‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 107 sur 218 · L'hymne Quem terra pondus aethera est attribué à For · texte numérisé non relu

L'hymne Quem terra pondus aethera est attribué à For

l'office moderne. 215

Enfin, riiymnaire s'était ouvert aux poètes de la renaissance carolingienne, familiers avec les mètres de la poésie lyrique païenne. Ainsi Paul Diacre, qui n'avait pas écrit que selon la formule ambrosienne l'hymne de la fête de saint Benoît, Fratres alacri peclore^ mais qui était Fauteur de l'hymne de la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste, en strophes saphiques^ :

Vt queant Iaxis resonare fibris mira gestorum famiili tiiorum solve polluLi labii reatum, sancte loannes !

et l'hymne (l'authenticité en est controversée) des vêpres de l'Assomption de la Vierge, celle-ci en strophes alcaïques :

Qiiis possit amplo famine praepotens digne fateri praemia virginis, per quam veteniae sub laqiieo necis orbi retento reddita vita est.

Ainsi Raban Maur, ou tout au moins son école, à

liDial. Mais colle, allribulion nianqiio d'autorité. Il faut en dire autant du Qua Christus hora sitiit et de VAgnoscat omne sae- Ciilum. Autant, et ajiTC plus de décision, de VAve mai'is Stella. Voy. Léo, Venanti Fortunati opéra poet. (Berlin 1881), p. 384-

1. loAN. Beleth. Rationale, 135 : « Paulus, historiographus diaconus romanae curiae, monachus cassinensis, cum die quodam paschalem cereum consecraret, fauces eius raucae factae sunt, cum prius esset salis vocalis. Ut ergo vox ei reslitueretur, in honorem sancti loannis hymnum hune composiiil : Ut queant Iaxis... »

qui revenait l'hymne des vêpres de l'Ascension, en strophes asclépiades :

Fcstuni mine célèbre niagnaque gaiidia roinpeUiml aiiimos carmina promere, ciini Christiis soliiim scandit ad ardiuim caeloTum pins arbiter i.

A cette même renaissance carolingienne on attribuera les hymnes suivants : — en strophes saphiques, le Nocte siu'gentes vigilemus oimies et le Ecce iam noctis tenuatar umbra, que l'on met sous le nom de saint Grégoire; le Quod chorus vatam venerandus olim (Raban Maur), de la fête de Purification; le Christe sanctorum decus angelorum (Raban Maur), de la fête de saint Michel ; le Martyris Christi colimiis trlumphum, de la fête de saint Laurent; le Christe sanctorum decus atque çirtus, de la fête de saint Benoît; le Iste confessor domiiii sacratus du commun des confesseurs, et le Virginis proies opifexque niatris, du commun des vierges; — en strophes asclépiades, le Gaude viscerihus mater in intimis, de la fête de la Nativité, et le Sanctorum meritis inclyta gaudia^ du commun des martyrs.

Mettons à part de ces œuvres limées de lettrés deux admirables choses, dans leur rudesse de facture : l'hymne de la Dédicace (vu'' siècle), écrit sur le modèle du Pange lingua de Fortunat :

Urbs beata lerusalem, dicta pacis visio,

1. DuEMMLER, Poetae latini aevi karolini (Berlin 1880), t. I, pp. 48, 83, 84, et t. II, p. 249.

l'office moderne. 217

qiiae constniitiir in caelis vivis ex lapidibus, et angelis coornata ut sponsata comité!

et l'hymne, en trimètres iambiques, attribué à Paulin d'Aquilée (f 802), la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, où Ton sent passer comme le souffle de la dévotion écuménique pour Rome :

0 Roma felix, quae tuorum principum es purpurata pretioso sanguine, excellis omnem niundi pulchritudinem '.,.

Cet hymne est imité de l'hymne aux apôtres Pierre et Paul, Aiwea luce et décore roseo, qui passe pour l'œuvre d'Elpis, femme de Boëce. ,

A la fin du viii^ siècle et au commencement du ix% sous l'influence de l'Église romaine, opposée à admettre l'hymnaire dans sa liturgie, on put croire que l'hymnaire allait être éliminé de l'usage ecclésiastique. Les Eglises franques y renoncèrent en adoptant la liturgie romaine. Mais ce ne fut qu'un moment. Déjà, dans la première moitié du ix*^ siècle, Walafrid Strabon témoigne que beaucoup d'Eglises avaient repris l'hymnaire, puisque celles qui ne chantaient pas d'hymnes étaient comme l'exception : « Quamvis in quibusdam ecclesiis hymni metrici non cantentur. . . , » écrit-il 2. Il n'est pas hypothétique de voir dans ce

1. Voy. L. Traubë, 0 Roma nobilis, philol. Untersuchungen (Munich 1891), pp. 3-13. — Comparez le sentiment exprimé par le Decretum Gelasii : « [Petrus et Paulus] pariter supradictam romanam Ecclesiani Christo domino consecrarimt, aliisque omnibus in universo mundo urbibus sua praesentia atque triumpiio praetulerunt ». Preusgiien, p. 149.

Page 1