Schmid. p
Le samedi 4 décembre 1563, le concile de Trente prit fin, sans que la commission du Bréviaire eût rien arrêté, sinon de remettre au Saint-Siège le soin de poursuivre et d'achever la réforme du Bréviaire. Lorsque, à la dernière séance, l'archevêque de Catane donna lecture des décrets qu'il restait à approuver et parmi lesquels se trouvait le décret concernant le Bréviaire, encore qu'un prélat fît observer que ces décrets n'avaient point été proposés à la discussion des congrégations et qu'on n'en avait point délibéré, l'assemblée se rangea à l'avis qui remettait la réforme du Bréviaire à la diligence du pape '. On imagine difficilement une assemblée conciliaire discutant les infinis détails de la constitution du texte de l'office divin, comme elle peut faire du texte d'un canon : mais, étant donné que la pensée du pape Pie IV était conforme à celle de Paul IV, s'en remettre à la diligence du pape, c'était approuver le programme de réforme proposé par ces deux papes, programme que la commission conciliaire avait fait sien, et que le concile, en continuant aux •'■vèques membres de cette commission leur délégation, faisait sien à son tour. On peut donc dire que le concile de Trente avait adopté les vues de Paul IV, et que le vieux bréviaire romain, si maltraité des Allemands et des Français, si méconnu longtemps à Rome même au plus fort du succès du bréviaire de Quignonez, le vieux bréviaire romain sortait vainqueur et consacré de cette épreuve aussi solennelle que décisive. Et il se trouvait par surcroît que la nouvelle congrégation du Bréviaire devant être une congrégation romaine, le
1. Theiner, Acta aulhcnlica concilii Trident ini (Agrain, IST'i), t. II, p. 506. Cf. dans Grancolas, op. cit., p. 11, les objections faites par lévèque de Lérida, Ant. Augustin.
bréviaire réformé en devenant le bréviaire ordonné par le concile de Trente, n'allait point cesser d'être, j même de titre, le Bréviaire romain.
A peine le concile terminé, le pape Pie IV manda à Rome les trois évêques délégués par le concile à la correction du Bréviaire : Marini, Calinio et Foscarari. On voudrait connaître les travaux de cette congrégation autrement que par ses conclusion- : et peut-être un jour les connaîtra-t-on, si tant est que les pièces de ce dossier existent quelque part; mais à l'heure actuelle on ne les a pas encore retrouvées. On sait même assez confusément les noms des membres que le pape Pie IV adjoignit de son chef aux trois délégués du concile : le cardinal de Trani, Scotti, qui paraît avoir été le pré>ident de la congrégation, au moins un temps : le modeste et très érudit et très actif Guillaume Sirleto, un des plus savants hommes de la cour romaine d'alors, depuis cardinal, « il principal institutore et essecutore di questo bel ordinc de uffici, » dira-t-on plus tard de lui; le chanoine Curtius de Franchi-, chanoine de Saint-Pierre ; un léatin réputé pour sa connaissance de l'histoire ecclésiastique. Vincent Masso; un élégant latiniste, Jules Pogiano ; peut-être enfin Antoine Carafa, depuis cardinal1. Nous n'avons pour nous instruire des préoccupations et de la méthode de la congrégation du Bréviaire, que ce bréviaire lui-même tel qu'il est sorti de ses mains, et deux documents : la bulle du pape
t. Schmid, p. 628-631. P. Batiffol, La Vaticane de Puid III à Paul Y. p. 25 et 65.
Pie V. qui sert de préface au Bréviaire , et une lettre italienne que l'on croit avoir été écrite par Leonardo Marini, un des membres de la congrégation, et que Mgr de Roskovâny a publiée 4 .
Pie V rappelle que, après le décevant essai tenté par le cardinal Quignonez. nombre d'ordinaires avaient cru de leur droit de réformer eux-mêmes le Bréviaire a leur usage, déplorable coutume [prava consueludo) d'où était sorti le pire désordre ; pour y remédier, le pape Paul IV d'heureuse mémoire avait supprimé le privilège du bréviaire de Quignonez, et entrepris de ramener l'office à sa forme ancienne [ad pristinum morem : Paul IV étant mort sans mener cette entreprise à son terme, le concile de Trente avait exprimé le désir de voir réformer le Bréviaire selon la pensée de Paul I\ ipsius Pauli papae ratione restitucre cogitarunt : à ; tour, le concile avait délégué le soin de cette réforme à une congrégation qui achevait enfin sous le pontificat de Pie V l'œuvre dont l'initiative revenait à Paul IV. Et le pape ajoutait : « Ayant constaté que dans l'accomplissement de son œuvre la congrégation ne s'était pas écart-. ■ de la forme des antiques bréviaires des nobles églises de Rome et de notre bibliothèque vati cane ; que, en éliminant ce qui était étranger et incertain, elle n'avait rien omis de la si mime essentielle du vieil office divin, nous avons approuvé son œuvre. • En d'autres termes, la congrégation romaine avait eu pour mission, selon la peu-».- de Paul IV. de restaurer la tradition liturgique, et de la restaurer en l'étudiant dans ses monuments manuscrits anciens, en en éliminant ce qui lui était étranger ou ce