Isidor., De off. eccl., I
2. Retrouvées et publiées par M. Gamurrini avec la Peregrinatio s. SiU'iae (Rome, 1887).
3. En voici la formule, d'après Bède : « Metrum iambicum tetrametrum recipit iambum locis omnibus, spondeum tantum locis imparibus. » /u-l \<j-\ \
l'office moderne et les bréviaires 169
effet. Telle mieux encore l'hymne triomphale des martyrs,
Aeterna Christi mariera, que l'on voudrait, pour deux ou trois de ses strophes, qu'elle fût de saint Ambrois
Aeterna Christi munera et martyrum \-ictorias, laudes fer entes débitas, laetis canamus mentibus, etc.
Bien d'autres hymnes seraient à rapprocher de ces deux ambrosiani. Ensemble, au commencement du vie siècle, elles formaient vraisemblablement une collection, une sorte de canon, sous le nom de saint A uib roi se. Et cette collection d'hymnes métrique-, très répandue en Italie, en Gaule, en Espagne, sollicitait une place dans Y or do psallendi.
Saint Benoît ~ 543 la lui fît dans sa règle de l'office monastique. Au nocturne, entre l'invitatoire et les psaumes ; à laudes, entre le répons du capitule et le verset: à prime, à tierce, à sexte, à none, entre le Deus in adiutorium et les psaumes; a. vêpres, entre le répons du capitule et le verset; à complies enfin, entre la lin du dernier psaume et le capitule, saint Benoît prescrit de chanter une hymne, et cette hymne il L'appelle invariablement du nom d'arnbrosianus. Il ne spécifie pas davantage. Mais saint Aurélien4, évêque d'Arles (546- 531), qui rédigeait quelques années à peine plus tard une adaptation de la règle bénédictine pour les monastères de pénitents et de vierges de sa ville épiscopale, décrit à son tour Yordo psallendi qu'il leur impose; et
1. Yoy. J. Kayser, Bcitrage zur Geschichte und Erkliirung cier àltesten Kirchcnhymnen, t. I, p. 462 et suiv.
dans cet ordo il fait, lui aussi, figurer des hymnes, dont il a soin de donner les premiers mots en guise de titre. Nous y retrouvons le Dcus creator omnium et le Jam surgit hora tertia de saint Ambroise. A la suite les ambrosiens anonymes que voici :
Fulgentis auctor aetheris.
Jam sexta sensim volvitur.
Ter hora trina volvitur.
Dcus qui certis legibus.
Splendor paternae gloriae.
Aetcrne lucis conditor.
O rex a e ter ne domine.
Hic est dies verus Dei.
Magna et mirabilia.
Ne croyez pas que pareille collection d'hymnes n'ait été r<- ;ue que dans les monastères gallo-romains. Dès 567, c'est-à-dire quinze ans après la mort de saint Aurélien, un concile tenu à Tours parle des « hymnes ambrosiennes ues dans le canon », — c '< <t-à-dire, on peut conjecturer, mises à la suite des psaumes, — et qui se chantent à Tours. Il ajoute qu'il n'y a pas lieu de s'en tenir aux seules hymnes ambrosiennes; car, du moment qu'il en existe d'auteurs autres que saint Ambroise, et que ces hymnes sont assez belles pour mériter d'être chantées, il convient de les recevoir volumus libenter amplecti a la seule condition (pie les noms de leurs auteur> soient inscrits entête de chacune d'elles '. Les clercs de
1. M.iii-i. t. IX. p. 803: « Licct hymnos ambrosianos habeamus in canone, tamen quoniam reliquornm sunt aliqui qui digni sunt forma cantarl, Yolùmus Libenter amplecti eoa praeterea quorum auctorum nomina Faerint in liinine praenotata... »
l'office moderne et lks bréviaires 171
la province de Tours chantaient donc des hymnes l'office canonique, aussi bien que les moines d'Arles.
En un demi-siècle, 1 innovation de saint Benoît avait fait tout ce chemin. Toutefois, l'exemple donné par l'Eglise de Tours n'était pas sans rencontrer en mainte Eglise une résistance déclarée. C'était à cette innovation que faisait allusion le concile de Braga, en 563, quand il proscrivait de l'office canonique des clerc6 « les usages, soit privés, soit monastiques, que l'on tentait d'introduire dans l'usage traditionnel des Eglises »; et, plus précisément encore, quand il interdisait de rien chanter de poétique dans l'assemblée des fidèles : « Nil poeticc composition in ecclesia psallatur, sicut et sancti praecipiutit canones '. » Cette résistance, faite ainsi au nom de la tradition liturgique, tenait encore ferme au si<cle suivant. On en peut juger par l'énergie avec laquelle le concile de Tolède de 638 la condamne. Nous possédons, y est-il dit, quelques hymnes composées à la louange dé Dieu, des apôtres et des martyrs : telles sont les hymnes des bienheureux docteurs Hilaire et Ambroise. Et ces hymnes sont réprouvées par quelques personnes, sous prétexte que l'on doit recevoir dans la liturgie le texte seul de l'Ecriture sainte. Mais, leur objecte avec grande raison le concile, que diront-elles du Gloria Patri ? El du Gloria in excelsis? Et des leçons de l'office? Et des collectes? Donc, il ne faut pas plus condamner les hymnes que les oraisons, et, en cria, la Gaule et l'Espagne doivent avoir le même usage :
Sicut igitur oraliones ita et hymnos in laudem J>ri compositos nullus vestrum ultcrius improbe t. sed ]><iri modo Gallia Hispaniaque celebrct ; excommunicatione