‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 122 sur 223 · Abaclard., Epistul., X · texte numérisé non relu

Abaclard., Epistul., X

l'office moderne et les bréviaires L59

Dégageons les caractéristiques les plus général'.- de cet office moderne non romain.

Nous possédons un petit traité liturgique du xii; siècle, qui est à cet office moderne ce que les traités d'Amalaire et de Bernold sont au pur office romain ancien. Ce petit traité est le Ratio/iale de Jean Beleth. Jean Beleth était-il normand, poitevin, parisien ou amiénois? On ne le saurait dire. Les date- mêmes de sa vie sont indécises, el 1 on ne sait de lui que deux chos sûres : qu il écrivit son livre à Paris, a apud nostram Liitetiam, » comme il dit : et qu'il était, lui-même le dit aussi, contemporain de la bienheureuse Elisabeth de Sehonau, laquelle mourut en 1165 '. Le Ratlonale a dû être écrit entre 1 1(>1 et 1165. C'est un livre plein de science et aussi de grâce littéraire. Jean Beleth est le Joinville de la liturgie. Il décrit et commente l'office pratiqué à Paris vers le milieu du xn >iecle. Ce lui esl une occasion de nous apprendre que les clercs de son temps étaient loin d'y être aussi exactement fidèles que le devoir l'eût voulu. Sans doute ils n'allaient pas jusqu'à imiter ces prélats et ces clercs du ix siècle dont parle la Benedictio Dei, qui s'attardaient la nuit à boire jusqu'au chant du coq et exécutaient l'office nocturne Dieu sait comme, avant de se coucher, et le matin s'acquittaient de l'office diurne en même temps que de leur toilette. Ils ne commettaient pas davantage la faute

1. Hist. litt. de la France, t. XIV. p. 218-222. Le texte même du Raiionale, tel qu'il est imprimé depuis Le wr sièel - -"j,-t ;» caution. 11 convienl de rapprocher du Ratiunale de Jean Beleth le très important Liber canon ici ordinis et ecclesiasticorum offtciorum per lotum annum, anonyme du xne siècle, découvert et publie d'après un ms. de Pâssaa par B. Amort, Vêtus disciplina eanonieorum, Venise, 17'i7, pp. 932-1048, un texte que j ai eu trop tard à ma disposition pour l'utiliser.

contre laquelle saint Pierre Dainien met en garde les clercs du xie siècle, tentés de réciter le matin en une fois tout l'office, pour aller ensuite plus librement à leurs affaires séculières {. Mais la tiédeur des contemporains de Jean Beleth n'en était pas moins attristante à son cœur d'homme d'Église. « Helas ! écrit-il. la raison d'être du culte divin est à ce point perdue de vue, que le s écoliers se lèvent aujourd'hui de meilleure heure que les ministres de l'Eglise, et que les passereaux chantent plus tôt que les prêtres, tant la charité s'est refroidie dans le cœur des hommes ! » Et ailleurs : « Combien en est-il parmi nous qui se lèvent allègrement avec le soleil pour l'office? A ce point, ici, nous ressemblons aux prétendants de Pénélope, natiin medios dormire dies! Et que parlé-je de l'office nocturne? Combien en est-il qui s acquittent consciencieusement de l'office diurne? Xon vraiment, s'il est permis de dire ce qui est, peu, bien peu2! »

L'office moderne, et c'est la première caractéristique qu'on lui reconnaîtra, avait dû s'accommoder à celte par — des clercs, en ^'abrégeant. 11 y avait beau temps que les antiennes ne se disaient plus qu'entête et à la lin des psaumes, et n'étaient plus reprises a chaque vers I el que les répons n avaient plus qu'un verset chacun et qu'une doxologie pour trois. C'était là une réforme qui datait de L'entrée en France de l'office romain. Les doubles offices des fêtes des saints, cons- p- - ii xne siècle encore par l'Eglise romaine, n'étaient point entrés dans l'usage général des Eglises franques3.

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