‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 93 sur 223 · Ant. du Deneilictus · texte numérisé non relu

Ant. du Deneilictus

du trône pontifical, et éclairaient le lecteur. Et les leçons commençaient, sans aucune annonce ni bénédiction : « In pri/icipio creavit Deus coelum et terrant, » ete. Chaque leçon était lue d'abord en grec, puis en latin. Elle était suivie de YOremus, du Flectamus genua et de l'oraison. Chaque trois leçons, un répons, exécuté d'abord en grec, puis en latin. Au total, six fois deuxleçons : « Sex lectiones ab antiquis romanis graece et latine legebantur, » dit Amalaire. Qu'était-ce que cet office, sinon un office nocturne diminué de sa psalmodie? en d'autres termes, moins les p-aumes, une vigile sur le patron des vigiles du rv* siècle ? A cet office vigilial s'ajoutait le baptême des catéchumènes, qui se célébrait dans le baptistère du Latran, tandis que dans la basilique le peuple et la Scola cantorum chantaient les litanies, répétant jusqu'à quinze fois les mêmes invocations ; puis, qu'arrivé enfin à YAgnus Del de cette longue litanie, le maître de la Scola disait « Accendite » ; et que toute la basilique s'illuminait pour la rentrée processionnelle du cortège pontifical ramenant les nouveaux baptisés. Et la messe, la première messe de Pâques, commençait au chant triomphal du Gloria in <*lsis et de l'alleluia. On devait être à ce moment fort au delà de minuit.

Il semblerait donc que cette liturgie de la nuit pascale, qui n'était que L'antique vigile, dût dispenser «!«• l'office nocturne canonique : il n'en était rien, mais, comme à Jérusalem ilu temps de sainte Silvia, à la suite de la vigile l'oiiice nocturne quotidien maintenait sa place. Dans la nuit même de la Résurrection, dit Yordo de Saint-Amand, on se lève après le chant des coqs on arrive à l'Eglise, et, après une prière, on s embrasse en silence. Puis commence l'olfice nocturne, le

Deus in adiutorium, l'invitatoire alleluiatisé, trois psaumes alléluiatisés, le verset... ', trois leçons et leurs répons. Puis laudes alléluiatisées. Cet office nocturne canonique était, on le voit, un office de trois psaumes, trois leçons, trois répons. La raison de cette brièveté était que, commençant « post gallorum cantum », et non plus « média nocte », il eût été impossible de lui donner l'ampleur de l'office de Xoël à neuf psaumes, neuf leçons, neuf répons. Toute l'octave de Pâques, on répéterait ce même nocturne de trois psaumes et trois leçons, d'après cette règle que l'office de l'octave devait être la réplique de l'office de la fête. Et voilà comment s'était introduit cet office pascal, le plus abrégé de tous, qui devait tant de fois depuis être exploité comme un prétendu modèle par des clercs de peu de zèle, ignorant ou feignant d'ignorer que cet office de trois psaumes n'était si court, que parce qu'il était le horsd œuvre du long office liturgique de la vigile pascale 2. L'octave de Pâques, ou, comme on disait alors, les sept aies baptismales, amenaient avec eux un office exceptionnel. On a vu que les ordines romani, qui nous fournissent de si minutieux renseignements sur la liturgie des trois derniers jours de la semaine sainte et sur celle de Pâques, non seulement ne mentionnent point les trois heures de tierce, sexte et none, mais ne disent rien des vêpres : point de vêpres publiques prévues pour le jeudi saint ni le vendredi saint, aucune sorte de vêpres pour le samedi saint3. Nos ordines

1. Ici encore Y or do de Saint-Amand insère une oraison : « ... et orationem dat presbyter. »

'. Amalar., De tccl. off., I, 32.

