‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 134 sur 223 · Bed., De art. met rie. t'i · texte numérisé non relu

Bed., De art. met rie. t'i

176 HISTOIRE Dt BRÉVIAIRE ROMAIN

Sah-ete flores martyrum, ce court chef-d'œuvre de grâce et de tendresse.

A Sédulius ~ 494?i, l'harmonieux et pâle versificateur du Carmen paschale, on avait emprunté quelques strophes de son hymne alphabétique sur la vie et les miracles de Notre Seigneur, pour former l'hymne des laudes de Noël, A solis ortus eardine, d'une part, et l'hymne des matines de l'Epiphanie, Hostis Herodes impie, d'autre part, deux hymnes selon la formule ambro. sienne.

A Fortunat ;'~ 603?, le seul vrai poète de l'Eglise d'Occident, cet émigré d'Italie, évèque de Poitiers, dont la facilité rappelle Ovide et la gravité saint Ambroise, k Fortunat appartiennent les deux hymnes du dimanche delà Passion. Il avait composé l'une en l'honneur d'une insigne relique de la vraie croix donnée par l'empereur Justin à sainte Radegonde ; et il l'avait écrite en iambiques ambrosiens :

Vexilla régis prodcunt.

fulget crueis mystcrium.

quo carne carnis conditor suspensus est patibulo . . .

L'autre, qui se rapportait à la même inspiration, était écrite dans le mètres des chants que chantaient, dit-on, les soldats romains dans les triomphes, le tétramètre

trochaîque catalectique :

IJange, linguai gloriosi praelium certami/iis,

et super erucis tropaeo die triumphum nobilem, qualiter redemptor orbis immola tus viccrit { .

1. L'hvmne Que m terra pondus aethera est attribuée à Fortunat. Mais cette attribution manque d'autorité. Il faut en dire autant du

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Enfin, l'hymnaire bénédictin s'était ouvert aux poètes de la renaissance carolingienne, familiers avec les mètres de la poésie lyrique païenne, et ne craignant plus de les introduire dans la gravité de la liturgie. Ainsi Paul Diacre (-J- 797), qui n'avait pas écrit que selon la formule ambrosienne l'hymne de la fête de saint Benoît, Fratres alacri pectore, mais qui était l'auteur de l'hymne de la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste, où l'austère précurseur est chanté en sautillantes strophes saphiques :

Ut queant Iaxis rcsonare fibris mira gestorum famuli tuorum solve polluti labii reatum, sancte JoJiannes !

et l'hymne (l'authenticité en est controversée) des vêpres de l'Assomption de la Vierge , celle-ci en strophes alcaïques pompeuses et essouflées :

Quis posait amplo famine praepotens il igné fateri praemia virginis, per quant veternae sub laquco necis orbi retento rcddita cita est.

Ainsi Raban Maur (7 856), ou tout au moins son école, à qui revenait l'hymne des vêpres de l'Ascension, en strophes asclépiades :

Festum nunc célèbre magnaque gaudia compcllunt animos carmina promere.

Qua christus hora sitiit et de l' Agnoscat omne saecidum. Autant, et avec plus de décision, de Y Are maris stclla. Voy. Léo, Yenanti Fortunati opéra poet. (Berlin, 1881), p. 38i-386.

cum Christus solium scandit ad arduum coelorum plus arbiter { .

A cette même renaissance carolingienne, et non à l'âge austère où l'hymnologie ambrosienne était seule reçue, on attribuera les hymnes anonymes suivantes : — en strophes saphiques, le Xocte surventes vigilemus omnes et le Ecce jam noctis tenuatur timbra, que l'on met sans raison sous le nom de saint Grégoire le Grand ; le Quod chorus vatum venerandus olim, de la fête de la Purification; le Cliristc sanctorum decus angehrum, de la fête de saint Michel; le Martyris Christi colimus triumpJium, de la fête de saint Laurent; le Christe sanctorum decus atque virtus, de la fête de saint Benoît; le Iste confessor doniini sacratus, du commun des confesseurs, et le Virginis proies opifexque matris, du commun des vierges; — en strophes asclépiades, le Gaude visceribus mater in intimis, de la fête de la Nativité de la sainte Vierge, et le Sanctorum mcritis inclyta gaudia, du commun des martyr-.

