Cité par J. Burkhardt, op. cit.. t. I, p
2. F. Arevalo, De hymnodia hispanica (Rome, 1785), p. 385 et Buiv. : Historia uberior de fatis breviarii Quignoniani. (Reproduite par Roskovàny. t. XI, p. 3-'i7.)
salem. C'était un esprit d'une culture austère, un précurseur de la réforme intérieure de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. Il comprit que Clément VII lui demandait de « disposer les heures canoniques en Les ramenant autant qu'il était possible à leur forme antique, de faire disparaître de l'office divin les détails difficiles et les longueurs : on serait fidèle à l'institution des anciens Pères, et les clercs n'auraient plus lieu de se révolter contre le devoir de la prière canonique ». Ainsi s'exprime-t-il dans la préface de son bréviaire. La pensée de la cour romaine était donc sensiblement modifiée : il ne s'agissait plus de prier selon les règles de la « vraie latinité », mais selon les règles des « anciens Pères », ni de flatter le cicéronianisme des clercs, mais de leur imposer un office auquel ils ne pourraient rien objecter. L'humanisme avait cédé le pas à la réforme.
Nouveauté singulière toutefois autant que périlleuse, de parler ainsi de réforme par le retour à L'antiquité, sans préciser de quelle antiquité on parle. Les révolutionnaires d'Allemagne s'exprimaient-ils autrement ? Cet écho, que nous surprenons à Rome de leurs réclamations, est un indice, entre bien d'autres, qu'à un moment donné cette cour romaine, si attaquée par ces violents et ces idéologues, était peut-être le milieu catholique le plus attentif à leurs doléances, le plus prêt à Les entendre, et à répondre à Leurs reproches par toute sa Loyauté*. Mais il est Loisible aussi de voir dans l'essai liturgique tenté par le cardinal Quignonez une sorte d'avance individuelle faite à l'esprit allemand. Là
1. Voyez ce que dit du cardinal Sadolet Richard Simon. Lettres choisies (Amsterdam 1730}. t. I, p. 1(17 et suiv.
est L'intérêt de cet essai, là aussi son vice caché et funeste.
Le cardinal Quignonez se mit à l'œuvre en 1529. Il est prouvé qu'il eut plusieurs collaborateurs : un chanoine de Salamanque, canoniste et helléniste, Diego Neyla; un autre érudit espagnol, Gaspar de Castro; et peut-être un troisième, celui-ci plus connu, Genesius de Sepulveda ' . A la mort de Clément VII (25 septembre 1534 . la constitution du nouveau bréviaire n'était pas arrêtée : elle ne le fut qu'en 1535, sous Paul III.
Encore le nouveau bréviaire parut-il d'abord sous forme de projet soumis au jugement public. Quignonez le déclare lui-même, et il faut l'en croire, il n'avait eu d'autre intention que « d'ouvrir une délibération publique à l'effet de recueillir le jugement de plusieurs ». Cette première épreuve du bréviaire de Quignonez est devenue aujourd'hui extrêmement rare, encore que, de février 1535 à juillet 1536, il n'en ait pas paru moins de six éditions, tant à Rome qu'il Paris. Venise et Anvers : mais récemment l'Université de Cambridge a eu la bonne pensée d'en donner une réimpression2. Les critiques que sollicitait Quignonez ne lui manquèrent pas : la Sorbonne se signala par une censure motivée, dès le 27 juillet 1535 3. « C'est pourquoi, poursuit Quignonez, ayant pesé les avis que beaucoup nous ont