CHAPITRE PREMIER
La distribution de la prière chrétienne entre les différents temps de la journée a donné naissance aux « heures » , entre lesquelles on discerne trois cycles : r le cycle nocturne ; 2° le cycle de tierce, sexte, none ; 3^ le cycle de prime et de compiles. Chacun de ces cycles a sa date et son origine propres.
Le cycle nocturne a pour élément premier la « vigile », qui se célébrait primitivement dans la nuit du samedi au dimanche , étant bien entendu que , à la façon romaine aussi bien que juive de compter, le jour allait du soir au soir, et que, par conséquent, le dimanche commençait le samedi soir. D'où vint aux chrétiens, dès le premier siècle, l'inspiration de se
réunir ainsi la nuit pour veiller et prier ensemble ' ? Les origines de cette vigile dominicale sont fort obscures.
Les écrivains ecclésiastiques postérieurs ont cependant cherché à expliquer cette vigile , et voici leur interprétation. Le « jour du Seigneur » était la commémoraison de la résurrection du Christ et comme une pâque hebdomadaire. Or la fête chrétienne de Pâques avait une solennelle vigile (elle était occupée par la cérémonie du baptême solennel des catéchumènes). On se persuada que, la nuit du samedi saint au dimanche de Pâques étant celle où le Christ était sorti du tombeau , ce serait en une pareille nuit qu'il réapparaîtrait dans le monde, comme l'ange exterminateur qui, jadis, chez les Juifs, la nuit même de la première de toutes les Pâques, avait frappé les premiers-nés de l'Egypte. Cette nuit de Pâques, cette nuit dont le prophète (croyait-on) avait prédit qu'elle s'illuminerait comme le jour. Et nox sicut dies illuminahitur- ^ il importait de ne point dormir, mais de veiller et de prier jusqu'à l'aurore, dans l'attente du passage de Dieu. Et de là était venue l'institution
1. M«'- DucHESNE, Origines du culte- (Paris 1898), p. 219, l'etrouve cette assemblée de nuit déjà dans la lettre de Pline relative aux chrétiens. Epistul. X, 96 : « ... Stato die anle lucein convenire, carmenque Ghristo quasi deo dicere secum invicem » etc. Mais ce texte peut s'entendre de l'initiation baptismale. Il reste que les chrétiens auraient célébré au moins le baptême « ante lucem ». Quant à la réunion eucharistique, son nom de SsTuvov donne lieu de penser qu'elle se célébrait l'après-midi, passé trois heures (none).