Mettons à part de ces œuvres limées de lettrés deux admirables choses, dans leur rudesse de facture : l'hymne de la Dédicace, écrite sur le modèle du Pange lingua de Fortunat :

l'rbs beata Jérusalem, dicta pacis visio,

quae construitur in coclis vivis c.r lapidibus, et angelis coornata ut sponsata comité !

et l'hvmne en trimètres iambiques, souvent mais sans autorité attribuée à Elpis, femme de Boëce, l'hymne de

1. Duemmler. Poetae latini aevi carolini (Berlin, 1880), t. I, p. 'i8, 83, 8'i, ett. II. p. 349.

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la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, où l'on sent passer comme le souffle de la dévotion écuménique pour la Rome du prince des apôtres :

Aurea lace et décore roseo,

lu.r lacis, omne perfadisti saeealam,

décorons coelos inclito martirio

hac sacra die, qaae dat reis veniam...

O Rom a felic, qaae taorum pri/icipam{

En résumé, l'hymnaire des Bénédictins s'était formé des hymnes, soit métriques, soit rythmiques, que l'on appelait ambrosiennes : ç avait été le noyau primitif de l'hymnaire, et ce noyau avait été constitué au vie siècle. La renaissance littéraire carolingienne l'avait orné de pièces choisies de Prudence, de Sédulius, de Fortunat, et enrichi de compositions de moines poètes comme Paul Diacre et Rahan Maur. Cette anthologie avait été l'œuvre des moines, elle était aussi la chose des moines.

À la tin du vnie siècle et au commencement du ixe, sous l'influence victorieuse de l'Eglise romaine, si invinciblement opposée à admettre l'hymnaire dans sa Liturgie, on put croire que l'hymnaire allait être proscrit de l'usage ecclésiastique. Les Eglises franques y renoncèrent en adoptant la liturgie romaine. Nombre de monastères franks, dans leur zèle à s'inspirer de cette même liturgie romaine, y avaient renoncé également2. 11 y eut un moment, à la fin du vnie siècle, où les hymnes purent être considérées comme généralement

1. Voy. L. Traube, O Borna nobilis. philol. l'ntersuchungen Munich, 1891), pp. 3-13.

"'. Columban., Régula coenobialis . n. 7. Lup. Ferrarien., Epistul., cm. Paul Diac, Epistul., I.

abandonnées des clercs et même des moines, à l'exception de quelques abbayes , comme le Mont-Cassin et Fulda, où Ton en chantait et où l'on en composait encore, témoins Paul Diacre et Raban Maur. Mais ce ne fut qu'un moment. Cette influence unifiante de Rome sur les choses liturgiques ultramontaines cessa bientôt. Déjà, dans la première moitié du ixe siècle, un moine de Fulda, mort abbé de Reichenau, "Walafrid Strabon (-j-849 , témoigne que beaucoup d'Eglises ultramontaines avaient repris 1 hymnaire : « Quamvis in quibusdam ecclesiis liymni metricinon eantentur..., » écrit-il 4 . A la suite, c'est-à-dire à dater du pontificat du pape Jean VIII 872-882 , commence pour le Saint-Siège une période douloureuse d'effacement, de servitude et d'impuissance. La chrétienté latine est en travail d'un ordre nouveau de choses ; l'empire carolingien a disparu ; la féodalité, et avec elle l'endettement de toute centralisation, engendrent l'anarchie des usages ; la rivalité des Eglises aggrave cette anarchie, et la consacre. Mais en même temps que s'éclipse l'étoile de Rome et que les Eglises italiennes, germaniques et franques se féodalisent, pour leur pire décadence, apparaît la puissance nouvelle qui doit restaurer tant de ruines, et cette puissance, puissance bénédictine, n'est autre que Cluny 910 . L'influence de Cluny sur la réforme de l'Eglise au Xe et au XIe siècle a été capitale et décisive. Cette influence s'est étendue jusqu'à la liturgie inclusivement : nous aurons à en donner nombre de preuves, mais c'en est une preuve aussi que la remise en usage de l'hymnaire, et d'un hymnaire qui n'est point quelconque, mais exactement l'hymnaire bénédictin.

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