3. Les ordines purement romains, celui d Einsiédeln et celui de Saint-Amand, ne font aucune allusion à l'office diurne. Par contre

étaient en cela fidèles à l'ancien usage romain, qui ne tenait point vêpres pour un office canonique, mais pour un office de surérogation monastique. Par contre, ces mêmes ordines prescrivent des vêpres pour chacun des elles baptismales. La chose serait pour nous surprendre, si ces vêpres pascales étaient un office analogue aux vêpres que nous avons rencontrées dans le commun et dans le propre du temps. Mais il n'en est rien, et ces vêpres pascales ont avec les vêpres de l'office canonique le nom seul de commun, ce qui est une preuve nouvelle que l'on avait entendu à Rome par le mot de vêpres un tout autre exercice que l'exercice bénédictin et gallican désigné sous ce même mot. — Le soir de Pâques, par exemple, où l'office stational se célébrait à Saint-Pierre, le clergé arrivait pour vêpres procesionnellement, vêtu de ses ornements de soie, précédé de la croix et de l'encens, et venait se ranger dans le presbyterium , autour de l'autel majeur. Le Kyrie eleison ouvrait l'office ; puis la scola exécutait le Dixit dominas, et, à la suite, le Confîtebor et le Beatus vir, soit trois psaumes alléluiatisés. Entre le second et le troisième de ces psaumes, se plaçait un groupe de versets : Dominas regnavit décore induit... Parafa sedes

l'ordo roman us I«s de Mabillon, qui représente pour la liturgie pascale l'usage romain tel qu'il s'observe ailleurs qu'à Rome (Duchesne, Origines, p. lil . t'ait mention de l'office diurne. Le jeudi saint : « Ipsa vero die omne diurnale officium insimul canunt. » Le vendredi saint : a Vesperam dicit nnusquisque privatim. » Le samedi saint : rien. Mabillon. Musueum italieum, t. II, p. 10 et sniv. L antiphonaire de Saint-Pierre, qui témoigne du vieil usage romain tel qu'il subsistait encore an xne siècle, donne cette rubrique : « Primam, tertiam, sextam et nonam nsque ad paseba secreto dicimus : similiter vesperum parasceven » (Tommasi, t. IV, p. 90).

tua ex tune... Elevaverunt flumiua Domine..., autant d'allusions à la résurrection et au triomphe du Christ. La psalmodie terminée, un long chant de l'alleluia exécuté par la scola, « cum melodias simul eum inf'antibus » dit Yorclo de Saint- Amand. Enfin, le Magnificat antiphoné, et, pour terminer, une oraison. Voilà un programme extraordinaire de vêpres. Et ce n'en est encore qu'une partie. La procession, en effet, reprend sa marche, et le clergé, quittant le presbyterium, c'est-à-dire l'abside de la basilique, vient se ranger en avant de l'arc triomphal, à l'entrée de la nef, au pied de la grande croix suspendue à l'arc dans Taxe de la nef. Là s'exécute un psaume alléluiatisé. la Laudate pucri, puis pour la seconde fois le Magnificat antiphoné, et, pour la seconde fois aussi, une oraison. Il reste une troisième station vespérale. La procession se dirige maintenant vers les fonts baptismaux , et là se chante un cinquième psaume, Y In exitu alléluiatisé ; puis, une troisième fois, le Magnificat antiphoné et une oraison. Ce sont les rubriques d'Amalaire1. l/ordo de Saint- Amand, qui représente une liturgie plus ancienne, fait chanter devant les fonts un long verset grec. Au total, nous sommes, avec ces vêpres pascales, bien loin des vêpres canoniques : sans doute les vêpres pascales comptent cinq psaumes, et de ceux que 1 office canonique réserve à ses vêpres ; mais ces trois stations, ces trois Magnificat, ces versets latins et grecs, tout cela est d'une liturgie romaine sensiblement plus ancienne, et d'un temps où [es vêpres canoniques étaient sûremenl inconnues à Rome.

Au dimanche in albis depositis , l'exceptionnel office

Page 1