibus honoratur, etc.
Plus heureuse, la vierge Marie avait trouvé à Sainte- Marie-Majeure une presque aussi sévère école que les apôtres à Saint-Pierre. Les mauvais textes n'eussent pas manqué à des fêles comme celles de la Vierge : les cantilénistes romains voulurent ne demander qu'à la sainte Ecriture le thème des louanges de Marie. Nous leur devons les plus gracieux textes du responsoral :
Yi'li speciosam sicut columbam ascendentem super rivos aquarum. euius inaestimabilis odor erat niagnus in vestimentis eius, et sicut dies verni circumdabant eam flores rosarum et lilia couvallium. Quae est ista quae asceadit per desertum sicut virgula fumi ex aromatibus myrrhae et thuris ? Et sicut dies verni...
Ou d'autres, inspirés de plus loin par l'Ecriture, et pénétrés d'une piété tout ensemble théologique et tendre :
Pulchra facie, sed pulchrior fide. beata es virgo Maria : respuens mundum laetaberiscum angelis, intercède pro omnibus nobis. Sancta eî immacalata vii ai tas, quibus te laudibus referam ne scio. Intercède...
Virgo Maria semper laetare, quae meruisti Christum portare coeli et terrae conditorem, quia de tuo utero protulisti mundi salvatorem.
O quam gloriose migrasti ad Christum, beata et venerabilis virgo Maria, cui Abrahae sinus non sufficit, sed coeli palatia patent !
On ne s'étendra pas davantage sur le sanctoral romain de la fin du viue siècle. Mais ce qui vient d'en
être dit suffit à montrer comment, non seulement l'office sanctoral, accession tardive à l'office canonique des basiliques, n'avait pu s'y faire sa place qu'en restreignant et en mutilant ce vieil office, mais encore avait consacré l'introduction dans le style liturgique d'éléments littéraires sensiblement moins purs. Le sanctoral accusait des symptômes de décadence liturgique, en même temps que son succès préparait l'abandon de l'office temporal.
L'office romain, dans cet ensemble que nous venons de décrire, était arrivé à un état de perfection qui ne devait être ni dépassé ni maintenu, ' mais qui méritait incontestablement l'exceptionnelle fortune que lui fit l'admiration des Eglises anglo-saxonne, franque et germanique. Œuvre anonyme lentement et inconsciemment faite, mais œuvre singulière où vivait lame de Rome ! Rome, en effet, y avait mis le meilleur de sa littérature et de son histoire : son psautier, sa bible, ses pères, ses martyrs. Elle y avait mis la marque de sa piété directe et simple, plus historique que subtile; de son esthétique restée sensible aux compositions sobres, larges et harmonieuses; de sa langue brève, claire, concrète, biblique de lexique, hiéronymienne de tour, rythmique de nombre-. Elle y avait mis enfin et surtout sa cantilène, — ce plein chant grégorien que le bas moyen âge a défiguré, que la renaissance a dédaigné, que le XVIIe siècle dans la tradition duquel nous
1 . Sur la prompte décadence de l'office romain en France, voyez Helisachar, Epislul. ad Nidibrium ep. .\arbonen., publiée par M. Bishop, Nette* Archir, t. XI (1885), p. 566-568.
2. Vojei L. Couture, Le cursus ou rythme prosaïque, dans le Compte-rendu du congrès scientifique international des Catholiques. 1891, t. V. p. U'3-109.
vivons encore) n'a plus compris, mais qu'il suffit d'avoir entendu exécuter dans sa notation vraie par les moines de Solesmes ou de Beuron pour y retrouver, avec en plus le charme délicat de l'archaïsme, quelque chose des élégances et des émotions qui ravissaient les pèlerins de Saint-Pierre, et qui dans leur technique étaient l'héritage, et dans leur inspiration le renouveau de l'art antique.
L'office romain du vnie siècle était tout cela.