‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 64 sur 223 · L. P., t. I, p. 305 et · texte numérisé non relu

L. P., t. I, p. 305 et

Au milieu de ces paniques et de ces ruines, que devait devenir le culte des martyrs ? Allait-on, puisque le locus deposiîionis devenait inaccessible , cesser de fêter l'anniversaire du saint ? Le culte des saints ne pouvait-il donc pas immigrer à l'intérieur de Rome et à l'abri de ses murs ?

Cette immigration du culte des martyrs à l'intérieur de Rome coïncide avec l'époque où les églises romaines commencent à se décorer de noms de saints. Les églises de diaconies, fondées au déclin du vie siècle et au vne, l'avaient été, nous l'avons vu. sous des vocables de saints. Vers le même temps, les litres presbytéraux se donnent à leur tour des martyrs pour titulaires : le titulus Pudentis devenant Sainte-Pudentienne , le titulus Priscac Sainte-Prisca, le titulus Anastasiae Sainte-Anastasie, le titulus démentis Saint-Clément. Cette transformation des vocables basilicaux est achevée au vme s -le. La même pensée qui a fait donner aux églises de diaconies le nom de saints étrangers à Rome avait fait, et ce dès le v* siècle, consacrer des basiliques de l'intérieur de Rome sous le vocable de la vierge Marie des saints apôtres. L'anniversaire de la dédicace de i - glises urbaines coïncidait le plus souvent avec la date fixée par les martyrologes à l'anniversaire di saints dont ces églises portaient le vocable. Les fêtes des saints non indigènes s'établirent ainsi les premières dans les églises de l'intérieur de Rome. Puis, a dater du vu siè le, les relique- «1rs martyrs suburbains, en 648 celles i\>-> saints Prime cl Félicien de Nomento, en 682 celles des >aiut> Simplicius et Faustinus de Porto..., commencèrent à être transférées dans les basiliques de la ville. Au viir siècle, à la suite du siège de Ruine par Astolphe et les Lombard> 7")'> , les corps

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des principaux martyrs des catacombes elles-mêmes se trouvèrent transportés intra muros*.

Et leur culte les y suivit.

Les fêtes des saints cessaient d'être des fêtes cimétérériales, mais elles ne perdirent pas encore leur caractère strictement local. Là où était la relique, là se célébrait la fête ; et par analogie, à 1 église qui portait le nom du saint appartenait en propre sa fête. La fête du saint devenait une sorte de station. Ainsi les fêtes de la vierge Marie étaient célébrées à Sainte-Marie- Majeure; les fêtes des saints Côme et Damien dans la basilique de Saints-Côme-et-Damien ; la fête des saints Simplicius et Faustinus dans la basilique de Sainte- Bibiane, et ainsi des autres. Dans Vordo de Montpellier, qui est du vme siècle2, on lit la rubrique suivante : l'archidiacre, à la messe solennelle pontificale, avant de distribuer la communion aux fidèles, doit annoncer la prochaine station en ces termes : « Tel jour est l'anniversaire natale) de tel saint, soit martyr, soit confesseur, qui se célébrera en tel ou tel lieu. » Ce qui prouve bien que les fêtes du sanctoral, même célébrées intra /nt/ros, restaient des fêtes locale-. Autre preuve du même fait dans la vie du pape Grégoire III 731-741 . Ce pape construit dans la basilique de Saint-Pierre un oratoire « en l'honneur du Sauveur, de la vierge Marie, des apôtres, des martyrs, des confesseurs et <l<- tous

1. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 221. Sous Grégoire III (73l-7il) les anniversaires des martyrs se célèbrent encore par des vigiles dans les catacombes : « Disposuit ut in cimiteriia circnmqnaque positis Romae in die nataliciorum eorum lnminaria ad vigilias Faciendum..'. deportentnr. » L. P., t. I. p. VJl.

2. Ordo de Montpellier inédit, fol. 92. Voyez sur ce document plus loin, aux pièces justificatives.

les justes » ; il établit que « tous les jours », après que les « vêpres auront été dites devant la confession » de saint Pierre, les moines des « trois monastères attachés à la basilique » | Saints-Jean-et-Paul , Saint-Etienne, Saint-Martin se rendront au nouvel oratoire, et là « chanteront trois psaumes » suivis d'une leçon tirée de l'Evangile et d'une oraison, en l'honneur des saints dont ce sera la fête quorum natalicia fuerini). En d'autres termes, l'office de « tous les jours » ne faisant aucune mention des saints dont est marquée la fête au calendrier romain, le pape Grégoire III institue un office commémoratif à part pour les saints, afin que ces saints, fêtés ailleurs, ne soient point oubliés dans la basilique de Saint-Pierre {.

Commentant ce texte de la vie de Grégoire III, M. Duchesne écrit : « La fondation liturgique de Grégoire III n'est pas mentionnée dans les vies des papes

- successeurs, ni dans aucun texte, à ma connaissance. Il est probable que l'on se sera affranchi de bonne heure d'un service assez onéreux2. » Xe serait-ce pas plutôt que cette fondation ou rubrique de Grégoire III aura été transformée en une autre qui seule a persisté? Et quelle autre institution sera-ce que l'extension à toutes les basiliques urbaines de l'obligation de célébrer les natalitia de tous les saints martyrs et confesseurs du calendrier romain?

A défaut de preuves plus directes, la coïncidence des dates est frappante. En 741, les anniversaires de martyrs sont encore localisés au locus dej>ositionis ou au locus tituli : en 730, siège de Rome par les Lombards et

•l. Id., p. .

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à la suite translation dans l'intérieur de Rome des principaux martyrs des catacombes; en 772-7'»5, le sanctoral général est entré dans le canon de l'office de Saint- Pierre.

Passiones sanctorum vel gesta ipsorum u-que Adriani ternpora [772-795] tantumraodo ibi legebantur ubi ecclcsia ipsius sancti vel titulus erat : ipse vero a tempore suo rennuere jussit et in ecclesia sancti Pétri legcndas esse constituit.

Ain<i s'exprime Yorclo de la Vallicellane publié par Tommasi ' . Ce n'est qu'un indice. Ce qui est plus qu'un indice, c'est que les liturgistes carolingiens, qui vont transporter en France l'office canonique romain. ne connaîtront point d'autre régime que celui-là : le sanctoral, après avoir été si longtemps tenu en dehors de l'office canonique, devenu partie intégrante de cet office2.

Le moment était venu, en effet, et il coïncide autre et significative rencontre avec le pontificat des successeurs immédiats de Grégoire III, où le canon de l'office observé à Saint-Pierre allait faire la conquête des Eglises franques; où le même sentiment qui avait popularisé à la fin du siècle précédent en Angleterre le cursus et la cantilène de Saint-Pierre, allait faire adopter ce même cursus et cette même cantilène par les évéques franks; et où il n'y aurait pas que des basiliques romaines comme Saint-Chrysogone, mais bien encore de lointaines cathédrales, comme celles de Metz et de Rouen, où l'office divin se célébrerait désormais juxta instar officiorum ccclcsic beati Pétri apostoli. En Fran

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